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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 15:15

 

 

Les adaptations shakespeariennes sont légions, encore aujourd’hui. A quelques exceptions près cependant il s’agit essentiellement de productions destinées à un public restreint. Après le succès de Beaucoup de bruit pour rien, voire de son Hamlet, Kenneth Brannagh, comme acteur ou comme réalisateur et ses émules ont fait une suite de variations autour de l’heureuse formule initiale. L’effet de surprise littéraire passé les nouvelles moutures ne connurent pas le succès de l’original et ne s’exportèrent, comme les adaptations d’Oscar Wilde, que difficilement et en tous cas sans battage médiatique, en dehors de l’Angleterre.

Les producteurs restent donc très prudents et finalement la dernière grande machine inspiré de Shakespeare c’est le très pop  Romeo + Juliette qui lança définitivement sur orbite la carrière du jeune Di Caprio … Cela fait 15 ans.

On nous promettait pour 2010 une vision épique du Roi Lear. Anthony Hopkins, après avoir été Titus au cinéma, devait y ternir le rôle titre. Keira Knightley un visage presque nouveau devenu habituée à 20 ans des grands rôles prestigieux en costume aurait prêté son prognathisme distingué et sa réserve à Cordelia, Naomie Watts son ambigüité parfois glaçante à Goneril … et Regane aurait pris les traits de Gwyneth Paltrow. Le projet, faute de moyens finalement, est annulé. Comme à peu près d’ailleurs tous les projets intéressants auquel on a accolé le nom de cette dernière depuis un peu trop longtemps.

 

Les temps ne sont peut-être plus à la fresque historique. Pourtant le Nottingham de Ridley Scott reprend un thème qu’on pourrait penser épuisé, celui de Robin Hood, sans que personne ne s’inquiète. Et il peut compter en « Maid Marianne » sur Cate Blanchett, après, entre beaucoup d’autres, Olivia de Havilland et Audrey Hepburn.

Il y a 10 ans il semblerait que les carrières de deux jeunes femmes se soient croisées. En 1998 elles étaient toutes les deux candidates aux Oscars. Et toutes les deux portaient, de manière très différente d’ailleurs, le costume élisabéthain pour les films qui leur valurent ces distinctions, respectivement Shakespeare in love (déjà !) pour Paltrow et Elisabeth pour Blanchett.


L’Américaine de 26 ans était, comme on l’a souvent dit, une de ses enfants chéries d’Hollywood, la fille d’une actrice et d’un producteur, la filleule de Steven Spielberg qui lui offrit sa première apparition à l’écran, peu ou prou, l’ex-fiancée de Brad Pitt. Deux ans avant elle avait été avec dureté et éclat en même temps l’Emma ressuscité de Jane Austen. Elle n’avait pas été nommée. Elle remporta finalement l’oscar qui allait si bien avec tout le reste en 98, quitte à choquer les ronchons qui associent prix d’interprétation et composition transformiste.

Sa Lady Viola, sans parler de sa blondeur, de sa beauté, de la manière dont sa peau peut être photographiée, sans parler non plus de l’alchimie qui se dégageait dans ses scènes avec Joseph Fiennes, était pourtant d’une parfaite justesse. Réservée, certes, ne se livrant pas, mais en rien distante. Et lumineuse. Un plan, qui adoptait le regard de Joseph Fiennes/William Shakespeare où elle attendait sa réplique en Juliette la montrait le cou fléchi, concentrée, investie, mais sans raideur. Tout son jeu est à l’image de ce plan, tant elle refuse systématiquement de le tendre, de l’extérioriser.






Auprès d’elle on avait le plaisir de voir Judy Dench, un an après avoir incarné la Reine Victoria, s’emparer avec vigueur de celui de la Reine Elisabeth le temps de quelques scènes. Mais un tel rôle autorité n’était presque pas pour elle une composition. Le même soir que sa radieuse partenaire elle fut primée et commença une longue histoire d’amour avec le public et la critique cinéphilique, elle qui était la fleur de pois des commédiennes londoniennes.
(Elle partagera plus l'affiche avec Blanchett dans dans Notes sur un scandale, où son interprétation très impressionnante, une de ses meilleures sans doute fait un peu palir celle de sa partenaire.)

 


L’autre Elisabeth, le versant jeune et tourmentée du personnage serein de Judy Dench perdit donc, si l’on veut, une bataille. Pourtant Cate Blanchett proposait finalement une caractérisation autrement spectaculaire que celle de Paltrow, dans un rôle davantage gratifiant et, qui plus est, dans un film dramatique. On n’avait pas vu le personnage aussi séduisant depuis sans doute la vision qu’en donna la jeune et ravissante Jean Simmons dans La Reine Vierge de George Sydney.  L’actrice australienne de 29 ans y apportera le même charme et aussi la même surprenante souveraineté. Paltrow était écrasée avec grâce par ses costumes, Blanchett faisait des mêmes une armure qu’elle arborait avec un naturel désarmant. Et le timbre prenant de sa voix retentissait et imprégnait toutes les oreilles. Elle n’eut pas l’oscar, mais, presque inconnue la veille en dehors de son pays, se révéla au cinéma internationale.

L’année suivante elles se retrouvèrent dans Le Talentueux Mr Ripley. Gwyneth y était la star et y était finalement effacée, presque en retrait, en dépit du rouge à lèvres sanguin qu’elle arborait lors d’une scène. Cate, elle « composait », un personnage secondaire d’héritière un peu évaporée.

Dès lors on la croisa partout, sous tous les masques, capable, semble-t-il de tout faire et de faire tout bien, et même avec brio. Elle ne se livre jamais elle-même, se niant toute personnalité derrière le personnage dont elle adopte les attitudes (voir ce qu’elle fit du rôle périlleux de Katharine Hepburn, où elle donna une vie propre à ce qui était aussi une extraordinaire imitation. Paltrow, sollicitée pour jouer Ava Gardner refusa) Et elle n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’on lui demande de ne pas être normale, de ne pas être australienne, de ne pas être elle-même. Elle reprendra il y a deux ans Elisabeth (j’en ai parlé un peu ici : Face à face (I) ) mais avec de vraies « poses » de la tragédienne, de « poses » à la Bette Davis. Du grand ton, des grandes manières. Too much, dirait les Américains …. Mais avec style.

Paltrow acceptait de jouer par affection (un film de son père, un film de son frère), prenait des directions surprenante en vue de casser son image jeune fille sage et peinait à trouver de bons rôles dans de bons films. Longtemps avant Shakespeare in love elle avait été la fille de Jefferson à Paris. Le film montrait avec quelle facilitait elle s’intégrait dans les décors d’Ancien Régime. Il montrait aussi que l’expression de la tristesse, de l’amertume était naturelle à l’actrice, tout d’un coup austère. Et que jamais elle ne forcera l’empathie du spectateur, ni par une exposition de sa souffrance (elle reste énigmatique) ni par un adoucissement du personnage. Les interprétations marquantes de l’actrice dans les années post-oscar furent effectivement celles qui exploitaient cette facette, Sylvia (encore une biopic littéraire, sur Sylvia Plath cette fois), Proof (qu’elle avait fait au théâtre) ou encore le récent Two Lovers, pensé pour elle et dont elle est le pôle négatif, en dépit de son apparente clarté.




On est en rage pour cette Regane manquée, dont certainement elle aurait fait quelque chose de surprenant et qui aurait pu relancer sa carrière vacillante, mal entretenue, « peopolisée », rabaissée, blessée par les couvertures de magasines et les déclarations bien pensantes et un peu mièvres de l’actrice.

On est heureux par contre de la tournure brillante qu’à pris celle de Blanchett, dont on n’attendait pas nécessairement ce niveau de versatilité et d’excellence, le rayonnement qui a fini par éclipser d’autres noms, par nature plus star ou plus glamour.

Un vœu double donc pour clore ce parallèle : que l’une continue dans les bonnes directions qu’elle a prises. Que l’autre s’écarte un peu des spirales des médias et du succès d’Iron Man pour trouver un rôle à sa mesure. Et pourquoi chez Shakespeare ?      

    

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Bajazet 07/11/2009 20:15


Est-ce que Charlize Théron a un lien de parenté avec André Théron, qui présentait le tiercé ?

Non ?
Avec Pierrette Brès, alors ?


Le vidame 07/11/2009 18:37


Paltrow devrait jouer au cinéma la femme de ... Nicole Kidman dans un sombre drame sur la transexualité et la peinture dans les années 20. Un rôle prévue pour Charlize Théron qui a déclaré forfait
en septembre. Sortie prévue en 2011. J'attends ça avec impatience
(En attendant d'aller la voir si possible dans Les Trois soeurs à Londres).