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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 22:33



Le cinéphile ne connaît Edith Evans que comme une vieille dame, elle qui, après avoir été un nom légendaire des scènes londoniennes, trouva sur le tard quelques rôles mémorables à l'écran. N'est-ce pas déjà une coïncidence merveilleuse qui la fit débuter au cinéma, ou presque, en comtesse de la Dame de Pique ? Un rôle qui, à l'opéra, fut celui des plus hautes interprètes, en fin de carrière, mais pas en fin de gloire (Resnik, Forrester, Mödl entre autres). Elle commençait précisément là où d'autres terminent.

Ensuite elle jouera, pèle-mèle, la mère supérieure du couvent d'Audrey Hepburn dans Au risque de se perdre ou la grand-mère d'Heyley Mills dans Mystère sur la falaise. De brillants emplois de composition avaient trouvé en elle une interprète incomparable. Avant cela encore des créations épiques dans la comédie chez Wilde (dans L'Importance d'être constant où elle atteignait directement au sublime)  Thackeray (dans Tom Jones). Une espèce d'ange burlesque qui semblait avoir un don insurpassable pour le registre héroï-comique. Et en récompense même d'être descendue jusqu'au cinéma, une fois un rôle premier, "top billing", dans les Chuchoteurs.

Bien plus tôt donc Edith Evans jouait et triomphait au théâtre. Elle créa six rôles pour Shaw et fut une Rosalind et une Mégère apprivoisée légendaire. En 1912 elle osa même la Cressida shakespearienne : une seconde Hélène, pendant la guerre de Troie, qui dit des vers sublimes (repris par Berlioz dans ses Troyens) et trahit ses amours. Une ombre, un personnage en creux qui existe d'abord par son apparence. "The Beautiful Cressida." Or personne n'aurait osé appeler l'actrice (même dans la fleur de sa jeunesse) "The Beautiful Edith." Quelques photos, fascinantes par ailleurs, nous le montre assez bien.

Une toute jeune Hermione Gingold raconte que, perdue un soir dans les coulisses du théâtre, elle surprit  Edith Evans en train de se préparer pour une représentation. Il ne s'agissait pas de se remémorer des répliques biens connues. Maquillée et costumée, la comédienne était assise devant sa coiffeuse, un miroir à la main, abimée dans la contemplation d'elle-même, en train de murmurer. La jeune aspirante tendit l'oreille. "I'm the beautiful Cressida ..... I'm the beautiful Cressida ... I'm the beautiful Cressida ...." martelait Dame Edith. Quand ce fut le moment de son entrée elle reposa le miroir. Elle était prête. Mieux. Si l'on en croit Gingold, elle était belle.




Juste pour le plaisir : le duo de Troyens qui reprend la scène d'amour de Troïlus et Cressida. Par Gedda et Verrett (et au cours d'une représentation qui révèle quelle surprenante interprète de Berlioz fut, au moins ce soir-là, Marilyn Horne).

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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