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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 15:12




Encyclopédie subjective du cinéma

Attention, film réservé à ceux que l’esthétique faussement anglaise de la MGM ne rebute pas. Il ne manque pas un napperon cosy, pas un bouquet de fleurs, pas une tasse de thé, pas un feu de cheminée. On sait que cela a donné, dans les années 1940, quelques chefs d’œuvres d’un certain « romantisme » bien victorien sur le fond, comme la remarquable adaptation d’Orgueil et Préjugé de Robert Z. Leonard ou encore Prisonniers du passé de Mervyn Leroy, d’ailleurs deux autres véhicules pour Greer Garson.  En 1939, après quelques succès au théâtre et après avoir patienté plus de deux ans dans les studios de la Métro, elle faisait ses débuts au cinéma dans cet Au Revoir Mr Chips, initiant une histoire d’amour avec le public et la critique qui devait durer exactement le temps la guerre.

Inspiré d’une nouvelle qu’avait écrite James Hilton (l’auteur d’Horizons perdus) pour une publication de Noël, le film de Sam Wood était par définition un film de prestige, destiné à montrer tout ce que savait faire techniquement le studio, tout en chantant certaines valeurs familiales qui ne dépareraient pas un épisode dominical de La petite maison dans la prairie.  

Il est difficile de parler objectivement de ce type de film, et encore plus de chercher un auteur à ce qui est avant tout un produit de studio, de ceux qu’on reconnait dès le premier instant comme étant estampillés Metro, en raison d’abord de la volonté affichée de « faire joli », c'est-à-dire de flatter l’œil et de conforter l’esprit. La photographie crémeuse caractéristique s’allie harmonieusement aux costumes 1900 du début du film, à la peau laiteuse de Greer Garson et aux petites enfants essoufflés mais bien coiffés, courant en uniformes dans d’exquis décors qui n’ont absolument rien de naturel, même quand les héros font de la bicyclette dans les forêts viennoises. Jusqu'à la construction en flash-back (un vieux monsieur revient sur son passé), utilisée abondamment par la MGM depuis le début du parlant (Romance avec Greta Garbo, Le Péché de Madelon Claudet avec Helen Hayes et un large etc.) sans doute pour accentuer la dimension conte de ces récits un peu moralisateurs. On retrouve cependant Sam Wood à la fois dans sa lenteur, ou plutôt sa largeur de tempo, proverbiale (comme celle de Mervyn Leroy) et dans l’abondance des gros plans. Mais pour apprécier ce genre de production tout dépend de ce qui nous est raconté et, évidemment, de son propre état d’esprit.  

Le personnage éponyme est devenu le prototype de l’enseignant dévoué, au cinéma et quand The Browning version  donnera une vision ô combien cruelle de l’échec du professorat on parlera d’ « anti Mr Chips », de la même manière que l’enseignante jouée par Martha Scott dans Cheers for Miss Bishop (1941) est décrite systématiquement comme un versant féminin du même Mr Chips. Il y aurait toute une étude à mener sur l’enseignement dans le cinéma anglo-saxon qui nous le montre très souvent comme espèce de sacerdoce excluant, entre autres, la réussite amoureuse. En tout cas, presque toujours, d’amer le professeur-héro devient aimant, après avoir été brillant étudiant, puis débutant chahuté et timide.

Robert Donat joue toute la gamme avec un charme étonnant. Quelques scènes le montrent sous un aspect physique flatteur qui rend plus impressionnante encore, par contraste, sa composition en vieux garçon moustachu et vouté, puis en vieillard fragile. Il est pour beaucoup dans la sympathie que l’on éprouve pour son Mr Chips et pour l’intérêt que l’on prend à des mésaventures rythmées par les rentrées scolaires, les cours de latin et …. deux guerres mondiales. L’oscar obtenu (l’année ou Clark Gable était déclaré favori pour Autant en emporte le vent) est finalement mérité pour la prouesse technique autant que pour la tendresse.

Dans un rôle abandonné par Myrna Loy et qu’elle n’avait guère envie à la base d’interpréter, parce que trop court, Greer Garson est délicieuse, son espièglerie et sa fermeté naturelles corrigeant la mièvrerie qui rode toujours autour du personnage de la bonne épouse. Elle aussi rend Katherine étonnement humaine et c’est aussi ce qui nous touche dans l’histoire de Mr Chips, puisque sa simple disparition suffit à nous émouvoir, sa mort en couche faisant l’objet d’une surprenante éclipse (par pudeur ? par réserve ?) et basculant le film tout à coup du sourire aux larmes. Plus tôt, dans la plus jolie scène de ce conte en milieu scolaire, les deux futurs époux s’étaient rencontrés, perdus au sommet d’une montagne (c’étaient les vacances de Monsieur Chips) sans se voir, parce que cernés par une brume à la consistance de barbe à papa.          

Pour une fois, voilà un film facile à voir, disponible en Z2 pour une  bouchée de pain, avec sous-titres français (c’est le grand luxe). A noter qu’un remake musical existe, avec Peter O’Toole et … Petula Clark !

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Le vidame 11/12/2009 20:09


Et dire que je n'ai même pas vu The Browning version que je connais uniquement par l'abondante, et enthousiaste, littérature critique qu'il y a autour du film. ;-)


Catherine 11/12/2009 19:51


Ton avis m'a fait visionner aussi The Browning version. Chef d'oeuvre absolu à mes yeux, subtilité, finesse du jeu "so british". Michael Redgrave fabuleux !


Le vidame 09/12/2009 18:21


Au moins cet article a servi à quelque chose.

Ton commentaire me permet de donner une précision que j'avais oubliée dans le corps de l'article. Au revoir Mr Chips avait été sélectionné par les studios américains pour représenter le pays au
tout premier festival de Cannes .... qui n'a évidemment pas eu lieu puisqu'il devait se dérouler au printemps 1939 ....


Catherine 09/12/2009 18:10


Suite à cet article, je viens de visionner ce film, que je n'avais jamais vu, eh oui ! Robert Donat y est étonnant, et on comprend comment il a pu raflé l'Oscar à Clark Gable, tant sa prestation
est énorme ! Très bon film en tous les cas.


Catherine 07/12/2009 19:23


Pourtant la dernière version que tu trouves pleurnicharde est dans l'esprit du roman, même si on a accentué le romantisme de la scène de la pluie, mais le livre n'est pas cynique :) !
Je n'ai pas non plus vu la version Colin Firth !