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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 11:38






Noblesse d’empire. Ecuyer, chevalier, baron (bientôt « les plus anciens barons de France » les Montmorency seront en faille d’héritier), comte et duc. Vicomte et marquis n’ont plus leur place dans la hiérarchie : leurs titres fleurent trop l’Ancien Régime. Et l’antique noblesse de cour doit s’incliner. Ségur, dont certes le titre n’est pas usurpé, devenu maître des cérémonies de Napoléon, sera « refait comte », entendons qu’il devient « comte d’empire », par la grâce de l’empereur, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que de  porter un nom pluriséculaire.

Les noms, donc, sont parfois nouveaux (et certains sont éblouissants « Vous avez le plus beau titre de la bande : vous voilà duchesse d’Abrantès » annonce-t-on à Laure Junot) la hiérarchie aussi.

 

Sous Louis XIV et ses successeurs seul le titre de duc avait un éclat supérieur aux autres, aux yeux de l’Etiquette en tout cas. Au moment de la restauration Louis XVIII rétablira cette règle de base et n’accordera qu’aux femmes qu’il appelle « titrées », les duchesses, certains privilèges aux Tuileries (souvenir du « tabouret », en fait un fauteuil confortable, sur lequels les duchesses étaient autorisées à s’assoir en présence de la reine quand toutes les autres dames devaient rester debout). C’est madame de Boigne, née rien moins qu’Osmond, mais comtesse de fraiche date qui raconte cela, non sans amertume. Le roi était un spécialiste des règles versaillaises et savait à merveille en jouer. Quand la duchesse d’Orléans, une Bourbon- Sicile, fille du roi Ferdinand, venait visiter les souverains, elle avait le pas sur son mari, en tant qu’altesse royale. Pire encore : on lui ouvrait les deux portes quand on en refermait une au nez du futur roi des Français.

 

Les luttes d’Etiquette entre les deux maisons remontaient à plusieurs générations : le père de Louis-Philippe s’était vu supprimer son titre de « premier prince de sang » ce qui revenait à lui retirer également son équipage d’altesse royale. Et son grand-père n’avait pas pu rendre officiel son remariage avec madame de Montesson, tante de madame de Genlis, ce qui devait placer le couple et leur entourage dans une situation inextricable à la cour. On était loin du temps où Monsieur frère du roi Louis XIV et Madame, son épouse, princesse Palatine obtenaient de haute lutte pour leurs enfants le titre d’Enfants de France, en principe réservés uniquement aux fils et filles du roi et de la reine.



Louis-Philippe, prince de l'Ancien Régime avant les humiliations
 

Les Orléans gardèrent cependant le premier rang : sous Louis XIV, son frère Philippe était plus que premier prince de sang puisqu’il était lui-même fils de roi. Il épousera par deux fois des princesses royales et ses trois filles seront souveraines régnantes (en Espagne, en Savoie et en Lorraine). Son fils, le futur régent, placera également sur les trônes d’Espagne et, plus modestement, de Modène, Louise et Charlotte d'Orléans. Trois générations plus tard, perdue dans la tourmente révolutionnaire, marquée par l’opprobre d’être la fille du régicide, Adélaïde, plus tard « Madame Adélaïde », la sœur de Louis-Philippe ne trouvera pas à se marier. Son frère se contentera de la dernière des filles (ses sœurs avaient été impératrice, reine de Sardaigne et princesse des Asturies, c'est-à-dire héritière du trône d’Espagne) du roi et de la reine de Naples et des Deux Sicile. Union heureuse d’ailleurs.

 

Devenus roi et reine des Français Louis-Philippe et Marie-Amélie souffriront pour leurs enfants d’un blocus des alliances (il s’agissait de ne surtout pas cautionner la monarchie de juillet par un mariage) qui rendra la quête d’époux et d’épouses des huit rejetons Orléans particulièrement difficile. Ils devront se tourner du côté de la parentèle (protestante parfois ce qui était déjà déroger religieusement) de la reine Victoria. Première victoire cependant, avant le triomphe que constitua le mariage du cadet, Montpensier, avec rien moins qu’une infante d’Espagne : le duc d’Aumale épousa une Bourbon-Sicile, nièce de Marie-Amélie et cousine de la duchesse de Berry, Bourbon et Habsbourg comme il était à peine concevable et comme le révèle le spectaculaire et émouvant portrait que fit d’elle Jalabert, alors qu’elle était en deuil de son fil aîné.     




Il n’y eut pas à proprement parler d’étiquette après juillet 1830. Pas de rang non plus dans un temps où, ceux qui avaient été après les Orléans, sous l’Ancien Régime, les princes de Sang, les Bourbon-Condé et les Bourbon-Conti n’étaient plus, ou presque, et où la branche ainée était en exil, depuis lequel d’ailleurs elle continuait de respecter scrupuleusement les règles édictées par leurs ancêtres. La duchesse d’Angoulême était sur ce point, et sur beaucoup d’autre, aussi intraitable que l’avait été son oncle Louis XVIII. Avant la restauration elle avait refusé de rencontrer la duchesse de Duras, née Claire de Kersent, épouse du premier gentilhomme du roi, mais surtout fille d’un conventionnel. Au moment de la mort de Louis XVIII, elle avait eu immédiatement (c’est encore la comtesse de Boigne qui le raconte) la présence d’esprit de s’effacer devant son mari, fils du nouveau roi Charles X, alors que jusqu’à présent, en tant qu’altesse royale, elle avait le pas sur lui : « Passez le premier Monsieur le Dauphin ». Beaucoup plus tard, au moment de la mort tragique de l’ainé de Louis-Philippe (qui avait le titre de duc d’Orléans après avoir été duc de Chartres, respectant donc la tradition familiale et non pas les titres monarchiques) elle ne prit pas son deuil comme celui du fils du roi (illégitime à ses yeux)  mais comme celui de son cousin : c’était, après tout, la famille et il était inenvisageable de ne pas lui rendre les devoirs qui était dûs à un descendant direct de Louis XIII.


La duchesse d’Angoulême, qui sera la dernière à porter le titre de Dauphine, avait le droit d’être appelée « Madame » sans autre précision. Elle refusera cet honneur à sa belle-sœur, la veuve du duc de Berry. Seule l’épouse du frère du roi (« Monsieur ») et l’aînée des filles de France pouvaient y prétendre. La duchesse de Berry n’était ni l’une, ni l’autre puisque son mari était mort alors qu’il n’était que le neveu du roi régnant. Marie-Thérèse-Charlotte de Bourbon est donc également la dernière « Madame » de l’histoire de l’étiquette française.

 


                                         La Branche aînée. Plus de raideur que de grâce.


« Monsieur » a été uniquement porté par les frères de Louis XIII (Gaston d’Orléans), de Louis XIV (Philippe d’Orléans), de Louis XVI (le comte de Provence, futur Louis XVIII) et de Louis XVIII au moment de la restauration (le comte d’Artois, futur Charles X). « Madame »  a un statut plus varié : outre les épouses des suscités, l’aînée des filles non mariée d’Henri IV (trois se succédèrent) la fille de Louis XIV (« la petite Madame » pour la différencier de sa tante, épouse de « Monsieur », morte à 5 ans), l’aînée de la multitude des « Mesdames de France », filles de Louis XV, dont seule la première trouva à convoler et la première fille de Louis XVI furent pour la cour « Madame » ou parfois « Madame Royale ». Quand il y a deux « Madame », la femme de « Monsieur » et la fille aînée du roi, c’est cette  dernière qui garde le pas, en tant qu’enfant de France. Pour éviter trop de confusion sous Louis XVI on désignait généralement l’épouse de son frère, la comtesse de Provence, comme « Madame » et l’ainée de ses tantes comme « Madame Adélaïde », titre qu’elle avait porté jusqu’à la mort de sa sœur aînée, puisque toutes les filles de France peuvent prétendre au « Madame » avant leur prénom (« Madame Victoire », « Madame Sophie », « Madame Louise » … plus tard « Madame Elisabeth »). Les garçons, à  part l’aîné des frères du roi, garde leur titre complet. En fait cela ne concernera jamais que les petits-fils de Louis XIV et plus tard ceux de Louis XV.  
 

Et « Mademoiselle » se demandera-t-on ? Le titre existe bien, mais ils ne sera porté seul (selon une logique imparable) que par l’aînée des nièces non mariées du roi, la fille de « Monsieur » et de « Madame ». Et la première à porter le titre l’illustrera de si exubérante façon qu’il était difficile ensuite de le détacher d’une image : celle d’une jeune fille blonde, athlétique et littéralement frondeuse, de si haute taille qu’on l’appellera la « Grande Mademoiselle ». Elle aimera tant ce nom qu’elle ne pourra résoudre à le perdre en se mariant, préfigurant ainsi la destinée des filles de Louis XV.  



Parenthèse : le titre est si joli que Louis XIV l’offrira  également à ses légitimées qui porteront les noms ravissant de Mademoiselle de Blois (porté successivement par deux d’entre elles) et de Mademoiselle de Nantes.  On est cependant un rang en dessous de celui du « Mademoiselle tout court », rendu populaire par certaine lettre.

 



Car à la cour moins le titre était long et plus il en disait. Quand on est « Monsieur » et pas « Monsieur de» c’est qu’on est unique. « Monsieur le prince » c’est le premier (sous Louis XIV) prince de sang, le prince de Condé, le titre suffit, point besoin du nom. Et le fils de  « Monsieur le prince » et « Madame la princesse » c’est donc « Monsieur le duc », époux de « Madame la duchesse ». Leurs parents, derniers dans la famille royale, les Bourbon-Conti sont, eux aussi, princes. Mais on les annoncera comme « Monsieur le prince de Conti ». Au moins sont-ils altesses sérénissimes, ce qui leur donne la prédominance sur tout le reste de la cour de France.



Ces questions, à la fois futiles et essentielles dans la logique de l’Ancien Régime et dont on ne peut donner qu’un lointain aperçu constituaient un fantôme à exorciser pour Napoléon (Monsieur de Buonaparté pour les légitimistes). Il devait à la fois le rejoindre et le dépasser. Au moment de la constitution de la cour impériale Il envoya chercher du côté de l’ancienne noblesse, de la princesse de Chimay (les grands noms ont fait la France et plaisent au peuple disait l’empereur) pour en reconstituer les règles, sans toujours de succès. Son maître de cérémonie, le, deux fois, comte de Ségur s’y emploiera finalement avec brio (et sa grand œuvre de ce point de vue est sans doute le sacre de son maître).

En parallèle Madame de Genlis, rescapée de la vieille cour, adressait à la grande duchesse de Toscane, Elisa, une série de lettres qui en donnaient le ton et l’esprit et dont les parvenus, Bachiocci-Bonaparte, suivirent scrupuleusement les conseils. Plus tard, en 1818 et en omettant prudemment d’évoquer le régime impérial l’ancienne âme du Palais Royal devait écrire un précieux Dictionnaire de l’Etiquette, véritable bréviaire mais aussi œuvre de moraliste, dans laquelle on retrouve les obsessions de l’auteur et aussi, de manière intermittente cela dit, sa virtuosité.
Une bonne âme sur internet a retranscrit un des morceaux de bravoure du Dictionnaire l’article « présentation » ici : link
 


Mais pour avoir au mieux à la fois madame de Genlis, et l’esprit de cour, il faut chercher du côté de ses précieux Mémoires dont on ira, pour compléter l’article, lire les pages 198 et suivantes là : link




Madame de Genlis et la future madame Adélaïde à leurs harpes


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Published by Le vidame - dans Histoire
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commentaires

Madame de… 27/09/2009 00:01


Ah, monsieur, vous voyez devant vous la plus infortunée du monde ! Ces boucles, ah ces boucles, je les remise sans cesse dans mon secrétaire Henri XV, et un matin, pffff, envolées, ou volées par la
pie qui chante ! cela est bien singulier.

Pardonnez-moi d'avoir tardé à vous répondre, mais j'ai dû essuyer une trachéotomie. Car voyez-vous, je brûle pour le président du Fort de St-Sylve, mais l'insensé n'a d'yeux que pour Mme de Duras,
dont il traduit les œuvres en français. Je parle de celle qui était coiffée du misérable Grégory, pas de la vôtre, assurément. J'ai donc pensé qu'en modelant mon timbre de voix sur celui de la
défunte enfumée, je pouvais espérer d'attirer son attention. Vaine précaution ! cruelle destinée ! La présidente Tubeuf, qui est de mes amis, me l'avait pourtant prédit à Marly, un jour que nous
jouions au croquet avec Madame la Princesse. Ah, nous sommes deux folles. Adieu.


Le vidame en son vidamé 19/09/2009 23:57

Chère madame,

Depuis la Restauration on donne du "Monseigneur" à n'importe qui. C'est d'un ridicule achevé. Lisez, à ce propos, le Dictionnaire de l'étiquette.

Avez-vous retrouvé vos boucles d'oreilles ?

Madame de… 19/09/2009 23:16

Et vous ne dites rien de "Monseigneur" ?

Bisous !!!