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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 15:12





Encyclopédie subjective du cinéma

Au cours d’un vol qui transportait une charretée de vedettes Warner, quelques intempéries inquiétèrent suffisamment les illustres passagers pour que Bette Davis se demande à haute voix  « Mon Dieu, si l’avion s’écrasait, la mort duquel d’entre nous serait en première page ? ». Lucille Ball lui répondit calmement  « Ne t’inquiète pas chérie, ce serait la tienne ».

Quand Ross Hunter, décidemment un génie de la chose commerciale, prit, en tant que producteur les commandes d’Airport, il pressentait qu’il ne crasherait aucune de ses précieuses stars auprès du box-office. Le film connut un succès fulgurant et initia toute la vogue des films catastrophe des années 70. Il repose sur un double principe. Le premier est celui, bien connu depuis les glorieuses années de la MGM, du « all-cast stars » (dont Grand Hôtel, autre histoire de touristes perdus, fut le prototype en 1932) réunis dans un seul lieu, de préférence clos. Le second, souvent appelé « principe des voyageurs en péril », avait fait l’objet de quelques films dans les années 50, dont L’Heure Zéro avec Linda Darnell et le considérable ratage que fut Ecrit dans le ciel avec John Wayne, d’ailleurs également un all cast stars. Ce n’est pas ce dernier film, cependant, que je mettrais en rapport avec Airport.

Je pense plutôt au mélodrame ultra mondain que réalisa Asquith en 1963 : Hotel International. Les deux films se passent essentiellement dans un lieu unique, un aéroport (l’action d’Airport dialogue cependant entre l’avion et l’aérogare, mais son cœur névralgique est bien situé là où l’indique le titre) pendant environ 24 heures (reproduisant inconsciemment deux des règles du théâtre classique). Dans le film de George Seaton la neige envahit tout l’écran (c’est le genre d’images qui vous donnent instantanément envie de vous blotir sous une couverture, avec une tasse de chocolat chaud. Ou de partir en hurlant. C’est selon). Dans celui d’Asquith c’est le brouillard londonien qui offre son cachet brumeux à l’intrigue. Les deux éléments météorologiques influent de manière décisive sur une constellation de destins plus ou moins romanesques (à quoi s’ajoute dans le film catastrophe une bombe, pour faire bonne mesure).  Une galerie de beaux noms et de beaux visages  (Lancester, Seberg, Dean Martin, Jacqueline Bisset dans l’un, Elisabeth Taylor, Burton, Louis Jourdan, Elsa Martinelli dans l’autre), quelques acteurs de caractère (Orson Welles, qui fut cantonné dans ce registre le plus souvent lorsqu’il travaillait pour quelqu’un d’autre que lui-même, et Margaret Rutherford font partie des « VIP’s » de l’Hôtel international tandis que Van Heflin, revenant des Trois Mousquetaires, Helen Hayes revenant d’Anastasia, Maureen Stapleton revenant d’on ne sait où, volent le show dans Airport) assurent la dose de glamour et de personnalité indispensables. La photographie, chez l’un comme chez l’autre, est claire, peu contrastée, un peu pastelle dans Hotel (mais j’en ai une copie désastreuse) un peu terne dans Airport (annonçant toute une école de photographie télévisuelle dans les années 70) et les couleurs crème, beige, taupe, anis abondent dans le design des deux films (et atteignent jusqu’aux costumes des actrices … heureusement Taylor arbore un somptueux déshabillé rose bonbon à un moment) sans doute pour se marier à la neige et au brouillard. L'un comme l'autre, enfin, connut un important battage publicitaire (les producteurs d’Hôtel comptaient, avec raison, sur la couverture médiatique assurée par le tout nouveau couple Burton-Taylor. Il sortit un peu avant Cléopâtre qui était bloqué encore dans la salle de montage, avec les conséquences que l’on sait. C’est donc le film d’Asquith qui connut le succès populaire, rançon du scandale) et permit à une actrice d’un âge certain et dans un rôle loufoque d’obtenir un oscar (Hayes et Rutherford respectivement). 




J’ai aujourd’hui (mais qu’en serait-il demain ?) une préférence pour le plus ancien des deux : d’abord pour son imaginatif et mouvementé générique qui nous présente les protagonistes avant leur arrivée à l'aéroport. Ensuite parce que Hôtel International est dialoguées par Terrence Rattigan, un de ces noms qui n’évoquent plus rien aujourd’hui mais qui triomphaient sur les scènes londoniennes à force de poncifs et de personnages bien alignés mais malgré tout attachants. Enfin parce que tout film avec Elisabeth Taylor est pour moi une joie potentielle, tant elle a le geste de la diva chevillé au corps et la chair éclatante. Elle est d’ailleurs belle à couper le souffle pendant tout le film (ah … ce chignon haut et compliqué qui révèle son ovale parfait) et son regard mélancolique illumine l’écran et plonge dans l’ombre ses partenaires, en particulier un Louis Jourdan épuisé, marqué et touchant. Les gros plans (j’en ai rarement vus d’aussi abondants) soulignent à l’envie son éclat et la caméra la caresse amoureusement d’un mouvement de balancier qui est récurrent dans tous les affrontements pendant le film. Les mêmes plans rapprochés servent l’expressivité naturelle d’une Maggie Smith tellement charismatique en secrétaire, dès son entrée, qu’on ne voit pas comment Rod Taylor, son patron, pourrait passer à côté. Le numéro est bien rodé, comme celui d’Orson Welles, accent russe et faux nez de clown à l’appuie, en réalisateur véreux ou celui de Burton en homme d’affaire glacé qui se transforme en épave en l’espace d’une nuit par amour. Au cours d’une scène de ménage prophétique il projette le bras de Taylor contre le miroir de la salle de bain qui vole en éclats métaphoriquement paroxysmiques. Numéro aussi pour Margaret Rutherford, grandiose, attifée comme l’as de pique, les gestes désordonnés et le sourire désarmant (son  expression, adorable et un peu folle en même temps, lorsqu’elle apprend qu’elle pourra rester « dans sa maison » au lieu de partir en Floride justifie bien un oscar). Miklos Rosza lui a composé un court mais délicieux pastiche élisabéthain qui revient comme un leitmotiv à chacune de ses apparitions et qui contraste heureusement avec le motif lancinants des amours malheureuses de Taylor, Burton et Jourdan. 

Rien à voir avec l’ouverture triomphante écrite par Tiomkin pour Airport et qui épouse à merveille les silhouettes colossales des avions et les lumières clignotantes des pistes filmées frontalement. A côté les problèmes humains ont l’air tout petits et d’ailleurs les protagonistes sont, d’une certaine manière perdus dans la foule (les premières secondes du film, un fond noir, envahi progressivement par les bruits caractéristiques qu’on entend dans un terminal, avant que la lumière se fasse brutalement, sont exemplaires de ce point de vue). Les souffrances de Jean Seberg (hautaine et improbablement casquée de blond), de Lancaster (qui aurait aimé être ailleurs …. Ça se voit un peu), de Jacqueline Bisset (le regard dans la vague) ne sont que détails en comparaison des angoisses qui menacent le groupe et non plus seulement l’individu, ce que la mise en scène souligne à loisir. La plupart des protagonistes du film de Seaton font corps avec l’aéroport qui n’est pas pour eux un simple lieu de passage : même la vieille dame jouée par Helen Hayes y passe sa vie. Bisset peut-être mourante (et enceinte qui plus est) nous laisse plus froids qu’un mécanicien qui s’obstine à vouloir dégager une piste. Le ronflement du moteur devient plus expressif que les pleurs des acteurs. Heflin et surtout Stapleton, apportent cependant une humanité très forte à leurs quelques scènes et Hayes, légende du théâtre américain, est si délicieuse, si drôle (avec un timing comique irresistible) qu’on oublierait presque qu’elle pourrait jouer ça les yeux fermés et que son interprétation est finalement un peu attendue.

Les deux films se complètent, comme deux faces d’une médaille, que d’aucun trouve peu glorieuse, en passant du portrait de groupe de voyageurs riches, beaux et célèbres aux mécanismes internes d’un aéroport en péril. Le glamour, encore survivant en 1963, de l’ère des studios est remplacé en l’espace de quelques années par la belle carosserie des colosses volants. Mais ne boudons pas notre plaisir. Surtout avec une tasse de chocolat chaud.     

 


(Juste pour le plaisir. Au centre la princesse de Lamballe. Par quelle prescience le peintre lui a-t-il donné cette pose presque maniériste qui met en valeur son cou gracile ?)

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Le vidame 09/11/2009 18:01


Il me semblait bien qu'elle ne frissonnait pas du tout dans ce récital Erato que pour des raisons absolument sentimentales je continue d'aimer (première rencontre avec ce répertoire et avec le
timbre de Baker ... si je ne compte pas la scène d'Armide entendue par hasard chez des amis). Mais c'est terne, c'est sûr.


Bajazet 09/11/2009 16:56


Si par récital Mozart vous entendez le disque Erato tardif, ce n'est pas celui-là. Il s'agit du programme Mozart-Beethoven-Schubert (Philips) réédité chez Panton, où Madame chante les deux airs de
Sesto, plus quelques lieder avec piano-forte (très british guindés, d'ailleurs). Il y a un truc italien archaïsant de Beethoven aussi, rare, et l'inévitable "Ah, perfido". Plus un vaste extrait du
Lazarus de Schubert, souverain.


Le vidame 08/11/2009 19:37


Vous savez qu'à chaque fois que vous faites un jeu de mots je vérifie si je n'ai pas fait une faute d'orthographe dans le nom en question ? Oui ? Sadique.

Sexto c'est le live introuvable avec Harper en Vitellia (je crois) ? L'air gravé dans le récital Mozart ? Autre chose ? (Ceci n'est pas un QCM).


Bajazet 08/11/2009 19:26


Je vous lamballe, ou c'est pour consommer tout de suite ?

Je tiens quand même à dire, et nul ne m'en empêchera, que si le nom d'Anthony Asquith apparaît au générique, c'est sa femme Lorraine qui s'était tapé tout le boulot.

(Oh, Janet Baker vient de faire un trille comme un frisson en Sesto !)