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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 11:30

 

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Encyclopédie subjective du cinéma

« Tu as vraiment de drôles de goûts » me disait ma sœur, dubitative et un peu inquiète, un soir de Noël où je regardais, fasciné, « le plus beau film jamais tourné » comme disait modestement son réalisateur. Dans une certaine mesure je ne suis pas loin de partager son avis, tant la préciosité chatoyante du film me séduit.


A une période charnière où ce genre de choses commençaient à passer de mode, Logan, figure mythique du théâtre américain, s’applique à faire de chaque séquence un morceau de bravoure esthétique (pour ne pas dire esthétisant), de chaque plan un tableau vivant. En fonction de l’humeur du jour, certains moments peuvent sembler aux limites du ridicule ou même franchir allégrement le pas (le flash back où Guenièvre, les cheveux dénoués dans la lumière, rejoint Lancelot dans sa chambre) à force de porter à leurs paroxysmes les expérimentations des sixties. Les vêtements et les coiffures ont ainsi une touche Art Deco (revendiquée par l’affiche du film) et certains moments  peuvent aussi évoquer le préraphaélisme qui a souvent fantasmé avec bonheur l’époque médiévale. Mais le couple royal roulé dans des couvertures en peaux de bêtes ou courant pieds nus au milieu des ramiers du château sont incontestablement marqués par les discours hippies.     


On pourra sourire aussi de cette lecture de la geste arthurienne (jamais autant, à mon sens, que dans l’épouvantablement prosaïque Chevaliers de la Table Ronde de Richard Thorpe) qui fait surnommer Lancelot « Lance », Guenièvre « Ginny » ou Pellinore « Pelly ». Mais ce serait oublier que c’est une comédie musicale, l’adaptation d’un sommet de Broadway et que le charme yankee est parfois irrésistible. La pièce était déjà sans doute une œuvre majeure, dotée d’abord d’une musique merveilleuse d’un Loewe (le compositeur de My Fair Lady) probablement touché par la grâce divine. Je ne vois pas d’autre explication à la constante hauteur de son inspiration mélodique ici. Et il composera en plus pour le film (c’est systématiquement demandé pour les adaptations cinématographiques de comédies musicales afin, entre autres, de permettre aux compositeurs de concourir pour les oscars) une chanson extatique, « 
If Ever I Should Leave You »,
qui s’élève au niveau de sa partition originale.


De la légende, le merveilleux est évacué, sans trop de dommage parce que la mise en images de Logan est déjà un objet d’émerveillement, au premier sens du terme. Merlin n’est qu’une ombre, le Graal n’est pas évoqué. Reste essentiellement la relation triangulaire entre Guenièvre, Lancelot et Arthur, sur fond de réformes visant à civiliser le royaume anglais (c’est ce que représente le château de Camelot et la Table Ronde). A quoi s’ajoute un ton singulièrement mélancolique qui envahit le film, au fur et à mesure que les héros vieillissent et se désenchantent sans jamais porté les stigmates de l’âge sur leurs beaux visages. Vanessa Redgrave, Richard Harris, Franco Nero, trois nouveaux venus en 1967, constituent d’ailleurs un appel vibrant à l’orgie la plus sauvage tant ils sont flattés par les costumes, la photographie et les nombreux gros plans, les deux premiers étant, en plus, réellement bouleversants au moment de leurs adieux. Nero est doublé tandis que Harris et Redgrave chantent dans des rôles écrits à la base pour Richard Burton et Julie Andrews (c’est dire si les chansons de Guenièvre sont difficiles, mais l’actrice s’en sort haut la main) et sont surtout d’une lumineuse humanité.


A propos de lumière il faut souligner l’importance qu’elle prend dans la conduite de la mise en scène. Les jeunes années des héros sont marquées d’abord par une neige littéralement éblouissante, ensuite par le soleil du printemps que chante Guenièvre. La fin du film baigne au contraire dans une brume qui métamorphose les paysages, devenus moitié inquiétants, moitié féériques.


Logan a eu deux soucis manifestes. D’abord profiter au maximum des moyens offerts par le cinéma et en ce sens il n’y a pas de limites à la somptuosité dont il entoure ses héros. Ensuite dynamiser le statisme qu’on peut toujours craindre d’une adaptation théâtrale, non pas tant en variant ses mouvements de caméra (ce n’est pas un véritable homme de cinéma) qu’en donnant l’impression que l’espace bouge en filmant des lieux différents (la chanson d’introduction de Lancelot qui l’accompagne pendant sa traversée de la manche est exemplaire de ce point de vue). Il a réussi à tout, puisque, pourvu qu’on ne soit pas insensible au genre, les quasi trois heures de Camelot passent comme un rêve, ponctuées d’images inoubliables comme celle du mariage éclairé par des centaines de bougies vacillantes ou de l’entrée sous la neige de Vanessa Redgrave/Guenièvre. Je ne sais pas si c’est un grand film.
Mais un beau film, certainement.

 

 

 

"Take me to the fair". Pas la meilleure des chansons du film, mais ma préférée.

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Catherine 24/12/2009 10:34


Le problème c'est que Take me to the Fair est une des meilleures chansons du film à mes yeux. J'adore My Fair Lady, mais là j'ai eu beaucoup de mal avec Camelot.


Bajazet 24/12/2009 01:03


Wouldn't it be lovely ?

(lovelyyyyyy !)


Le vidame 24/12/2009 00:44


On vous imagine bien chantonner "Take me to the fair" à la ronde au mois de mai, tiens ...

Vous noterez que j'ai bien dit "ma préférée" et pas "la meilleure" (c'est d'ailleurs la moins célèbre, ce qui ne veut d'ailleurs pas toujours dire grand chose).


Bajazet 24/12/2009 00:27


J'avoue que j'ai trouvé cette chanson "Take me etc." sans intérêt notable. Je dois être corrompu par My Fair Lady. ^^
If you're in love, show me !


Catherine 23/12/2009 23:45


Ce n'est pas un grand film, mais c'est quand même un beau film, l'esthétique est très importante dans ce film. Le dommage est vraiment la musique que je n'ai pas aimée plus que cela !