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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 14:31

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8c/Carmontelle_-_Germaine_Necker.JPG

 

Impossible de ne pas penser à Caroline dès qu'on traite de ce sujet, même de manière biaisée.

Sanguine exposée au château de Coppet (j’étais sur les lieux cet été, mais, hélas, le bâtiment est fermé au public la moitié de l’année) et qui date de 1780. La future madame de Staël a donc quatorze ans et commence à faire l’admiration de toute la société parisienne. Sa mère dira, en substance, « Ce n’est rien à côté de ce que j’aurais voulu en faire. » Germaine Necker eut elle été moins intelligente, elle serait probablement devenu folle de l’éducation qu’on lui donna, de la jeunesse qu’elle a connu.

Comme tout ce qui la concerne cette représentation m’est sympathique au point de m’émouvoir. J’ai en effet un sentiment très fort d’affection et de respect envers la personne autant qu’envers l’auteur. Ce n’est pas simple à expliquer (au fond d’ailleurs c’est très personnel), mais j’ai toujours vu ses actes et ses écrits marqués du sceau à la fois de la noblesse et de la sincérité. Il y en réalité chez elle une sorte de superbe, que je trouve irrésistible, dans la crânerie, l’énergie, la féminité, la maternité même, qu’elle a eu étonnamment heureuse.

Ce portrait fait partie de la fascinante galerie érigée par Carmontelle, qui nous montre un seul profil du Siècle, avec cette interrogation obligée et corolaire : à quoi peut ressembler l’autre ?  

Tout me frappe ici, à commencer par le contraste entre la lourdeur élaborée de la coiffure  (c’est le temps des Poufs à sentiments) et le corps fluet de l’adolescente, déguisée en adulte, produite dans le salon maternelle où l’image a sans doute été saisie. On ne peut pas s’empêcher de penser aux cris de madame de Genlis qui disait qu’on avait fait d’elle un singe savant. Le dos se tient très droit à cause du poids des cheveux et du corset, mais les mains sont modestement croisées. Le cou et le visage sont potelés, pas encore sorti de l’enfance manifestement. Pourtant on reconnait déjà des traits appelés à devenir célèbres : la rondeur amène des joues est caractéristique, comme la bouche légèrement entrouverte, comme si elle ne faisait que reprendre sa respiration entre deux discours. Sous un sourcil sombre, l’œil est bien ouvert, grand, noir lui aussi. Physionomie remarquable s’il en est, chez une toute jeune fille, et qui respire à la fois l’appétit et la pénétration. Avec cette mise et cette allure qui nous rappelle tellement l’Ancien Régime, le corps de mademoiselle Necker semble résolument tourné vers les temps à venir.

Serais-je aussi impressionné si je ne savais l’identité du modèle ? Je crois que oui.       

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Published by Le vidame - dans Histoire et peinture
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commentaires

Caroline 19/12/2009 17:13


Catherine Rillet-Huber est l'amie qu'on lui attacha et qui raconta un peu. Je ne sais plus si la 'Notice' (très belle et délicate, d'ailleurs) la reprend.

Campagne, montagne, mer, l'horreur est partout! et rien ne vaut le ruisseau de la Rue du Bac!... mais oui, mon ombre, mais oui...


L'ombre de Germaine 19/12/2009 15:44


Saint-Ouen ?
Pourtant rappelez vous que j'ai dit un jour que j'avais la campagne en une magnifique horreur !


Le vidame 19/12/2009 15:43


Oui je vois la représentation dont tu parles, merci de la rappeler à mon souvenir et surtout merci pour ce commentaire évocateur.
Ce que tu dis me rappelle vaguement quelque chose. Ce n'est pas Madame Necker de Saussure qui raconte cela ?


Caroline 19/12/2009 12:37


Tu connais aussi sans doute un dessin de cette même année, 1780, la représentant avec sa mère. Je ne l’ai pas trouvé sur Internet, j’aurais aimé te le proposer en parallèle à celui-ci. C’est
l’autre profil. Elles sont nus pieds, rien n’est raide, Mme Necker presque souriante est un peu penchée, les yeux baissés vers sa fille, laquelle regarde droit devant avec ses yeux trop grands, pas
de perruque, mais des cheveux gris de poudre, au-dessus, évidemment au-dessus, un marbre bienveillant et tutélaire : Papa. Ce dessin est de Melle Necker, plus souvent Louise encore que
Germaine.
En fait en 1780, Mme Necker a déjà perdu sa guerre. Si la petite Louise n’est pas devenue folle, ni singe, c’est aussi que son père était attentif. Elle n’a pas refusé l’éducation que lui imposait
sa mère, elle n’a pas dit non, elle a tenté de s’appliquer au contraire, de lui plaire en étant bien sage, en essayant de faire comme sa mère voulait qu’elle fasse, qu’elle se tienne, qu’elle
réponde. Elle voulait, elle aurait aimé lui faire plaisir, mais ne pouvait pas. Tu as raison, elle a toujours été sincère, c’est-à-dire elle-même, elle ne pouvait pas vivre autrement. Pas plus à 12
ans, qu’à 25 ou 40. Son père s’est alors inquiété du feu qui disparaissait du regard, de la maison sans son rire, de ce qu’elle n’avait plus grand-chose à lui raconter quand il rentrait. Où étaient
sa flamme, son enthousiasme, sa curiosité, sa passion de tout ? Elle n’était pas malade, pas encore, mais les médecins ont préconisé le grand air (ce sera Saint-Ouen), des loisirs, des jeux (avant
12 ans, elle n’avait jamais joué avec un enfant de son âge, ni couru dans un parc), cesser de trop la contraindre. Necker voulut tout ce qu’elle voulait. Il passait tous ces week-ends à St-Ouen du
vendredi soir au lundi matin et pour que le reste de la semaine ne soit pas trop long, le mercredi c’est elle qui venait à Paris. Ce jour-là elle allait au théâtre, au concert, elle adorait ça, et
puis aussi s’asseyait dans le salon de sa mère encore. Est-ce l’un de ces moments-là que Carmontelle a pris ? ou l’enfant qu’il représente n’est pas celle de 1780 ? Si elle l’est encore, ce n’est
que pour la soirée, une sorte de déguisement pour donner le change, pour que maman n’ait pas l’air désespéré, pour qu’elle soit contente peut-être même. Mais Suzanne sait depuis longtemps déjà que
sa fille… ne se tiendra pas bien droite.


Caroline 17/12/2009 19:29


;-)