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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 18:09

1.       Airs d’opéra français par Kasarova (RCA)

Feu Bajazet en avait dit grand bien. Je suis à la fois partagé et toujours séduit par le timbre et surtout la technique, pourtant peu orthodoxe, de Kasarova, sa projection et son poitrinage expressif. Il lui manque son doute le grand ton épique pour certaines héroïnes (Didon est vraiment sacrifiée) mais le chatoiement des couleurs, en particulier dans le registre lyrique et sopranile, la beauté soyeuse de la voix ont un impact immédiat qui, joint au travail expressif très poussé, minutieux même, font du récital dans son ensemble une réussite assez remarquable. L’air, magnifique, de Cinq Mars qui donne son titre au disque, malgré une respiration malvenue et pourtant très séduisante (à la Baltsa, si l’on veut), est un remède au massacre opéré par Françoise Pollet dans cette même page. Superbe programme (si on le compare, par exemple, au récital français de Larmore, contemporain) avec des choix intéressant, appropriés et relativement originaux (le deuxième air d’Urbain au lieu du premier, « Amour, viens aider ma faiblesse » à la place de « Mon Cœur s’ouvre à sa voix ».) J’aime beaucoup le récital de lieder de Kasarova (chez RCA encore, avec Haider au piano) mais qui prendrait au sérieux si je parlais de ça ?      

 

2.       Airs d’estrade par Maria Stader.

Pardon pour la proposition de titre. Dirigé par Richter qui, pour des raisons à peu près inexplicables, me rend systématiquement neurasthénique à chaque fois qu’il dirige du Bach. J’imagine que c’est une question de ton et de pâte sonore. Le récital  (j’ignore s’il y a une cohérence, mais  sur le report CD les dates d’enregistrement et le nom de l’orchestre le suggère) constitue en fait le premier disque du portrait « In Memoriam » de Stader publié par DG (complété par certain motet de Mozart). La majesté de la direction ne fige absolument pas la chanteuse (ce serait mal la connaître) qui épuise tous les qualificatifs du type « lumineuse », « radieuse » ou même « adamantine ». Sans oublier les « inspirée »,  « fervente » et autre « spirituelle » qu’on a envie d’appliquer sans autre forme de procès ou de réflexion  à ce qu’elle offre dans les airs pour soprano des Passions, du Messie, de la Création ou des Saisons. Il est vraiment étonnant d’entendre à quel point cette voix claire au legato parfait est une voix offensive, violente presque dans son phrasé et ses inflexions. Un extrait d’Elijah conclut le programme et en constitue vocalement et expressivement le sommet.  

 

3.       Arie Amorose (comprendre « Arie Antiche ») par Baker (Philips)

Quand j’étais adolescent et que je collectionnais les catalogues de disques j’étais fasciné par la jaquette de ce récital (Marimer à la baguette). Une rose rouge floutée façon David Hamilton. J’ignorais alors qu’elle recouvrait, parés d’arrangements gracieux, des arie antiche que Janet Baker transformait en exercices terriblement sérieux et mélancoliques. Le phrasé soupire, les voyelles s’ouvrent, les trilles tremblent, tout languit et gémit, et gémit de languir (« Ogni pena più stietata »). Rarement autant que dans ce disque j’ai entendu ce qui, dans la matière vocale de la chanteuse, peut insupporter certains. Mais je suis non seulement bouleversé par le sfumato permanent que lui inspirent ces pages mais encore plus profondément séduit par la nudité du timbre et de la ligne qu’elles permettent. Les notes piano sont très légères, à la limite du détimbrage, et tout, dans la conduite de la voix de l’artiste, concourt à un sentiment de tristesse et de sensualité poétique (le legato et les inflexions un peu molles parfois, à l’opposé de ce que Gluck, Berlioz ou les autres grands tragiques obtiennent d’elle) extrêmement prenant. Glissons et respirons mais n’appuyons pas.   

 

 

4.       Ballades victoriennes et édouardiennes par Palmer (Decca)

J’aime beaucoup le récital de Stuart Burrows et ceux, accompagnés par l’orchestre de Mackerras d’Elisabeth Harwood et Owen Branigan. Mais Palmer, merveilleusement accompagnée par le piano évocateur de John Constable, chante ces pages avec une éloquence à peu près inapprochable. La voix est naturellement peu gracieuse ou aimable, ce qui évite évidemment toute incursion dans le « tea for two » outrancier. A l’inverse elle privilégie un climat sombre, presque tragique, qui s’apparie idéalement avec le poids de son timbre mat et ses aigus un peu dures. Dans certaines ballades (« A mood ») on est saisi par la tristesse sans mièvrerie ni nostalgie de son interprétation qui, l’espace de quelque mesure, évoque, en apesanteur, ce qu’elle pourrait faire dans Mahler ou Berg. L’intensité est d’autant plus remarquable qu’elle n’est pas soulignée et semble souvent naitre de son propre effacement, tant la chanteuse peut se montrer discrète d’intentions : pas (ou peu et toujours justement) de soupirs mélancoliques, de pauses amoureuses, de sourires ostensibles dans la voix. Elle fait confiance, avec raison, à la beauté de ses mots et à la force, peu commune, qui se dégage de sa simple émission, singulièrement variée ici, pulvérisant jusqu’à l’idée du sentimentalisme. Le paradoxe est qu’elle semble pourtant absolument victorienne, sans doute à cause du respect qu’elle montre pour cette musique merveilleuse.  Fantastique de gouaille sans caricature avec l’exacte mesure de nasalité cockney : « It’s all right in the summertime. »      

 

5.       Berg : Lieder par Shirai. Voir Mitsuko Shirai : Alan Berg – Lieder (1900-1925)  pour les détails.

 

 

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Published by Le vidame - dans Musique
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Monsieur Taupe 29/10/2012 01:31


Quand Maria Stader parlait dans le poste :


http://www.youtube.com/watch?v=XzOoLy3JHAU

Monsieur Taupe 17/07/2011 15:35



"Cette tranche de vie" 


Une lamelle, ce serait déjà trop dire. Mais on devine votre côté Merteuil de l'Essonne.


 


Notice pour le grand Stuart :


Ténor gallois. Avait un cou de bœuf et un souffle phénoménal. Chantait merveilleusement Le Messie, les ballades victoriennes et Don Ottavio.


 


 



Le vidame 17/07/2011 00:31



Je parle du disque "Favourites ballads" (ça doit valoir trois francs sur amazon.uk) en fait que j'écoutais, à titre de comparaison et dans lequel Burrows est fantastique vocalement (le
moelleux, la ductilité, l'élégance et tout ce qu'on voudra) mais où il n'atteint pas l'éloquence de Felicity Palmer !


Mais vous ne lisez plus mes mails ? Je vous l'ai écrit l'autre jour ! Pardon chers (éventuels autres) lecteurs de vous faire partager cette tranche de vie.


Je viens de voir qu'il existait un coffret intégral Decca mais à 120 livres ou quelque chose comme cela. C'est de cela que vous parliez ?


Vous savez que c'est très beau les mélodies galloises, AUSSI. Je n'ai rien par lui en revanche dans ce répertoire.


A ma connaissance Sutherland a gravé l'équivalent de deux disques (fabuleux) d'opérette. Ca a été édité pour pas cher et c'est ultra complet. Par contre je ne connaissais pas ce couplage avec
Burrows. Lequel est, j'en suis sûr désormais, un des plus grands ténors à avoir jamais chanté le Messie.



Monsieur Taupe 16/07/2011 01:34



Je bois vos paroles à propos de ce disque fabuleux de Felicity Palmer, qui reste malheureusement méconnu. Quelles musiques ! Quelle artiste ! Et merci de faire voisiner cet album avec les Berg de
Shirai. C'est de la même trempe, au fond.


 


Quand vous parlez du récital de Stuart Burrows, duquel s'agit-il ? Car je me rends compte qu'il a gravé plusieurs disques de mélodies anglaises ou galloises. Ecartons les galloises, il existe en
CD deux disques avec John Constable, l'un intitulé Ballads (avec "Roses de Picardie") et l'autre Songs of love and sentiment (avec "Roses de Picardie", car on ne s'en lasse
pas). Deux mélodies du second (au moins) sont à écouter sur le Tube. En fait Decca avait regroupé tous les récitals de la barraque galloise en un coffret, en incluant je suppose son récital
Mozart avec Pritchard ; ça m'avait échappé. Mais vous, savez-vous bien qu'il existe un disque d'opérettes que se partagent Burrows et Sutherland ?


 


À ses débuts Burrows a chanté Macduff à Cardiff avec la Lady Macbeth de Pauline Tinsley. On en reparlera, sans doute. 8-)