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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 19:55

 

 

 

De chez Decca, pardi … comme ça a été annoncé un peu plus tôt. Donc le voilà en ma puissance cet objet de mes désirs les plus fous : 23 cd qui totalisent l’héritage de Dame Sutherland, en studio (pas de trace du fameux concert avec Horne et Pavarotti), en récital (mais sans exclusivité : les parties à deux  ou à trois sont incorporées au corpus) et pour Decca. Que le lecteur se rassure, je ne vais pas  m’arrêter sur chacun des disques (23 … 23 !) je veux juste expliquer pourquoi il est désormais inutile d’acheter quoique ce soit d’autre de la firme, concernant la dame.

 

Le temps des amours :

Premier du rang (mais pas chronologiquement) le récital « Operatics Arias » est bien connu et n’a jamais été absent des bacs même s’il est apparu sous divers avatars (dans la collection « Grandi Voci » et plus récemment en « classic recitals ».) Publié en 59 il est donc tombé dans le domaine public. Sutherland n’est pas encore accompagnée par Bonynge (c’est Nello Santi qui sert de faire-valoir) et il est surtout question pour Decca, pas encore décidé à graver une Lucia intégrale, de diffuser l’air de la fontaine et celui de la folie, par le tout nouvel espoir de la firme anglaise. La diction est claire, le geste immense, la couleur fantomatique et mélancolique à la fois, la technique superlative et l’ambiance anglaise à souhait, c'est-à-dire aquatique et brumeuse. A noter le trille glorieux dans l’air de Linda di Chamonix. « The Art of the Prima Donna »  a été réédité parallèlement (parce que le livret était à la base extrêmement riche, coquetterie musicale du programme oblige) au coffret, mais n’a jamais non plus disparu. Cette fois c’est Molinari-Pradelli (et nous sommes en 1960) mais on devine la main de Bonynge derrière le premier de ces récitals philologiques et copieux dont le couple se fera une spécialité. En hors d’œuvre le mythique numéro de cirque que représente « The Soldier tird » de Arne (c’est la Mandane de Mlle de Scudery qui chante ça, on fera d’autant moins la fine bouche), c’est la seule rareté, tout le reste, ou presque, fera objets d’intégrales, mais enfin notons quand même une valse de Juliette qui est un miracle de grâce et de jeunesse. 1963 entrée en lice officielle de Monsieur Bonynge pour « Command Performance », nouveau double-disque dont on imagine la somptueuse présentation et qui repose sur une principe terriblement « richardesque » : quels étaient les airs exigés par la Reine Victoria lorsqu’elle entendait un concert. Le premier disque livre donc son content de cocotte lyrique (avec, sommet de l’art de la chanteuse, un air de La Cambiale di Matrimonio à la fois roucoulant et virtuose) et de déclamations tragiques (Rezia et Chimène, rien que ça, d’ailleurs crânement affrontées). Le second est un voyage au pays du kistch vocal, victorien jusqu’à la nausée et jusqu’à l’orgasme, dans lequel la chanteuse est parfaitement à l’aise (la plupart des pièces sont en anglais) et dans un état vocal qui frôle, à force de facilité l’indécence. Comme les enjeux dramatiques sont inexistants on ne se plaindra pas de l’atonie potentielle de l’artiste. Ce disque, qui a l’honneur d’être un de mes préférés et qui n’avait été republié que dans sa partie « sérieuse », complète un autre morceau conséquent et historique « The Age of Bel Canto » ce dernier jamais démantelé et d’ailleurs restauré (je vous parle du son cette fois) qui se partageait avec Marilyn Horne et Richard Conrad. De Haendel à Arditi, en passant par Piccini, Arne, Mozart, Weber, Auber etc… c’est une promenade flatteuse au pays des vocalises et surtout de la ligne, que tout le monde tient avec une probité admirable. La voix de Sutherland ne perd pas de sa facilité mais se ternit quelque peu d’une monochromie dans le colori expressif, sauf en anglais (délicieux airs de la Rosina de Shield). On recommande, quoiqu’il en soit, le trio « Ma Fanchette est charmante » extrait d’Angela de Boieldieu et Sophie Gail: parfait à fredonner sous la douche. Une page se tourne cependant et le couple Bonynge s’appliquera non plus tant à instruire qu’à se faire plaisir (en réjouissant des hordes de fans).

 

Le temps de Douglas Gamley.   

Nom inconnu, mais qui est mentionné pourtant dans un nombre conséquent de disques « arrangement par Douglas Gamley ». Monsieur Gamley semble avoir un talent certain pour la joliesse et la guimauve musicale. Premier disque, première réussite : « Joy to the World » récital de Noël (réédité aussi depuis plusieurs années) dont j’ai assez dit de bien pour ne pas avoir à revenir dessus. C’était en 1965. L’année suivante récidive avec le « Noel Coward Album »  (auquel Coward en personne participe et qui avait connu une réédition Compact très discrète à prix économique en Angleterre) qui permet à la chanteuse de montrer, encore une fois, que dans le domaine léger personne, ou pas grand monde, ne lui arrive à la cheville, surtout en anglais. Elle prend tout ça avec un sérieux vocal qui est très émouvant même si les pages ne lui vont pas toujours (un peu plus de « crooner » dans la voix serait apprécié). Le sourire est radieux comme il le sera dans le disque suivant (à nouveau un double) « Love Live Forever » partagé entre comédies musicales américaines, opéras comiques français et opérettes viennoises. La voix est parfois trop large, le timbre trop riche, pour ne pas emprisonner sous leurs poids les lignes fragiles d’airs qui n’en demandent pas tant (« Indian Love Call » ou « Make Believe », anciens tubes pas vraiment inoubliables de toute manière), mais la pure joie de chanter (et de chanter cette musique) se communique à travers à la fois la virtuosité (le staccato cascadant de l’air de la Dubarry de Millöcker) et l’éclat (la Cossacks’ Song extraite de Balalaika à décorner les bœufs) avec une sauvagerie appréciable. Les airs français, réjouissants (Périchole, transposé, et Chérubin de Massenet) mais définitivement en rien idiomatiques sont une mise en bouche pour le « Romantic French Arias » de 1970 (où Gamley n’est responsable de rien). La réédition compact (qui tronquait trois airs, ceux extraits de L’Etoile du Nord et « Ah ! Que j’aime les militaires ! » - une édition complète est venue plus tard) a marqué ma rencontre avec la chanteuse. Je passais des heures à essayer de comprendre des paroles en deçà de toute la compréhension humaine, mais surtout je m’émerveillais du souffle (et du trille !) dans « Idole de ma vie », des vocalises infinies de « Non temete Milord », des grâces de « Ce Sarrasin disait » (du Gounod inédit), des vagues de son qui montaient successivement dans « Depuis le jour » et même du legato (que je trouvais très sensuel) dans « Dites lui ». En 1972 Gamley s’occupa d’orchestrer des romances et des mélodies pour son Australienne préférée. Ce fut le disque (que je pense, celui-là, inédit en compact) « Songs my Mother Taught Me »  que j’écoute à l’instant et qui a ses charmes (la voix décidemment a besoin d’être accompagnée à l’orchestre pour exhaler tout son parfum et elle rêve vraiment bien par-dessus les plages orchestrales riches voire chargées) et ses défauts (le legato tueur de consonnes et de voyelles, à son sommet ou plutôt à son plus horrible, car à son plus uniformisant. Le patriotique « Homing » est chanté avec l’exaltation adéquate (registre où la chanteuse est à son meilleur) est constitue peut-être le sommet du disque avec les roucoulades sucrées du « Rossignol » de Delibes (mais on est aussi content d’entendre la chanteuse dans « la Chanson de Solveig » ou « Les Filles de Cadix », par principe).

 

Le Temps des erreurs

« Operatic Duets » la flanque de Pavarotti pour un programme rabattu (et pour La Traviata comme pour La Somnambula ils feront aussi bien au studio) à un moment (1977) où elle me devient particulièrement peu sympathique en italien car tout est attendu, même les moments de grâce vocale. Trop facile et vaguement ennuyeux, pour lui comme pour elle. Le double disque « Serate Musicali » a longtemps été indisponible. Il a  été édité en compact pour un anniversaire précédent. Un programme de mélodies avec piano n’est pas absurde en soi (et le couple a triomphé avec ce format dans le monde entier) et surtout le programme de raretés de salon est passionnant mais il faut reconnaitre que la voix de Sutherland doit se déployer davantage et se confronter à l’orchestre, en tout cas au disque, pour s’épanouir et charmer. L’impression d’imprécision et, plus grave, d’uniformité est très gênante ici, quand bien même, ce qui est mon cas, on adore le timbre de la chanteuse. La comparaison avec  « Songs my Mother Taught Me » (que je continue de réécouter et qui est décidemment réussi) est éclairante. Le récital Wagner de 1978 vaut surtout, a priori, pour sa couverture verte pomme (qui est aussi celle du coffret tout entier). Depuis plusieurs années on le retrouvait découpé en tranche, au grès des anthologies. J’avais déjà entendu l’ensemble (sur youtube) par curiosité, je n’y ai pas encore glissé les oreilles, mais je crois surtout me rappeler qu’il démontrait que le bas-medium, très sollicité, est la zone de la voix de la chanteuse la moins belle : plus brumeuse que chaleureuse et avec des bavures et des grisailles assez vilaines. Le Récital Mozart l’année suivante (pas inédit non plus, même s’il n’a jamais fait l’objet d’un vrai transfert : on le trouvait aussi, en moins en partie, couplé avec le récital Bach-Haendel de Horne) est très ennuyeux, Sutherland, toujours suprême vocaliste,  manquant férocement d’attaque, d’énergie et de jeunesse pour les ardeurs et la poésie mozartienne. A son actif un « Non temer, amato bene » qu’elle finit par faire vivre en l’abordant non pas comme une pièce de concert mais comme un extrait d’Opera seria, avec une partie conclusive admirablement phrasé de ce point de vue.

 

Le Temps des regrets

En 1986 il était bien tard peut-être pour un retour au Bel Canto. « Bel Canto Arias » (peu fréquent en Europe mais toujours disponible aux USA) est pourtant étonnamment flatteur : le vibrato s’est définitivement imposé, le charme de la jeunesse est très, très loin pour Juliette ou Rosine, mais la chanteuse retrouve ces années là des mots depuis longtemps disparus dont bénéficie chaque héroïne. Elle rend intéressant du Donizetti un peu mineur par l’intelligence du phrasé, propose des variations intrigantes dans les cabalettes, s’amuse visiblement dans « Una Voce poco fa » et les années qui ont passé redonnent, par le biais d’un voile posée sur l’ensemble de la tessiture, une émouvante fragilité aux airs les plus contemplatifs. Les deux derniers récitals « Talkin Pictures » (1987) et « Songs for soprano, horn and piano » (1990) directement édités en compact, me semble-t-il (le premier était toujours facilement trouvable, mais très peu connu des amateurs en raison de son programme à la marge) doivent être écoutés pour le choix des airs, mais l’âge, la prudence et surtout le vibrato empêche vraiment le charme d’agir à qui n’a pas les oreilles de Rodrigue pour notre Chimène du Bel Canto. C’est encore plus frappant pour le premier (au concept particulièrement sympathique pourtant : il s’agit de chansons de films) où elle ne parvient pas non plus absolument à verser dans le crossover. Le deuxième (un des rares à m’être totalement inconnu) mériterait une écoute plus attentive que celles que j’ai faites. En complément (et comme pour aviver les regrets) le tout premier récital (d’airs du XVIIIème siècle) de Sutherland, dirigé par Granville Jones, enregistré en 1959, peut-être pas pour Decca (quoique sa publication dans la première collection « Grandi Voci » suggère que si) avec un programme qui sera repris en grande partie dans les disques à venir (les airs de Shield, Piccini et Arne) sans changement notable de phrasé ou d’intention. Mais on sera heureux d’entendre la chanteuse dans "Nel Cor più non mi sento" et "Per la gloria d'adorarvi" où sa grande manière mélancolique, moitié princesse, moitié oiseau, est à son plus pur et à son plus juvénile. Curieusement on ne retrouve nulle part le « Vissi d’Arte » gravé à je ne sais quel occasion (et qui était en complément, par exemple, de sa Suor Angelica) mais parmi les raretés ajoutées en compléments de ce 23ème disque (outre des extraits, inutiles car disponibles ailleurs en intégral, de l’Acis et Galatea de Haendel) on trouve quelques airs russes (1969) dont le célèbre « concerto pour soprano colorature » de Glière (trouvable autrefois dans une compilation « colorature » qu’elle partageait avec Sumi Jo et Marilyn Horne) où elle est admirable de suspension, très « Belle au bois dormant ». Splendides enfin, d’une éblouissante sureté et d’une pureté, d’une dureté de diamant, « Tormami a vagheggiar » et « Ombre Pallide » avec Lewis (1958, les prises les plus anciennes du coffret, donc, mais pas les moindres).

 

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Published by Le vidame - dans Richard's corner
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commentaires

Catherine 02/05/2012 13:59


I'm calling you ouououououou ! Très chantable !


Et Freni, elle est magnifique ! Evidemment ce n'est pas une colorature, mais quand même quelle profondeur de voix, quelle beauté !

Le vidame 25/04/2012 11:20


Freni ça n'arrivera jamais (enfin j'en ai parlé une fois où j'ai senti qu'à force de ne faire que dans le laudatif mes lecteurs allaient s'ennuyer)


 


Mais reconnaissez moi le mérite de la cohérence : j'avais déjà écrit sur Nilsson et Sutherland avant. Et puis critiquer des coffrets c'est facile. Cinq lignes par disques et ça vous fait un
article ...


 


@Catherine. Tu as vu Rosemarie ? C'est une très jolie opérette, mais franchement le chant d'amour indien, c'est une purge quand même. Ca ne peut meme pas se chanter sous la douche.


 


 


 


 

Jacques Cheminade 24/04/2012 18:53


Je ne sais pas du tout d'où peut venir ce riche coffret, mais je me renseigne !


 


Bisou !

Moi Katherine F., seule, perdue, abandonnée 24/04/2012 18:52


Iiiiiiich biiiiiiiin deeer WWWWWWWeeeeeeeelltttt

Bernard, l'Ermite de la Charente 24/04/2012 18:49


Ehbé,,, Nilsson, Sutherland,,, c'est qui la prochaine ? Schwarzkopf ? Callas ? Freni ? (aïïïïe !)


 


Pas Horne, quand même ?


 


Quand on pense qu'un soir, pas si lointain, vous caressâtes l'idée de créer un site www.zweitegarnitur.org, avec une photo de Hillebrecht en page d'accueil,,,