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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 21:29

 

Après les victoires de Norma Shearer et de Marie Dressler les oscars 1931-1932 semblèrent confirmer la prédominance de la MGM dès qu’il était question de couronner une actrice, puisque les trois noms* en lice s’étaient illustrés dans des films de la firme au lion.

 

  • Marie Dressler pour Emma/ Mes petits (Clarence Brown)
  • Helen Hayes pour La faute de Madelon Claudet
  • Lynn Fontanne pour The Guardsman (Sidney Franklin, sorti à la fin de l'année 1931)

 

De cette sélection se dégagent d’autres caractéristiques qui vont devenir récurrents. La propension des votants à  faire revenir les mêmes noms sur leurs bulletins, puisque comme Norma Shearer avant elle, Marie Dressler est citée pour la deuxième année consécutive. L’obsession de légitimité et de prestige qui se traduit ici par le choix de nommer deux figures du théâtre américain (Hayes et Fontane) pour leurs premiers films. L’importance de la maternité illustrée, par les performances de Dressler et de Hayes. Enfin la fascination pour tout ce qui relève du transformisme, du vieillissement, du maquillage.

 

En effet Helen Hayes remporta le trophée pour ce qui était son premier vrai rôle au cinéma pour un personnage qui subissait une transformation drastique au cours d’environ 25 ans d’existence. La toute jeune Madelon Claudet (oui l’histoire se passe dans une France fantasmée), fille mère abandonnée par son amant américain termine son parcours en clocharde prématurément vieillie et passe par tous les stades de la déchéance, de la fiancée virginale à la ravissante femme entretenue, de la prisonnière désespérée à la prostituée qui ne cesse de dégringoler les marches de la dignité, soutenue par un sentiment presque unique : l’amour maternel pour un fils qui la pense morte depuis longtemps. Tour de force, donc, et tire-larmes, bien entendu, mais surtout formidable performance d’actrice. La comparaison avec la plupart de ses grandes contemporaines est souvent cruelle tant Hayes prouve brillement qu’une actrice, pourtant venue du théâtre des années 20, peut dépasser les modes et les techniques. Sans aller jusqu’à dire que son interprétation pourrait être identique si le même personnage était joué aujourd’hui, il apparait assez rapidement que l’ajustement que doit faire tout spectateur qui regarde un film antérieur aux années 70 est minime dans son cas. La fraicheur et la spontanéité dont elle fait preuve triomphent d’une intrigue rocambolesque et d’un personnage qui ne déparerait pas le pire des mélodrames victoriens. Impossible de prévoir où l’actrice va nous amener d’un plan et l’autre, sans que le jaillissement permanent du jeu ne rende jamais incohérente cette suite de vignettes. Hayes parvient même à nous faire croire aux aventures de son personnage, puisqu’elle en rend tangible le dévouement  et l’amour sans limite dont elle est capable, amour qui finit par la dévorer de l’intérieur pour la transformer en espèce de sorcière pitoyable (son ricanement dans la séquence de la poursuite, après qu’elle ait commis un vol, est glaçant).  Or il fallait bien ça pour que le spectateur puisse accepter un tel destin à l’écran. J’ai revu le film (disponible en VHS aux USA, sans stf donc) il y a peu et c’est une des meilleures surprises  que j’ai connues, ces dernières années de visionnage intensif. Evidemment la composition en elle-même est superbe et le vieillissement parfaitement assumé. Dans les dernières scènes elle est à la fois très crédible et reconnaissable (un internaute faisait remarquer avec raison qu’elle ressemble à elle-même, 40 ans plus tard, alors qu’en général les actrices qui se vieillissent évoquent plutôt un clown boursouflée ou une fée aux cheveux blanc, mais absolument pas une simple femme âgée).  On comprend l’oscar et le prix d’interprétation à Venise (le premier de l’histoire) qu’elle reçut la même année.

 

Un bonheur n’arrivant jamais seul, j’ai également remis la main (merci Catherine) sur une copie de The Guardsman (hélas sans stf), déjà vu, comme Madelon Claudet, sur TCM. De ce film de Sidney Franklin (certainement un des meilleurs réalisateurs des années 20 et 30 à mes yeux) je gardais un souvenir très agréable et souriant que le  nouveau visionnage a confirmé. Outre que la mise en scène manie l’ellipse avec une grâce lubitschienne et que tout respire une élégance ravissante, l’excellence de l’interprétation réjouira l’amateur de comédie. Alfred Hunt et Lynn Fontane (couple fameux à la ville et créateurs, entre autres, de Design for living à la scène) étaient d’aussi grands noms dans le registre de la comédie mondaine que l’était Hayes pour le théâtre plus dramatique. L’espace d’un unique film ils se sont prêtés au jeu du grand écran et ne semblent absolument pas impressionnés par la caméra. D’ailleurs Fontane ne semble pouvoir être impressionnée par rien. Il n’y a pas un plan qu’elle ne domine entièrement de sa présence et de sa silhouette, même lorsqu’elle est silencieuse ce qui donne au spectateur au sentiment qu’elle reste maitresse du jeu pendant une intrigue dont elle est censée être la dupe, jusqu’au retournement final, attendu il est vrai (dont on peu révéler l’existence par conséquent). Pour le reste Fontane joue sans doute elle-même (son personnage n’a pas de nom autre que « The Actress ») avec une allure et un timing déroutants et dont s’inspirèrent les grandes actrices de comédie américaine. Une Colbert ou une Dunne lui doivent sans aucun doute cette manière de s’approprier une réplique spirituelle sans avoir l’air d’y toucher, sans sembler chercher à faire mouche mais en prenant son temps, ce qui a pour effet de la rendre sans doute plus drôle qu’elle ne l’est réellement. La sophistication de l’actrice se reflète très bien dans sa manière étudiée de jouer et comme son personnage ne cesse de se mettre en scène avec nonchalance la rencontre entre les deux est parfaite. Si on ajoute que l’alchimie (même, et surtout, quand ils se disputent) entre les deux acteurs principaux est parfaite (lui s’agite autour de son calme apparent à elle, mais ni l’un ne l’autre ne s’emploie à voler la vedette à son conjoint) on  tient là une des plus délicieuses performances comiques du début du parlant aux USA.

Mon souvenir de Mes petits (vu sur TCM également) est plus lointain, mais l’impression que me fit Marie Dressler est encore assez forte aujourd’hui. Comme dans Min and Bill et La Faute de Madelon Claudet c’est une figure de la maternité et du sacrifice qui est au centre du film. Dressler est a priori assez peu crédible dans le registre de la douceur et de l’effacement et  son histoire d’amour avec le père des enfants qu’elle a élevés ne fonctionne qu’à moitié. Elle dépasse cependant son matériel et, sans avoir le jeu toujours varié de Hayes, l’actrice se montre, à sa manière plus brute mais non dénuée d’impact, réellement émouvante. Le personnage, unilatéral, ne manque pas d’une certaine puissance à laquelle Dressler rend parfaitement justice. On pourrait reprocher à la comédienne cette tendance à jouer des mêmes expressions dont elle connait l’effet sur le public, mais force est de constater qu’elle nuance, affine et réussit finalement à faire exister la tendresse chaleureuse de son personnage sans verser dans la caricature.

 

Je ne sais pas cependant si je l’aurais nommée à la place des votants, d’autres performances m’ayant davantage touché et impressionné cette année là. J’ai découvert, par exemple, il y a peu de temps The Animal Kingdom (disponible pour rien, le film est dans le domaine public, en zone 2 avec stf) qui était à la base un véhicule destiné à Ann Harding, d’ailleurs excellente quoiqu’en décalage par sa théâtralité fiévreuse avec le jeu plus mesuré de ses partenaires.  Cependant il me semble que Myrna Loy donne une de ses meilleures interprétations et finit par occuper à la fois l’écran et l’esprit. Je trouve en général les interprétations de Loy un peu molles et convenues et je ne suis pas spécialement sensible à son charme. Mais, si elle semble avoir du mal à faire la connexion entre les deux parties du film (son rôle apparait comme très sympathique dans les premières minutes et elle ne fait rien pour nous faire pressentir sa complexité) elle se révèle magistrale dans toutes les séquences finales, en particulier sa dernière, très longue et très riche, scène avec Leslie Howard où ce qu’elle fait apparaitre de vulgarité foncière (sous le verni de la bonne éducation) et de maitrise calculée met même le spectateur mal à l’aise. Si on la compare à l’interprétation, pourtant plus spectaculaire, de Kay Francis qui joue un personnage similaire dans L’Autre (1939) on voit bien tout ce que Loy réussit à introduire en arrière plan (l’idée de la pièce de Barry, puis du film, est de suggérer que l’épouse légitime jouée par Loy se conduit au fond comme une prostituée, par opposition à la dignité d’Ann Harding, maîtresse abandonnée et tenante, méprisée par la société, de l’amour libre avant le mariage).

 

Mon choix se serait donc porté sur ces noms :

 

  • Marion Davies pour Blondie of The Follies (de Goulding, où est sensationnelle, à la fois dans le comique et dans la tendresse.) 
  • Lyn Fontane pour The Guardsman
  • Kay Francis pour Cynara (de King Vidor. Vu à la cinémathèque.)
  • Helen Hayes pour La Faute de Madelon Claudet
  • Myrna Loy pour The Animal Kingdom

  

Mais Joan Crawford dans Grand Hôtel  (que chante avec enthousiasme Peary dans son livre), Bette Davis dans Ombres vers le sud et Ann Harding dans The Animal Kingdom seraient des alternatives légitimes, n’était la relative brièveté de leurs rôles.

 

*L’Académie après des années d’incertitude s’était décidée à limiter à trois les nominations pour les prix d’interprétation.

         

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Published by Le vidame - dans Oscars
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commentaires

Catherine 30/06/2010 16:06


Je ne vois pas en quoi cela est fou. C'est de la passion un peu monomaniaque, mais à part cela :-) ! De toute façon c'est vrai qu'il y a des années plus fastes que d'autres et dont la production
cinématographique est énorme et de qualité.


Le vidame 30/06/2010 10:47


Il y a des malades (enfin encore plus étrange que le vidame en son vidamé) sur internet qui non seulement jouent au même petit jeu que moi, mais en plus classent par ordre de préférence les
gagnantes et notent les années (!!!). Du genre : "1941 8/10 (année très intéressante, les 5 nommées sont passionnantes, mais l'une a un rôle presque secondaire ce qui fait que je ne mets pas
9/10).
Disons qu'en effet j'aime bien 1932 et que je lui mettrais une bonne note. Si j'en arrive là je te demande de prévenir l'hopital le plus proche.

1933 par contre ...


Catherine 30/06/2010 09:49


FInalement tu es assez en phase avec les nominations des Oscars, vu que sur les trois seules potentielles nominées, tu en renomines deux !
Myrna Loy est effectivement très bien dans Animal Kingdom, ça doit être un de ses rares rôles de garce intégrale vu qu'elle incarnera surtout après l'épouse modèle comme le disait un documentaire
que je viens de voir !