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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 14:10

 


Pour sa première Constance en studio Gruberova (qui ne dit pas, pas plus que ses partenaires, les dialogues) palpite avec un sérieux et une ardeur imperturbable et dont on a pas assez dit les qualités de poésie. Moins immaculée mais aussi moins polaire que dans la version Solti (la prise de son n'y est sans doute pas pour rien et on entend ici le vibrato qui fait la chair de la voix) elle expose un timbre intrinsèquement étranger (c'est un compliment) avec une grâce qui n'empêche pas la franchise. Pas vraiment rococo ni même maniériste d'ailleurs : nette et probe et digne. Elle saisit sa chance avec un partenaire aussi jeune et beau qu'elle : Araiza (qui sera aussi le Des Grieux de cette Manon), lequel nage avec aisance et séduction dans les lignes flottantes et galbées de Belmonte, traversées sans un accro, le poitrail conquérant et la tête haute, chaleureux et viril mais pas macho non plus, à peine conscient des dangers encourus et vocaliste aisé et souriant (ça n'étonnera personne) dans son air de bravache. Autour d'eux, ça n'a pas réellement les mérites d'une intégrale de référence : la direction de Wallberg étouffe les aspirations de son couple vedette (<< Traurigkeit >> manque d'envol, << Marten aller Arten >> d'élan) - sans parler des autres (le quatuor est sinistre de pesanteur et de lenteur ... quelle idée de diriger cette musique ainsi ?). Norbert Orth, parfois moelleux, doublonne Araiza pour les couleurs et devient victime de la comparaison quand une certaine nasalité affleure, sans parler d'aigus détimbrés (mais il y a quelque chose d'un peu héroïque dans ce klaxon que j'aime assez), l'Osmin est à la fois un rien fade (pour la voix) et à la limite de la caricature (pour le ton ... et donc on n'a pas très peur et on ne rit pas beaucoup plus) et Gudrun Ebel, bien terne, est jolie parfois dans les suraigus, mais pas plus, pas moins que bien des Blondchen et avec un grain (et une justesse) pas toujours très net - on ne risque pas, elle, de la confondre avec sa maîtresse. Il faut donc écouter donc l'ensemble pour la clarté, la fraicheur et l'éclat de Gruberova et Araiza, qui méritaient d'être saisis à l'aube de leur carrière internationale.
 

Pour préparer, si l'on veut, La Fanciulla del West que je verrai lundi 10 : Mara Zampieri dans son récital (en fait une compilation Myto ) << Vériste >> où sa vocalité en rayon laser ne s'épanouie pas réellement (on s'en serait douté). Zampieri telle qu'en elle-même donc, droite et sans vibrato, sans trop de couleurs non plus, mais plus reconnaissable que bien des chanteuses charnues. On peut prendre un plaisir pervers à la chose, quand elle rappelle rien moins que Stich-Randall dans l'air de La Rondine, à force d'aigus planes. Toujours impliquée et attentive aux mots et à l'action, elle distord parfois sa voix avec énergie qu'on lui connait, ce qui peut conduire à de véritables grimaces vocales (la mort de Fedora). Mais finalement les moments les plus apaisés sont presque ascétiques, effacés pour tout dire (Suor Angelica par exemple ou Francesca da Rimini). Cette voix est probablement difficile à enregistrer et il lui faut forcer la vibration pour exister, ce qu'elle n'ose pas toujours faire : elle le paye d'une soudaine absence, assez inattendue. Bref, ce répertoire ne lui convient pas, soyons triste et honnête, et je la préfère dans les lignes suspendues et les vocalises du Bel Canto. D'ailleurs c'est peut être dans le Puccini à la fois le plus retenu et le plus vocal (Edgard ou la Villi) qu'elle est la plus enthousiasmante parce qu'elle excelle àcertains << forte >> conclusifs, quasi verdiens. Mais son << La Mama morta >> fantomatique et halluciné, plein de pauses, de silences et de lenteurs, vaut au moins l'écoute, malgré son absence de slancio et de véritable séduction << vériste >>.

 


Nilsson, dans les extraits de La Fanciulla détaillés par Membran est aussi coupante d'ailleurs, de timbre et d'aigus mais donne une leçon d'orthodoxie et de santé vocale à sa cadette (ce n'est pasprécisément non plus une surprise). L'absence de charme manifeste de l'ensemble tient sans doute autant à un Matacic manifestement peu inspiré par la partition qu'à des partenaires affreusement frustes et rocailleux. Mais la Suédoise, malgré un sérieux dans le phrasé, les mots, l'intention, qui est réellement à saluer et malgré aussi quelques aigus en forme de massu dont l'impact n'est pas désagréable (la fin évoque évidemment Turandot et rend compréhensible cette distribution a priori surprenante), est décidemment trop raide elle aussi pour cette musique mobile, intelligente et volubile. Pourtant il faut vraiment apprécier les efforts (que Nilsson a toujours apporté au répertoire italien) d'allègement, de murmures, de délicatesse ... ce qu'ils ont de manifestement fabriqué les rend, paradoxalement, encore plus attachants.

 

 

 

 

 

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Published by Le vidame - dans Musique
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commentaires

Knut Talpa 08/02/2014 21:41


Pourquoi voudriez-vous que je baratapasse ? Ce n'est pas parce que je marine dans Les Fêtes de Paphos de Mondonville qu'il faut tirer de folles conclusions. Je ne connais pas la moindre
note de La Fanciulla, mais je ne doute pas qu'il soit parmi les plus séduisants de Puccinellanini.

Le vidame 08/02/2014 17:50


J'avais détesté oeuvre et interprétation lors de ma découverte du Solti, Gruberova comprise, que j'avais entendue molle et froide, un véritable poisson mort mais sans mayonnaise.


Je vais voir Fanciulla, oui, mais enfin il faut que j'avoue (pas taper) que je commence à aimer de plus en plus de choses chez Puccini (pas Tosca quand même).

Knut Talpa 08/02/2014 13:43


Merci, monsieur Vidame. Un je ne sais quoi me disait d'attendre avant de mettre la main sur cet Enlèvement. J'ignorais que les dialogues n'étaient pas confiés aux acteurs. Osmin, c'est R. Bracht
non ? C'est un peu la basse du pauvre à Munich, il a déjà sévi en Sarastro dans la Flûte de studio avec Popp, Jerusalem et Grubi. Norbert Orth a en effet fini par des emplois plus héroïques, par
exemple Stolzing au Châtelet avec Popp et Van Dam (aux temps où le Châtelet blablabla).


Récemment réécouté la Constance de Grubi avec Solti. Je n'en avais qu'un souvenir flou mais une impression d'ennui. On dirait qu'elle chante des airs de concert comme il vaut mieux éviter de le
faire, le Traurigkeit est un flop total, et alors Solti… c'est le style pelle-à-tarte. Ça m'a surpris tant cette version est généralement louée pour sa plus grande réussite dans Mozart, ou à peu
près.


 


Vous allez donc voir Minnie chez Mickey ? Mais rassurez-moi, Grubi y chante la rempailleuse de chaise ?