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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 13:35






































































































1936 :

Première version parlante hollywoodienne de Mary Stuart, réalisée par John Ford. Katharine Hepburn est alors sous contrat à la RKO. Elle rêvait de Jeanne d’Arc, autre personnage noble, sacrifiée, héroïque. C’est la reine d’Ecosse qui lui échoit. Le film, d’après une pièce de Maxwell Anderson, comme La Vie privée d’Elisabeth d’Angleterre ou Anne des 1000 jours, se veut d’emblée sérieux, dramatique, sombre de photo et d’atmosphère. On étouffe très vite, aussi vite que la reine, dans ses palais gothiques, ses châteaux obscurs. L’ennui sourde parfois, faute d’excès, de romantisme peut-être. Ford était-il le cinéaste du sujet ?


Il se disait fasciné par l’ossature du visage de son actrice qu’il voulait qu’on remarque. « Son nez qu’on dirait tailler dans du marbre ». Il lui laissa aussi diriger une scène. Elle-même, qui inaugure alors sa période « box office poison », passe assez vite sur le film dans les interviews ou dans ses mémoires. Elle était une Mary Stuart «à la Schiller » exemplaire pourtant : aristocrate, mais trop juvénile pour être totalement royale encore, très belle mais inaccessible. 

Respectueux de l’Histoire, même si interprétatif évidemment avec sa Mary Stuart victime et amoureuse, Maxwell Anderson fait pourtant se rencontrer les deux reines. Bette Davis, qui avait remporté coup sur coup un immense triomphe critique (pour L’Emprise, un autre film RKO) et son premier oscar, aurait aimé tenir le rôle. On (« on » c’est Ford selon elle) lui préfèrera Florence Elridge, actrice de théâtre, et épouse de Frederic March, qui jouait Bothwell. Face à Hepburn elle apparait d’emblée comme massive, mûre, peu gracieuse, peu aimable même, dans la lignée d’une Flora Robson, autre titulaire célèbre du rôle.





 Au-delà de ces multiples critiques la montée à la mort, jouée par Hepburn comme une fiancée qui se rend à ses épousailles et filmée depuis l’échafaud par Ford est un moment exceptionnel de mise en scène.





1940 :

Le monde est en guerre, les anglo-saxons bombardent les cinémas du monde à coup d’Elisabeth Tudor, comme le détaille une publication insérée dans Femmes et pouvoir (Corlet Publication, collection cinemaction). L’UFA riposte avec un Cœur de la reine, au message anti-britannique transparent : Mary Stuart devient une reine dépositaire de la culture et du charme français, les écossais sont de dangereux rustres et lâches (Bothwell conformément d’ailleurs à la vérité historique, abandonne Mary), les anglais parfaits représentants de la « Perfide Albion ». Le film reprend la trame du film américain et s’en inspire visiblement, tout en amplifiant ses éléments (mélo) dramatiques. Les décors deviennent fantomatiques, l’atmosphère est visiblement (et littéralement ombrée) d’expressionnisme et d’inquiétante étrangeté. On ne peut pas oublier la vision de Darnley défiguré et monstrueux que Mary ne peut se résoudre à embrasser et encore moins la scène du mariage qui se solde par l’arrestation de la reine et l’exécution de Bothwell, déjà marié à une amazone vengeresse qui lance ses lettres d’amour à la figure de sa souveraine. Zarah Leander, belle et sombre, s’insère à merveille dans le dispositif, défaille splendidement et sa charge érotique est tout autre que celle d’Hepburn.







Son Elisabeth, Maria Köppenhöfer, devient une marionnette maléfique, au machiavélisme peu subtile et d’ailleurs peu crédible car jamais expliqué par autre chose qu’une cruauté naturelle.










1971
 :
Réalisateur anglais comme l'équipe, extérieurs européens mais distribution américaine pour le film de Charles Jarrott qui réunit les deux plus brillantes actrices britanniques du moment : Vanessa Redgrave et Glenda Jackson, cette dernière juste après sa prestation oscarisée dans Women in love. Pour la première le fois le traitement du film met sur le même pied la reine d’Angleterre et la reine d’Ecosse, dès le générique qui fait se côtoyer les nom des deux actrices. Le montage n’est pas favorable à l’une plus qu’à l’autre et le parallélisme est d’ailleurs l’intérêt principal du scénario et du film tout entier. Pour le plaisir de les cadrer ensemble Jarrott fait se rencontrer Mary et Elisabeth à deux reprises, dans une optique très « monstres sacrés ». La deuxième entrevue à lieu juste avant l’exécution et remplit parfaitement son pari, avec le contraste entre Mary en tenue de deuil, les cheveux blancs, et Elisabeth d’autant plus vieillissante qu’elle est fardée et emperruquée à l’excès. Curieusement la charge émotionnelle et la situation d’ailleurs est très proche de celle développée à la fin de La Vie Privée d’Elisabeth d’Angleterre, cette dernière suppliant Mary Stuart, comme elle suppliait Leicester dans le film de Curtiz, pour qu’elle sauve sa propre vie. Le pathétique, outrancier si l’on veut, de la scène a dû sembler plus intéressant que la réalité historique. On peut être plus gêné par la photographie et la musique très marquée par un esthétisme année 70 pour lequel je confesse une certaine allergie. Mais la libération post-68 permet au moins de développer une vision inédite des relations Darnley-Rizzio !

Vanessa Redgrave s’est coulée de manière vraiment étonnante dans Isodora par exemple. Sa Mary Stuart ne relève sans doute pas du même accomplissement. Sa technique est parfaite, son physique angélique, mais le trop plein de minauderies accentue encore le décalage entre elle et le personnage de la première partie du film (un peu comme dans les scènes initiales de la Marie-Antoinette de Norma Shearer) et fait finalement de la reine une adolescente attardée un rien agaçante. Pourtant ses scènes finales ont fière allure et dans le monologue qui précède la mort on sent la shakespearienne accomplie. Glenda Jackson (qui allait devenir en Angleterre pour le rôle ce qu’avait été Anna Neagle pour celui de la reine Victoria grâce à la série « Elisabeth Regina ») se taille donc la part du lion, avec une création complexe, troublante d’androgynie, la force masculine de la reine apparaissant jusqu’à dans sa démarche sans que celle-ci ne devienne en rien « davisienne », tandis que sous la dureté d’un visage poli (quel front !) une sensualité dévorante, un trop plein, surgissent parfois.   







2008 :
Dans Elisabeth The Golden age, Cate Blanchett récupère le rôle qui l’avait rendu célèbre, 10 ans plus tôt. Dans le premier opus elle s’opposait à Marie de Guise, la mère de Mary Stuart. Ici, devenue souveraine incontestée, c’est contre le catholicisme qu’elle doit défendre son royaume. Le film, d’une extraordinaire beauté plastique, a reçu une volée de bois verts de la part de la critique pour sa flamboyante et assumée nature hollywoodienne. Blanchett, excessive et emportée comme on n’a sans doute plus le droit d’être au début du XXIème siècle, est néanmoins fascinante à regarder jouer, dans une optique théâtrale très impressionnante. La force de sa voix suffit à elle seule à rendre majestueuse sa personne, encore sublimée par des costumes délirants mais flatteurs.





Le rôle de Mary Stuart est plus réduit qu’on ne pouvait l’attendre, puisqu’elle n’est qu’un des nombreux pions sur l’échiquier européen. Pour un spectateur français, habitué à la Mary Stuart victime positive, cette vision d’une reine hystérique et potentiellement dangereuse, est déstabilisante. En trois scènes et quelques plans Samantha Morton compose un personnage mémorable, aussi excessif à sa manière que l’Elisabeth de Blanchett, mais peut-être proche de ce que l’on comprend aujourd'hui de la reine d’Ecosse qui mit en scène sa propre mort avec le brio que l’on sait.


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Published by Le vidame - dans Histoire et cinéma
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