Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 10:02

 

1.       Puccini : Manon Lescaut (Perlea)

 

Et voilà une première rentrée récente (et du Puccini en plus … ça aurait pu être la Suor Angelica de Bonynge/Sutherland, mais je me suis dit que ça virait à l’obsession et qu’on pourrait décider de m’arrêter pour de bon, cette fois.) Mais j’en ai déjà parlé longuement ici : Oh, saro la più bella ! .

 

2.       Regina par Deutekom

Encore quelque chose de neuf. Enfin neuf … de récente découverte, plutôt. Tout le monde connait ma faiblesse pour l’Armida monstrueuse de la grande Tatave. J’ai déniché à la « Chaumière » ce récital sobrement (sic) intitulé Régina. Il ne s’agit pas d’une sélection d’extraits de l’opéra de Blitzstein (œuvre superbe, par ailleurs), mais de manière plus attendue, des trois scènes finales de la Trilogie Tudor. Deutekom s’était depuis longtemps éloignée de la scène quand elle a décidé de laisser à la postérité un dernier récital studio : idée en soit touchante mais qui pourrait très vite tourné au cauchemar programmé (idée que la jaquette tend à confirmer.) Or il semble tout de bon que le repos forcé ait offert à la chanteuse une forme de maturité artistique qu’on pouvait imaginer définitivement impossible chez le tank à notes qu’elle a souvent été. Evidemment l’âge ne lui pas offert la grâce et la ductilité qui lui ont été refusées. Le vibrato (encore contrôlé, sauf dans les sections les plus rapides)  n’a pas, en s’accentuant, donné un poli ou une douceur à un timbre à la fois d’une autorité et d’une singularité immédiates (il en reste plus qu’un souvenir) et d’un métal agressif, désespérément asexué. La voix reste ce qu’elle a toujours été : un instrument grand et anguleux, mais la stridence est maintenant systématique, ce qui ne place pas l’oreille dans une position confortable. On réalise cependant, avec un certain étonnement, que ce qu’il pouvait y avoir de fascinant chez elle, résidait surtout dans l’émission, les couleurs, la projection, l’ampleur, la justesse et, aussi, le registre grave. En effet elle n’a plus guère les moyens de se lancer dans ces suraigus monumentaux qui faisait trembler délicieusement ses fans. Et elle évite avec sagesse et bon goût, ces vocalises menées en dépit du bon sens (mais que j’aimais beaucoup) en « BA-BE-BI-BO-BU. » Pourtant le disque est marqué du sceau de sa personnalité vocale, comme tous les autres. Mais tout cela est presque secondaire devant, non seulement l’investissement de la chanteuse (elle a toujours été investie, si on appelle investissement le fait de chanter très fort et en en plaçant un même accent musical sur toutes les notes), mais surtout devant une qualité émotionnelle tout à coup tangible. Comme si Deutekom s’était découvert, devant la possibilité de la mort, une conscience. Tout à coup un phrasé existe, des nuances s’imposent, un murmure se fait entendre, des voyelles se différencient. On ne peut pas s’attendre à ce qu’elle révolutionne ces pages souvent enregistrées. Mais elle s’approprie leur musique. La scène de Maria Stuarda, prière comprise, est la meilleure du disque, recueillie, soutenue de bout en bout, modeste presque et pourtant fervente. Bien aidée par le chef (qui, à force de faire attention à elle et à ralentir ostensiblement le rythme des cabalettes finit par perdre l’énergie et la tension de la musique) la chanteuse a, je crois, livrer un témoignage particulièrement émouvant, malgré ou (pour reprendre une formule toute faite) grâce à son ingratitude foncière.   

 

3.       Rossini : Arias (Larmore)

Amore per Rossini  pour rendre au récital son titre véritable. Je me rappelle très bien de l’accueil critique désastreux du disque. Mais j’étais incapable de résister  à Larmore, pas plus qu’à du Rossini inconnu pour moi et encore moins à un disque illustré (sur le verso de la jaquette) par l’œuvre d’un paysagiste toscan sensible.  Je continue de m’interroger sur la surdité des critiques. Prenez la prière de Pamyra : d’abord c’était en français et, avec récitatif. Mais surtout comment ignorer les accents quasi gluckistes que Larmore donnait à la musique. Les premières mesures, drapées dans un classicisme impérial, annonçait déjà le poids du soprano dramatique qu’elle devient en fin de carrière. Le grave est peut-être écrasé ou dans les joues (je ne suis pas sûr de ce que ça recouvre) mais quelle est l’importance réelle d’une donnée technique de la sorte quand la volonté de l’artiste est manifestement d’en rendre l’impact sculptural ou spectral en fonction des moments. Prenez ses variations d’Armide. Là encore on entend jamais (on ne se pose d’ailleurs absolument la question) un mezzo-soprano aimable et virtuose. C’est une sorcière à l’œuvre, avec des aigus assurément peu orthodoxes mais qui sonnent comme des météores : poussières qui forment un halo autour de la ligne musicale. Soit la note est assénée, soit elle est effleurée ou plutôt comme abandonnée. Le sens, les mots, les idées, le caractère surtout, sont toujours présents derrière un son qui fut autrefois enchanteur et qui ne l’est déjà plus que par intermittence (mais Dieu que j’aime ce timbre.) Et la musique est absolument sublime, en particulier la plus rare, celle de Bianca et Faliero et de Mathilde di Sabran, ce qui confirme l’excellence du goût de Larmore, toujours anxieuse de se renouveler mais pas au prix de la beauté de ce qu’elle chante. Encore une fois  l’exigence du contralto à la Horne ou à la Podles est occultée par le rythme et l’intensité. Les formules ne sont pas toujours légères, la respiration est parfois très présente, l’intensité demeure un moyen privilégier de toucher l’auditeur … mais quel éclat à cette réussite.  

4.       Saint-Saëns : Samson et Dalila (Davis)

D’abord cette œuvre, qu’on tend, plus ou moins directement, à mépriser, parce qu’elle sent bon l’opéra de grand-papa et le grand bourgeois du début du XXème siècle, me semble d’une beauté à peu près unique dans le paysage français. Evidemment c’est un hommage constant à l’oreille, toujours caressée dans le bon sens du tympan. Mais elle a des allures d’oratorio (c’en est presque un finalement) qui, au milieu de la luxuriance qu’elle affiche, ressortent avec d’autant plus d’austérité. Le chœur d’introduction grandiose et sombre par exemple, pourrait être celui d’une messe de Gounod (ou de Saint-Saëns évidemment). C’est d’ailleurs plus frappant dans d’autres versions (Barenboïm par exemple) que dans celle qui m’occupe aujourd’hui. Colin Davis semble très préoccupé de faire de l’œuvre un véritable opéra : la pulsation qu’il impose à l’œuvre est d’autant plus variée et presque frénétique (ce qui n’empêche pas une élégance parfaite aux moments de ballet les plus pompiers). Il est vrai que Barenboïm bénéficiait d’un prophète monumental avec Domingo. Davis a Carreras, guère un Samson, en tout cas pas vraiment herculéen, pas vraiment marmoréen. Mais un amoureux et un exalté, certainement, qui malmène sa voix sans trop de complexe et passe à côté des sonorités du français. Rien ne passe vraiment dans les interventions guerrières et la voix accroche à chacune des nombreuses difficultés du rôle, sans que l’on puisse nier l’enthousiasme du chanteur, ni les éclats encore émouvants des couleurs. Face à lui madame Baltsa, dont le tempérament est celui qui était le mieux susceptible de s’équilibrer avec le sien. Une moitié de Dalila, comme Carreras est une moitié de Samson, mais une moitié royale. Rocailleuse et serpentine, exotique comme pouvaient l’être Sarah Bernhardt ou  Georgette Le Blanc, sans rien de la splendeur plastique d’odalisque d’une Christa Ludwig (à peu près insurpassable dans ce registre) mais sans aucun doute fatale, du genre de femme dont n’importe quel héro devrait se méfier. Son début de hoquet devrait légitimement inquiéter dans « Printemps qui commence » … cette femme n’est pas sincère ! Mais le Carreras-Samson sera de leur idéale communion : leur vibrato vibrant commun est celui de deux âmes sœurs. Bref … on l’aura compris, la version la plus imparfaite vocalement du monde est, comme souvent, une des plus excitante possible. Carreras-Gorr voilà qui eut été ridicule. Mais ici l’imprudence des deux têtes brulées est souvent irrésistible. Leur grand duo est tout ce qu’on peut imaginer de ce point de vue.

5.       Schubert : Vocal duets, trios and quartet

Chouette ! C’est l’automne. Le moment où je mange des châtaignes grillées et où je chante avec des amis choisis, accompagné par un pianiste avec lequel je suis intime. Enfin … comme je ne sais pas vraiment chanter et que je n’ai pas la place pour un piano dans mon appartement, je dois en réalité me contenter du disque publié chez « Brillant Classic » (c’est en fait une reprise de DG) et qui réunit la fine fleur des chanteurs des années 70, soutenus par Gerald Moore. Baker, Ameling, Schreier, Fischer-Dieskau et Laubental ont enregistré pour vous les ensembles composés vocaux composés par Schubert. On ne peut pas rêver mieux pour se réchauffer et avoir l’illusion de la (bonne) compagnie. Il est impossible de détailler les mérites comparés des chanteurs : chacun est à son affaire, d’une concentration et d’une qualité toujours imperturbables, sans cesser d’être singulier et personnel (il suffit de relire les noms : Baker ou Fischer-Dieskau ne peuvent, ni pour le timbre ni pour la manière, être confondus avec aucun autre chanteur – ça s’entend tout particulièrement dans les vocalises de « l’exercice vocal » où ils n’ont pas du tout l’air de simples amateurs.) Malgré tout, les interprètes se tiennent par la main (les quatuors étonnent par le fondu des timbres et l’accord des nuances), bien distribués d’ailleurs dans ce qui convient à leurs voix sans forcer la nature de leur personnalité : Baker et Fischer-Dieskau héritent des duos, plus sombres, voire métaphysiques (les extraits de Faust, les adieux d’Hector, les héros romantiques ...), qui conviennent à la mélancolie intense de la première, au sérieux inquiet du second, même si Antigone pourrait gagner à être plus juvénile. A Ameling, toujours douce, aimable et onctueuse, on donne les pages plus intimes et facilement souriantes où elle sert de contrepoint idéal aux timbres masculins (elle aurait pu prendre la place de Baker pour l’exercice vocal, mais sans le même pouvoir de fascination sans doute). Les hommes, quand ils sont entre eux, s’amusent, manifestement et avec succès, à contrefaire le pragmatisme, voire l’agricole (« Punschlied », évidemment).  Un disque réconfortant donc, idéalement fait pour vous accompagner les journées grises, où des pages tendres sont servies avec la tendresse espérée et où la vigueur (dans l’humour ou dans la foi des prières) ne fait pas défaut quand elle est exigée.  

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le vidame - dans Musique
commenter cet article

commentaires

Monsieur Taupe 18/10/2012 19:25


Cristina Deutekom est encore vivante, semble-t-il, mais une autre Batave juteuse, Mlle Krystel, vient de nous quitter. Je rappelle à ce sujet que le tag VERDI, fort répandu dans les années 70 sur
les parois des toilettes au cinéma, signifiait : Viva Emmanuelle Regina D'Indonesia.

Monsieur Taupe 16/10/2012 18:20


« C'est en écoutant sur youtube l'air de l'ange par
Deutekom que j'ai réalisé que, définitivement, elle ne comprenait pas ce qu'elle chantait »


Et tu, Brute !


Si Wagner avait vraiment été l'artiste de l'Avenir,
il n'aurait pas tant grabugé sur la rédemption par l'amour et toutes ces sornettes : il aurait programmé hardiment une Rédemption du Tank Tatave (RTT). Je n'ai jamais vraiment perçu chez Deutekom
la conscience de ce qu'est une phrase. Mais ne remettons pas le couvert avec sa Vitellia stupide (le caractère "asexué" pouvait être intéressant pourtant).


Heureusement que ce disque Beethoven, médiocrement dirigé, permet d'entendre Gedda à son plus inspiré et
intérieur. Il sauve la barque.

Le Vidame 16/10/2012 17:35


Ne jettez rien, ne jettez rien ...


Bon je me rappelle que c'est en écoutant sur youtube l'air de l'ange par Deutekom que j'ai réalisé que, définitivement, elle ne comprenait pas ce qu'elle chantait. Il a fallu une crise cardiaque
(je crois que c'est ce qui explique son retrait de la scène, je crois)pour qu'une âme lui soit accordée.

Monsieur Taupe 16/10/2012 17:32


À propos, grande déception l'autre jour : en rangeant chez moi, j'ai remis la main sur Le Christ au Mont des Oliviers de Ludwig van Betterave, avec Gedda et Deutekom, alors que j'étais
persuadé m'en être astucieusement débarrassé. 


Deutekom, c'est comme le sparadra du capitaine Haddock.


 

Monsieur Taupe 16/10/2012 17:24


La grande Tatave, ok. Mais grande comment ? Je devine qu'elle taillait grand, mais bon, après, faut voir dessus.


Regina, de toute façon, c'est un nom de pizza. Mais pour une Regina Batavia, il y a peut-être un supplément. 


 


Enfin… on parle en l'air de toute façon, Deutekom est un pseudonyme, n'est-ce pas ? Son vrai nom est Batavian Maria Ehrenfleisch Bonaventura Fernand Hyazinth.