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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 14:50

 

http://www.vanityfair.com/images/culture/2008/05/cusl01_dorisday0805.jpg

Superbe photo, pour Variety. Tout le film capturé en une image. Avec en plus une touche très sophistiquée propre au magazine. La ressemblance avec Renée Zellweger (qui fait une délicieuse imitation du style et du jeu de Doris dans Bye, bye love) est assez amusante.


Encyclopédie subjective du cinéma

Qu’on pardonne d’abord ce titre abruti qui a failli m’empêcher d’inclure le film ici (j’ai mes faiblesses) et qui s’explique très simplement. Le réalisateur, Tashlin, est en effet celui de deux films célèbres avec Jane Mansfield : The Girl Can't Help It et Will Success Spoil Rock Hunter ? qu’on a rebaptisés en France respectivement La Blonde et moi et La Blonde explosive. Les traducteurs ont des priorités commerciales qui ont transformé un autre film de Jayne Mansfield, The Sheriff of Fractured Jaw, en, évidemment, La Blonde et le shériff. Dans la même logique, profitant du renom du réalisateur et de la couleur des cheveux de Doris Day, ce Glass Bottom Boat (c'est-à-dire « Le bateau au fond en verre » - cela doit avoir un nom en français) est devenu La Blonde défie la FBI.  Pas certain cependant que la comparaison soit possible entre Doris et Jayne, mais passons …



The Glass Bottom boat
confronte avec un certain bonheur deux univers, également en perte de vitesse en 1966 : celui de Frank Tashlin (qui a réalisé l’année précédente ABC contre Poirot, trahison du roman d’Agatha Christie, bénéficiant au moins d’un climax inoubliable : Anita Ekberg monte sur une échelle qui tangue dangereusement sous l’opulence de la dame) et celui de Doris Day. L'actrice fait partie de ces personnalité cinématographique pour lesquelles on a tout spécialement écrit des "véhicules" destinés à mettre en valeur leurs qualités. Il y a donc une "manière" estampillée "Doris Day". Après les musicals dynamiques de la MGM viendront les comédies roses de la Universal, qui reposent sur des principes repris exactement par Tashlin. Face à elle, un beau jeune homme brun et viril pour accentuer le contraste (ici c’est Rod Taylor qu’on commence par nous montrer torse nu, face à Doris qui a perdu son maillot de bain. Au moins les choses sont claires). Entre eux l’amour évidemment, mais aussi la bataille des sexes, les disputes, les manipulations de l’homme, la révolte de la femme, les tentatives de séduction et finalement Doris qui monte au créneau/rideau. Comme toujours, c’est elle qui est prête finalement la première à connaitre charnellement son partenaire, avec l’espoir du mariage à la clé. Cette fois cependant elle est veuve et non pas célibataire, étant entendu qu’à 42 ans et même si elle en parait 35, il n’était plus envisageable qu’elle n’ait pas connu les joies de la chair. Deux, trois, chansons, dont une, entêtante comme un chant populaire, qui sert de générique au film. Une robe à carreaux vichy rose pour le premier rendez-vous, un fichu, toujours à carreaux vichy, rouge cette fois, pour une ballade en mer, un déshabillé vert pour le matin, assorti à la chambre à coucher (la plupart des décors du film sont chromatiques. On parle d’ailleurs de « la chambre rouge », la « chambre bleue » etc.)  un manteau à poids jaunes pour le dernier adieu et une robe de soirée blanche mais ornée de marguerites pour le grand bal.  Et puis, sommet ou nadir en fonction des gouts, les inimitables mimiques de l’actrice qui insupportent certains mais me réjouissent toujours autant (cette manière qu’elle a de souffler quand elle est exaspérée ….).

Si on laisse de côté l’intrigue, totalement absurde (une jeune veuve qui travaille comme guide dans un centre aéronautique est remarquée, puis séduite par le patron. Comme elle a un chien qui s’appelle Vladimir, elle est soupçonnée par le service de sécurité d’être une espionne russe …. Oui, oui …. Je vous l’avais dit. Absurde. Idiot même), reste l’invention visuelle réjouissante dont fait preuve Tashlin. Tavernier et Coursodon sont un peu agacés par l’adjectif « cartoonesque » systématiquement appliqué au réalisateur, en raison, disent-ils de sa formation dans le dessin animé. Mais comment qualifier autrement la course poursuite qui termine le film ? Cinq minutes totalement nonsensiques dont la fantaisie fait paraitre très répétitives d’autres scènes du même genre (je pense à Une Vierge sur canapé de Richard Quine). Avant tout Tashlin reste un pourvoyeur de gags (il a fait ses classes auprès de Jerry Lewis) et ses personnages s’y prêtent de bonne grâce. Tous sont d’une maladresse heureuse dont ils ne semblent pas avoir précisément conscience. Même les héros « romantiques » sont régulièrement pris en flagrant délit de ridicule, avec une bonne humeur communicative et sportive.  A chacun de ses pas, Doris Day provoque des catastrophes dont elle est la première victime et qu’il serait dommage de déflorer ici. On lui est d’ailleurs reconnaissant de l’athlétisme, de l’abandon physique dont elle fait preuve tout le long du film.

Cette dynamique burlesque avouée fait le premier charme du film. L’autre plaisir, rétrospectif aujourd’hui, c’est son look, plus sixties que permis. Evidemment dans les accessoires dont le film est truffé, il faut voir des références récurrentes à la série des James Bond. Mais aujourd’hui  on est frappé par cette vision futuriste, totalement mécanisée du quotidien, très caractéristique de l’époque. La cuisine de Rod Taylor est ainsi totalement délirante avec un aspirateur automatisé et un batteur électrique commandé par un bouton. Plus tard la soirée qu’il donne tard illustre à merveille, sur un ton tendrement parodique, les excès joyeux du moment. Un plan totalement inutile à l’action, s’arrête sur deux femmes, choucroutées à l’excès, en train de danser sur des rythmes syncopés et  le policier déguisé en femme, qui enquête pendant la même soirée, n’en est que le reflet à peine exagéré. Dans ces conditions il était impossible de ne pas faire au moins un clin d’œil, totalement injustifié si l’on s’en tient à la trame du film, à la vogue du psychédélisme et qui aboutit finalement à une imitation par Doris Day de Greta Garbo en Mata Hari, accent compris.   

The Glass Bottom boat, qui sort la même année que Modesty Blaise, autre film d’espionnage féminin, à peine plus sérieux, dispose d’un dernier atout, et non des moindres : la présence  de l’inénarrable Alice Pearce (la voisine Gladys de Ma Sorcière bien aimée pour les téléphages, le rendez-vous de Gene Kelly dans On the town pour les cinéphiles) dans son dernier rôle.

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Catherine 11/12/2009 19:52


J'ai la faiblesse de bien aimer ce film, mais j'aime bien Rod Taylor et Doris Day aussi, et Vladimir a une bonne tête !