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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 13:47



Encyclopédie subjective du cinéma

Le Providence soit louée pour Pierre Benoit et Maria Montez, sans lesquels le monde n’aurait pas, à mes yeux, le même attrait. Et bénit soit L’Atlantide, montagne colossale à la production, qui accoucha d’une étrange souris morbide.

Tout le monde, ou presque, connait le synopsis qui suit avec fidélité la trame du roman (Pierre Benoit fut accusé de plagiat car son texte reprenait visiblement des éléments d’un autre classique La Source de feu, d’ailleurs adapté au cinéma avec Ursula Andress – La Déesse de feu … O joie … - J’en profite pour remercier Catherine de m’avoir fait découvrir le cycle complet de H. Rider Haggard, lequel m’a fait passer quelques agréables nuits blanches). Comme j’envie, cependant, le bienheureux ignorant qui découvrira les sortilège de l’Atlantide engloutie par les sables en même temps que le jeune légionnaire parti à l’aventure.  

Exploité aux Etats Unis sous le titre merveilleux de Sirens of Atlantis le dernier film américain de Maria Montez fut le plus féérique cadeau qu’elle pouvait offrir au monde, un monde qui parut bien triste et bien gris, en dépit de celles qui prirent sa suite, après sa mort prématurée, à 39 ans. On tournait, pour ainsi dire, en famille, puisque son mari, Jean-Pierre Aumont, était son partenaire. De l’autre côté de la caméra c’était les grands noms de la Universal qui se succédaient pour cette première version américaine du roman presque décadentiste de Pierre Benoit. Le producteur Arthur Ripley fut à l’origine d’un projet qu’il voulait grandiose, John Brahms, le réalisateur des classiques et gothiques The Lodger et Hangover square assura une partie du tournage, Ullmer, demi-dieu d’un certain cinéma parallèle s’y investit, Douglas Sirk, en personne, mit la main à la réalisation et travailla activement au scénario.

Ce fut l’obscur Greg Tallas (qui termina sa carrière en Grèce) à qui revient la charge de terminer, monter et signer le film, un flop monumental, tant en France, où il fut projeté en avant première, qu’aux Etats Unis. Il faut dire que la côte de popularité de Maria Montez avait férocement baissé depuis ses succès du début de la décennie. Sans compter que le film avait été tourné dans un noir et blanc certes luxueux et policé mais presque indécent pour servir d’écrin/écran à l’ancienne « reine du technicolor ». Et puis au cours de tournages les studios firent machine arrière et calmèrent les ardeurs imaginatives de Ripley à coups de fonds retirés et de valse des réalisateurs, retirés avec constance du projet. Les expérimentations disparurent un peu du résultat mais surnagent encore ici et là dans un film réduit à un peu plus d’une heure (dans le VHS française que j’ai pu voir en tout cas).

Quelques images s’imposent en dépit de ces vicissitudes : les statues dorées des hommes condamnés par la cruelle Antinéa ne sont pas sans ressemblance avec d’énormes oscars d’interprétation et les décors caverneux aboutissent à la somptueuse chambre la reine de l’Atlantide, qui semble perpétuellement plongée dans le noir. Les  héros jouent aux échecs avec des pièces énormes et lourdement symbolique que Maria Montez manipulent avec jubilation. Son lit est un énorme coquillage marin, de ceux dans lesquels le poète et les enfants sont censés entendre la mer, vestige peut-être de l’Atlantide originelle. Dans l’atmosphère sombre qui est bien celle du roman, ces décors irréels sont illuminés par des torches qui donnent à l’ensemble une inoubliable touche fantasmagorique.  Je n’ai jamais eu l’impression d’être confronté à une réalisation cheap, ce que permettait un scénario qui intrinsèquement n’a rien de spectaculaire, si ce n’est les superbes visuels oniriques du délire de Jean-Pierre Aumont qui transforme le désert en mer et les dunes en vagues.

Mais le véritable trésor du film, Aumont étant joliment fade, c’est évidemment la prestation, ou plutôt la présence de Maria Montez, allumée comme jamais dans des tenues lamées et que rien ne vient jamais décoiffer. Chaque fois qu’elle apparait sur l’écran  (trop peu à mon goût) on est subjugué par sa démarche et son beau visage qu’on pourra lire comme totalement inexpressif ou follement mystérieux, au choix. Mais surtout à chaque fois qu’elle s’applique à jouer, Montez (qui n’a jamais prit un cours de comédie et apprendra finalement son métier en Europe) semble déchaîner au dessus de sa tête, et sur son visage même, toutes les maléfices de la femme fatale. Impliquée et appliquée à faire bien le mal l’actrice finit par atteindre une dimension poétique qui dépasse de très loin toute idée de jeu, au sens traditionnel du terme.

Pour les amoureux de Maria Africa Garcia Vidal (son véritable nom), pour ceux qui aiment la littérature légèrement frelatée des années 20 adaptée à la sauce des années 40 et pour les grands curieux des films malades et/ou maudits Sirens of Atlantis est donc un incontournable, visible grâce à un DVD anglais ou, pour les parisiens chanceux, en VHS au désormais mythique Videosphère pour lequel je ne travaille pas. (Cliquez ici :  link)

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Patrick Mon Chéri 01/12/2009 01:35


Comme cette vague qui n'atteindra jamais la lune,
Je me couche sur le sable et je me souviens.

http://720lignes.blog.lemonde.fr/files/2009/03/annual_1979.1236696430.jpg


Inspecteur Derrick (police criminelle) 01/12/2009 01:32


Vous êtes faits comme des rats : rendez-vous !
Et lâchez ce crotale !!!
PAN ! PAN !


Le vidame 30/11/2009 23:24


C'est donc vous que l'on voit parfois là bas, avec un chapeau à voilette et une gerbe de roses rouges ....

Ouf, j'ai déjà Cobra Woman et je suis devenu ivre en regardant la séquence de la désignation des victimes. Mais vous savez ce que c'est !


Tom Peeping 30/11/2009 21:26


Si Maria vous manque parfois, je ne peux que vous conseiller de chercher sous une pierre "Cobra Woman" de Siodmak, qui vous en donne deux pour le prix d'une : la gentille et la méchante. Et en
Technicolor. Et avec Sabu. Mais sans doute l'avez vous déjà vu. Il ne vous reste plus alors qu'à aller au cimetière du Montparnasse (dans le petit cimetière) pour trouver le lit d'éternité de la
belle et, comme le font ses admirateurs, l'assurer de votre bon souivenir par de grands gestes de bras.