Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 20:46

 

1.       Chants populaires anglais par Ferrier (Decca)

Pour le coup quelque chose dans lequel Kathleen Ferrier est vraiment irremplaçable. Je ne vois comment mieux chanter ces pages, avec  le même naturel, sans jamais cesser d’être une voix lyrique. Le poids du timbre et de la projection, parait-il littéralement miraculeuse, sans doute, la facilité de l’anglais aussi évidemment. Ferrier ne se pose manifestement aucune question : elle aborde les chansons de son pays avec le même sérieux et la même manière que les pages plus écrites. D’ailleurs on ne verra pas vraiment de différence avec le bouquet de mélodies de Quilter placé au milieu du disque. Ce qui précisément peut, pour certains, passer pour ennuyeux chez Ferrier, sa probité toute simple, évidemment hors de propos pour Wolf, est absolument adapté ici. D’autant que les couleurs automnales de la voix lui donnent immédiatement un parfum d’irrésistible nostalgie qui éclaire tout ce répertoire mi souriant, mi mélancolique. On admirera le célébrissime « Blow the wind Southerly » enregistré a capella et qui semble saturer l’univers de timbre. Ferrier allège sans minauder « The Keel Row » aussi bien qu’elle donne un impact tragique naturellement profond à « Ca’ the yowes ». Tout à citer, au fond, d’abord pour la qualité vraiment extraordinaire du répertoire folklorique anglais (« Willow, Willow », par exemple, en termes de beauté et d’émotion, je voudrais bien qu’on me trouve un équivalent ailleurs). Et puis on repèrera même au détour d’un arrangement le nom du grand Britten (« O Waly, Waly »). A compléter par le Broadcast de mélodies anglaises, toujours chez Decca (avec le merveilleux « Go not, happy day » de Bridge).

 

2.       Chausson : Mélodies par Stutzmann.

Il ne m’est pas très simple de parler de Nathalie Stutzmann. C’est une voix que j’aime et une musicienne que je trouve admirable. Reste que, assez souvent, ses ambitions excèdent ses moyens. On devine toujours chez elle des trésors d’inventivité et de sens poétique, de multiples suggestions de phrasé. Mais comment les exprimer correctement quand la même couleur, terriblement sombre (pour ne pas dire lourde) et uniforme, transcende et éteint à la fois la quasi-totalité de la tessiture ? D’où mes relatives déceptions quand je l’entends dans des rôles lyriques exubérant et rococo où le geste reste paradoxalement trop large pour lui permettre de raffiner tranquillement sa ligne. Je reste donc persuadé qu’un certain romantisme et post-romantisme serein et équilibré constitue le répertoire qui lui sied le mieux, d’autant plus avec l’accompagnement pianistique qui n’assourdit pas sa voix. Le disque Fauré, le Poulenc, sont déjà d’admirables réalisations. Le programme Chausson a pour lui une relative rareté et une qualité d’inspiration absolument exceptionnelle. La beauté des mélodies est parfois poignante mais le plus souvent, malgré son pessimisme, réconfortante, comme si le sentiment de fatalisme qui en découle était aussi celui d’une acceptation libérée de l’inéluctable (ou alors je suis délirant, à cause des feuilles d’automne observées en plein mois de juillet dans ma banlieue.) Bref la voix de Stutzmann qui a toujours semblée intellectuelle, très construite, très recherchée avec cette  profondeur de timbre qui donne l’impression d’une profondeur de pensée, fait dans « Hébé » ou « La Caravane », sans le poids de l’orchestre, des miracles qui sont aussi des sortilèges d’alchimiste : les couleurs ne m’ont jamais paru aussi ambrées, aussi chatoyantes, le grain aussi beau qu’ici. Accompagnement pianistique d’Inger Södergren éblouissant.    

 

3.       Cherubini : Medea par Serafin

J’aime énormément cette partition, dès son ouverture tonitruante et en même temps pleinement architecturée. Curieusement (ou peut-être pas ?) j’ai toujours été un peu déçu par les versions que j’ai entendues, après celle de Serafin. Celle-ci ne brille pas par son Jason, ni par sa Néride (laquelle récupère pourtant un air merveilleux d’un classicisme inquiétant et mélancolique à la fois). Outre Serafin, que je trouve ici vraiment remarquable de vigueur et de rigueur, l’enregistrement bénéficie de la présence de la toute jeune et toute frêle Scotto, qui n’a jamais dû paraître si simplement jeune et radieuse au disque, malgré l’étroitesse de la ligne, que dans son ravissant air du premier acte (Lorengar y est sensationnelle avec Gardelli I). Et puis Callas, dont ni le timbre, ni la technique, ni le vibrato, ne me rendent fou, mais que je trouve ici à son meilleur, duretés ou pas, violente et étrange comme il se doit, toujours pleine de voyelles et de consonnes. Les aigus sont déchirés (« pieta ») mais quelque chose d’à la fois massif dans la texture et svelte dans sa conduite de la voix rend chacune de ses interventions fascinantes. Et puis pour un rôle et un opéra si exigeants dramatiquement, si anguleux et en même temps si susceptibles de tomber dans les horreurs wagnériennes une prise de son de studio, très proche du détail, est indispensable à mes oreilles. J’aimerais, cependant, entendre dans de bonnes conditions les restes de la Médée de Plowright.

 

4.       Cilea : Adriana Lecouvreur par Bonynge.

Voilà qu’interviennent dans ce parcours Bonynge et Sutherland, mes saints patrons, qu’on retrouvera. Les faire rentrer par Cilea n’est pas banal en soi et j’en suis assez fier. Mais le fait est qu’Adriana Lecouvreur est un de ces opéras « tournant du siècle » aux langueurs mélodiques et aux luxueuses (et pourtant très simples) pages orchestrales, post-romantiques jusqu’à l’excès, auxquels je suis très sensible. La lecture flatteuse de Bonynge accentue tout particulièrement ces données, au détriment peut-être de la face « nouvelle école italienne », pratiquement imperceptible ici. J’en profite pour donner une des phrases critiques que je préfère (c’était dans l’Avant Scène) : « la Princesse de Cleopatra Ciurca tient sa place à défaut de son rang. » Et le couple Bergonzi-Sutherland est, littéralement, admirable et parfaitement assorti. Lui est particulièrement dense, elle suprêmement diffuse, chacun s’applique à sa manière à réparer des ans l’irréparable outrage. Sutherland se découvre une diction (elle roule même ses « r ») et surtout des grâces de manière parfaitement assorties au personnage (quand on la compare à Caballé ou même à Tebaldi c’est frappant). Sa scène finale n’arrachera pas des sanglots, mais elle touchera, à défaut d’éblouir, à la fois par la conviction du ton et par la tenue magistrale de la ligne. Bergonzi ne se débraille jamais, mais est parfaitement chaleureux et timbré et noble, à son habitude, dans un rôle pas toujours épargné. Nucci donne une réplique de rêve pour Michonnet (un des personnages les plus sympathiques de l’histoire de la musique lyrique, je trouve.) La voisine est un peu mure, les violettes déjà fanées, mais il y a un charme et un chic à tout cela que je ne trouve pas dans des versions plus fameuses.  

 

5.       Donizetti : Anna Bolena par Varsivo. Voir Le Retour des Morts-Chantants  pour les détails.

J’ajoute juste que j’aime tout particulièrement ce Donizetti là, dont on m’a souvent conté et expliqué les faiblesses. Je n’y peux rien : en ce qui concerne l’inspiration mélodique, du début à la fin, je suis aux anges. Mon moment favori, curieusement, c’est ce chœur des suivantes, quand Anna est à la tour, qui accueille Seymour. Je crois que musicalement c’est très banal mais dans cette célébration funèbre et féminine, du vivant de la reine, j’entends un glas authentique.  

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le vidame - dans Musique
commenter cet article

commentaires

Monsieur Taupe 23/07/2011 23:30



« Pétulant(e) : ne s'emploie que pour parler des sopranos aigus (Mady Mesplé, Roberta Peters, Reri Grist, etc.). Voir l'article "Soubrette (Voix de)". »


(Reggiani Segalino, Dictionnaire des idées reçues respectant le cadre spatio-temporel )


 



Le vidame 23/07/2011 22:47



Notez, puisqu'on en parle à côté, que la gravure de "Poveri fiori" par Stella est superlative (superbe récital DG). C'est beau, intense, très dessiné quoique très italien et toujours un peu
surprenant, à cause de la pétulence du timbre.



Monsieur Taupe 23/07/2011 21:50



Les vieilles dames ne portent pas de violettes sechées en bouquet*, elles les mangent.


 


 


*Ou alors est-ce en rapport avec le fantôme menstruel dans le langage des fleurs ?



Le vidame 23/07/2011 20:56



Dites vous pourriez être aimable avec les vieilles dames.



Monsieur Taupe 23/07/2011 20:52



« J'imagine toujours un bouquet de violettes de Toulouse séchées quand je l'écoute.  »


Ce ne serait pas plus simple de l'abattre à bout portant ? On en aurait fini, comme ça.