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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 08:52

 

 

 

Si par un trop long été un voyageur dépressif s’accordait le temps d’écouter quelques récitals voilà ce que le hasard, son inconscient ou l’unus mundus aurait pu lui mettre entre les mains.

Je commence ce parcours estival par Edita Gruberova dont décidemment je ne parle pas assez sur ce blog. Que le lecteur réfractaire ne s’inquiète pas outre mesure. Il s’agit d’un récital Schubert enregistré en juillet 2011 pour Nightingale, la firme maison de la dame. Je n’en sais pas beaucoup plus, le livret d’accompagnement étant inexistant : sur internet sont passés un live avec le même programme. S’agit-il alors d’un condensé de plusieurs prises ou bien d’un enregistrement de studio ? Mystère (finalement accessoire). Tubeuf a dit tout le bien qu’il pensait de Gruberova dans le lied et nous connaissons tous le récital live de Salzbourg publié par Orfeo, par exemple. En écoutant ce programme « tout Schubert » les interrogations se bousculent (du moins chez moi.) Par exemple, d’où vient la sexualité un peu vulgaire que je perçois toujours, intrinsèquement, chez l’artiste, même à son plus poétique et plus sensible, comme ici. Il ne s’agit pas du tout d’excès naturalistes ou véristes ou n’importe quelle chose en « iste » si populaires aujourd’hui. C’est peut être une simple question de timbre. Trop de timbre, trop lisse, trop plein, trop étalé, trop charnu. Ou d’émission. Trop ouverte, trop offerte. En fait je crois que c’est là que repose le problème. Ce n’est pas une voix mystérieuse, c’est une voix qui se donne, dans toute sa singularité, sa beauté, son rondeur, sa facilité. Il serait ridicule ici de passer à côté de ce don ici : dans cette tessiture médiane, et aussi stupéfiant que cela paraisse, le chant de Gruberova est encore courbé et délié, brillant et velouté. Evidemment certains passages, certaines notes sont moins satinés qu’autrefois (« Rastlose Liebe » souffre de la position de la voix à ce moment là), mais le grave est, par exemple, dans les chants italiens, devenu très chaleureux, sans ces sons gutturaux qu’on lui connait désormais à l’opéra (ils affleurent dans « Vedi quanto adoro », mais je les trouve là très beaux).

Comme chanteuse de lied, Gruberova a manifestement, ainsi que le disait déjà Tubeuf, «de l’école et de l’imagination ». On doit admettre, là encore, que ce n’est pas une chanteuse mystérieuse. Elle ne laissera pas l’auditeur rêver et chercher du sens. Elle le lui donne. Mais elle me semble arriver à un équilibre heureux (et complexe à obtenir) entre détails et ensemble. Chaque lied laisse une impression globale, sans variation de caractère trop brutale à l’intérieur de la pièce. Et sur tout le disque flotte un caractère mélancolique, je n’ose dire automnal (car le timbre, encore une fois, continue de repousser ce qualificatif), qui serait absolument accompli n’était la pétulance, à mon sens absolument pas intentionnelle et simplement vocale, qui surgit parfois dans l’émission et la conduite de la note (c’est plus perceptible dans les chants italiens, « Guarda, che bianca luna » par exemple). Même « La pastorella al prato », chanté avec une tendresse délicieuse, avec l’exact ton rococo qu’il faut ici, a quelque chose presque triste. On pourrait en dire autant de Heidenröslein, très précieux, maniéré évidemment, maniériste en fait mais, où pour le coup, on pense un peu trop à Adèle à cause du tressaillement de la ligne, guilleret mais très naturel. Cette caractérisation ne se fait pas au prix de l’uniformité et on admire la manière dont (plus en allemand qu’en italien cependant) Gruberova est capable de faire vivre les mots et les idées et de leur conférer une mobilité si précieuse dans ce répertoire. Je ne dis pas que chaque idée soit la bonne, ni que le principe d’ailleurs soit toujours bon (ainsi pour moi le « Gretchen am Spinnrade » de Ferrier est indépassable à cause de l’inexorabilité de son legato et de sa respiration alors que Gruberova dans cette même page est nettement plus expressive et attentive aux idées. Mais enfin après tout c’est du Goethe). Simplement je crois que la lecture de l’art de la chanteuse comme un art de l’excès, et trop souvent de l’excès non signifiant ou non réfléchi, est une réduction manifeste qui ne résiste pas à l’examen attentif de ses disques de lieder. L’inquiétude de Suleika I (les deux Suleika ne l’avantagent pas toujours vocalement et la justesse aléatoire, pêché mignon de l’artiste, auquel je suis heureusement relativement indifférent, est plus manifeste dans ces deux pages que dans le reste du disque) est évidemment bâti sur une réflexion précise de l’impact de chaque mot. La manière dont le lied se finit par se résoudre est admirablement conduite d’ailleurs, évoquant plus une acceptation qu’un réel apaisement. Chaque lied, même les plus joyeux, semble d’ailleurs, dans la lecture de la chanteuse, se conclure non pas par le drame mais par quelque chose de doucement douloureux (même le « Heidenröslein » sautillant dont je parlais plus haut).

Programme admirable qui commence avec « Delphine », se poursuit avec des chants italiens, s’achève sur Mignon. Du plutôt connu (il y a même « la Truite », pas très rassurée, dès le début, lente et qui bondit curieusement peu) donc, mais d’une qualité d’inspiration qui rend honneur au goût de la chanteuse. Piano un peu grêle et très délicat d’Alexander Schmalcz  qui renforce encore la dimension contemplative et féminine du disque.   

Demain, au programme (si j’en ai envie) de votre blog : « L’Album de Musique offert par G.Rossini à Mademoiselle Louise Carlier – Mars 1835 » par madame Suzanne Danco accompagnée par Francesco Molinari-Pradelli.        

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Published by Le vidame - dans Musique
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commentaires

Monsieur Taupe 23/08/2012 14:40


La photo à la couronne, c'est bien Linda de C. (Vienne, 2001)

Monsieur Taupe 23/08/2012 14:33


Oui mais ça c'était plus tôt dans sa carrière. Laquelle je parie sera assez longue pour qu'elle finisse par aborder le rôle de l'Enclume.

Le vidame 23/08/2012 14:25


Thomas disait qu'elle lui rappelait Archimède le hibou, dans le même dessin animé.


 


http://personnages-disney.com/Images/Images%20Zoom/Zoom%20Archimede.png

Monsieur Taupe 23/08/2012 14:18


Je suis désolé mais l'Art n'a pas de frontières. Décloisonnez-vous, que diable !


 


Vous saviez que Gruberova a aussi chanté Mme Mim dans Merlin l'Enchanteur ?


 

Le vidame 23/08/2012 14:08


Non alors là, non ... ça n'est pas possible. C'est un blog sérieux monsieur. Il y a des forums pour déverser des horreurs, monsieur Taupe.


 


Aucune idée pour la photo, ça pourrait être une Somnanbula dépressive. Je ne sais pas en fait si elle a continué de chanter Amina et Linda après 60 ans ...