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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 14:04

 

 

Elly Ameling fut d’abord pour moi un de ces noms qu’on trouvait si facilement dans les catalogues de disques sans que j’y associe grand-chose de vocal. D’autant qu’elle ne semblait pas en prise au répertoire lyrique proprement dit. Je ressentais quelque chose de très voisin, à tort, y compris au niveau du répertoire, pour Edith Mathis ou Arleen Auger. Des lieder, des mélodies, des oratorios, des messes, des cantates, du Mozart, du Schubert et du Bach … Les premières écoutes furent d’ailleurs systématiquement décevantes. Je ne trouvais pas les angles et l’hypertrophie vocale que j’aimais alors (et que, d’une certaine manière, j’aime toujours). Et je m’ennuyais quelque peu poliment en cherchant à décrypter ce qu’était « la musicalité » puisque c’est de cela qu’on crédite toujours ce type de chanteuses.

Aujourd’hui, alors que je suis plus sensible sans doute à l’argent qu’à l’or, le timbre d’Ameling suffit à me toucher. Quoi de plus personnel ? Et à l’instant en écoutant son « Misera, dove son ! » je réalise à quel point je suis ébloui par cette clarté chaleureuse qu’elle met dans tout, mais que la virtuosité, ou du moins la vivacité, de ces pages exacerbe. J’aime profondément la texture souple d’une voix sage, chez laquelle le moelleux peut être, dans le plus mauvais des cas, synonyme de mollesse et je comprends qu’on puisse attendre davantage de mobilité expressive, d’esprit ou d’autorité naturelle. Quelque chose d’un peu blanc dans les extrêmes aigus ne fait que renforcer la séduction que l’instrument exerce sur moi. Je pense que cette voix est essentiellement chez elle quand elle évolue dans son ravissant medium. Mais la manière dont elle se défait, dont elle perd de son poids dans l’aigu projeté en force, dont le son se déconcentre, sans rien perdre de sa lumière me fait bien sentir ce qu’elle a, par essence, de séraphique (ou de super angélique si vous préférez. Archangelique ?). Je ressens ça plus particulièrement quand elle se débat, sans jamais perdre de son intégrité (elle vocalise parfaitement et le legato est idéal), dans les filets de « Come Scoglio » qui est, de tout ceux que j’ai entendus, celui qui m’a le plus touché vocalement avec Grümmer peut-être. Rien que ça.

Même séduction immédiate, qui me vrille les oreilles, dans les airs de Zerlina, de Suzanne ou de Chérubin, pris à un tempo radical (« Batti, batti, o bel Masetto » à un train d’enfer. Explicite vision de la sexualité des interprètes ?) par Edo de Waart qui soumet son interprète à des prouesses d’articulation musicale auxquelles elle se soumet sans faillir. Les soupirs, les suspensions, les nuances, les allégements qui habillent ces lignes simples sans les dénaturer (« est-ce cela la musicalité ? »), le sourire (ce n’est pas, du moins à mes oreilles, une voix frigide, ni même froide finalement) dans le creux de la voix, autant d’éléments qui compensent largement une couleur un peu uniforme et une franchise un peu simple. Dans la partie Mozart du récital (enregistré en 1972) seul souffre de cette imagination courte peut-être le « Chi’o mi scordi di te ? » avec piano qui a besoin d’être soutenu (pendant dix minutes !) par des couleurs plus variées, même si le récitatif est animé par une conviction réelle quoi que conventionnelle. Mais ça reste beau (le moelleux encore) comme du Ingeborg Hallstein, la densité en plus.

La deuxième partie du disque tel qu'il est édité aujourd'hui, enregistré trois ans après le récital Mozart (et avec un orchestre différent, même si le chef et sa rapidité demeurent), est consacrée à des airs d’opéra de Schubert (Claudine von Villa Bella, Die Bürgschaft, Die Zwillungbrüder, Alfonso und Estrella, Die Verschworenen), entreprise dont je ne connais pas d’autres exemples de la part d’un soprano. Des airs courts et frémissants, dans le sourire ou l’inquiétude, qui exposent la nature intrinsèque d’une voix (chair et timbre) autant que son esprit et son allemand. La prégnance de la couleur d’Ameling, que la prise de son met au premier plan, donne à toutes ces héroïnes un air de parenté, mais le respect de la musique permet à tout le moins d’esquisser des portraits individuels. On sent néanmoins que la plupart du temps airs et ariettes se situent précisément à l’emplacement exact du « blanchiment » de la voix (à un endroit précis du haut medium) sans lui permettre exactement de faire preuve de ces qualités d’emportement et de virtuosité propre à une certaine grammaire mozartienne. Le plus beau est à chercher du côté de l’admirable romance d’Helene, extraite de Die Verschworenen, plus profonde et donc plus flatteuse au niveau de la tessiture et qu’elle chante avec une délicatesse prenante, toute imprégnée de mélancolie et de nuances.      

Demeure une question grave. D’où vient le rapport mystérieux que j’entretiens avec les chanteuses bataves ?          

 

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Published by Le vidame - dans Récital au disque
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commentaires

Eberhard Büchner 22/02/2011 20:44



C'est toujours pareil, il n'y en a que pour Schreier. J'en ai marre.


 


Et personne ne me crédite de l'expression "fils de Pütz".


C'est pourtant moi qui ai écrit le texte de Wozzeck !!!



Docteur Ventouse 22/02/2011 20:42



Alors… je peux vous prendre demain à 18h45.


 


 



Le vidame 22/02/2011 17:59



C'est à dire que je ne connais presque pas Pütz (sauf en Papagena), à laquelle je pense parfois pourtant. Je lorgne sur sa Rosine du Barbier, mais c'est surtout pour Suitner et Schreier en
Almaviva que cette version me fait fantasmer.



Elly Lama 22/02/2011 00:06



Réécouté les airs de Schubert par Ameling. Mais quand s'est remis dans l'oreille cet air merveilleux des Jumeaux par Helen Donath, l'étoile batave pâlit, ou du moins elle fait vraiment pitchoune
(je n'ai pas dit starlette). Donath respire, évoque, frémit tout autrement.



Monsieur Taupe Cinquante 22/02/2011 00:00



Mlle Otto n'a pas chanté du Bach sur-köthé, mais elle a chanté du Bach à Köthen.


Et elle fait école. C'est ce qu'on appelle l'Otto École, mais c'est comme pour Greg le Millionnaire, le plus dur c'est de maîtriser les codes.


 


Quand je pense que depuis des mois on évite le sujet Pütz (Ruth)…


Et pourtant, ici, nous sommes tous des fils de Pütz.