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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 11:54

La fièvre des listes a repris. Voilà la suite d'une série débutée l'été dernier.

 

1.       Massenet : Werther  par Chailly

C’est à peu près aussi simple que cela : je pense que Werther est le plus bel opéra du XIXème. Sentiment conforté par l’impact d’une représentation parisienne où un ténor mélancolique (oxymore !) soutenu par une baguette morbide (et pleine de morbidezza) dévorait le personnage. Il n’y a cependant aucune version au disque qui me satisfasse entièrement (et surtout pas le fameux studio EMI où Plasson, cette fois, s’ennuie et où Kraus m’endort). Alors je reviens à Chailly, plus léger de texture, privilégiant la transparence sur le romantisme échevelé, tenu dans les épanchements, mais sombre, narratif, concentré. Tout est beau et sonne avec la noble mesure indispensable ici. Devant lui une distribution improbable, du moins pour s’accorder à cette lecture. Mais Domingo est sage en studio, expansif, ardent, amoureux plus que suicidaire, légèrement barytonant à force de chanter très serré. Ce n’est pas une voix élégante et le français, quoiqu’honorable, n’est pas d’une finesse qui révolutionnera l’histoire du disque. Mais la générosité vocale du ténor n’empêche pas, dans sa franchise, une appréciable honnêteté et surtout des moments de lyrisme, voire d’élégie, très prenants. On s’incline devant un tel panache que le studio contraint, pour le meilleur, sans aucun doute. Face à lui la moins naturelles des Charlotte, Madame Obrastzova, déjà terreur de ceux qui veulent de la réserve et de la noblesse en Amnéris ou en Carmen. La langue ne suggère rien, mais il est ridicule de prétendre qu’on a pu le lire ici ou là, qu’elle joue les viragos. Au contraire elle est pendant les trois premiers actes presque neutre, absente, sans accent ou phrasé. C’est la nature gigantesque et caverneuse même de la voix qui la trahit au moindre forte, au moindre grave (« Laisse couler le larme » dans sa première phrase évoque … Von Stade … et ensuite plutôt Ghiaurov). Au demeurant le timbre est somptueux (sans être, intrinsèquement, gras), le legato exceptionnel et les aigus rayonnants. Ce qui nous vaut un dernier acte étonnant, tout à coup spontané, d’une sensualité pas du tout hors sujet au moment du « premier baiser ».  Moll et Auger son chiquissimes pour des bons bourgeois, tous les deux à la fois racés et vivants, à l’image de la direction dont je redis encore la remarquable beauté.

 

2.       Mélodies américaines  par Larmore. Voir Jennifer Larmore : My Native Land / A collection of American Songs

 

3.       Mélodies populaires allemandes  par Hallstein. Voir Picoti, Picota

 

4.       Meyerbeer : Les Huguenots par Bonynge.

C’est par cette version que j’ai découvert les merveilles des Huguenots. Gloire à monsieur et à madame Bonynge, ici à son meilleur et disposant du rôle en vrai (dans la version live de la Scala son long duo de bravoure est transformé en court solo sans sens, parce que Corelli ne voulut pas s’en mêler). Dans un rôle essentiellement décoratif elle est essentiellement décorative avec l’assurance royale qui sied aussi bien dans l’abbellimento que dans l'ampleur.  On a beaucoup critiqué le couple principal, elle (Arroyo, toute jeune) plus massive que lui (Vrénios, dont c’est le principal mérite que d’avoir cherché, avec l’aide de Bonynge, à ressusciter  l’horizontalité qu’on imagine chez les ténors du premier XIXème siècle, plus peuplier que chêne). Mais si Valentine ne palpite pas beaucoup elle chante avec un moelleux, un grave et une projection incomparables. Bref … j’écoute toujours avec un plaisir difficilement évaluable le grand duo d’amour, un des plus réussis, les plus excitants, les plus mobiles, des plus inspirés aussi de l’opéra romantique, à mon sens. A leurs côtés Huguette Tourangeau trouve son meilleur rôle (et sans qu’Urbain soit amputé de son deuxième air) : elle est tout particulièrement en voix du grave à l’aigu (sans que rien soit orthodoxe, bien entendu) et l’alliance de vigueur et de malice la montre très l’aise dans la rhétorique du page érotisé. Ghiuselev est moins surdimensionné que d’autres en Marcel (grand souvenir, cette fois, de Simionato et Ghiaurov dans le duo de l’église, à la Scala), moins impressionnant et plus banal, mais Bacquier est parfait (attention aux lieus communs qui suivent) de français (surtout par comparaison avec les autres) et de noblesse rude pour Saint-Bris. La version est, je crois, raisonnablement complète (on a fait mieux depuis si j’ai bien suivi les derniers rebondissements sur le net) et je dois dire que j’ai toujours trouvé la direction de Bonynge redoutablement efficace. Les morceaux de bravoure se succèdent, saisissent l’auditeur, se fredonnent avant que, presque brutalement, la ligne enivrante du duo Valentine-Raoul atteigne à une grâce frémissante, bellinienne si l’on veut. A noter, enfin, la présence de Kiri Te Kanawa et d’Arleen Auger en silhouettes d’apparat.    

  

5.       Mozart : Airs de concert par Scovotti.

Quand je pense à la voix de Jeanette Scovotti je visualise un diaphragme exceptionnel. Ou plutôt j'essaye de le conceptualiser, car je ne sais pas vraiment à quoi ressemble un diaphragme. Quoiqu'il en soit, ce qu'on appelle, je crois, techniquement, le "soutien" me semble être une des marques distinctives de cette voix un peu pincée. Dans les airs de concert de Mozart (enregistrés avec H.Blomstedt) et pour lesquels elle a les concurrentes les plus renommées, elle ne peut pas se prévaloir de leurs séductions ou simplement du sentiment rassurant de la légitimité qui se traduit par un amplomb et une assurance qu'elle n'ignore pas absolument cependant. L'auditeur ne se pose pas beaucoup de questions en écoutant Gruberova, Moser ou Dessay dans les airs pour Aloysia. En découvrant les tensions et les témérités de Scovotti il n'expérimente plus cette facilité qui consiste à chercher immédiatement les défauts ou les qualités en sus des notes : le mélomane naïf cherche d'abord ces notes (d'ailleurs il finit toujours par les trouver, non sans quelques frayeurs.) Comment être certain, au détour d'une courbe mélodique, que cette texture quelque peu ingrate ne lâchera pas ? C'est là où intervient ces vertus nobles de la respiration et du soutien qui lui permettent de conquérir de haute lutte les traits virtuoses comme les sommets que les critiques aiment qualifier de stratosphériques. Le spectacle vocal devient donc passionnant, coloré, dynamique. Non pas que Scovotti donne l'impression du négligé et il ne faut pas imaginer une voix "à peu près" dans les cordes de ce ring musical. Mais on entend l'effort et la recherche dans la vocalité de la chanteuse, comme si elle devait trouver des ressources dans la chair, réduite mais veinée, vivante, de la voix. Parfois elle se déchire ou du moins se détend jusqu'à se vider presque entièrement de sa substance : certaines aigreurs, certaines acidités paraissent le résultat d'une mesure trop longue, prise sur un seul souffle, épuisant les réserves charnues, les grattant jusqu'à l'os. Pour admirer sans réserve ce noble courage, on écoutera avec intérêt le grand "Misero Me" K.77 : le récitatif initial est magnifique, vigoureux (les attaques de la chanteuse sont toujours d'une énergie presque sauvage ... il faut entendre, à titre d'exemple, les premières mesures de "No, che non sei capace" K.419), sans trouble, plus baroque que rococo et l'impressionnant programme de l'air est soutenu (on y revient) de bout en bout, dans le virtuose comme dans la tessiture (le grave sonne très chaud, très plein), porté par une violence vocale qui est aussi un emportement tragique. La hauteur du ton rejoint, avec bonheur, la grandeur fleurie de la musique.          

 

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Published by Le vidame - dans Musique
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