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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 14:05

 

 

Charles F. Dupêchez poursuit sa croisade. Il a fini par rééditer ce mois chez Calmann-Lévy l’unique roman de la comtesse d’Agoult, Nélida, épuisé après une première tentative en 1987.  Pour fêter Marie à la manière digne d’un vidame j’ai remis le nez dans ses Mémoires, souvenirs et journaux, toujours édités par Dupêchez (chez Mercure de France) qui se tue maintenant à rendre au monde l'intégralité de la correspondance de la comtesse.   

 

Il célébrait la sagesse vulgaire et la vie facile ; il se plaisait à l’apologie des libertins. Tout à coup, sans que rien ne les amenât il me tenait des propos bizarres, tout à fait inouïs dans sa bouche ; il vantait ce qu’il appelait ma belle existence ; il me félicitait de ma grande situation dans le monde, il admirait, disait-il, ma demeure royale, l’opulence et l’élégance de ce tout ce qui m’environnait. Etait-ce sérieusement ? Etait-ce en manière de persiflage ? A son air impassible, à sa voix morne, je ne savais plus discerner.

 

Chose étrange, le talent de Franz ne me paraissait pas moins changé que son esprit. Improvisait-il au piano, ce n’était plus comme naguère, pour en tirer de suaves harmonies qui m’ouvraient le ciel ; c’était pour le faire vibrer sous ses doigts d’airain des sons discordants et stridents. Sans rien me reprocher, Franz, à qui ma présence n’apportait plus ni paix ni joie, semblait nourrir contre moi je ne sais quel ressentiment secret. Une fois même j’avais surpris dans son regard comme un pâle éclair de haine … Qu’était-ce ? Je n’osais l’interroger. Quand nos regards se rencontraient, je croyais bien encore lire dans ses yeux des attendrissements subits et involontaires, mais dès qu’il me voyait émue, sa lèvre reprenait son pli sardonique. La sécheresse de son accent, si je tentais de ramener l’intimité de nos empêchements d’autrefois me déconcertait. Inquiète, repliée sur moi-même, je me perdais en suppositions, et j’étais remplie d’angoisses.

 

J’aime particulièrement le moment où il est question des improvisations de Liszt. Mais tout le texte est de la même eau. D’un romantisme complaisant mais remarquable par l’habilité à se mettre soi-même en scène. A ce degré, dans le registre féminin, je ne connais que madame de Genlis.

Ceux qui resteraient réfractaires peuvent essayer de voir Song without end (de Charles Vidor, terminé après la mort de ce dernier par Cukor en personne), la comtesse d'Agoult y était remarquablement interpretée par Geneviève Page. Excusez du peu.

 

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Published by Le vidame - dans Littérature
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