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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 20:29

 

 

 

 

12 entrées dans le mélodrame en couleurs

Quatre pour illustrer le génie de Ross Hunter

Tout ce que le ciel permet (Douglas Sirk)

Revu avec un bonheur intense en cette période. Je continue de penser que c’est le film le mieux mis en scène que j’ai jamais visionné. Chaque plan est parfait, chaque séquence idéalement construite et montée, tout ce qui est montré est signifiant et les dialogues, y compris lorsqu’ils se réduisent à une succession de clichés, touchent droit au but et l’utilisation de la musique est éblouissante. Wyman et Hudson sont merveilleux de simplicité et forment, avec leur physiques contrastés, un des couples les attachants de l’histoire du cinéma. Curieusement si le film est réalisé comme un mélodrame, à tel point qu’il fait référence dans ce registre, son intrigue est d’une banalité et d’une linéarité qui contrastent avec les excès attachés aux autres grands titres exemplaires. Il faut rappeler que le film est basé sur le même sujet (mais était-ce conscient ?) qu’un ancien succès Warner de Barbara Stanwyck My reputation, réussite mineure mais très attachante.

Mirage de la vie (Douglas Sirk)

Remake d’un film de Stalh, à la grammaire visuelle beaucoup plus pauvre le film, la derniere œuvre de Sirk (qui pensa un moment travailler sur un remake de Madame X avec la même Lana Turner)  est un feu d’artifices à la fois plastique et émotionnel qui a suscité une exégèse nombreuse et passionnante au même titre que certains titres d’Ophuls ou d’Hitchcock.  Le film peut donc se lire au premier ou au second degré (c’est le titre qui le dit) mais je me suis toujours refusé à croire que la fameuse ironie sirkienne puisse se faire au dépend de ses personnages. Le générique d’ouverture est à lui seul un chef d’œuvre mais Sirk réussit à prolonger indéfiniment ce qui devrait constituer un seul et unique climax. L’effet lacrymale, pour qui est sensible au genre, est encore assuré à la dixième vision (« Good Bye … mummy »). 

Back Street (David Miller)

Hunter sans Sirk. Comme Le Secret Magnifique le remake d’un film avec Irene Dunne (qui avait d’ailleurs déjà été refait en 1940 avec Margaret Sullavan). Comme Le Mirage de la vie c’est d’une adaptation de Fanny Hurst qu’il s’agit. Le film de Miller permet donc de constater que le génie de Sirk lui était propre et n’avait rien à voir avec les production values. Le plaisir est pourtant d’une violence proportionnelle à l’argent investi. La bande annonce est restée légendaire car elle présentait les modèles que de grands couturiers parisiens avaient dessinés pour le film. Et la villa sur la Riviera est une des plus luxueuse jamais vue à l’écran (luxe paradoxal quand on pense qu’il s’agit à la base d’une histoire de misère et de tristesse). Hayward est trop âgée pour le rôle, mais Vera Miles en épouse alcoolique et amère vaut carrément le détour (et le coup d’œil, surtout dans ces robes.)

Son Seul Amour (Jerry Hopper)

Le film aurait dû constituer de nouvelles retrouvailles Sirk/Hudson/Wyman. Mais cette dernière était trop comme il faut pour jouer une fille de saloon et le réalisateur allemand s’attela à d’autres projets. Le film (en costumes) fut un échec relatif, ce qui persuada Hunter de ne plus donner que dans le contemporain. C’est l’adaptation d’un best seller scandaleux, au cadre vaguement westernien, mais surtout prétexte à accompagner Anne Baxter (excellente) à la recherche de maternité et de respectabilité pendant dix ans, jusqu’à un incendie rédempteur qui la débarrasse à la fois de la maison de jeux clinquantes qu’elle avait fait construire pour de mauvaise raison, et de l’épouse (évidemment odieuse) de l’homme qu’elle aimait. Rien ne manque pour jouir sans contrainte des éléments nécessaires au genre, mais c’est surtout le dernier quart d’heure (un soir de réveillon d’ailleurs) qui achève d’entrainer l’adhésion. A noter que le film m’avait été signalé dans El Melodrama de Guillermo Balmori.

 

 

Une trilogie pour éclairer les années 60.

En tout cas les débuts des années 60, quand à la très sérieuse MGM on ne savait plus exactement comment matcher les concurrents dans le registre mélodramo-trash. Mettre en scène la prostitution et ses déboires apparut comme une solution idéale  pour attirer un public en mal d’émotions fortes.  Ce furent La Venus au vison (Daniel Mann), Ada (du même) et Volupté (Ranald MacDougald). Trois films construits autour des rapports (évidemment impossibles au moins a priori) entre une call girl (ou une entraineuse) et un homme riche/puissant. Daniel Mann en a réalisé deux, Ada devant être un véhicule pour Elisabeth Taylor qui avait déjà joué dans La Vénus au vison. Volupté, sorti la même année que le film avec Taylor, fut finalement sacrifié par les publicistes de la firme quand ils réalisèrent que les deux films étaient vraiment trop proches (1960) et que Taylor bénéficiait d’une aura toute autre que celle de Gina Lollobrigida à ce moment là. Trois mélodrames plutôt sordides, trois variations sur la Dame aux camélias, dans un univers glauque (Daniel Mann est toujours inspiré dans ce registre) et hyper urbain. Mais les intrigues sont ponctuées d’excès qui, simplement illustrés pourtant, dégagent une séduction malsaine. La Venus au vison les multiplie, dès une ouverture fracassante au cours de laquelle la Liz Taylor des grands jours, à la fois vulgaire et flamboyante, bref parfaite pour le rôle, se réveille dans un lit déserté, lance l’argent qu’on lui a laissé, écrit avec un rouge à lèvre sur un miroir « Pas à vendre » et s’empare d’un vison qu’elle enfile directement par-dessus son déshabillé. Volupté est plus modeste mais devient très piquant quand on découvre que le personnage paternel (équivalent de Germont père dans la pièce de Dumas Fils) est aussi un ex-amant de la fiancée de son fils. Et Ada est plus optimiste, puisque Susan Hayward (très à l’aise) non seulement conserve son époux gouverneur mais réussit à se faire un nom dans la politique (!!!). 

 

 

 

Cinq titres pour rappeler que dans « Mélodrame » il y a « mélo »

Mélodie Interrompue (Curtis Bernhart) 

Biopic de la soprano Marjorie Lawrence et peut-être le rôle le plus prestigieux d’Eleanor Parker, spectaculaire, qui joue de manière très théâtrale, suivant les codes du temps, les passages sur scènes, et surjoue, avec maestria, les moments les plus dramatiques du film (montrant ainsi subtilement la différence entre les deux). Le film est un excellent exemple de ces biographies en principe anodines et basées sur un schéma immuable (difficultés à percer puis immense succès) qui prennent tout leur intérêt grâce à un élément ouvertement mélodramatique (ici la poliomyélite dont est brusquement atteinte la chanteuse). On est constamment aux frontières (si tenues dans ce registre) du ridicule et du sublime, mais si on marche (sans jeu de mots) le moment où Lawrence/Parker parvient, alors qu’elle chante la mort d’Isolde, à se tenir sur ses deux jambes, procure frissons jubilatoires. C’est Eileen Farrell qui double Eleanor Parker. Farrell avait refusé que son nom soit cité au générique pour ne pas faire d’ombre à Lawrence qui chantait encore en 1955 mais n’était guère plus capable de donner les morceaux de bravoure exigés pour le film.

La Chanson du souvenir (Charles Vidor)

Autre biopic, d’un compositeur cette fois, en l’occurrence Chopin, joué par Corneld Wilde (propulsé star) qui n’a pas précisément un physique de phtisique. Le cabotinage éhonté de Paul Muni et l’allure aristocrate de Merle Oberon en George Sand (interprétée par les scénaristes et l’actrice comme un mauvais génie) valent, à eux seuls, le détour. Gros succès de la Universal avec des tonnes de musique accessible quoique sérieuse et les couleurs typiques de la firme. Chopin devient un héros de l’indépendance polonaise, est déchiré par ses sentiments amoureux et contradictoires et joue du piano (pour la patrie) à en mourir. Sand (adepte de l’art pour l’art) refuse de venir à son chevet, mais la mort est comme une transfiguration de l’artiste, n’est-ce pas … on ne pleure peut-être pas (Charles Vidor n’est pas un génie du genre) mais l’ensemble a fier allure, grâce aux production values et aux interprètes.

La Belle des belles (Robert Z.Leonard)

C’est signé par un vétéran d’Hollywood (il avait mis en scène pratiquement la même histoire dans le génial Chant du printemps) qui, dit-on ne vint pratiquement jamais sur le plateau, laissant aux producteurs et à la diva littéralement le soin de faire le film. On cherchera vainement une idée de réalisateur dans ce mélo picaresque, prétexte surtout à voir triompher et souffrir Lollobrigida (censée incarner Lina Cavalieri), plus Gina que jamais, c'est-à-dire assez géniale. Plumes et robes à tournures sont sollicités autant que les corsets mettant en valeur une taille de guêpe et une poitrine destinée à affoler les foules. L’intrigue est délicieusement abracadabrante avec tous les clichés hérités d’Ambre (une fille du peuple se hausse à la force du poignet ou du gosier jusqu’à une situation privilégiée, sans cesse menacée par l’amour qu’elle continue d’éprouver pour un aristocrate un peu méprisant). Lollobrigida descend des escaliers en courant, se bat en duel et chante Tosca …

Les Chaussons rouges (Michael Powell)

Rien à dire, tout à voir. Et surtout le film a déjà été (justement) si commenté. J’ai cependant un souvenir très fort de mon premier visionnage, dans une chambre d’étudiant, sur un écran minuscule qui n’arrivait pas à éteindre totalement la splendeur visuel du film. Et de mon second, au cinéma cette fois-ci, où toute la salle s’était dressée quand Moïra Shearer se précipitait vers la mort.

 Rhapsodie (Charles Vidor)

Ravissant mélodrame musical, un peu long peut-être (les premières séquences ont tendance à se diluer) mais qui prend son envol en milieu de parcours, exploitant au maximum les morceaux de bravoure musicaux et les lieux communs narratifs du genre, miraculeusement appariés, grâce à la caméra de Charles Vidor. Le trio amoureux formé par Elizabeth Taylor, Vittorio Gassmann et l’injustement méconnu John Ericson (doublé par Claude Arrau au piano) est irrésistible et brûlant. On appréciera particulièrement les dernières scènes, culminant sur un digest du concerto de Rachmaninov (et de multiples gros plans sur le visage humide de larmes de Taylor) et la réussite du plan final, d’une simplicité enfantine mais très efficace. Le tout se passe, bien entendu, en Europe et le plus souvent à Zurich. Film signalé à mon attention par l’indispensable The Great Romantic films  de Lawrence J.Quirk.  

 

 

 

Deux films pour ouvrir deux horizons

Les Plaisirs de l’Enfer (Mark Robson) 

Un des sommets du genre. Et d’un sous-genre : « les secrets d’une petite ville de province  américaine ». Nouvelle adaptation d’un roman scandaleux, signé Grace Metalious cette fois, (« Peyton place ») qu’il édulcore forcément (l’original est sensiblement plus sinistre, comme l’était déjà les romans de Fanny Hurst), le film est pourtant redoutablement efficace. Peut-être est-ce les thèmes musicaux destinés à devenir ultra populaire. Peut-être est-ce la distribution particulièrement inspirée (et menée par Lana Turner au sommet de sa lanatitude). Peut-être sont-ce les outrances du scénario. Ou alors la force de quelques séquences techniquement impeccables (merci Mark Robson), en particulier dès qu’elles concernent le personnage d’Hope Lange. Un film dont je ne me lasse pas, tant il flatte certains instints « soap » que je camoufle difficilement.

Ils n’ont que vingt ans (Delmer Daves)

Le meilleur des mélodrames adolescents que Daves réalisa et produisit pour la Warner avec le radieux et poupon Troy Denahue. La BO est une merveille signée Max Steiner (excusez du peu) et les couleurs comme la mise en espace sont éblouissants. Pour plus de détails voir ici. 

 

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Le vidame 10/01/2011 20:49



Ca pause toute la question du mélodrame évidemment. Moi je pense (mais du coup ça exclut Les Chaussons rouges en effet) que la définition la plus simple passe par celle de la cible. Le mélodrame
est un genre qui utilise des formules visant à émouvoir une catégorie particulière de la population.


Ce qui est pour moi le plus compliqué à différencier du mélodrame d'ailleurs c'est plutôt le women's picture.


Mais cela dit certains mélodrames ne me bouleversent pas, même si je les aime énormément (je ne suis pas bouleversé par Les Plaisirs de l'enfer ... mais très touché par Madame X remarque
...). Ou je ne suis pas bouleversé par ce que y arrive à Bette Davis dans La Garce parce que le personnage est franchement odieux quoique délectable. En fait l'émotion qui nait du mélodrame
doit être très forte, excessive même, de la même manière que ce est raconté est "over the top". Mais ce n'est pas nécessairement, pour moi, un sentiment toujours lacrymale. C'est souvent
proche d'une certaine excitation en fait.


Pour Les Chaussons rouges c'est donc discutable (pourquoi suis-je "saisi" ?) mais en ce qui me concerne la dernière scène me fait un effet proche de celui que je ressens quand je
vois un bon mélodrame. Pas nécessairement des pleurs, mais un sentiment assez complexe finalement. En même temps il y a aussi quelque chose de dépressif que je ratache plutôt au
drame (la différence dans mon ressenti étant que j'ai toujours envie de revoir un mélodrame que le réalisateur s'appplique toujours à rendre peu douloureux, soit en nous faisant
pleurer jusqu'à épuisement et donc jusqu'au plaisir, soit en ménageant un happy ending. C'est pour ça que contrairement à certains critiques je ne classe pas le Tramway nommé désir
dans la cette catégorie).


Bref .. En ce qui concerne Back Street il y a une vilaine copie française qui circule, mais tu peux trouver les couleurs (somptueuses) d'origine au videosphère.


En lien un des plus grands passages du film :


 http://www.youtube.com/watch?v=hNAQADzgpjU&translated=1



Tom Peeping 09/01/2011 18:24



Je n'arrive pas à faire entrer Les chaussons rouges dans le genre du mélodrame même si le film en partage bien des ingrédients. Comme dans tous leurs fiilms, Powell et Pressburger vampirisent par
leur style hyperbolique bien à eux l'histoire qu'ils racontent et laissent le spectateur (je parle pour moi) impressionné mais pas bouleversé. C'est à cette nuance que le mélodrame se détache des
autres genres proches : drame, comédie romantique... 


J'ai très envie de voir Backsteet maintenant, mais comment faire ? il n'existe pas en DVD.



Catherine 02/01/2011 18:01



Au fait c'est son seul AMOUR et non son seul DESIR, même si effectivement le titre anglais est One Desire. Tu donnes envie de voir des films introuvables !!!!



Catherine 02/01/2011 13:02



Y aura veillée d'amour de Stahl :) ! En tout cas une fois encore tu donnes envie de se plonger à nouveau dans ces films ! Il faut dire que la BO de "ils n'avaient que vingt ans" est absolument
magnifique !



Le vidame 02/01/2011 11:23



Note que j'ai volontairement laissé de côté certains films dont tu avais déjà parlé à partir du moment où je pouvais illustrer le sous-genre autrement ("Madame X", version 1966, par
exemple). Evidemment je ne pouvais pas passer à côté de "Ils n'ont que vingt ans". Mais la sélection reste aléatoire, vu que je suis restreint à 12 films (pour les 12 mois de l'année).


A propos de "la séduction malsaine" je dirais que ça fait partie du charme d'une partie des mélodrames (au hasard ... Queen Bee) quand ils se rapprochent au plus près du camp, oui. Par contre
certains me semblent plus nobles, dirons-nous, et je peux parfaitement être ému au premier au degré (Tout ce que le ciel permet).


Pour Lollobrigida et Hayward ce sont des personnalités cinématographiques tellement fortes que je comprends parfaitement qu'on puisse être dérangé par ce qu'elles dégagent et en particulier par
leur cabotinage. Mais le jeu over the top de Hayward me fascine tout particulièrement et peut carrément me couper le souffle (et puis elle peut être excellente "en mineur" aussi ... Je pense à
Tête folle de Mark Robson) Bref.


A venir 12 mélodrames en Noir et Blanc (les paris sont ouverts)