Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 13:54





Pour des raisons plus ou moins freudiennes à propos desquelles je ne m’étendrai pas ici, ma jeunesse fut durablement marquée par ce formidable portrait, aujourd’hui exposé à Versailles, d’une figure qui ne l’était pas moins. Chef-d’œuvre à mon sens de Dubufe, manifestement inspiré par son modèle, il illustrait la couverture des trois biographies de la princesse Mathilde que je pouvais consulter à l’époque, dont celle, remarquable de Marguerite Castillon du Perron (ce nom suffit encore aujourd’hui à me mettre en joie. J’en profite d’ailleurs pour conseiller à un lecteur perdu sa passionnante étude sur la jeunesse de Louis-Philippe).  


En blanc, rose et or (le portrait que fera d’elle Winterhalter, reprend les mêmes couleurs qui s’opposent évidemment aux couleurs froides et transparentes affectionnées par l’impératrice Eugénie, aussi rousse que la princesse était brune) Mathilde Bonaparte, Princesse Demidoff et de San Donato par son mariage mais alors séparée de son époux, pose cette belle année de 1861 (elle a alors 41 ans) en pleine fête impériale.


Au premier rang à plus d’un titre (nièce de Napoléon, ancienne fiancée de l’empereur et l’une des rares napoléonides à avoir du sang royal dans les veines, puisque des frères et sœurs de Napoléon son père, Jérôme, est le seul à avoir épousé une authentique princesse) la princesse Mathilde, représentée, en pied se tient debout, tournée de trois quart et remplissant de sa présence/prestance (et de sa crinoline) le cadre du tableau, lequel apparait par contraste comme singulièrement resserré. Quelques fleurs roses pour répondre à la robe et surtout une colonne antique marquée par son monogramme sont les seuls éléments extérieurs au sujet.  

Tout concourt à faire du tableau un véritable portrait d’apparat : les couleurs dominantes qui ne sont pas sans se rapprocher de la pourpre impériale, atténuée par une touche de féminité, la couronne fermée de princesse (d’ailleurs usurpée puisqu’il s’agit d’un titre très récent et honorifique obtenu par son époux peu de temps avant leur mariage), la pose hiératique, l’ébauche de décor palatial et même les perles qui ornent le décolleté de la princesse ne sont pas anodines puisqu’elles constituent une pièce aussi unique que remarquable :  le collier de sept rangs de perles que l’empereur Napoléon offrit à Catherine de Wurtemberg, la mère de Mathilde, au moment de son mariage.  


C’est, à ma connaissance, le seul portrait de la princesse  où elle porte ce collier symbolique. Cela est d’ailleurs permis, en partie, par la manière généreuse dont la princesse montre un cou et des épaules renommés pour leur beauté, comme ceux de l’impératrice Eugénie.


Comme son frère Jérôme-Napoléon, Mathilde Bonaparte revendique fièrement son physique napoléonien : les bandeaux sont très sombres, le visage large et sculpté, les yeux noirs, l’expression pensive. Une majesté lasse la nimbe toute entière, comme si elle n’était pas totalement dupe du tourbillon d’honneurs dont le peintre l’entoure et la flatte. De sa mère elle tient une bouche ravissante aux lèvres fines et des mains admirables (que le peintre met en valeur par une pause curieusement alambiquée). Et une silhouette qui ne tardera pas à devenir imposante. D’ailleurs on ne peut pas méconnaitre que l’opulence, dans le tableau et le modèle, peut confiner à la lourdeur. Cela explique sans doute le demi-échec du portrait de Winterhalter qui représente décidemment mieux des beautés plus conventionnelles et les grâces d’une certaine sveltesse. Alors que Dubufle prend en compte cette donnée, ne cherche pas à la gommer (le corset n’est pas trop serré, s’évapore dans l’ombre des bras, les dentelles des manches et le nœud rose) mais l’intègre dans la magnificence spectaculaire du tableau.  


Ce qui achève de rendre l’œuvre si attachante à mes yeux est peut-être (en dehors du pur plaisir pictural, de cet aspect « belle œuvre » qui pourrait en rebuter plus d’un) l’impression de solitude qui en émane. Aucune référence à un autre que ce soit un parent (en dehors du collier), un époux (le monogramme c’est le « M » de Mathilde, pas le « D » de Demidoff. D’ailleurs qui se rappelle que la princesse doit son titre à un époux dont personne ne connait le nom ?) ou un enfant. Une couronne qui ne renvoie à rien d’autre qu’à elle-même, une somptuosité que l’histoire va rendre éphémère. Rien de vivant autour d’elle à part quelques fleurs très loin du premier plan, pas un bouquet, pas un ornement fleuri dans ses mains ou à son corsage, mais la minéralité stérile des perles. Et aucune possibilité d’évasion vers un ailleurs plus humain pour une femme dont la silhouette occulte le décor et qu’on imagine difficilement se mouvoir.  

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le vidame - dans Histoire et peinture
commenter cet article

commentaires

Le vidame 10/05/2010 23:06


Le portrait est actuellement visible au musée Marmottan dans le cadre de l'exposition "Femmes peintres et salons au temps de Proust". Tout le monde vient admirer les Monet mais moi je n'ai d'yeux
que pour les élèves de Carolus-Duran et les fleurs de Madeleine Lemaire.


le vidame démasqué 17/10/2009 19:03


Tu as dû faire la recherche depuis mais voilà un lien vers le Winterhalter en question :

http://timo54.suntuubi.com/datafiles/userfiles/Image/Mathilde%20Bonaparte.jpg

En général portraits et photographies de la princesse Mathilde, de sa prime jeunesse à son âge mûr, sont frappantes de par leur cohérence. Ici la représentation est assez décalée, peut-être pour
faire coïncider l'apparence de la princesse avec ses modèles habituels. Pour moi le résultat n'est pas convaincant : on arrive à une espèce d'entre deux entre la joliesse de Winterhalter et le
physique napoléonien de Mathilde.
Par contre, autre exercice perilleux, il est très bien parvenu à faire rentrer dans son univers Pauline de Metternich, très loin également de ses canons habituels :

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/87/Pauline_Sandor_Princess_Metternich.jpg


Catherine 17/10/2009 11:44


Merci pour cet intéressant article, et ce portrait. Il eut été intéressant de mettre au moins en "petit" le portrait fait de Mathilde par Winterhalter. Perso j'adore les portraits de ce style !!!