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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 22:44

 

 

1942 fut une année sans surprise, quoique non sans charme pour l’Académie. Le phénoménal succès (presque sociétal) de Mrs Miniver était en partie construit autour du charisme de son interprète principal, Greer Garson. Dire cela ne revient pas à remettre en cause son talent et son aura, exploités ici à leur maximum. Elle avait une compétition à la fois brillante et un peu superficielle cette année là.

·         Bette Davis pour Now voyagers/Une femme cherche son destin (Rapper)

·         Greer Garson pour Mrs Miniver (Wyler)

·         Katharine Hepburn pour La Femme de l’année (Stevens)

·         Rosalind Russell pour Ma soeur est capricieuse (Alexander Hall)

·         Theresa Wright pour Vainqueur du destin/La Fierté des Yankees (Sam Wood)

C’était pour Bette Davis la cinquième nomination consécutive. Probablement pas une surprise, mais en y réfléchissant a posteriori une prise de risque. Après tout Now Voyagers s’assumait pleinement comme un soap. Le fait qu’il constitue probablement une des plus grandes réussites du genre n’enlève rien au fait que le pur mélodrame/film d’amour, plus romantique que dramatique, est toujours un peu méprisé par les votants (et jusqu’à aujourd’hui par une frange bornée de la critique). Mais Davis s’empara du rôle avec une telle conviction qu’elle sembla créer un type (la vieille fille névrosée) appelé à une belle postérité et séduisit, semble-t-il, le monde dans son entier. On a droit de l’adorer un monstresse du sud dans In this our life qu’elle tourna la même année mais on doit bien reconnaitre que quelque chose d’étonnamment puissant se dégage de son personnage positif et délicat de Now Voyagers dont la plupart des accents ont quelque chose de définitif. Elle évite toute mièvrerie et est, au contraire, d’une ardeur, d’une volonté, d’une force qui éclatent les contours du personnage. Peut-être parce que c’est un des premiers films que j’ai vus avec elle, c’est un de ceux où je sens le moins Davis la Star derrière le rôle, pourtant on ne peut plus éloigné de sa personnalité. Elle a rarement été, à l’écran ou à la ville, aussi modestement séduisante, aussi gracieusement élégante, aussi simplement jolie. Tout amateur de numéro d’actrice prendra avec plaisir ses premières scènes, hallucinantes (et où elle est méconnaissable, attifée comme l’as de pique, coiffée par son pire ennemi et rembourrée de partout). Mais la pure technicité n’explique pas l’alchimie avec Paul Henreid, la sensualité dévastatrice qu’elle parvient à faire passer derrière le corset de l’héroïne (personnellement, code ou pas code, je ne me pose absolument pas la question : Charlotte Vale a évidemment une liaison charnelle avec l’architecte marié dont elle s’éprend sur un bateau) et la poésie de certaines séquences qui auraient pu sombrer dans le ridicule mais qu’elle, ses partenaires et surtout le réalisateur (pour ne rien dire de la musique Steiner) transforment en sommet du romantisme cinématographique.

Garson était cette année, précisément avec Davis, sans aucun doute considérée comme la plus grande actrice dramatique travaillant dans les studios hollywoodiens. La même année que Mrs Miniver elle avait obtenu un autre succès mémorable avec Prisonniers du passé. Elle pouvait être crédible aussi bien en jeune femme qu’en mère de famille, affligée d’un grand fils pour lui rappeler son âge. Et tout ça avec la même grâce. On peut être un peu exaspéré par le personnage de Kay Miniver, par sa perfection, par la manière don Greer Garson donne des leçons de courtoisie, de courage et d’élégance britannique au monde, avec sa voix policée et douce et un sourire un rien supérieur sous la discrétion apparente. Mais le rôle est pensée ainsi et pour le coup Garson n’a aucune difficulté à endosser ce côté un peu prétentieux (je me demande ce que Irene Dunne aurait fait de ces passages par exemple. Peut-être qu’elle aurait pu en faire quelque chose de moins solennelle). Mais reste qu’elle réussit parfaitement les passages souriants du film avec son humour nonchalant (qualité qu’elle devait sans doute posséder elle-même). Et puis surtout toutes les scènes dramatiques sont formidables : toute la séquence avec le soldat allemand est jouée avec une sobriété parfaite qui reflète bien la quotidienneté de l’héroïsme du personnage. Le passage le plus réussi du film, de ce point de vue, est la longue scène finale avec Theresa Wright, vraiment touchante, où Garson semble perdre ses moyens et sa maitrise (elle hésite, le phrasé devient légèrement moins aisé), sans jamais verser dans l’hystérie, sauf un bref moment, d’autant plus frappant. Quant à ce qu’elle parvient à dégager de beauté sereine et de britannité (pardon pour le néologisme) glorieuse cela lui est si consubstantiel que le mérite en est moindre.    

La Femme de l’année est d’abord connue aujourd’hui pour être le lieu de rencontre à la fois réel et symbolique de Spencer Tracy et Katharine Hepburn. Cette dernière, sous contrat à la MGM après Indiscrétion devait se fondre dans la politique du studio tout en conservant ce qui faisait son succès. Une comédie intelligente dirigée par George Stevens dans laquelle elle jouait d’une certaine manière, encore une fois, son propre rôle (une jeune femme indépendante, brillante et huppée) était une opportunité de concilier talent et intérêt. Le film se laisse revoir avec beaucoup de plaisir … essentiellement grâce à Spencer Tracy, extrêmement à l’aise, follement sympathique et qui met systématiquement le spectateur de son côté. Hepburn est, à mon sens, moins brillante, mais d’abord parce que son rôle est, dans pratiquement les trois quarts du film, assez peu intéressant. Disons plutôt qu’elle est un objet plus qu’un sujet. Elle a rarement été aussi belle que dans ce film et est, de toute manière, on ne peut plus convaincante dans ce registre un peu snob et intellectuel (Laureen Bacall dans le remake de Minelli est nettement plus à la peine de ce point de vue). C’est juste qu’elle n’a pas grand-chose à faire, à part être elle-même (elle passe en courant, fait quelques discours, montre une jambe ravissante gainée de soie, s’habille pour sortir etc…), jusqu’aux scènes finales, ou plutôt jusqu’à la scène finale, justement célèbre et très représentative du registre burlesque de Stevens, où elle s’essaye à faire un petit déjeuner pour la première fois de sa vie et où elle se révèle extrêmement drôle (toute la manière dont elle est exprime la gêne puis l’humiliation est naturellement hilarante). Et puis, effectivement, la séduction qu’exerce le couple dès que les deux personnages se tournent autour, se rencontre, se caresse, se dispute explique sans doute l’impact du film.

 

 

 

1942 a cela d’original que deux prestations comiques permirent à des actrices d’être nommées, ce qui est assez rare pour être notée. Le rayonnement des deux films est cependant sans comparaison et Ma Sœur est capricieuse est le seul titre de la confrontation qui demande quelques recherches pour être visible (on le trouve en zone 1 avec sta uniquement dans le coffret Icons of the Screwball Comedy Columbia). Il s’agit, évidemment, d’une (première) nomination de compensation : Russell avait été oubliée deux fois de suite, pour Femmes en 1939 (encore que le statut du rôle était ambigu), puis pour La Dame du Vendredi en 1940. Elle quittait la MGM pour la Columbia qui poussa à la campagne (ce qu’elle n’avait pas fait pour La Dame du Vendredi parce que Russell n’était pas alors sous contrat chez eux : c’était un « prêt ») au détriment de Jean Arthur, autre actrice comique de la compagnie, pour La Justice des hommes. C’est probablement injuste : j’aime bien le film d’Alexander Hall et Rosalind Russell me plait à peu près partout, mais rien de particulier ne se dégage de Ma Sœur est capricieuse. Russell ne transcende pas ses moyens : elle fait ce qu’elle sait (bien) faire, sans plus et à moins d’être particulièrement client de sa personnalité cinématographique on est susceptible de rester en marge de son interprétation. Personnellement sa gestuelle comique me fait toujours passer un excellent moment, cette manière qu’elle a d’user de son corps et surtout de son absence de grâce comme d’un objet de moquerie, m’amuse plus souvent qu’à mon tour (je pense à la manière qu’elle a de se battre avec ses draps de lit et bien sûr à la scène de la Conga portugaise). Même chose avec les expressions de son visage (la séquence du restaurant avec Brian Aherne). Et puis plusieurs répliques, dites par elle, font vraiment mouche. D’ailleurs dans l’absolu elle est finalement juste en grande sœur au physique censément ingrat qui débarque à Greenwich Village pour réussir dans le journalisme et se retrouve confrontée à des situations plus ou moins loufoques. Mais, en dépit de ma partialité, je ne l’aurais sans doute pas nommée pour ce rôle, cette année là. 

Quatre ans après Fay Bainter Theresa Wright fut nommée dans deux catégories : meilleure actrice (pour Vainqueur du destin) et meilleure actrice dans un rôle secondaire (pour Mrs Miniver). Elle remporta le second des deux trophées qui semblait couronner une jeune carrière particulièrement prometteuse et qui ne tint pas tout à fait ses promesses. Vainqueur du destin suscita une vague d’amour (il est vrai que le récit est d’une simplicité et d’une évidence exemplaires) dont bénéficia Wright qui interprète l’épouse aimante et attentive (stéréotype particulièrement apprécié des votants mais plus souvent associé aux rôles secondaires) d’un légendaire joueur de Baseball, joué par un Gary Cooper particulièrement touchant. Le film parle assez peu de sport et beaucoup de la vie personnelle du héros et à partir du moment où Wright rentre (assez tardivement) en scène elle ne quitte plus les devants du scénario. Elle sera donc une présence adorable et tendre pendant une heure trente sans vieillir ou presque (alors que le scénario se déroule sur une dizaine d’années). La même vivacité, le même charme, le même humour bon enfant. En résumé une prestation assez monocorde, même si elle n’est pas totalement responsable de cet état de fait (les choix de montage sont assez curieux : ils donnent souvent l’impression que les mêmes scènes sont remises sur le métier.) Il est donc tout à l’honneur de l’actrice (et du réalisateur) qu’elle parvienne à rendre son personnage attachant. Dans la marge étroite dont elle dispose (ou qu’elle s’impose ?) elle est systématiquement juste et naturelle (constante de l’actrice dans toutes les prestations que j’ai vues d’elle) et réussit à rendre crédible, tout en lui donnant le surcroit de charme cinématographique nécessaire, tout le quotidien dont elle est le centre. Elle a construit un personnage assez solide pour que les dernières scènes, convenues mais doucement sentimentales, soient réellement touchantes et ses pleurs sont communicatifs. Bref, pas un tour de force passionnant, mais finalement une interprétation convaincante et solide qui mérite respect et estime à défaut d’enthousiasme.   

 

Greer Garson remporta le prix de la Critique New-Yorkaise et fut distinguée par le National Board of Review (pour Mrs Miniver et Prisonnier du passé). Cette vénérable institution remarqua beaucoup d’interprétations intéressantes cette année dont Ginger Rogers pour l’excellent Roxie Hart et The Major and The Minor (que je n’ai pas vu, mais qui a très bonne presse) et Ann Sheridan pour Crimes sans châtiment, fantastique mélodrame urbain en costumes, aux intrigues délirantes. Sheridan y est très bien, mais on remarque surtout, à mon sens, les silhouettes féminines campées par Betty Field (dans un rôle convoité par Bette Davis), Judith Anderson et surtout Nancy Coleman, remarquablement juste dans un rôle grandiloquent. Venise pour la seconde année de suite attribua la coupe Volpi à une actrice allemande, dans des films hélas difficilement visibles avec sous-titres aujourd'hui. Kristina Söderbaum (pourtant loin d'être la meilleure actrice de l'Allemagne hitlerienne) succèda donc dans Die Goldene Stadt à Luise Ullrich dans Annelie. 

De mon côté je serais allé vers là (j’ai décidé de retirer Davis parce que je la nomme presque systématiquement) :

  • Lucille Ball pour La Poupée brisée (une interprétation étonnante de dureté et très subtile. Vraiment une surprise dans la sympathique carrière de Ball.) Zone 2, stf.
  • Greer Garson pour Mrs Miniver et Prisonniers du passé (avec une préférence pour le dernier, peut-être son plus beau rôle, ne serait-ce que pour son délicieux numéro de Music Hall, mais la quintessence du charme propre à l’actrice se trouve bien là). Zone 2 stf.
  • Ginger Rogers pour Roxie Hart (le personnage est un pantin et ne demande pas grand-chose, mais il faut vraiment voir ce qu’une Rogers décontractée, assumant toute la vulgarité de son rôle, parvient à faire avec ces désopilantes répliques.) Pas d’édition DVD à ma connaissance.
  • Norma Shearer pour Her Cardboard Lover (j’ai vraiment une souvenir ébloui de son interprétation frénétique mais extrêmement touchante, même si mon visionnage remonte maintenant à plusieurs années.) Invisible aujourd’hui mais un moment fréquent sur TCM.
  • Barbara Stanwyck pour L’Inspiratrice (splendide portrait d’une femme complexe que Stanwyck, éblouissante, sert avec une ferveur étonnante et un maquillage impressionnant.) Visible dans le dernier coffret Stanwyck avec sta.

 

 

 

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Published by Le vidame - dans Oscars
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commentaires

Le vidame 20/03/2011 22:53



Tu trouves Rogers meilleure dans Uniformes et Jupons courts (c'est bien ça le titre français de The Major and the Minor ?) que dans Roxie ? Le film se trouve facilement mais c'est vrai que je
n'ai pas fait la démarche.


Sinon 42 est un casse-tête : je suis sûr de celles que je ne nomme pas (Wright, Russell, Hepburn ....) beaucoup moins de celles que je nomme : j'ai découvert il n'y a pas longtemps La Justice des
hommes et Arthur y est formidable. Et encore plus compliqué : vu aujourd'hui Johnny Eager. Heureusement que Lana Turner n'a qu'un rôle "secondaire" parce qu'elle y est sensationnelle.



Catherine 20/03/2011 20:44



Je viens de découvrir L'inspiratrice cet après midi, et effectivement Barbara Stanwyck est méconnaissable en centenaire, le reste du film, elle est lumineuse et magnifique comme souvent. Sinon
effectivement Ginger Rogers est époustouflante dans  the Major and the Minor. Si tu ne l'as pas . Par contre bof
pour The Cardboard Lover, je sais que tu adores ce film, il est pas mal mais bon Norma Shearer n'est pas exceptionnelle. Elle y est bonne sans plus !