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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 10:35



 

 

A la demande presque générale, quelques mots pour aider chacun à se repérer dans ce tableau spectaculaire achevé en 1770, qui est, à ma connaissance, unique en son genre (de par sa thématique mythologique) et peut-être le premier portrait de famille royale (annonçant ainsi Van Loo mais aussi Goya, voire David pour son Sacre). Bon courage aux lecteurs éventuels.

 

A droite, surélevé et mis en avant par les dorures Louis XIV-Apollon. Il est parfois vu comme un Jupiter mais je ne vois aucun attribut du souverain des Dieux, en dehors éventuellement du sceptre, alors que Louis XIV depuis le début de son règne personnel, privilégie l’iconographie solaire. Il est possible que l’image que le roi veut donner de sa prestance physique s’accommode mieux  de la jeunesse, de la beauté et de l’éclat d’Apollon que des caractéristiques associés à Jupiter.

L’œuvre s’organise en quelque sorte comme un arbre généalogique. La reine Marie-Thérèse est donc à droite de son époux, sa blondeur et sa blancheur contrastant avec la peau légèrement cuivrée et les cheveux bruns du roi. Elle est assise à ses pieds, exposée, ce qui focalise l’attention sur le couple royal. Un paon la consacre Junon, maîtresse de l’Olympe. C’est une iconographie classique pour les reines de France, au moins depuis Marie de Médicis, systématiquement associée à l’épouse de Jupiter, y compris chez Rubens. Si Louis XIV est Apollon et non pas Jupiter (ce que figurait parfois Henri IV) on notera le décalage matrimonial qui ressort du tableau.

Entre le roi et la reine (toujours dans cette logique généalogique) également assis aux pieds de son père, le Dauphin, blond comme sa mère, couronné de lauriers comme son père, doté des ailes de l’Amour. Aux pieds de la reine, la petite Madame (appelée ainsi pour ne pas la confondre avec Madame épouse de Monsieur, qui a également droit au titre) seule fille du couple royal à avoir atteint l’âge de raison. A gauche de l’enfant, au premier plan comme elle, un tableau dans le tableau représente deux autres enfants de France morts dans l’année qui avait suivi leurs naissances.

Le roi, la reine et leurs enfants forment ainsi un groupe triangulaire cohérent qui se détache du reste du groupe.

Louis XIV a laissé la place centrale (finalement à la gauche immédiate du roi) à sa mère, Anne d’Autriche, déjà disparue en 1770, mais essentielle à la mythique royale et à l’organisation du tableau, car elle est permet de faire le lien visuellement et généalogiquement entre les deux frères. Elle est Cérès, figure maternelle par excellence et tient le globe terrestre.

A gauche de la reine mère un autre groupe est formé par le fils cadet d’Anne d’Autriche, Philippe d’Orléans, et sa famille. Le duc d’Orléans, comme son frère le roi, est assis. Il semble un reflet un peu plus pâle,  un peu moins assuré de son frère. Il est d’ailleurs en « Point du jour », c'est-à-dire une version plus fragile du Dieu Soleil. Debout à sa droite, son épouse, Madame, née Henriette-Anne d’Angleterre que les pages de Bossuet et de madame de La Fayette ont immortalisé, figure « Flora », le printemps comme l’indique les fleurs qu’elle tient à la main et qui ornent ses cheveux. De manière assez réaliste elle semble svelte, élancée et gracieuse ce que sa position debout accentue. Entre les deux adultes leur fille, seule de leurs enfants à avoir survécu à cette époque, Mademoiselle. Baptisée Marie-Louise elle deviendra une malheureuse reine d’Espagne en épousant le dernier Habsbourg Espagnol, Charles II et inspirera, comme sa mère, une littérature abondante (elle est notamment le modèle de la reine d’Espagne dans Ruy Blas). Ici on reconnait sur son dos les ailes de papillon de Psyché, l’âme dans la mythologie gréco-romaine.   

Trois marges enfin marquent le tableau et sa visée politique de représenter l’ensemble de la descendance directe et légitime d’Henri IV en France.

A l’extrême droite, derrière Louis-XIV et comme désignée par son spectre, la grande Mademoiselle (qui n’est pas ainsi confondue avec Mademoiselle, fille de Monsieur et de Madame) en Diane lunaire (ce qui peut être lu comme une allusion à son, encore, glorieux célibat). Par son père Gaston d’Orléans, décédé depuis plusieurs années, elle est l’ainée des petites enfants français du premier Bourbon régnant sur le royaume des fleurs de lys.

A l’arrière plan, au centre, derrière Anne d’Autriche et Louis XIV les trois demi-sœurs de la grande Mademoiselle (Gaston, veuf de Marie de Montpensier s’était remarié avec Marguerite de Lorraine qui ne lui donna que des filles) : Marguerite-Louise d’Orléans, future grande-duchesse de Toscane, Elisabeth-Marguerite, future duchesse de Guise et Françoise-Madeleine, future duchesse de Savoie. Leur mère, qui ne tient à Henri IV que par alliance et qui était décédée au moment de la réalisation tableau (comme Anne d’Autriche et Henriette Marie de France) n’est pas représentée. Ses filles sont les trois Grâces, ce qui évite toute hiérarchie entre les princesses.

Enfin à l’extrême gauche, Henriette-Marie de France, veuve de Charles Ier d’Angleterre, tante du roi et du duc d’Orléans et surtout belle-mère de ce dernier, puisqu’elle est la mère de Madame.  Ainsi la famille de Monsieur occupe-t-elle une riche diagonale dont il est le centre et qui répond au triangle formé par le roi et les siens. La reine-mère d’Angleterre a pris une place importante à la cours de France où elle a été accueillie au moment de son exil, après la décapitation de son époux. Dernière fille d’Henri IV elle a été aussi la seule de ses enfants à faire partie de l’entourage du Louis XIV, ce qui explique sans doute sa présence posthume sur le tableau. Comme Anne d’Autriche offrait la terre et ses moissons, Henriette-Marie en Téthys (ou en Amphitrite ?) présente les richesses de la mer devant l’assemblée des Dieux.

 

Si l’on se place dans une perspective purement généalogique, par rapport à Henri IV sont présents sur le tableau :

 

Sa dernière fille à avoir vécu en France, Henriette-Marie  

Sa belle-fille Anne d’Autriche (qui en tant que mère de Louis XIV a porté la descendance directe du grand roi)

Ses deux petits-fils français

Six de ses petites filles (les quatre filles de Gaston, Madame qui est la fille d’Henriette-Marie, la reine Marie-Thérèse, dont la mère est Elisabeth de France, fille ainée de Marie de Médicis)

Cinq de ses arrière-petits enfants, dont deux représentés de manière ouvertement posthume. On notera qu’ils sont tous deux fois ses descendants, fruits de mariages entre cousins germains.

 

 

 

 

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Published by Le vidame - dans Histoire et peinture
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commentaires

Mademoiselle de Lespinasse 30/11/2009 00:13


Connaissez-vous "Napoléon nu, une boule dans les mains" par Canova ? Oui ?
Vous voyez qu'on a fait pire en matière de gay pride !

C'est drôle. Il a été dit sur ce blog qu'on n'y aimait pas Louis XIV et finalement on ne parle que de lui.


Mme du Deffand 29/11/2009 23:55


Ouais, la pose du Roi n'est pas mal non plus… Ces gens-là n'avaient pas connu le XIXe siècle. Pour être franche, il me fait penser à un épisode de "Chapeau melon et bottes de cuir" où Gambit pose
nu et finit par vaguement s'accoutrer d'un vieux tapis.

Sinon, je suis formelle : pas de tête de dragon ou d'animal, mais une lyre un peu ornée. Comment ? je suis aveugle ?? Et alors ? je vois avec le cœur, moi, et c'est un témoignage qui ne souffre pas
contestation.

Laissez-moi maintenant, ou plutôt non, mandez-moi Julie, que je me mette au lit.


Le vidame 29/11/2009 23:07


A madame Du Deffand : ce qui est curieux c'est l'espèce de préciosité (au sens où l'on emploie aujourd'hui) de la pose et de l'expression de Monsieur à propos duquel madame de La Fayette disait que
"le miracle d'enflammer le cœur de ce prince n'était réservé à aucune femme du monde".

A Catherine : je l'ai cherchée 10 minutes cette tête !


Catherine 29/11/2009 19:15


Au temps pour moi, ce doit être la lyre, mais elle semble avoir une forme qui évoque une tête de dragon ! En réalité cela doit être la courbe de l'instrument qui rejoint le bord travaillé du cadre
qui donne ce sentiment de tête de bestiole !


Catherine 29/11/2009 19:13


A gauche du tableau représentant les enfants morts, les deux enfants serrent dans leurs bras une bête qui a une tête de dragon ! Ou alors va vraiment falloir que j'aille chez l'ophtalmo !