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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 10:03





Il y a des actrices que je préfère, il y a des actrices que je trouve plus grandes. Il y en peu que j’admire et estime autant que Jean Simmons. J’aborde toujours portraits et critiques en m’armant d’une problématique. Mais comment problématiser l’excellence ? 81 ans d’existence (elle allait les fêter le 31 de ce mois), 65 devant les caméras, quelques cinquante films pour le cinéma. De simples figurations parfois (la joueuse de harpe dans César et Cléopatre pour apprendre son métier de Claude Rains et Vivien Leigh), des erreurs de casting sans doute (Cukor disait que pour The Actress il aurait fallu une interprète moins évidemment douée, moins jolie et brillante. Comme il l’expliquait, personne ne s’opposerait jamais à ce qu’une jeune fille de ce type se destine à la scène), des films moins bons que d’autres aussi (que peut-on dire  de Rough Night in Jericho ?)  mais une constance dans la qualité qui rattrape tout.

Qu’on pense aux œuvres : Les Grandes espérances, Le Narcisse noir, Hamlet, Un si doux visage, Elmer Gantry, Spartacus. Qu’on pense surtout aux rôles et qu’on se demande qui a fait aussi bien. Pour Blanches colombes et vilains messieurs  elle chantait d’une voix adorable et tendre et réussissait à se montrer à la fois touchante et drôle, nous faisant rire avec elle et l’aimer, sans aucun doute sur la nature profonde de sa missionnaire guindée. Dans All the Way Home (adaptation méconnue d’un Mort dans la famille de James Agee) il semblait à nouveau que nous étions tout près d’elle mais cette fois-ci c’était sa souffrance qu’elle nous offrait avec sa grâce coutumière. Sans démonstration, mais sans réserve « anglaise » non plus : avec simplicité. Non pas que ses personnages ne soient pas complexes et qu’elle ne nous le fasse pas sentir. Ce sont les moyens expressifs auxquels elle a recours qui ont un parfum d’évidence, même quand ils sont maniérés (il suffit de songer à l’éblouissant quart d’heure où son Estella, la bien nommée, illuminait Les Grandes Espérances). Il y a quelques mois on pouvait voir au Cinéma de Minuit The Happy Ending de Richard Brooks (dont elle allait divorcer après le tournage) son tout dernier très grand rôle (1969). Un « portrait de femme » : un peu alcoolique, un peu dépendante aux médicaments, un peu malheureuse et très insatisfaite. Le rôle à thèse idéal. Et pourtant impossible de repérer la moindre trace de technique ou de calcul dans ce qu’elle fait. Impossible d’y voir le poids d’une interprétation. C’est l’impeccable fluidité du jeu qui seule nous rappelle qu’enfant de la balle, Jean Simmons avait pour elle une aisance dont peu pouvait se vanter.

Longtemps avant il y avait eu les films les plus célèbres : son Ophélie emperruquée de blond dans le film de 1948 (elle remplaçait Vivien Leigh jugée trop âgée pour le rôle) qui effaçait presque, le temps de sa folie fragile, tout le prestige qui l’entourait et jusqu’au souvenir axphyxiant de Laurence Olivier lui-même. Sa « Sister Sharon »  d’Elmer Gantry sur la corde raide d’une sincérité que l’interprétation de Simmons réussissait à rendre tangible et ce grain de sensualité déclarée, de féminité humide, qu’elle donnait parfois à ses personnages en apparence le plus figés.  La séquence « Dolce de lece » dans Blanches colombes.  Le clin d’œil radieux à Richard Burton à la fin de La Tunique. La séquence où elle marche pieds nus dans Cette terre est mienne, noble soap d’Henry King.

Parallèlement aux films de prestige que les réalisateurs les plus importants (et les meilleurs) lui proposaient (Lean, Olivier, Preminger, Cukor, Curtiz, Wise, Mankievitch, Wyler, Brooks, Kubrik, Donen, King …) Simmons se prêta de bonne grâce à ce à quoi était d’abord destinée toute actrice anglaise qui arrivait à Hollywood : jouer des rôles européens dans des films en costume. L’aristocratie naturelle son port et sa diction précise la servaient évidemment. En « Young Bess » elle fut, en plus, étonnante de vitalité, faisant pressentir la hauteur du destin de la future Reine Vierge (pour reprendre le titre français du film). Mais sa présence lumineuse, sa juvénilité qui perdura longtemps  étaient presque suffisantes pour les grands et luxieux cinémascopes Fox, pour le rôle titre de Désirée ou pour la patricienne Diana de La Tunique. Ainsi Jean Simmons, l’enfant prodige de la Ranks, l’épouse anglaise de Stewart Granger puis de Richard Brooks, la jeune actrice couronnée à 20 ans par un prix d’interprétation à Venise, la sympathique et souriante vedette de la Fox, l'actrice que l'on perdit au profit de la télévision à partir des années 70, se sera assuré une double immortalité. Auprès des cinéphiles les plus sérieux comme auprès des amoureux inconditionnels des films de cape et d’épée. On peut être les deux.

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Le vidame 23/01/2010 18:41


On ne peut pas être touché par tous, ni tous les aimer.

Avec les acteurs (peut-être encore plus qu'avec les chanteurs) il y a des rapports vraiment personnels. Ca n'empêche d'avoir un regard sur leurs qualités bien sûr.

Je trouve, par exemple, que Claudette Colbert ou Carole Lombard ou Vivien Leigh sont vraiment des comédiennes exceptionnelles, mais je n'ai jamais pu les "investir."
Dans le cas de Lombard elle échoue même complètement, justement, à me toucher ou à me faire éprouver de l'empathie alors que je ne vois que du bon, techniquement, chez elle.


Catherine 23/01/2010 13:13


Superbe portrait une fois encore d'une actrice qui personnellement ne me touche pas plus que cela, même si elle a joué dans de magnifiques films. Mais sans doute la connais-je mal !