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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 12:40




(A propos du fond vert on peut aller voir ici à titre de comparaison : link)


Encyclopédie subjective du cinéma

Le film préféré de Walter Plunket, l'illustrissime costumier hollywoodien, spécialiste des films en costumes et créateur, entre autres, de la garde-robe de Vivien Leight-Scarlett O'Hara dans Autant en emporte le vent. Le film qui valut sa première nomination aux oscars à Elisabeth Taylor, un an après avoir été ignorée pour Géant. Le film qui marqua un tournant définitif dans la carrière de Montgomery Clift, puisque c'est au cours de son tournage qu'un accident de voiture le défigura. La chirurgie esthétique put lui rendre un visage acceptable, même par rapport aux canons hollywoodiens, mais pas son éblouissante beauté, tellement frappante dans ses premiers films et qui apparait encore dans le fim de Dmytryck, en fonction du moment où les scènes ont été filmées. L'Arbre de vie devait, presque vingt après, être une réponse entièrement MGM au succès d'Autant en Emporte le vent. La Guerre de Secession était  vue cette fois du côté yankee et on adoptait principalement le point de vue de l'homme sur le front et non plus celui de la femme confrontée aux difficultés de la vie civile. Mais dans les deux cas c'est finalement une feuilleton (sans que j'emploie le terme de manière péjorative) en crinoline qu'on met en scène. Les cauchemars de Taylor pendant les premiers temps de son mariage, écho direct au rêve de Scarlett pendant son voyage de noce, ne sont qu'un des exemples des plus frappants de certains calques directs.

Le film part cependant un peu du postulat inverse de celui de son célèbre précédent : que se passerait-il si Ashley épousait Scarlett au lieu de Mélanie ? Clift, jeune idéaliste à la recherche de "l'Arbre de vie" qui donne son nom à la fois au comté dans lequel il habite et au film, est séduit par une jeune, brune et obstinée sudiste (Taylor) et abandonne la tendre et blonde Eva Marie Saint. Là .... sa jeune épouse se révèle rapidement dérangée et l'entraine avec elle dans la souffrance et le désespoir. Elisabeth Taylor, encore peu assurée à l'époque (elle n'a pas encore joué dans Soudain l'été dernier) traduit la folie de son personnage par une attitude systématiquement capricieuse, incohérente, de brusque revirements d'attitude et de ton, une hystérie juvénile et fiévreuse. Le basculement de la petite fille gâtée à l'enfermée suicidaire y gagne une étonnante logique, une paradoxale cohérence. C'est d'ailleurs tout ce qui tourne autour de son personnage, profondèment malheureux, aspirant désespérément à la normalité comme le révèle une scène poignante à l'asile, qui me rend le film si attachant.

Longue (trop longue ? -presque 3 heures) fresque, L'Arbre de vie est d'abord un récit initatique, qui traite à la fois du passage à la maturité et de la nécessité de construire quelque chose. La guerre de Secession proprement dite et même ce mariage malheureux, ne sont en fait que des épisodes presque périphérique dans la construction du scénario. Il aurait pu arriver d'autres choses au protagoniste, auquel on demande avant tout de transformer ses rêves en actions et d'améliorer le monde (le personnage d'Eva Marie Saint lui sert, de ce point de vue, de conscience. Ses interventions ne sont pas sans rappeler celles de Jiminy Cricket) bref de devenir, selon une certaine idéologie, un adulte. Rien ne nous oblige à adhérer au message véhiculé par le film. On peut préférer profiter de ce qui est, dans l'intrigue, accessoire. Le personnage de professeur cynique et spirituel joué, à la perfection, par Nigel Patrick. Ce plan furtif de la robe de Taylor qui court dans la nuit vers les marais. Clift qu'on vient de quitter en soldat barbu et qu'on découvre glabre mais boiteux. L'acteur semble presque somnanbulique, jouant le plus souvent à côté de son rôle, ce qu'on peut attribuer aussi bien à son traumatisme qu'à son peu d'amour pour le film. Les scènes qui l'opposent au petit garçon qui interprète son fils surprennent en revanche par leur intensité et rappellent qu'il avait été bien plus tôt le jeune soldat paternel des Anges marqués, un des plus beaux films de Fred Zinneman.  

Et puis évidemment tout amateur d'un certain cinéma estampillé MGM connaîtra un éblouissement tempéré uniquement par un refus assez visible de la flamboyance des couleurs : reconstitution soignée, costumes inventifs et flatteurs, scènes de bal dans le vieux sud, extérieurs sublimés par la caméra, jusqu'à l'arbre de vie qui se révèle symboliquement à la toute fin du film. Clift-Adam a trouvé son arbre de connaissance. Taylor -Eve ou bien même Lilith ?- est derrière lui. Il s'éloigne avec son fils et une Eva Marie Saint angélique sans gouter aux fruits, sans même faire attention à l'arbre qu'il recherche depuis son enfance. Il est sauvé et restera défendre son paradis. Le titre permet sans doute cette lecture biblique (les Etats Unis sont le pays d'A l'Est de l'Eden après tout) un peu ambitieuse sans doute. Il est permis cependant de prendre simplement plaisir aux péripéties et à une certaine manière  de faire du cinéma. Edward Dmytryck, honni parce que traitre au moment de la chasse aux sorcières, savait manifestement quoi faire avec une caméra et des acteurs.

A noter, pour les curieux, que le salut nous vient, comme pour Aimez vous Brahms ?, du Japon, seul pays pour l'instant à proposer une version DVD du film, à ma connaissance.

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Francesco 21/11/2009 10:14


Tavernier et Coursodon parle de "film interminable", donc tu n'es pas la seule ! Moi je crois qu'aujourd'hui c'est un film que je préfère à GWTW pour toutes ces raisons et aussi sans doute parce
que je me retrouve quelque part mieux dans ce scénario (et qu'il y a vraiment des moments que j'aime beaucoup. Tout ce qui tourne autour du personnage de Taylor en fait). Mais il y a aussi moins
d'action (au sens dramatique du terme) que dans le film de Fleming.


Catherine 21/11/2009 08:54


Curieusement ce film m'a toujours fait l'effet d'un gros pensum contrairement à Autant en emporte le vent !