Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 16:18

 

La saison 1930-1931 (il devient de plus en plus simple de se retrouver, en raison de la date de la cérémonie, fin 1931 semble-t-il la plupart des films en lice sont bien sortis cette année) est décevante, eu égard au grand nom concerné et à la réputation particulièrement flatteuse de certains films. Qu’on en juge :

 

  • Marlène Dietrich pour Cœurs brûlés/Morocco (Sternberg)
  • Marie Dressler pour Min and Bill
  • Irene Dunne pour La ruée vers l’ouest/Cimarron
  • Ann Harding pour Holiday
  • Norma Shearer pour Free soul/Ames libres (Clarence Brown)

 

Les trois premiers films cites sont donc, respectivement, la première association américaine du tandem Dietrich/Sternberg, un des plus gros succès commercial de l’année et le vainqueur de l’année dans la catégorie « Best Picture ». Holiday et surtout Ames libres relèvent d’un cinéma de prestige plus spécifiquement féminin et de moindre réputation de notre côté de l’Atlantique. On notera que le hasard fait que pour la première fois cinq actrices sont nommées, chacune pour une seule performance, ce qui deviendra, quelques années plus tard, le chiffre référent. C’est aussi la dernière fois que les oscars constituent la seule récompense cinématographique de l’industrie. Venise équilibrera les choses l’année suivante.

Je dois immédiatement confesser une chose qui risque fortement d’influer sur mon opinion : je suis parfaitement indifférent à Marlene Dietrich, dont la beauté m’impressionne autant que l’art avec lequel elle a su trouver des réalisateurs et des chefs operateurs à son service, mais qui n’a jamais su me convaincre qu’elle était une actrice talentueuse. J’entends bien que sa sensualité et sa sophistication, son personnage enfin, puissent séduire. Et je sais que pour certains l’aura de star prime sur d’autres talents. Malheureusement non seulement je ne suis pas impressionné par son jeu (que je trouve franchement maladroit dès qu’il s’agit d’exprimer une émotion autre que le désabusement), mais en plus le charisme qu’elle dégage n’est pas de ceux qui me touchent. Dietrich et Sternberg débarquaient à Hollywood après le succès international de l’Ange bleu. L’Académie ne récompensait pas encore les films étrangers, la performance de Marlène ne put pas être prise en compte. Il fallut attendre un an, ce premier film américain et son succès, pour qu’une nomination couronne celle qui semblait destiner à l’adoration du public et de la critique. C’est un cas typique de compensation. Au demeurant Dietrich n’est pas problématique dans ce merveilleux mélodrame qu’est Morocco (disponible depuis toujours en VHS puis DVD avec stf).  Sternberg lui demande presque exclusivement de faire ce qu’elle réussit toujours : être belle, déshabillée comme habillée, androgyne l’espace d’un baiser, chanteuse de cabaret l’espace d’une scène. Conscient sans doute de ses limites il obtient d’elle un underplayment efficace, qui laisse une marge de manœuvre immense à l’imagination du spectateur. Une chose demeure à son crédit : en ne prenant aucun risque, en ne faisant pratiquement rien, l’actrice évite au moins toute faute et, paradoxalement, son interprétation paraitra beaucoup moins datée que d’autres, l’absence de distance entre le personnage et sa personnalité cinématographique la servant particulièrement. C’est Dietrich qu’on vient voir évoluer à l’écran, inutile de chercher autre chose.       

 

A l’inverse Marie Dressler est à mes yeux une très grande actrice. Mais elle donne dans Min and Bill une de ses interprétations les moins intéressantes. Le film est attachant et tire visiblement sur la corde sensible, sans jamais dépasser le niveau d’un roman édifiant du début du siècle dernier.  Ce fut une des productions les plus populaires produits par la MGM et Dressler associée à Wallace Berry constitua le couple le plus aimé du public du début des années 30.  Et puis dans la logique qui voulut bientôt que le personnage soit confondu avec l’actrice, la mère courage des quartiers miséreux incarnée par Dressler rencontra l’estime critique que l’héroïne semblait mériter. Ce fut donc elle, en toute logique qui obtint la récompense. Malheureusement, et quand bien même l’actrice tire tout le jus de cette maigre substance, la pauvreté psychologique de Min n’est pas un terreau très satisfaisant. L’interprétation de Dressler repose sur deux registres opposés : le clown et le piéta du vieux port. Elle utilise avec brio son étonnant visage de bouledogue (manifestement elle n’estime n’avoir rien à perdre et ne recule devant aucun procédé visuel quitte à s’enlaidir encore), mais force le trait jusqu’à l’épuisement du spectateur (le montage du film n’est sans doute pas étranger à cette impression). De la même manière la dureté apparente, qui cache un cœur d’or, se traduit de manière assez impressionnante, par le geste comme par le visage, mais assez peu subtile. Dressler comprend la rusticité de son personnage et ne cherche pas à raffiner des sentiments manifestement sauvages (qui se traduisent, lors d’une scène de jalousie, par un moment cartoonesque au cours duquel elle défonce une porte à coups de hache, se révélant beaucoup plus effrayante que Jack Nicholson dans Shinning). Mais cette violence expressive primaire nous fait trop souvent oublier que Min est ennoblie par son amour maternel pour une orpheline et aboutit à un personnage schématique, dont les motivations sont rappelées par le scénario, mais jamais par le biais du jeu de l’actrice, trop occupée à impressionner le spectateur.  

Alors que Dressler était une vétérante du muet et de théâtre qui renaissait à la vie et devenait tout à coup une star, Irene Dunne faisait presque ses débuts au cinéma, dans un autre film à succès et à oscars : Cimarron, d’après un roman de la très populaire Edna Ferber. J’ai vu le film il y a déjà trop longtemps (pourtant contrairement à Min and Bill,  Cimarron est très facilement visible et a été publié en DVD zone 1, avec stf) pour m’étendre réellement sur l’interprétation de l’actrice principale qui occupe l’écran pendant les interminables deux bonnes heures que durent l’intrigue. J’en garde le souvenir habituel qu’on peut avoir de Dunne, à savoir celui d’une interprète exceptionnelle, capable de faire feu de tout bois, aussi juste et mesurée que toujours, pleine de grâce et de dignité à la fois dans son jeu, jamais excessive mais d’une émotivité qui affleure jusqu’aux larmes, et vieillissant pour les dernières séquences avec beaucoup de vraisemblance.  C’est la première fois que nous la retrouvons. Tuons le suspens immédiatement : nommée cinq fois elle ne remporta jamais la statuette.

 

 

A l’inverse c’est la seule fois où nous croiserons Ann Harding, venue du théâtre et alors au sommet de sa popularité qui n’allait pas tarder à décliner et à entrainer son retrait du monde du cinéma. Le cinéphile connait bien l’intrigue d’Holiday, car le film de Cukor au même titre est une adaptation de la même pièce de Philip Barry, d’ailleurs très belle. Si la réalisation légère et élégante de Cukor est un régal pour les yeux, le premake est assez platement filmé, mais permet de comparer l’interprétation d’Hepburn avec celle d’Harding. Cette dernière, belle actrice sensible et nuancée, au jeu nerveux et parfois très théâtral, est à l’opposé de la personnalité énergique de Kate Hepburn. Pour exprimer la fragilité de son personnage, Hepburn avait tendance à l’hystériser, exacerbant ses sentiments jusqu’à la rupture. Harding est immédiatement plus délicate, plus inquiète. Elle a une voix tendre et expressive, qui abuse parfois des trémolos (jamais au point de Garbo cependant) et peut parfaitement rendre justice aux dialogues heureux de Barry.  Avec elle le malaise de l’héroïne perce immédiatement sous l’assurance des premières scènes, quand Hepburn pouvait surprendre en s’effondrant sans jamais préparer le spectateur. Ce que les deux actrices ont en commun évidemment, c’est l’immédiate crédibilité en jeune femme du grand monde, Hepburn dans son snobisme éclatant, Harding dans son élégance sans tapage. En revanche il est très simple de croire aux rapports protecteurs qu’Hepburn entretient avec sa sœur, tandis qu’Harding est presque trop en retrait, y compris physiquement, pour imposer quoi que ce soit, même en apparence, à la superbe Mary Astor, géniale à son habitude, mais trop sûre d’elle et trop solide physiquement pour avoir besoin d’être protégée.

Harding donne, à mes yeux, la plus belle interprétation parmi celle nommées et si son jeu est théâtral il n’apparaitra jamais faux, contrairement à celui de Norma Shearer dans Ames libres (visible dans le coffret Forbidden Hollywood, volume II).  Cette dernière trouvait un rôle plus exigeant que celui de The Divorcée qui lui avait valu l’oscar l’année précédente. S’il semblait normal que l’Académie récompense derechef ses efforts, il est permis d’être plus circonspect. Le film est, comme toujours avec Brown, superbement mis en scène et certains plans et raccords tranchent, par leurs inventivités, avec le tout venant des productions du début du parlant. Malheureusement le réalisateur n’a pas su diriger ses acteurs, visiblement dépassé par le cabotinage éhonté mais prodigieusement inventif et prenant de Lionel Barrymore. C’est finalement la performance de l’actrice principale qui en souffre le plus, alternant l’excellent et l’exécrable.  L’excellent on le trouve dans ses scènes avec Leslie Howard et surtout dans celles avec Clark Gable, où elle se montre à la hauteur des enjeux, décontractée, ouvertement sensuelle tout en restant élégante, ciselant certaines répliques avec un talent parfait pour le timing spécifique de la comédie mondaine, sans jamais cesser d’incarner un personnage. En revanche, à part la scène du tribunal où elle se montre très convaincante si on admet les canons de l’époque, dès qu’elle est confrontée à Barrymore c’est catastrophique. Elle fait tout ce qu’elle peut pour récupérer la vedette que lui vole, l’air de rien, l’acteur diabolique et beaucoup plus expérimenté qu’elle. Son surjeu mélodramatique parait du coup sans limite et surtout d’une fausseté difficilement supportable. Dans ces moments là, occupée à combattre l’égo de son partenaire,  elle ne nous épargne aucun cliché, ni vocal (la voix peut d’ailleurs méchamment déraper), ni gestuel.  En fait Shearer ne sait pas encore vraiment jouer dans le registre dramatique (ça viendra, qu’on se rassure).

On le sent d’autant mieux si on la compare avec elle-même, la même année, dans Vies privées, adaptation chic et glamour d’une pièce glamour et chic de Noël Coward.  Quelques maladresses sont encore perceptibles, surtout face à l’élégance impeccable du jeu de Robert Montgomery, mais l’actrice maitrise de mieux en mieux le parlant (son phrasé est superbe) et sa performance, d’une précision quasi chorégraphique, est d’un très haut niveau. Voilà à propos, dans la mesure de mes visionnages quelles seraient mes propositions pour l’année :

  • Mae Clark pour Waterloo Bridge (de James Whale, le réalisateur de Frankenstein.) Disponible dans le coffret Forbidden Hollywood vol. I et certainement une des interprétations les plus modernes, les plus intelligentes, les plus émouvantes que j’ai pu voir.
  • Irene Dunne pour Cimarron
  • Ann Harding pour Holiday
  • Miriam Hopkins pour Le Lieutenant souriant (Lubitsch)/Docteur Jeckyll et Mister Hyde (Mamoulian). Le second film existe en Z1 avec stf. L’actrice n’y a pas un rôle essentiel mais sa composition est d’une acidité exemplaire et Hopkins, courageuse à son habitude, ne recule pas devant la vulgarité et à la médiocrité de son personnage de victime qu’elle traduit à merveille, quand Bergman en fera une bouleversante et sympathique héroïne romantique, dans le remake de Fleming.
  • Norma Shearer pour Vies privées 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le vidame - dans Oscars
commenter cet article

commentaires

Le vidame 17/06/2010 00:01


Bien possible, mais la photo est un peu trompeuse, très "studio glamour années 30". Elle était très jolie dans un genre pas très tape à l'oeil.


Tietie007 16/06/2010 20:07


Ann Harding avait des airs de Jacqueline Bisset !