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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 20:30

1.       Hahn : «  La Belle époque » : Mélodies par Graham (Sony)

Quand l’album est paru il semblait placer la musique de Hahn sous un éclairage glamour. Quelque chose dans le genre « Susan Graham fait redécouvrir un compositeur oublié », après les programmes originaux de Von Otter ou Bartoli. Et le disque était disponible partout. Il est très possible, en réalité, que l’on ait fait mieux avant et que l’on ait fait mieux depuis. En fait je ne me suis pas vraiment posé la question : je suis resté à ce disque, alors que Graham n’a jamais été de ces chanteuses qui me passionnent (mais passionne-t-elle quelqu’un ?). Pas plus d’ailleurs qu’elle ne figure parmi celles qui me révulsent. La voix est très belle, au sens le plus banal du terme : ronde, éclatante, facile, chaleureuse et le timbre pourra être très justement qualifié de « doré » dans les réserves de prêt-à-penser des critiques. Je pense que la technique est parfaitement orthodoxe, ce qui expliquerait ce sentiment de confort, dans les moments les plus exposés, les aigus ou les notes filées. C’est aussi un interprète assez discrète et de bon goût, qui ne fera jamais subir aux musiques qu’elle sert des extrapolations personnelles. Le mot n’est pas tout à fait son fort (c’est étonnant d’ailleurs cette réputation flatteuse qu’elle a eu en français), du moins à l’époque de l’enregistrement du disque. Bref … je ne marche pas du tout, par exemple, à sa Didon. Mais je trouve que ces qualités flatteuses s’accordent absolument à son propos ici. Je ne sais pas si elle avait pour but de faire découvrir une face cachée du compositeur, mais j’ai vraiment été conquis par sa lecture « décadente, mais pas trop ». Je ne sais pas qui chantait ces merveilleuses pages au moment où on les créait. Peut-être s’agissait-il de chanteuses précieuses et pointues. Mais la voix de Graham et le piano de Roger Vignole sonnent à la fois chic et nostalgique, avec une rondeur automnale aimable, dès les premières mesures. Bref c’est bien de charme qu’il s’agit et celui de « A Chloris », de « Je me souviens », de « L’Heure exquise » et autres somptuosités est tout à fait intact et même décuplé dans cette interprétation sérieuse et pleine de tact, sans alanguissements salonnards ni second degré hors de propos. Un très beau disque en fait, qui remet Hahn à la place qui lui revient dans ce répertoire, c'est-à-dire une des premières.      

 

2.       Haendel : Extraits de Jules César par Böhm  (DG)

Celui-là serait peut-être le tout premier. J’en ai déjà parlé peu ici (Le Phénix ), mais je ne me lasse pas de le redire. Seefried en 1959, c’est déjà un peu tard, tout le monde s’en doute.  La sélection est flatteuse pour sa voix et surtout Böhm respecte son souffle fragile. Je suis toujours surpris d’entendre cette honnêteté chez elle, cette manière d’affronter et de se tendre que je trouve toujours si émouvante. Je ne sais pas si je pourrais qualifier sa Cléopâtre de gracieuse (de toute manière pour Cléopatra-Armide, écoutez Troyanos chez Richter et la messe sera dite), mais les couleurs sont d’une féminité presque violente et tout chez elle ruisselle de vie et d’ardeur. En conséquence les lamentos ne sont absolument pas des moments suspendus, mais des réactions, des attaques, où même les silences sont éloquents. Fischer-Dieskau s’amuse manifestement : plus qu’avec Richter j’entends, un faux guerrier artificiellement noirci (rien à voir avec l’Agamemnon dont je parlais plus haut), plein de prétention, un peu dandy aussi, sans une hésitation (la baguette soutenue et mobile de Böhm n’y est pas pour rien). Bref, c’est vraiment le Jules César de mes rêves, très exactement celui que je perçois dans le livret, même si, au bilan, la voix ne semble jamais très belle.  Le plus grand c’est le chef, absolument saisissant (quand on pense aux versions contemporaines et même plus tardives) de modernité : si la pâte orchestrale est romantique, l’animation et le drame (« Se pieta ») sont, eux, intemporels.     

 

3.       Haendel : Theodora par Samory (Vanguard Classic)

Avant la production déjà légendaire donc. Déjà (c'est-à-dire avant les recherches musicologiques  plus poussées) on entend le rayonnement de la partition, extrêmement bien servie par des artistes qui n’en font jamais de la musique d’oratorio prévictorien mais chantent un drame et animent leurs récitatifs. Les deux altos sont particulièrement remarquables et suffisamment contrastées, même si la même légèreté d’émission, la même souplesse dans l’intonation les réunit dans le bien chanter. Le grain est un peu plus épais, l’ampleur plus épanouie, plus « contralto » chez Forrester (qui ne suggère jamais cependant une lourdeur maternelle dans sa composition) et le timbre de Lehane a vraiment pour lui une luminosité très émouvante et plus juvénile. On ne les confondra donc pas et on se réjouira d’entendre Forrester autrement mieux entouré que pour sa frustrante Cornelia chez Rudel (RCA).  Young est un merveilleux ténor et je regrette de ne pas l’avoir entendu dans des grands emplois mozartien, Idomeneo ou Tito par exemple. Il est, à son habitude, admirable d’anglais, de délié dans les vocalises, de legato expressif, d’élégance aussi, le tout sans jamais paraître fade. Son Septimius est à la fois raisonnablement viril et plein de ferveur. Un modèle de beau chant, en somme. C’est presque un pléonasme quand il s’agit de cet artiste. Heather Harper m’a longtemps parue pâle à côté de ses partenaires, mais sa Theodora est, en fait, consciemment absente, jouant davantage que les autres voix féminines la carte du sacré (je ne dis pas qu’elle est inanimée non plus : ses récitatifs sont aussi vivants que ceux des autres), virginale en fait, ce qui  n’est évidemment pas un contre-sens. Tout s’équilibre à merveille en fait et rayonne sous la battue de Somary.

 

4.       Massenet : Récital « Amoureuse »  par Illing. Pour les détails voir Richarderies .

 

5.       Massenet : Le Roi de Lahore par Bonynge

 

Que j’aime Massenet ! Et surtout que j’aime Le Roi de Lahore, une de ses partitions les plus immédiatement mélodieuses. Le livret est évidemment ahurissant et son parfum d’exotisme a sans doute toujours réjoui les cœurs simples. Mais vraiment je trouve cette musique (alors que Massenet est encore très jeune) prodigieusement efficace, dans son galbe et dans sa couleur. Les ensembles sont spectaculaires comme il se doit et dramatiquement pleins d’impact. Et puis les airs, romances ou grande scène, sont du plus séduisant Massenet. A ce niveau de réussite dans le même registre « franco-français fleuri » je ne vois que le Gounod de Faust et le Delibes de Lakmé. Il parait que la version Bonynge (quasiment unique officiellement) est coupée et transposée pour correspondre aux perles élégiaques de la dame. Il faut lire à ce propos le commentaire furibond de Gérard Condé dans l’ASO. Mais, en cultivant ce registre laiteux, Dame Joan est impériale, un peu trop riche en tout pour une petite prêtresse, mais absolument pas placide (la musique ne s’y prête pas), sans contrefaire la jeunesse, ni minauder. Le phrasé de violoniste, à l’intensité progressive, pour l’impétueux « Ah Scindia tu me crois coupable » supplée expressivement aux angles (sic) que la voix n’apporte pas. J’ai toujours eu une tendresse extrême pour la voix un peu monocorde et vite courte de Lima. Il y a chez lui une très touchante fragilité et quelque chose d’un peu droit dans l’émission qui généralement me séduit. Conjugué à son investissement à fleur de chant, je trouve toujours le résultat attachant. Du coup il n’est pas la même cour vocale qu’un Milnes menaçant par la simple stature de sa voix et toujours parfait, quoiqu’un peu anonyme et « internationale », diseur et styliste. Les seconds rôles ce sont Huguette chérie qui tube outrageusement (à tout prendre ça passe mieux ici que dans ses Haendel tardifs) et Ghiaurov assez magnétique de couleurs, assez fabriqué et luxueux à la fois pour être un superbe Indra de pacotille.  

 

 

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Published by Le vidame - dans Musique
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