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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 21:49

 

Mademoiselle (dite « la grande » sans doute pour la différencier de « la petite », fille aînée de Philippe d’Orléans et de Henriette d’Angleterre) était folle de sa maison comme d’autres le sont de leur corps ou des hommes. Lorsqu’elle fit bâtir et aménager un château à Choisy (hélas détruit aujourd’hui, contrairement à celui de Saint-Fargeau où elle résida également) ses obsessions dynastiques servirent de fondement à la décoration intérieur de ses appartements. On est frappé à la lecture de ce passage de ses mémoires par la manière dont l’espace s’organise méthodiquement en fonction d’une hiérarchie très précise  qui part d’Henri IV mais qui s’organise autour de la duchesse. Les murs des espaces à vivre constituent un arbre généalogique « illustré »  :

Il y a une salle où je mange où sont tous mes proches, c'est-à-dire le roi, mon grand-père, la reine ma grand'mère, le feu roi Louis XIII, mon oncle, la reine Anne d'Autriche, sa femme, les reines d'Espagne et d'Angleterre, mes tantes, et les rois, leurs maris, les duchesses de Savoie, ma tante et ma sœur, et leurs maris, la princesse de Savoie, fille aînée de la première, et la duchesse de Parme, sa cadette ; ma mère, ma belle-mère et l'infante Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, à qui mon père avoit tant d'obligations, et dont il honoroit tant la mémoire, qu'il est bien juste de la placer parmi tous mes proches. Les portraits de MM. les princes Henri de Bourbon, Louis et Henri-Jules et Armand de Bourbon, prince de Conti, y sont aussi, et mesdames les princesses Marguerite de Montmorency, Claire-Clémence de Maillé, et Anne, palatine de Bavière, et Anne Martinozzi.

Si M. le Prince, dernier mort, avoit pu y avoir une place où toutes ses grandes actions eussent pu être, c'est une belle décoration et qui fait plaisir à une petite-fille de France, dont la mère étoit de Bourbon. Tous leurs noms sont écrits à leurs portraits, afin que si quelqu'un avoit une ignorance assez crasse pour ne les pas connoître, on leur apprît. Ma belle-mère, on sait assez qu'elle est de Lorraine. M. de Montpensier y est aussi, avec madame sa femme Catherine-Henriette de Joyeuse ; et moi sur la cheminée, qui tiens le portrait de mon père. Il m'a semblé mieux là qu'entre ses deux femmes, étant bien aise de ne mettre personne au rang de ma mère. Le petit cabinet où sont les conquêtes du roi, les siéges, les combats, les occasions y sont écrits, afin que l'on sache ce que c'est. On y connoît le roi partout ; il y est fort bien peint ; il est sur la cheminée à cheval. Il est fâcheux que le cabinet soit trop petit ; car il y a bien encore des choses à y mettre ; mais je trouverai des places ailleurs, et comme [elles] s'augmentent tous les jours, j'augmenterois plutôt ma maison que de n'avoir pas le plaisir de les y voir, après celui d'en avoir appris les nouvelles. M. le duc d'Enghien, Louis de Bourbon et Françoise, légitimée de France,y sont aussi ; mais comme ils y ont été mis les derniers, je ne m'en suis souvenue aussi qu'après les autres.

Il y a une salle du billard, où il y a encore des tableaux, celui du grand-duc, mon beau-frère, et de ma sœur, de ma sœur de Guise avec son mari, le duc de ce nom, de la maison de Lorraine ; M. le duc du Maine armé, sous une tente, et un bataillon de Suisses, dont il est colonel général, auprès de lui. J'ai voulu qu'il fût peint de cette manière, aimant la nation, et croyant que ce leur seroit faire plaisir. Le comte de Toulouse est sur une coquille au milieu de la mer, en petit dieu de cet élément. Le grand-duc, père de mon beau-frère, la grande-duchesse, sa mère, M. de Guise, que madame de Montpensier avoit épousé en seconde noces, et tous ses enfants : le prince de Joinville, qui mourut en Italie pendant l'exil de M. [son père] et madame sa mère à Florence ; il étoit très-bien fait et de grande espérance ; […]

Première princesse du Sang, « petite-fille de France » (un titre qui fut créé pour elle), la duchesse de Montpensier s’est fait représenter au moins deux fois tenant un portrait de son père, Gaston d’Orléans, qu’elle appelle en général dans ses mémoires « Monsieur ». Plus tard par Pierre Nocret :

 

Sous les traits de Minerve, par Pierre Bourguignon :  

 

 

 

 

Plus tard par Pierre Nocret (j'imagine que c'est de ce dernier portrait qu'il s'agit, d'autant que le modèle, représenté plus âgé, correspond mieux à la chatelaine de Choisy, domaine qu'elle avait acquis assez tardivement) :

 

 

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Published by Le vidame - dans Histoire et peinture
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commentaires

Caroline 27/02/2012 10:32


Cher Vidame, vous peignez avec idéal! ;-)


 


Pour les féministes, il y a le célèbre: "Enfin, tirons-nous de l'esclavage, qu'il y ait un coin du monde où l'on puisse dire que les femmes sont maîtresses d'elles-mêmes", etc. etc.


 


L'intérêt est ailleurs, je crois. Dans le geste. Toujours. Le pathétique aussi. Elle comprend peu à peu. Et pour finir s'interrompt au milieu d'une phrase...

Le vidame 26/02/2012 23:31


Oui une vie magnifique. Autrefois on disait plutôt "une vie gâchée". C'était avant que les féministes (enfin j'espère qu'ils l'on fait) fassent remarquer qu'une femme qui avait mené
une existence indépendante, pris toutes les décisions la concernant en adulte consciente, vécu avec l'homme qu'elle avait choisi, fait construire les résidences qui lui convenaient et fait
en plus oeuvre d'écrivain ne pouvait guère être qualifiée de "ratée" sous prétexte qu'elle n'avait ni épousé un roi, ni eu d'enfants.


Les mémoires (enfin la version tronquée que j'en ai lue) achèvent de la rendre, d'ailleurs, au delà de sa passion dynastique, profondément attachante, c'est vrai (et pardon pour le
sentimentalisme.)


 

Caroline 26/02/2012 10:38


Ah, Mademoiselle! Elle fut ma première rencontre. J'ai parlé d'elle pendant des heures et des heures, pour mieux comprendre, évidemment; on m'écoutait, le sujet était foisonnant.


Une vie magnifique.


On n'aime pas les grands, mais je l'aime quand même...