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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 20:41

Pour éviter que le malheureux lecteur en vienne à supporter les publicités à propos des ventres plats (je trouve l'allusion scandaleuse, pour ma part) je rouvre une page sur ce blog, qui touche, je dois le dire, à sa fin.

En effet je compte bien aller jusqu'en 1971 pour mes oscars, mais le cinéma des années 70 m'a été longtemps trop indifférent pour que je sois en mesure de parler de toutes les interprétations concernées. Après cela ... nous verrons, j'ai passé le temps des critiques, le temps des lilas et des roses aussi.

 

En attendant, afin de commencer les réjouissances, deux lignes anodines pour un disque séduisant : le récital Tebaldi/Corelli (Decca), que je découvre dans des conditions confortables (j'ai acheté la première édition compact, complétée par des extraits de la Tosca de Maazel pour lui et deux airs du récital avec Bonynge pour elle). Voilà un disque étonnant qui expose les qualités de Tebaldi et ne laissent pas vraiment le temps de s'apesentir sur ses défauts. On passe sur Adriana pas vraiment indispensable et redondante, mais les duos où elle joue à la mezzo (Gioconda et Aïda) sont grandioses, conquérants, héroïques, italiens à n'en plus finir dans les mots et la couleur. Elle est particulièrement habitée par Amnéris, rôle qu'on peut s'approprier avec cette franchise là (tout le monde n'est pas Höngen non plus) quand on ces grands moyens. L'autorité, le poitrinage, la crânerie surtout (pas ce qu'on attend le plus chez elle) sont très séduisants, à condition de goûter cette école du chant verdien expansif (et franchement elle vaut souvent dix fois Barbieri et cinq fois Cossotto). En soprano lyriques, elle a encore de beaux restes, malgré ses allures de matrone pas vraiment appropriées à Manon et à Francesca. Le studio lui soigne le registre supérieur, le slancio fait une grande partie du reste, les nuances sont à la corde, délicatement ourlées, même si parfois elle murmure (avec grâce) ou soupire plus qu'elle ne soutient. Il faudrait quand même être un triste sire pour bouder son plaisir en écoutant son legato en Francesca (on rage : et l'intégrale ?) d'autant plus que Corelli est égal à lui-même d'un bout à l'autre du disque (et évidemment assez attendu, le vibrato serré et l'italien parfait quoique générique vont aussi bien à Radamès qu'à Des Grieux), mais particulièrement fougueux et sexy en Paolo dont il a, pour d'évidentes raisons culturelles, l'école vaguement décadente. Le héros machiste et macho, en quelque sorte pré-mussolinien, la tête aussi chaude que la voix, c'est bien lui. Il est mieux conservé que son illustre partenaire, mais on ne peut pas vraiment le prendre pour un jouvenceau (le timbre n'est pas celui d'un adolescent) et comme à l'opéra tout est question d'équilibre, le couple qu'ils forment, sans complexe et manifestement inspiré par ses pages, est titanesque comme le sont les points d'orgue du ténor (bridé par le style de la soprano, rassurez-vous, vous, là-bas, le sceptique). Aucun des deux ne sanglotent, Tebaldi crie un peu, mais c'est pour la bonne cause (et surtout parce que même la tessiture confortable de Francesca est un peu aigue pour elle dans les années 70).  Le reste peut servir de hors d'oeuvre (encore que, vraiment l'Amnéris impétueuse de Tebaldi ...) mais les dix-huit minutes de Zandonaï rendent le disque précieux si l'on aime se rouler dans le stupre du faux vérisme les soirs moites de juin. Comme quoi il arrive que le trop de tout (de timbre, de notes, d'harmoniques, de cordes à l'orchestre et de fleurs dans les voix ...) se révèlent exactement suffisants.

 

On pourrait en dire autant du récital Massenet de madame Tourangeau, que le coffret (Decca encore), publié l'année dernière, a exhumé. On cherchera en vain chez l'artiste une technique orthodoxe. C'est une voix à la fois entière et fabriquée, probablement plus à l'aise et séduisante, pour cette raison, dans le répertoire lyrique. La mélodie française ne la sert sans doute pas puisqu'elle ne permet pas les effets vocaux, discutables mais souvent assez  frappants, que son émission permet (ou même exige) dans les vocalises ou les notes les plus extrèmes de sa tessitures. Le timbre, en 1970, est très beau à mes oreilles, la vibration toujours discrète mais quelque chose de très sourd détruit, malgré l'articulation perceptible des consonnes, la clarté du mot, même en français. De l'effet des sons tubés sur la diction en musique ... Quoiqu'il en soit il est serait presque inutile de se poser la question de l'interprète (des interprètes puisque c'est, évidemment, Richard Bonyng qui l'accompagne au piano). Le programme est ravissant de la première à la dernière note, se fredonne sous la douche, exhale le temps de Louis-Philippe, du second empire, de la troisième république. Sans doute pourrait-on parler d'une forme de super variété pour grands bourgeois. Ce qui explique aussi le charme réel prodigué par Huguette Tourangeau, laquel n'a jamais été une aristocrate du chant : les pauses, les rubati ne sont pas tout à fait des minauderies ou plutôt certaines mignardises vont bien à cette musique sucrée et délicieuse ("Les Amoureuses sont des folles" ou "Printemps dernier" assez anthologique, à sa manière, tant pour la musique que pour la lecture opérée par Tourangeau, qui se permet quelques notes de poitrine, et Bonynge). Quelque fois, la gravité, même surjouée, même mièvre ("Le petit Jésus"), fait vraiment mouche, dégage une poésie nostalgique ("Ce que disent les cloches"), parvient à laisser une impression plus durable que celle de l'immédiateté du plaisir. Et on convoque le meilleur Hahn, ce qui est un immense compliment.      

En complément des mélodies interprétées avec la même coquetterie, le même enthousiasme et la même joliesse par Sutherland, glanées ça et là dans son immense discographie.

 

 

Etant donné que mes connaissances en matière d'interprétation non vocale sont, pour ainsi dire, inexistantes et que je n'ai donc aucune exigeance particulière en la matière, je peux les yeux fermées acheter des disques Naxos pour à peu près tout, alors qu'un opéra enregistré par le firme me fait toujours craindre une absence de singularité, ou, pire de propreté vocale que je finirais sans doute par percevoir, malgré les éventuelles séductions de la musique. Par exemple je peux écouter, heureux et détendu, les programmes de piano romantique de la firme, sans me poser de question philologique, ni m'astreindre à une critique réelle. Il suffit de dire que les disques de la musique de Wallace enregistrés par Rosemary Tuck (au merveilleux patronyme évoquant Robin des Bois) sont délicieux d'un bout à l'autre et que cette musique de salon est d'une extrême amabilité, même quand elle prétend avoir, comme dans le cas des Celtic Fantasies, des origines folkloriques. Rien à voir avec Bartók, autant le préciser immédiatement, mais une virtuosité caressante qui est assez propice aux rêves sans devenir inexistante ou absolument vaine. La deuxième partie du disque est particulièrement belle avec les variations autour des ballades les plus populaires.   

 

Au coeur du coffre que Membran a consacré à Léopold Simoneau il y a un merveilleux liederabend salzbourgeois (1959, Werba au piano). Avec du Haydn, du Haendel, du Duparc et du Fauré ... et surtout une cantate de Rameau, "L'Impatience" qui déroule pendant dix minutes ce que doit être du beau chant français : l'élégance sans la miévrerie, les nuances sans les finasseries. Simoneau aborde se répertoire sans avoir peur d'y toucher (et même d'appuyer la vocalise plus noble que rococo), mais avec un chic, une manière de faire passer la musique du bout du timbre et une diction pleine de voyelles qui rend chaque mot poétique à entendre ("rigueur", "amant", "peine" ... tout y passe et tout est beau). Werba est un accompagnateur classique de rêve.

 

 

 

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Published by Le vidame - dans Musique
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commentaires

Pierre 13/06/2013 12:52


Ah... Tebaldi, Tourangeau et Simoneau... cet article était fait pour moi!


En tout cas, ce coffret Membran de Simoneau me tente bien. Il va falloir que je regarde ça de plus près!


Encore merci pour ces commentaires!

Catherine 08/06/2013 11:01


J'espère que tu continueras à alimenter ce blog même si tu ne fais plus les oscars, il y a plein de choses dont tu peux parler, tes articles de portraits historiques, de CD sont toujours très
intéressants, et tu peux nous apprendre plein de choses sur les films. Alors j'espère juste que le premier paragraphe nostalgique n'est lié qu'à la nostalgie du monent que tu traverses et qu'elle
fera bientôt place à une joie partageuse :) !