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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 12:29

Les reines portugaises ont été une bénédiction pour les Espagnols, qui ne leur ont pas toujours témoigné le respect qu'elles pouvaient espérer.
Quand Isabelle de Bragance est arrivée en Espagne pour épouser Ferdinand VII les Madrilènes facétieux ont placardé sur la porte du palais royal ces quelques mots :

 

                          Fea, pobre y portugesa !

                          Chupeta esa !

"
Laide, pauvre et portugaise ! Avale donc ça !" IIs faisaient référence, sans le savoir ,à celle qui, avant une mort prématurée, allait leur apporter rien moins que  le Prado ! Pas l'édifice, qui datait de Charles III, mais sa transformation en musée, ce qui est autrement important.

Le même peuple Madrilène, 150 ans plus tôt, avait de la même manière, afficher un placard anonyme sur la porte de l'église Santa Bàrbara que la reine régnante, Maria-Bàrbara de Bragance, faisait élever pour abriter ses restes : 

                            Bàrbaro edificio.
                            Bàrbara renta.
                            Bàrbaro gasto.
                            Bàrbara reina.


Cette reine Maria-Bàrbara qui ramena dans sa corbeille de noce .... Domenico Scarlatti.



Il avait été le maître de clavecin de l'infante à Lisbonne dès 1720 (elle avait 9 ans, lui 25). Et elle fut non seulement une princesse musicienne, ce qui est normal, mais aussi une princesse virtuose, ce qui est déjà plus rare, et même une princesse mélomane, ce qui l'est tout autant. Ils se sont retrouvés en 1733, alors qu'elle était devenue Princesse des Asturies. 
Tout porte à croire que leur rapport n'ont pas été ceux d'une maîtresse et de son serviteur, mais que leur approche commune de la musique leur a apporté une intimité, peut-être même une amitié. Scarlatti a composé 550 sonates
pour l'instrument préféré d'une infante, puis reine, qui avait vu son beau-père s'enténébrer en écoutant, jusqu'à l'obsession, Farinelli.  Elle même possédait 12 instruments à clavier, répartis dans les différents palais royaux, dont le merveilleux Aranjuez.

Car Maria-Bàrbara fait partie de ses princesses qui ont hanté la résidence de premiers Bourbons, de ces princesses peintes par Van Loo, dont on imagine les lourds paniers et le regard ombré de mélancolie. Mon âme est une infante .... Une princesse que l'on imagine comme cela en fait :


Là ... le portrait, où l'on reconnait pourtant la bouche petite et pleine et les paupière lourdes de la princesse, était outrageusement flatteur, gommant entre autres les terribles marques de petite vérole qui défiguraient l'infante.

Van Loo justement nous la montre sous un jour plus réaliste dans le célèbre tableau qui représente Philipe V et sa famille. Elle est à l'extrême gauche, légèrement penchée en avant, un double menton inquiètant et indissimublable déparant ses traits. Les traits qu'on retrouve ici.



Observez cependant les doigts effilés, qui sont également une constance de ses portraits. Les doigts de la musicienne.

Laide Bàrbara l'était assurément. Maladive aussi, et mélancolique. Intelligente, instruite, brillante même, et polyglotte. Et le règne de son époux, Ferdinand VI, sur lequel elle eut une considérable influence, fut un des plus sereins et des plus heureux de l'histoire de l'Espagne. Un nouvel âge d'or.

Pourtant la fin du règne conjoint des deux époux fut douloureuse. Femme d'un roi stérile la reine portugaise se savait condamnée, si jamais il mourrait avant elle, au retrait, à l'effacement, l'oublie. En tant que reine sans enfant elle n'aurait même pas droit à une place à l'Escurial. Et depuis Naples, le demi-frère de Ferdinand, le futur Charles III, attendait de prendre la succession. Dans la crainte maladive de manquer la reine accumula les trésors. Ne pouvant supporter l'idée de la séparation éternelle avec son mari, elle leur fit élever Santa Bàrbara, afin que l'église abrite leurs restes. Il mourut un an après elle, en 1759, fou d'une douleur, que même les roulades de son castrat favori ne pouvaient atténuer. Ils avaient été depuis leur plus tendre jeunesse un couple uni en même temps qu'un rameau stérile et les seules traces du premier mariage du roi Philippe V, face à la multitude d'enfants que le premier Bourbon d'Espagne avait eu de sa deuxième femme, Elisabeth Farnèse. Ils étaient seuls ensembles, protégés par l'amour du beau que la nature leur avait refusé mais dont la culture les entoura à profusion et imaginer l'un sans l'autre était définitivement concevable.  

Scarlatti était mort dix an avant sa protectrice. Demeurent ses sonates dont le brillant ne parvient jamais à masquer l'implacabilité. On peut presque imaginer en écoutant Marcelle Meyer ici : link le parfum de mélancolie (de folie ?) qui devait être celui de cette fin de règne.
 

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Published by Le vidame - dans Histoire et musique
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