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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 12:35

 

 

Les deux décennies dont je parlerai les mois à venir sont celles dont je suis le plus familier et les actrices nommées en 1941 aux oscars (ainsi que les films pour lesquelles elles furent distinguées) sont on ne peut plus représentatives, chacune dans leur registre, de ce qu’on a appelé, à tort ou à raison « l’âge d’or du cinéma hollywoodien ».

  • Bette Davis La Vipère Wyler
  • Olivia de Havilland Par la Porte d’Or Leisen
  • Greer Garson Les Oubliés Mervyn Leroy
  • Joan Fontaine Soupçons Hitchcock
  • Barbara Stanwyck Boule de feu Hawks

Davis devenait décidemment une championne à ce petit jeu. Dirigée par Wyler dans l’adaptation d’une pièce déjà célèbre de Lilian Hellmann, avec robe à tournure, maquillage vieillissant (elle avait une dizaine d’années de moins que son personnage) et accent du sud, elle ne pouvait que faire sensation. D’autant qu’elle jouait un des caractères les plus spectaculairement mauvais de sa riche carrière. On sait les affrontements homériques du réalisateur et de l’actrice sur le plateau (leur liaison s’achevait, ce qui n’arrangeait pas les choses). Pourtant on n’a jamais le sentiment que Bette Davis perd le contrôle de son interprétation et chacun de ses choix semble méticuleusement réfléchis. Comme l’expression impénétrable et cependant impliquée qu’elle « tient » pendant l’interminable minute où son mari, Herbert Marshall, agonise sans qu’elle vienne à son aide. Peut-être le gros plan le plus justement célèbre de sa carrière. Mais la retenue haineuse de ses dialogues acérés, avec son époux ou avec ses frères est également magistrale. Aucune tendresse et aucune sexualité (elle qui n’en était pas avare) n’affleure dans son jeu, ce que Wyler lui reprocha. Même le charme dont elle est censée faire preuve n’opère pas réellement. Davis est plus monolithique peut-être que son rôle, mais dans le registre étroit qu’elle s’impose (et c’est manifestement une barrière qu’elle se met en toute conscience) elle réussit le tour de force d’être à la fois archétypale et jamais caricaturale, laissant, comme souvent, le spectateur fasciné. D’ailleurs dans ce film qui est au fond riche et choral (le pluriel du titre original The Little foxes est parlant) sa présence domine magnifiquement l’intrigue et on guette avec impatience chacune de ses apparitions. Disponible en zone 1, mais avec stf. 

 

 

 

 

Autre actrice, autre type. La jeune Olivia de Havilland avait été nommée déjà pour sa prestation mémorable dans Autant en emporte le vent, mais son interprétation dans Par la porte d’Or lui valut sa reconnaissance en tant que leading lady « dramatique », après que le rôle de Mrs de Winter dans Rebecca lui a échappé pour des raisons matérielles. Je ne suis pas toujours sensible à la personnalité cinématographie de l’actrice (dans ses interprétations les plus tardives je trouve que quelque chose de très sec et mécanique révèle quelques limites) mais elle a toujours rendu plus que justice aux rôles pour lesquels elle se battit dans les années 40. Et même, si son personnage d’institutrice naïve dans Par la porte d’or est moins varié et riche que ceux qu’elle abordera un peu plus tard avec des résultats encore plus remarquables peut-être, c’est dans ce rôle, a priori ingrat, qu’elle me convainc et surtout m’émeut le plus absolument : le film tourne finalement autour de Charles Boyer (renversant), Paulette Goddard a un rôle plus brillant et piquant que le sien et son temps à l’écran est relativement limité (elle n’a même pas le droit à une grande scène sur son lit d’hôpital et c’est sur son partenaire que se termine le film, pas sur leurs retrouvailles). Mais elle évite tous les pièges de la mièvrerie et du sentimentalisme. Pas un alanguissement dans le regard ou le phrasé. Quelque chose de très direct et sain illumine sa prestation et pas à un instant on a le sentiment d’être confronté à un personnage niais ou falot (alors que sur le papier …). Du coup le spectateur n’est absolument pas surpris ni par l’amour que finit par éprouver le cynique Boyer, ni par son attitude courageuse et noble quand elle se sait trahie. En fait elle a réussi, avec un naturel qui en fait tout le prix et une mobilité expressive qui lui donne énormément de séduction, à construire un personnage éminemment touchant et, au premier sens du mot, aimable.  Le film, une réussite assez remarquable, vient tout juste de sortir en DVD en zone 2 avec stf.

Depuis deux ans Greer Garson poursuivait une carrière qui s’annonçait triomphale. La MGM lui fit assez confiance pour construire autour d’elle un biopic en couleurs (ce qui n’était absolument pas systématique pour le genre et très couteux) consacré à Edna Gladney, figure maternelle par excellence qui se consacra aux orphelins de son état (le Texas) pendant vingt ans, mettant de côté sa vie personnelle après les morts de ses fils et époux. Un rôle « à oscar » dans un beau film sentimental qui fera pour la première fois apparier l’actrice et Walter Pidgeon, destinés, en tant que couple à l’écran, à une immense popularité. Garson (un régal pour les yeux en technicolor) expérimente pour la première fois ce qui deviendra sa spécialité : le film dramatique souriant. Elle est aussi à l’aise dans un registre que dans l’autre, faisant preuve d’un humour et d’une distance légère très appréciables (je n’ai jamais compris qu’on lui fasse le reproche d’être une actrice « grande dame »), mais toujours convaincante et juste dans les larmes dont elle n’abuse pas. Comme souvent elle se montre si à l’aise dans son rôle qu’il semble exactement écrit pour elle (alors que ce n’était pas encore le cas en 1941 où, à l’inverse, elle s’essayait à un nouveau registre). La technique n’est jamais apparente chez elle, ce qui est à mettre absolument à son crédit, mais je ne suis pas certain qu’elle s’astreigne à une réelle composition. Dans beaucoup de films de Garson j’ai l’impression qu’elle glisse sur du velours, m’entrainant à sa suite, moi qui suis conquis d’avance par ce qu’elle dégage. Mais qu’en est-il, si on est réfractaire à sa personnalité ? C’est sans doute pour cela que je la préfère peut-être à la marge de son emploi habituel. Reste évidemment un portait sans faute et souvent irrésistible devant lequel je m’incline bien volontiers. Disponible en zone 1 avec stf.

 

 

 

Les internautes adorent parler de la rivalité Fontaine/De Havilland, deux soeurs à l'apparence douce et au caractère ferme. En 1941 elles furent pour l'unique fois de leur carrière toutes les deux candidates aux oscars. On a beaucoup dit que Joan Fontaine (sur le même modèle que Davis en 1935) avait remporté la statuette pour compenser son échec immérité en 1940, pour Rebecca. Il y avait de quoi s’embrouiller d’ailleurs puisque avec Soupçons elle jouait à nouveau, dans un film « anglais » (je parle d’atmosphère, pas de production) signé Hitchcock, l’épouse timide et mal à l’aise d’un homme séduisant et mystérieux (Cary Grant cette fois, après Laurence Olivier). J’ai beaucoup d’affection pour le film que je revoie toujours avec plaisir (et quelques séquences sont vraiment remarquablement mises en scène). Et Fontaine est vraiment délicieuse à regarder, et jamais ennuyeuse, quand elle commence à penser que son époux est un dangereux criminel. Ses expressions apeurées sont toujours justes et elle les varie suffisamment pour donner l’impression d’évoluer dans l’angoisse d’autant qu’elle est idéale pour exprimer la fragilité et l’incertitude. Reste que ça ne « marche » pas totalement à mes yeux. D’abord parce que j’ai vraiment le sentiment, à la fin du film, de n’avoir rien compris à Lina. Comment Fontaine voyait-elle son personnage exactement ? Dans toute la première partie on flotte dans l’incertitude : est-elle une jeune femme froide et intellectuelle (comme Fontaine l’interprète dans la scène du train) ? Une plutôt graine de vieille fille (c’est ce que ses parents disent d’elle, mais rien de la caractérisation et le physique de l’actrice ne suggère réellement cette idée) ? Une tête folle romanesque ? Et l’actrice n’arrive pas non plus exactement, du moins c’est mon sentiment, à nous faire comprendre ce qui la pousse dans les bras du séducteur. Le coup de foudre ? La sexualité refoulée ? Le hasard ? Bref un charme réel se dégage de l’ensemble, mais je n’arrête pas de me dire, pendant tout le film que j’assiste à un « récital » Fontaine dans ce qu’elle sait bien faire, plus que je ne suis touché par une interprétation construite et sentie. Visible depuis longtemps.   

L’adaptation d’une pièce de théâtre prestigieuse, un biopic, un film romantique, un thriller romanesque … pour équilibrer cette couleur très sérieuse les votants se tournèrent vers l’interprétation très remarquée de Barbara Stanwyck dans Boules de feux. Les cinéphiles la préfèrent souvent, la même année, dans The Lady Eve, mais personne ne peut reprocher à Stanwyck quoi que ce soit, tant l’actrice est toujours, au minimum, compétente. Elle est, comme d’habitude, d’une décourageante perfection, dans la comédie de Hawks. Admirable caméléon, elle suggère tous les aspects de son personnage, d’un geste, d’une attitude, d’une inflexion : la dureté, la débrouillardise, la vulgarité, l’assurance. Et il y a vraiment, à son actif et à celui du réalisateur, ce très beau plan dans le noir où elle semble absorber l’amour et le désir de Gary Cooper à son égard. Je dois avouer cependant que, dans la comédie, Stanwyck échoue souvent à me faire rire, même si je suis très impressionné par son timing étonnamment mesuré dans ce registre, mais sans mollesse.  Dans Boule de feu tout me plait, y compris elle, et tout me fait rire, sauf elle (sauf quand elle provoque à dessein l’austère gouvernante). Par comparaison Cooper et ses comparses sont, à la fois, attachants et hilarants. L’acteur, dans son numéro de séduisant clown blanc, me semble en fin de compte focaliser les attentes du spectateur, davantage que sa pourtant précise et efficace partenaire. Au moment où j’écris ces lignes je remarque cependant que je n’imagine pas beaucoup d’actrices de sa génération capables d’endosser un tel rôle sans se ridiculiser. Claudette Colbert peut-être. Disponible en zone 1, avec stf (hélas assez cher. Merci Catherine.)

La coupe Volpi vénitienne revint cette année là à Luise Ulrich pour Annelies et le National Board of Review distingua également Fontaine et Davis. Mais aussi la quasi-débutante Bergman pour Rages of Heaven, Garbo pour son dernier film La Femme aux deux visages (pas un chef d’œuvre, mais pas non plus un film indigne. Et je me demande si je ne la préfère finalement pas ici plutôt que dans Ninotchka) et Mary Astor pour Le Grand Mensonge (elle devait remporter l’oscar du meilleur second rôle pour cette performance) et Le Faucon Maltais. Je suis un admirateur inconditionnel d’Astor, mais je n’ai pas souvent l’occasion d’en parler ici, puisqu’elle décida volontairement de se cantonner aux rôles secondaires en dépit de sa présence époustouflante. Le Grand Mensonge est un des Goulding que je préfère, sans doute en grande partie grâce à son cabotinage et à son allure. Et sa femme fatale atypique, essoufflée (Huston la faisait courir entre chaque prise), vénéneuse, ondoyante, aux regards limpides mais pourtant faux, dans Le Faucon Maltais est un des sommets du genre, à mon sens. Six nommées cette année chez moi, je n’arrive pas à les départager totalement.

 

  • Mary Astor pour Le Faucon Maltais
  • Bette Davis pour La Vipère
  • Olivia de Havilland pour Par La Porte d’Or
  • Veronika Lake pour Les Voyages de Sullivan (j’adore la manière dont elle sous-joue, ne semble rien prendre au sérieux et en même temps dégage quelque chose de très fragile qui colle au personnage. On a vraiment l’impression qu’elle a vécu avant de rencontrer le héros.) Zone 2 stf.
  • Heddy Lamarr pour Souvenirs (de King Vidor. Peut-être le meilleur rôle de Lamarr, bien meilleure actrice qu’on a pu le dire, mais ici particulièrement juste et digne jusqu’à son déguisement de vieille dame. Sa froideur naturelle et sa diction polie ne deviennent jamais des handicaps mais servent plutôt le propos.) Uniquement visible en DVD + R.
  • Lana Turner pour La Danseuse des Ziegfeld Follies(de Robert Z.Leonard. La MGM ne prit pas la peine, comme pour Crawford, de faire campagne, mais Turner en danseuse alcoolique est éblouissante et vampirise l’écran, aidée par un physique extraordinaire et par une conviction et un engagement particulièrement émouvants. La scène où elle s’effondre dans l’escalier du théâtre est un des sommets de sa carrière.) Disponible en zone 2.  

Lana-Turner.jpg

 

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Published by Le vidame - dans Oscars
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commentaires

Le vidame 20/02/2011 23:15



De toute manière c'était hors de question pour les producteurs : le roman était déjà sulfureux pour Hollywood, alors le faire jouer par une actrice aussi ouvertement "sexuelle" c'était
impossible, trop dangeureux.


Mais c'était le premier choix de Minelli, peut-être aussi parce qu'en 1948 quand le projet s'est monté elle était encore assez jeune pour être "caméléon".



Catherine 20/02/2011 23:09



Enfin je ne la vois pas du tout, mais pas du tout en Madame Bovary, trop femme fatale, trop aguicheuse, pas du tout mais pas du tout le personnage ! Par contre elle est excellente dans les
Ensorcelés !



Le vidame 20/02/2011 21:13



Turner était très fiere de ce qu'elle avait fait et avec les Ensorcelés, Madame X et Le Facteur sonne toujours deux fois elle pensait que c'était sa meilleure interprétation (et sa
filmographie est immense).  


J'adore Turner dans tout, mais je pense être à peu près objectif sur la question, pour une fois. D'ailleurs c'est en la voyant dans le film de Leonard que Minelli a eu envie qu'elle soit sa
Madame Bovary (le studio a refusé) puis l'héroïne des Ensorcelés.



Catherine 20/02/2011 20:24



effectivement Lana Turner est bouleversante dans la Danseuse des Folies Ziegfeld, même si le film m'a plutôt déçue quand je l'ai revu il y a quelques mois. J'aime beaucoup Bette Davis, mais je
dois dire que sa prestation de garce dans Little Foxes ne m'a pas non plus emballée plus que cela. Je préfère la surenchère de Beyond the Forrest à cette trop chic Vipère !


Il faudra que je vois "Il était une fois" de Crawford. J'aime beaucoup Soupçons et Joan Fontaine y est très bien mais effectivement elle est sans doute supérieure dans Rebecca !