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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 16:19

 

 

1.       Berlioz : Les Nuits d’été par Jennifer Smith.

Ma plus récente découverte foudroyante, si l’on veut. L’interprétation vocalement aquatique et translucide de Smith est d’une radieuse beauté et son timbre est enivrant à force de présence, presque trop parfois, avec sa chair pâle un peu fantomatique (mais alors idéale pour le Spectre de la Rose). Chaque chose donnée analysée séparément offre l’impression de la perfection, de la projection aux nuances, du grave étouffé mais présent, à l’aigu lumineux. Et il y a comme un halo autour de la voix qui dépasse encore les notes, comme si restait une présence alors que le son n’est plus là. Ce qui est exceptionnel c’est qu’avec cette texture vaporeuse et capiteuse le dessin soit si précis : l’attention à la ligne sans aucun doute et le miracle des mots qui sont d’une beauté plastique renversante, bien au-delà de la simple netteté. Rien n’est pointu, rien n’est dur ou figé, tout est dit et surtout tout est vivant et palpite. Bref, pour la poésie et pour le mystère et pour la jeunesse (perceptible et réelle si l’on en croit la date de l’enregistrement) on tient, à mes oreilles, la version définitive des Nuits d’été d’autant que Mackerras couve amoureusement sa soliste et fait soupirer son orchestre avec une exquise tendresse. 

 

2.       Berlioz : Les Troyens par Colin Davis.

Je voulais parler de la version abrégée que j’ai de l’œuvre, en anglais, avec Elms et surtout Elkins très belle et émouvante Cassandre (c’est la création australienne) mais une controverse sur un forum m’a fait replonger dans la lecture de Davis, qui semble passée de mode aujourd’hui. Pourtant, dès l’entrée de Berit Lindhom, Cassandre à la beauté sauvage, à l’émission comme sourde et insinuante à la fois (je ne sais pas si c’est juste couvert et carrément tubé) et aux éclats amers je me suis retrouvé dans mon élément, d’autant que j’avais le sentiment d’une tension dramatique orchestral que n’a précisément pas mon petit disque australien. Les gémissements de Lindhom s’apparient parfaitement bien avec la rudesse de Glossop en Chorèbe, alors que l’autre couple, Vickers et Veasey, est au contraire violemment contrasté. Vickers arrache sa voix avec la force d’un demi-dieu (ce qu’est Enée) et semble perpétuellement menacer de viol la Didon éminemment féminine et surtout élégiaque de Veasey dont le timbre délicat et brumeux est comme agressé par les rocailles du ténor. Le duo m’avait paru vraiment épique dans ses conditions et j’ai toujours été un peu déçu par les autres versions à cet endroit de la partition. Si l’on ajoute les grâces anglaises d’Heather Begg en Anna et la clarté noble et éloquente de Soyer … je n’ai pas réellement besoin d’aller voir ailleurs. Tant pis pour la nouveauté. Après tout je ne suis pas Blanche Dubois et j’aime être en terrain connu.

    

3.       Brahms : Volsklieder  et Volsk-kinderlieder par Schreier et Mathis.

J’ai trouvé ça au cœur d’un coffret Brahms caché dans le terrier d’une taupe, mais je viens de constater que ça se déniche aussi, pour assez cher, « à l’unité ». De toute manière l’investissement est tel ... D’abord l’œuvre (les œuvres ?) est d’une poésie archaïque bouleversante et semble s’inscrire presque naturellement dans le patrimoine génétique de l’auditeur. Ensuite Schreier et Mathis sont miraculeux. Elle n’a jamais été aussi en voix, fraiche, ronde charnue, lumineuse, souple, franchement séduisante, lui est transfiguré par l’allemand et ce répertoire faussement folklorique. Son émission se déploie avec une liberté qui n’a pas toujours été la sienne, rendant le timbre immédiatement beau. Deux heures durant ils échangent et communiquent avec une espèce de grâce qui est aussi une évidence. Le ton est systématiquement juste, toujours respectueux et plein de tact, sans mélodramatisme, sans fausse simplicité enfantine et infantile non plus. Bref « la musique avant toute chose », les notes sont atteintes avec une intonation infaillible et le phrasé, chez tous les deux, est d’une régularité qui semble respirer avec la mesure et avec l’accompagnement pianistique d’un Karl Engel parfaitement attentif.

 

4.       Britten : Gloriana  par Mackerras (Decca)

L’œuvre n’a pas été gravée par le compositeur, en raison, sans doute, de son insuccès notoire. C’est donc Mackerras le héro de ce beau coffret « Argo » qui réunit Shirley-Quick,Terfel, Yvonne Kenny et Della Jones autour du couple Landridge/ Barstow. C’est du tout beau Britten : la reprise des songs élisabéthaines s’inscrit merveilleusement dans un discours musical continu (alors qu’il marque pourtant la différence entre récitatifs et airs), fluide et tendu et l’orchestration est, comme toujours, chez le compositeur d’une transparence aérienne (que j’associe pour ma part à la musique anglaise) et surtout d’une inventivité qui transmue le matériel de base, déjà d’une noble inspiration. L’effet est donc similaire à celui produit par sa réorchestration de L’Opéra des gueux avec en prime des audaces virevoltantes et poétiques. Les « lute song » d’Essex, le « soliloque et la prière » de la reine qui termine le premier acte, les danses (Volte et Pavane) du second et la ravissante « dressing table song » du troisième sont mes moments préférés d’une partition éminemment poétique. Ma sensibilité au thème est sans doute pour quelque chose dans ma fascination pour l’œuvre, mais enfin, et sans honnir, bien au contraire, Donizetti en général, je donne tous les Devereux du monde pour quelques mesures féériques de Gloriana. La distribution parle d’elle-même : difficile de faire plus authentique, plus britannique, plus sensible que nos glorieux natifs d’Albion, avec, en prime, une Barstow, qui n’a pas toujours eu de chance au disque, très en voix (c’en est presque étonnant), à défaut d’être naturellement séduisante, dans un rôle qui lui va comme un sceptre à la main d’une reine.

 

 

5.       Cavalli et Monteverdi : airs par Von Stade. Voir Frederica Von Stade : Récital – Monteverdi/Cavalli/Mozart (Erato) .

 

 

 

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Published by Le vidame - dans Musique
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commentaires

Monsieur Taupe 21/04/2014 11:20


Peter Schreier en coffret cadeau :


http://www.jpc.de/jpcng/classic/detail/-/art/lieder/hnum/4211031

Le vidame 20/08/2011 22:50



Qui je sais ? Heynis ?



Monsieur Taupe 07/08/2011 16:41



Clément me signale que le Tube propose les deux airs de Sesto à Aix, son et image !


 


http://www.youtube.com/watch?v=s3S5SHM8OdU
http://www.youtube.com/watch?v=qymtpywYkUY&feature=related


 


Par ailleurs j'ai écouté les Sea pictures d'Elgar par Connolly (Naxos). Magnifique !
et quel soin des mots… elle ne fait pas regretter qui vous savez, c'est dire.





 






Monsieur Taupe 27/07/2011 01:08



J'avais complètement oublié que Kasarova chantait Vitellia sur ce disque, que j'ai pourtant beaucoup écouté, avec délectation, naguère.


 


Connaissez-vous Julie Kaufmann ? Oui oui, c'est de la troupière. C'est à elle que Philips avait confié pour l'intégrale Mozart les versions ornées de certains airs de concert et de l'air de
Jean-Chrétien "Cara la doce fiamma". La voix est assez quelconque mais agréable, c'est très pro, sans personnalité véritable. Mais c'est un baume comparée à Eva Lind, qui sévit plus loin sur le
CD. Comment disiez-vous ? "des envies de meurtre" ? Qu'on ait conduit cette fille dans un studio d'enregistrement, y compris pour un récital, est une énigme de l'histoire du XXe siècle finissant.
On se dirait presque qu'avec certaines chanteuses, il faudrait faire comme avec certains chatons : les noyer à la naissance.


 


 



Le vidame 27/07/2011 00:36



Tom aimait beaucoup, mais il ne vient plus ici, je crois !


Je me rappelle que pendant le Pavé dans marre (à l'aveugle) c'était cette Vitellia qui avait été retenue. Cela dit on ne devait entendre que le rondo, du moins j'imagine.


(aïe, Kirkby a couiné un aigu dans le Salve Regina)


Vocalement une des versions de l'air les plus belles que j'ai entendues, impétueuse, très juvénile et pleine de sève, c'était celle de Kasarova dans son récital
Mozart.