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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 14:30

 






Encyclopédie subjective du cinéma


Au pays des corbeaux, les canaris sont les rois. Vieil adage dont sut faire profit Jeanette MacDonald à Hollywood. Mais d’abord, ne nous illusionnons pas, parce qu’elle était jolie et plutôt singulière comme actrice. Avec un timbre aigre, sans couleur ni personnalité vraie et une incapacité à peu près absolue à phraser autrement que recto tono, sans parler de limitations techniques parfois redoutable quand une telle voix s’attaque aux vocalises du répertoire dont elle disait être une spécialiste, elle s’est imposée pour dix ans comme le soprano familiale par excellence, la favorite du public et de Louis B.Mayer (il s’énervait pourtant quand elle s’obstinait à se doubler elle-même pour les exploitations françaises de ses films, quitte à être absolument incompréhensible).

Qu’on ne s’y trompe pas : il n’y a pas admirateur plus fervent que votre serviteur de l’art compliquée de Miss MacDonald. En découvrant le désormais légendaire Rose Marie je cherchais désespérément à qualifier son interprétation. Elle ne joue jamais faux et prend toujours la bonne direction. Elle ne surjoue pas non plus, au sens cinématographique du terme, c'est-à-dire qu’elle ne donne pas la réjouissante impression d’être bigger than life et excessive. La révélation m’est venue du final de Tosca qu’elle interprète dans les dernières minutes du film. Au cours de cette scène son personnage est saisi d’hallucinations et l’actrice doit interpréter à la fois Tosca en train de découvrir la mort de  Mario et la cantatrice Marie Del Flor qui imagine que la voix de son bien aimé lui parvient du haut du ciel.  Le public dans le film, horrifié, se rend bien compte que quelque chose ne va pas, car il est censé y avoir un hiatus entre son interprétation « théâtrale » et sa réalité et faiblesse de femme. Le public hors du film ne verra aucune différence et en regardant la même séquence sans le son (Van Dyke, habilement, nous fait partager la fébrilité de son héroïne en nous faisant entendre la même voix qu’elle) pourrait imaginer simplement une version expérimentale de Tosca qui la verrait devenir hystérique et tomber dans la folie avant de s’évanouir au lieu de se jeter dans le vide. Au demeurant, détestant habituellement cet opéra, j’ai passé un bien meilleur moment que d’habitude.

Mais ce qu’il faut retenir d’abord de cette expérience c’est que, dans sa glorieuse période MGM, Jeanette Mac Donald jouera tous ses rôles cinématographiques exactement de la même manière qu’elle interpréterait sur scène les grandes héroïnes lyriques dont elle rêvait sans doute (et elle les a à peu près toutes abordées, le temps au moins de quelques plans et d’un air, et au mépris de toute identité vocale : Isolde, Cio-Cio Cian, Violetta, Marguerite, Juliette, Tosca, Susanna, Lucia etc…). Dans un film beaucoup plus tardif, La Mélodie Interrompue, mélodrame musicale et passionnel, Eleanor Paker doublée par Eileen Farrell et s’emparant du destin tragique de Marjorie Lawrence, joue sur scène Musette ou Dalila (sic) avec  la bravura flamboyante gestuelle et expressive qu’on a longtemps associée aux grands acteurs d’opéra (Callas même n’en est pas totalement exempte, avec l’atout sa noblesse congénitale qui transfigure tout) mais redescend parmi les mortels dès que son personnage n’est plus sur une estrade (tout en surjouant, avec talent et de manière cinématographique, certaines scènes).  Mac Donald utilise parfois le contraste « éthéré-lyrique »  / « terrien-réalité »à des fins comiques irrésistibles, la fermeture du rideau la rendant tout à coup prosaïque et capricieuse alors qu’elle n’est même pas encore sortie de scène. Mais même là son personnage de cantatrice est théâtral, dans la colère comme dans la tendresse. C’est ce qui rend son jeu, si peu fait pour le gros plan, absolument désarmant, pour peu qu’on ne s’arme pas d’un cynisme de mauvais alois. Les dérapages interviennent quand le sentiment est d’une intensité dépassant la mesure et l’effet loupe de l’interprétation peut alors devenir redoutable (je pense à une scène du pourtant merveilleux Espionne de Castille où, littéralement derrière les barreaux, elle se lance dans un grand air, les yeux exorbités, la bouche tremblante alors que l’homme qu’elle aime vient de se faire ensevelir sous un mur ( !!!)).

 

Il est intéressant de noter que Lubitsch a parfaitement su, non pas intégrer les maniérismes de l’interprète, mais obtenir d’elle des interprétations beaucoup plus cinématographiques, dont la subtilité est souvent remarquable. Difficile de ne pas être séduit, par exemple, par sa délicieuse Veuve Joyeuse, toujours drôle et toujours charmante. Cependant de tels films n’ont pas besoin de défenseur n’est-ce pas ? Et il est possible que le réalisateur aurait fait aussi bien avec quelqu’un d’autre (en l’occurrence Grace Moore était le premier choix de la production).

Mais prenons, par exemple, quelque chose d’aussi caractéristique de sa manière que les trois étourdissants mélos qui ont été probablement les plus exigeants de sa carrière. Cette Belle cabaretière, inspirée des mêmes sources que La Fanciulla del West de Puccini  avec une scène de cartes impressionnante de fièvre. Ou encore cette Espionne de Castille déjà mentionnée, où, sans Nelson Eddy, elle parcourt à peu près l’intégralité des sentiments que peut éprouver une héroïne au milieu des guerres d’Espagne napoléoniennes. Des films épuisants, au rythme forcené, avec une action différente par plan et des romances étourdissantes. Certaines scènes musicales sont mises en scène avec un luxe de moyens qui remplace très bien la véritable invention de mise en scène, d’autant que le découpage répond souvent à la musique.




7 ans de séparation en quelques minutes, Jeanette court parmi les fleurs et les surimpressions successives prennent aujourd'hui une beauté bizarroïde. Grandeurs et limites du mélodrame musicale.

Et n’oublions surtout pas Le Chant du printemps féérique opérette, qui fera hurler les réfractaires au genre, mise en image par le spécialiste maison, Robert Z. Leonard. Toute la MGM des années 30 (quand elle sait qu’elle le public répondra aux coûts des productions values) en un film unique et de quoi alimenter la verve des détracteurs de la firme jusqu’à la fin de l’histoire du cinéma. La fête impériale est ressuscitée en une séquence chatoyante au cours de laquelle l’aspirante Mac Donald chante devant Napoléon III et Eugénie. Une inspiration de costumier offre à l’actrice une crinoline large comme le dôme de la cathédrale de Milan (on n’a revu ça que pour Loretta Young dans Suez) et honteusement flattée par le montage et la photographie elle obtient un succès qui la propulse vedette du jour au lendemain, quitte à repousser l’amour d’un baryton au profit  d’un mariage de raison avec son professeur-de-chant-impresario, joué avec une hautaine conviction par John Barrymore.

Le film, qui s’ouvrait au printemps (Maytime est son titre original)  oppose symboliquement un certain éclat européen, une joie de vivre présentée comme parisienne, une effervescence qui oblige l’héroïne à être perpétuellement en mouvements, en courant, en dansant, en se promenant en calèche découverte au statisme plus roide de la carrière internationale de la cantatrice.  Ravissante, encore une fois, mais dans des robes à tournures liées à New-York comme les crinolines l’étaient à Paris, Jeanette Mac Donald retrouve et reperd son amour dans la nuit, le froid et sous des tombereaux de neige lumineuse, suivant une intrigue qui annonce La belle des belles du même Leonard, plus célèbre peut-être de notre côté de l’Atlantique. Même les choix des morceaux est très signifiant : à Paris la jeune chanteuse triomphe dans Urbains des Huguenots. La sortie du film devait coïncider avec une reprise de l’œuvre au Met, mais on saluera néanmoins ce choix historiquement crédible et dramatiquement adéquat pour une cantatrice en début de carrière. Dans tous les cas jouer un rôle de page coquin introduit une note de frivolité tout à fait appropriée.  A l’inverse quand les amants se retrouvent sur scène dans la dernière partie du film c’est pour chanter Czarita un des plus longs exemples, à ma connaissance, de représentation lyrique au cours d’un film, d’autant plus frappant que la musique, réarrangement de thèmes de Tchaïkovski, est totalement inhabituelle. Il y a quelque chose d’assez comparable au début des Chemins de la liberté, quand Zarah Leander fait ses adieux dans une Semiramide fantaisiste et qui n’a rien à voir avec celle de Rossini. Autant le fragment de Meyerbeer était léger et souriant, autant notre Czarita n’est que drames et renoncements enveloppés dans un nuage de cordes. 
 

Le romantisme hollywoodien de l’ensemble (musique, flocons et scénario) s’apaise dans une conclusion qui est à la fois un bon en avant (le film s’ouvrait sur un flash back), une ouverture souriante (le jeune couple avatar de celui formé par Mac Donald et Eddy se réconciliera … au prix d’un machisme assez révoltant, il faut bien le dire)  et un manifeste sur le thème classique de « l’amour est plus fort que la mort ».  A ce moment là le spectateur aura depuis longtemps ou bien jeté l’éponge ou bien rendu les armes. Dans ce dernier cas, attendri, il regardera à travers un rideau de fleurs (qui tombent comme tombait la neige un peu plus tôt) la preuve, de visu, de l’immortalité de Jeanette. 
 


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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Bajazet 23/01/2010 23:16


Je dirais même plus : l'espèce de gouvernante, c'est Nadine Denize.


Le vidame 23/01/2010 11:13


Vous voyez bien que quand on ne sait pas quoi dire on cherche une ressemblance.

Souviens-toi du vase de Södeström !


Hansk 23/01/2010 10:12


On va me dire que je vois Maria Reining partout en ce moment mais la ressemblance est effectivement frappante sur la première photo !


Bajazet 23/01/2010 02:46


Un peu de sérieux svp. La photo en haut de page est celle de la doublure de Maria Reining dans Euryanthe.


Le vidame 22/01/2010 21:47


Serait-possible de remettre le duel à la semaine prochaine ?

Je voudrais savoir si Steven va assumer son homosexualité ou s'il finira avec Sammy Joe, vous comprenez ...

San Francisco a marqué pour moi le début d'une passion qui ne s'est jamais éteinte. En fait je trouve la manière dont Jeanette joue tout simplement ... belle à regarder. Je crois qu'elle devait
réfléchir très longuement aux expressions à prendre et mouvements à faire, pour les rendre extrêmement flatteurs.