Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 14:19

Les générations suivantes virent se multiplier les mariages entre cousins chez les Habsbourg. Sans entrer dans les détails (puisque chaque lien familial direct est compliqué par des liens antérieurs et redondants) on rappellera que le fils de Philippe II et de sa nièce Anne, Philippe III, épouse sa cousine Marguerite d’Autriche, arrière petite fille comme lui de Philippe le beau et de Jeanne La folle. Leur fils Philippe IV épouse d’abord une Bourbon, Elisabeth, qui se trouve, par sa mère Marie de Médicis être également une descendante directe des mêmes. Leur nombreux enfants meurt un par un, à l’exception de Marie-Thérèse, future épouse de Louis-XIV et de Balthasar-Carlos, qui s’éteindra pourtant avant son père, à 14 ans. Il était fiancé à sa cousine germaine, Marie-Anne d’Autriche, fille de l’empereur Ferdinand III et de Marie d’Autriche, elle-même sœur de Philippe IV.

La encore la blondeur caractéristique du jeune Philippe II autant que de sa femme Anne, se transmet à leurs descendants, d’autant que l’union Marguerite d’Autriche renforce encore le gène. On remarquera chez cette dernière un menton devenu d’une lourdeur (son père, une des cadets de l’empereur Ferdinand I et d’Anne Jagellon, avait épousé une princesse bavaroise qui se trouvait être également sa nièce par les femmes) tel que même la collerette ne peut la dissimuler.



Philippe IV sera donc très blond et il fera bien de dissimuler plus tard sa bouche sous une moustache, comme avant lui ses ancêtres s’abritaient derrière leur barbe.


 


Les éléments génétiques principaux (blondeur, blancheur, prognathisme et lèvres épaisses) s’étant hypertrophiés chez le roi (sa sœur, l’Anne d’Autriche de Richelieu et des Trois Mousquetaires sera au moins en partie épargnée par ce physique caricatural, si l’on se fit à ses portraits. Mais il est vrai que les peintres français commencent au début du XVIIème leur processus de dépersonnification  flatteuse qui rend les identifications difficiles et qui aboutira aux aberrations de la fin du règne de Louis XIV et de la régence) il ne lui restait plus qu’épouser sa propre nièce, la fiancée de son fils mort. Philippe IV reproduisait ainsi le schéma déjà établi par son aïeul Philippe II, à la mort de Don Carlos.  

Après Rubens, Clouet et Coello, nous pouvons, pour parler de Marie-Anne d’Autriche, puis de sa fille Marguerite-Thérèse, convoquer un autre peintre : rien moins que Velázquez, dont elles furent les modèles privilégiés.



On peut vainement chercher les cheveux blonds sous l’armature de la coiffure. Ils n’apparaissent pas plus dans les portraits contemporains de l’infante Marie-Thérèse, alors que toutes les représentations à la mode française nous montrent la reine de France d’une blondeur impressionnante (qu’elle tient de son père, alors que sa mère était très brune). Ce qui est frappant en revanche (et là encore on peut juger de la différence en observant les portraits de Marie-Thérèse et de Marguerite-Thérèse) c’est la profonde tristesse qui a été celle de la reine, son amertume quotidienne, qui fut son poison. Le regard est mort, les lèvres pendent lamentablement et sa frêle silhouette est littéralement écrasée par le costume.

Qu’on se représente une jeune fille, une enfant même (elle a 14 ans en 1749 quand elle épouse son oncle) à qui l’on a littéralement interdit de rire (« Une reine d’Espagne ne rit pas »), sans appui, sans ami, sans époux presque, ce dernier la croisant principalement dans l’espoir d’avoir un héritier. Trompée et surtout méconnue, mésestimée, malheureuse en un mot. Une mère qui voit mourir successivement 4 des 5 enfants qu’elle met au monde, tous étant plus fragiles les uns que les autres.

Si ses rapports avec sa belle-fille furent d’abord ceux de la camaraderie (elles avaient encore toutes les deux l’âge de jouer à la poupée) il n’en reste pas moins que les deux jeunes femmes devaient se retrouver rapidement en rivalité. Pour l’affection de leur père et mari (et Marie-Thérèse fut l’enfant bien aimée de son père) et pour le statut de l’une et de l’autre, puisque l’infante restait l’héritière du trône tant qu’elle n’avait pas de frère viable. Or la naissance d’un tel frère permettait à la reine de remplir son devoir et de devenir éventuellement la mère d’un roi régnant. La régente peut-être. Mais Marie-Anne se méfiait également de l’autre enfant de son mari, le bâtard Don Juan, auquel Philippe IV confiait potentiellement des responsabilités de plus en plus grande et qui se rêvait successeur légitimé et légitime de son père.

La naissance de son dernier fils, en 1661, puis la mort de son époux quatre ans plus tard aurait pu être pour la reine le moyen de se révéler. Elle était effectivement régente. Et non préparée à son rôle. Tournée du côté du catholiscisme le plus exigeant elle adopta un vêtement de veuve qui était aussi un costume de religieuse.



Ce fut son confesseur, Nithard, un jésuite autrichien, qui devait exercer sur le royaume espagnol l’influence la plus considérable, toujours contrebalancé par l’ennemi de la reine, le bâtard Don Juan. Les affrontements furent rudes, autour d’un roi enfant, puis d’un roi majeur mais faible physiquement et mentalement. Au cours d’une dernière escarmouche qui s’acheva par les destitutions du nouveau conseiller de Marie-Anne, Valenzuela, la reine fut exilée à Tolede. Elle y resta deux ans, revint à la cour à la mort de Don Juan, mais était définitivement fermée au monde. Se considérant comme trahie par son fils très aimé, comme elle l’avait été par son époux, elle fut sans pitié (mais avait-on exprimé de la pitié à son égard ?) pour sa première belle-fille qu’elle n’avait pas choisi, Marie-Louise d’Orléans, la nièce de Louis XIV. Et quand à la mort de cette dernière le roi d’Espagne se remaria avec Marie-Anne de Neubourg, une nouvelle guerre commença, qui ne s’acheva qu’avec la mort de la reine douairière.

Les seules joies de cette femme amère et régente peu capable lui furent données par ses enfants. Charles II l’abandonna à Tolède (était-il en mesure de faire autrement ?) et 3 d’entre eux moururent au berceau, reste l’aînée, la petite fille blonde des Ménines. Marguerite-Thérèse fut donc le trésor de la reine et aussi la sœur très aimée de la reine de France Marie-Thérèse, qui l’appelait « Ma vie » (Leur père Philippe IV la surnommait quant à lui « mi alegria »,« ma joie »). La mode évoluant l’infante peut faire montre sur les tableaux de sa blondeur naturelle. A la bienveillance qui se dégage des portraits de sa sœur, à la rancœur qui transparait dans ceux de sa mère, Marguerite-Thérèse oppose une mélancolie tendre dont le peintre accentue la lumière. Si la facture des œuvres que Velázquez lui consacre est aussi impressionnante il est difficile de ne pas y voir un intérêt, une affection peut-être, pour le jeune modèle.  Il l’a en tous cas immortalisé à tel point que le mot infante évoque systématiquement son image. Et c’est sans doute à elle que songe Oscar Wilde quand il écrit « L’anniversaire de l’infante » ou Maurice Ravel quand il compose « Pavane pour une infante défunte » (même si selon le compositeur il s’agissait simplement de faire une allitération.) 
 

 



Le portrait plus tardif de Martinez del Mazo nous confirme la délicate carnation de la princesse, encore rehaussée par la tenue de deuil qu’elle porte (son père vient de mourir). Elle a 15 ans et s’apprête à rejoindre son fiancée, et oncle maternelle, l’empereur Léopold Ier. C’est sa mère qui a conclu le mariage, initié par Philippe IV avant sa mort, elle qui avait tant voulu que sa belle-fille Marie-Thérèse épouse son frère l’empereur, au lieu de Louis XIV. Peut-être la future reine de France aurait-elle été plus heureuse à Vienne qu’à Paris.  




Sa sœur sera très aimée de son époux, comme elle avait une enfant choyé. L'empereur fit d’ailleurs composer d’ailleurs un opéra Il pomo d’oro par Cesti pour l’infante mélomane. Les rapports entre la cour de Vienne et celle de Madrid déjà très forts se renforcèrent encore davantage pendant le bref règne de Marguerite-Thérèse. Fragile et épuisée par des grossesses malheureuses qui poussaient encore plus loin la consanguinité que sa propre naissance, l’impératrice s’éteint en 1673, le coup manquant d’être fatal à sa mère qui dès lors suivra avec inquiétude la lumière vacillante que représentait l’unique de ses petites filles qui survécut (les autres archiducs ne dépassèrent pas une année d’âge) : Marie-Antoinette. Il n’y avait plus d’infantes Habsbourg, ni, bientôt, de princes espagnols de cette maison. Léopold se remaria, la mort dans l’âme, par deux fois avec des princesses de maisons moins brillantes, suivit en cela par ses enfants, plus sage qui n’allèrent pas chercher du côté de leurs nombreuses cousines germaines allemandes. Marie-Antoinette, dont la stature gracile rappelle celle de sa mère, épousa un électeur de Bavière et mourut avant sa grand-mère, Marie-Anne, qui lui survécut 4 ans encore obligé de reporter son amour, cette fois sur son arrière-petit-fils, Joseph-Fernand de Bavière. Le jeune prince était normalement le mieux placer pour accéder au trône d’Espagne après la mort de son grand-oncle, puisque sa grand-mère, contrairement à Marie-Thérèse, n’avait pas fait acte de renonciation à la souveraineté espagnole. Marie-Anne mourut en 1696, ce descendant adoré sans jamais être vu, en 1699, avant d’avoir atteint 6 ans.  

La petite fille de Léopold Ier, sauvée de la consanguinité par les familles de ses mère et grand-mère devait avoir à la fois un génie politique, un physique engageant et une santé florissante. Elle était, néanmoins, blonde, comme Marie de Bourgogne et Philippe le beau.





Partager cet article

Repost 0
Published by Le vidame - dans Histoire
commenter cet article

commentaires