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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 11:14

 

 

Le deuxième oscar d’Olivia de Havilland en 1949 est traditionnellement considéré comme un des plus mérités de toute l’histoire de l’Académie (en tout cas aux USA. En France la critique est traditionnellement opposée à ce cinéma dit « académique ».) Parallèlement on tient l’année pour particulièrement faible, en ce qui concerne les autres nommées. Je précise immédiatement que mon sentiment est plus nuancé. Peut-être parce que les films m’ont souvent demandé des recherches minutieuses (à part L’Héritière aucun n’est sorti en DVD à l’unité et avec des sous-titres) Voilà ce qu’il en est.

 

  • Jeanne Crain pour Pinky/L’Héritage de la chair (Kazan)
  • Olivia de Havilland pour L’Héritière (Wyler)
  • Susan Hayward pour My Foolish heart/Tête folle (Robson)
  • Deborah Kerr pour Edouard mon fils (Cukor)
  • Loretta Young pour Come to the stable/Les Sœurs Casse-cou (Koster)

 

Première et unique nomination pour Jeanne Crain et qui récompensait, au fond, son succès montant, sa participation aux deux films les plus importants de la Fox cette année là (puisqu’à L’héritage de la chair il faut adjoindre Chaines Conjugales) et sa tentative courageuse de jouer un rôle a contre-emploi dans un film de Kazan, bien aimé des critiques et de l’Académie. Ce n’est pourtant pas la meilleure interprétation qu’elle a donnée et cette année là je préfère largement ce qu’elle fait dans The Fan. Crain n’est pas une mauvaise actrice et je suis content qu’elle ait été nommée une fois dans sa carrière au moins. Elle est simplement desservie par son physique (par ailleurs ravissant.) Le haut de son visage est naturellement lisse et peu expressif et elle en a conscience, ce qui l’entraine à essayer très dur de « montrer » ses sentiments (en accentuant plutôt ce qui se passe du côté de la bouche). L’effort est parfois très visible avec des résultats curieux, comme s’ils lui échappaient. A certains moments je suis absolument désarçonné, parce que je suis incapable de comprendre ce qu’elle veut dire (le dernier plan, quand elle sonne la cloche de l’école, où tout le visage semble être agité de soubresauts.) En bref je pense qu’elle manquait un peu d’expérience encore pour être à l’aise dans un tel registre, d’autant que le rôle est vraiment ahurissant. Elle joue, sans aucune tentative de composition, mais c’eut été peine perdue et probablement ridicule, une jeune femme noire (!!!) MAIS à la peau blanche.  Ne cherchez pas quoique ce soit dans son accent (elle est censée être évidemment du Sud) ou dans sa silhouette qui puisse suggérer cette idée. Jeanne Crain est simplement  une des actrices les plus WASP du monde, tout ce qu’elle dégage hurle « Boston, quartiers chics » et on s’interroge encore sur cette idée de casting. Tout n’est pas mauvais dans sa prestation, du moins dans les moments les plus apaisés, et elle est parfois touchante, mais rien n’est vraiment convaincant et l’artificialité du propos même du film est vraiment lourdement soulignée par ce personnage central auquel elle ne peut apporter que sa beauté (mais ce n’avait rien d’indispensable pour le rôle) et son charisme de star qui lui permet, au moins, d’exister face à des voleuses de scène comme Ethel Barrymore, Ethel Waters et Evelyne Varden.  

 

 

 

Deuxième oscar donc, trois ans après le premier pour Olivia de Havilland. Dernière nomination (en 1952 elle tentera un come back, non transformé, avec Ma Cousine Rachel, mais l’année était saturée de vieilles gloires.) Son interprétation dans L’Héritière avait pour elle la présence de Wyler, déjà une légende, derrière la caméra, le prestige de l’adaptation du roman de Henry James et le « déglam » si typique qui consiste à « enlaidir » une actrice très belle pour faire ressortir ses qualités d’actrice, quand elles existent. Quoiqu’il en soit si on a vu, objectivement, le film, on peut difficilement passer à côté du tour de force de l’actrice, sans doute pas réellement surprenant ou novateur (moins que ses prises de risque dans La Fosse aux serpents l’année précédente), mais à l’impact considérable. Il suffit de dire que, comme dans L’Insoumise, le réalisateur est au service des frémissements de l’actrice et sa performance est merveilleusement filmée, nous permettant de sentir la minutie du portrait, extrêmement contrôlé et réfléchi je pense (la scène où elle danse avec Clift est parfaitement dosée : sa lourdeur et son absence de grâce ne sont jamais soulignée, mais toujours très explicitement exprimées), et son exactitude, avec en plus une espèce de flamboyance dans le discours expressif qui rend les très bonnes interprétations vraiment excitantes. Même si Catherine est censée être une graine de vieille fille, ni très jolie, ni très brillante, on ne la quitte pas des yeux et on est toujours  intéressé, avant tout, par ses réactions et ses sentiments. La fin du film est, à mes yeux,  un chef d’œuvre interprétatif sans trop d’équivalent parce que l’interprétation de la comédienne nous a permis d’accepter et de comprendre son évolution et son désir de vengeance et qu’il y a dans la dureté lisse qu’elle offre au spectateur à ce moment là quelque chose de vraiment magnétique. L’ombre du sourire qui flotte sur son visage à la toute fin est une des choses les plus fascinantes que j’ai pu voir à l’écran et je me demande encore comment est-ce que Wyler a réussi à expliquer, lui qui était muet en terme de direction d’acteurs, si bien ce qui était nécessaire ici. Peut-on imaginer un directeur dire à son actrice « Il faut que vous soyez énigmatique comme un sphinx et qu’on puisse ressentir sans que vous le montriez votre plaisir sadique » ?

Après la Fox et la Paramount nous rencontrons une production Goldwyn, ce qui était devenue assez rare. Tête folle est un très beau film romantique, curieusement lent et presque ennuyeux à certains moments, mais dont le charme est pourtant très prenant. Susan Hayward n’y est pas pour rien. Le film, de loin, a toutes les caractéristiques du produit lacrymal et de la bête à prix d’interprétation (une femme aigrie et alcoolique – flash back- une jeune fille tombe enceinte et perd son amant à la guerre) mais rien dans la réalisation, ni dans l’interprétation ne vient vraiment confirmer cette impression. Hayward et ses maniérismes ne se font absolument pas sentir et disparaissent totalement derrière le personnage (ce qui rend d’ailleurs son interprétation moins fascinante que d’autres qu’elle a pu offrir) avec bonne grâce. Sa première séquence, très attendue puisqu’elle est dans son registre « alcoolique ayant vécu », est étonnamment sobre, suggérant simplement l’amertume du personnage, avec un zest, parfaitement négocié, de rosserie. Ce qui vient ensuite est encore une fois plutôt surprenant, même si Hayward n’a jamais été une actrice à même d’être naturellement « jeune et candide ». Elle s’applique, avec une réserve très louable, à dessiner à traits fins sa gentille fille amoureuse et lui offre quelque chose de vraiment très chaleureux et attachant (ce qui ne lui était pas non plus congénital) avec parfois, une espèce de lyrisme délicat qui affleure, comme dans la scène où elle feint de s’être tordu la cheville. Sa meilleure scène est peut-être celle où elle manœuvre pour se faire épouser, très subtilement faite, sans aucune redondance expressive (puisque le spectateur, grâce au superbe scénario, est parfaitement en mesure de comprendre tous les enjeux de ce moment). Mais en fait tout le tracé est vraiment parfait, dans ce registre quasi naturaliste.  Il est presque étonnant que l’Académie ait remarqué cette prestation peu spectaculaire au premier abord, mais le film avait été un succès et les votants aimaient voir revenir certains noms sur leur liste. Et un revisionnage attentif permet de constater à quel point la performance de Hayward est admirable. De manière caractéristique ce rôle est souvent cité par les détracteurs de l’actrice comme son  meilleur.

Je ne pourrai pas en dire autant de Deborah Kerr dans Edouard mon fils. LA MGM cherchait manifestement une remplaçante à Garson, l’actrice dramatique maison. On était loin des 30’s aux cours desquels Shearer, Dressler, Hayes etc. récupéraient tous les lauriers chaque année. Dix ans après Adieu Mr Chips la firme casa sa nouvelle jeune promesse dans un film « anglais », lui offrant un rôle de « supporting wife », à l’ombre du personnage principal joué par Spencer Tracy. Le personnage semble un peu plus important que celui de Mrs Chips, sans doute parce qu’il apparait surtout dans la deuxième partie du film. La MGM fit, comme d’habitude, campagne pour elle en tant que rôle principal, pour éviter qu’elle soit cataloguée comme une actrice de composition. Le risque était d’autant plus important qu’elle compose, justement, et assez lourdement encore. Elle joue une femme candide que l’égoïsme forcené de son mari conduit à l’alcoolisme (confirmant ainsi l’affection des Oscars pour les dépendants de toute espèce.) Son interprétation est divisée schématiquement en trois : la toute jeune femme un peu naïve et bêlante, que Kerr rend touchante et fragile, comme il se doit, pendant deux scènes. La femme du monde devenue élégante et plus consciente qui doit affronter son époux au cours d’une séquence très dramatique, efficacement interprétée (même s’il est assez étonnant de voir que l’actrice anglaise a adopté les critères interprétatifs, assez démonstratifs, hollywoodiens.) L’épave qui noie son chagrin dans l’alcool et l’amertume. Le gimmick est très accentué par les costumes, les coiffures, le maquillage (dont on a beaucoup parlé) et la composition de l’actrice, épaules très rentrées, démarche vacillante et voix geignarde et cassée, qui crie sa souffrance jusqu’à briser son timbre. Le personnage semble dégouliner de partout, jusqu’à vraiment dépasser les bornes du raisonnable dans ce registre. Je me demande ce que Cukor et elle avaient décidé pour le rôle, mais je reste vraiment en marge de cette lecture caricaturale, même si jamais ennuyeuse. Et cela alors que j’aime beaucoup le film, son principe intriguant et l’interprétation de Spencer Tracy.   

 

 

 

 

Deux ans après sa victoire, comme pour, en quelque sorte, l’entériner, Loretta Young était à nommée à nouveau (principe que l’on a déjà rencontré : une actrice lauréate sera, sauf rare exception, au moins nommée une seconde fois dans la dizaine qui suivra). De toute manière, si cela ne suffisait pas, elle interprétait dans Come to the Stable (gardons le titre anglais pour une fois) une religieuse, autre personnage très aimé des votants (on se rappelle de Jones et de Bergman). Le film, Fox, avait été un succès et fut nommé sept fois aux oscars, preuve qu’il avait été particulièrement apprécié. Pour ma part c’est mon film favori dans le registre catholique sentimental et je pleure après une édition DVD sous-titrée.) Young est simplement idéale pour le rôle. D’abord son beau visage est très bien mis en valeur par la cornette et sa voix est simplement merveilleuse pour les discours caritatifs et fervents (ses quelques phrases en français sont magnifiques). Ensuite ses choix d’interprétation sont très sûrs, très éloignés de ceux de Bergman dans Les Cloches de Sainte-Marie, moins émouvants, mais cohérents. Sister Margaret sera immédiatement à la fois très ferme et courtoise. Quelque chose dans son allure et son ton légèrement autoritaire nous indique toujours qu’elle prend les décisions importantes et qu’elle n’est pas de celles qui s’avouent vaincues facilement. L’interprétation est visiblement très mesurée, presque sèche, mais c’est sans aucun doute le reflet idéal pour les règles que s’impose le personnage. La maîtrise de soi qu’elle apporte contraste intelligemment avec la vision, également très efficace mais beaucoup plus sentimentale et apparemment plus spontanée que propose Celeste Holm en sœur française inséparable de son amie américaine (il suffit de voir le moment du « pseudo miracle » ou encore la scène du cours de tennis pour s’en rendre compte). Young offre en plus au personnage, et sans le mesurer cette fois, tout son charme et tout son charisme, qui sont censés être très importants. Ce qui empêche sans aucun doute cette interprétation d’être vraiment grande c’est, finalement, la relative modestie de moyens que le rôle demande. Une fois que le personnage est posé dans les premières scènes il variera peu et n’évoluera guère. Mais enfin je suis, pour ma part, absolument conquis.

Olivia de Havilland remporta le Golden Globes (Deborah Kerr fut également nommée) et le prix de la critique New-Yorkaise. La même année elle recevait la coupe Volpi pour la Fosse aux serpents. Curieusement le National Board of review ne désigna aucune actrice. Isa Miranda fut primée à Cannes pour Au-delà des grilles de René Clément et Anna Magnani par les journalistes italiens pour Amore, ce curieux film de Rossellini divisé en deux, où elle interprète, entre autres, La Voix Humaine de Cocteau, dans un registre plus magnanesque jamais. (Visible dans une mauvaise copie en zone 2 avec stf.)

L’un des écueils de l’année c’est l’existence de Chaines conjugales. En effet Ann Sothern et surtout Linda Darnell y sont sensationnelles. Mais, au vue de la construction du film, s’agit-il de rôles principaux ? Je pense que ce sont ces ambiguïtés qui ont écarté les votes des votants. Du coup je placerais au moins Darnell en rôle « secondaire » pour me tourner sereinement vers six autres interprétations :

·         June Allyson pour Les Quatre filles du docteur March/Little Women (Leroy). J’ai toujours regretté le manque d’ambition de la MGM tant je trouve la composition d’Allyson remarquable, bien meilleure en fait que celle de Kate Hepburn, suggérant à la fois la féminité et la brusquerie du personnage avec la dose exacte de sentimentalisme sans mièvrerie. Disponible en zone 2 avec stf.

·         Joan Bennett pour Les Désemparés/The Reckless Moment  (Ophuls). Une interprétation modeste pourtant, mais que je trouve d’une justesse, d’une précision, d’un naturel exceptionnels et le tout pour un rôle très difficile. Vraiment, quand on pense à la date du film, je suis toujours impressionné par la modernité de Bennett dans ce film, qu’elle-même n’estimait même pas particulièrement. Belle édition chez Carlotta.

·         Madeleine Carroll pour L’éventail de Lady Windermer/The Fan (Preminger). J’essaye, en général, d’éviter les grandes réussites de casting, préférant les contre-emplois, mais à ce stade … Carroll en Mrs Erlynne est merveilleuse d’élégance et d’ironie légère et profondément émouvante, parce que l’âge gagnait aussi bien le personnage que l’actrice. Rien que ses rides d’expression sur le front sont des chefs d’œuvre. Pas de DVD, mais une VHS avec stf existe.

·         Olivia de Havilland pour L’Héritière

·         Susan Hayward pour Tête folle

·         Loretta Young pour Les Sœurs casse-cou

 

 

 

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Published by Le vidame - dans Oscars
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commentaires

Melo Cotón 30/07/2011 04:40



The Reckless Moment reste pour mon goût juste un assez bon film mais sans le génie habituel d'Ophuls ( c'était une "commande" si je ne fais pas erreur), cependant Joan Bennett y est
remarquable dans une partition qui pouvait vite tourner au soap le plus convenu.


En fait, j'interviens plutôt pour vous remercier d'évoquer June Allyson si sympathiquement , elle le mérite. Je ne me lasse jamais de sa smoky voice ni de son énergie (plutôt que
brusquerie) et ces 4 Filles est un régal dont personne ne devrait se priver au coin du feu avec l'être aimé près de soi.


Voilà , et puis je rêverai bien de voir un jour My Foolish Heart dont j'ai souvent entendu parler.



Catherine 28/07/2011 12:11



Je sens que je vais faire hurler, mais franchement je n'aime pas Susan Hayward, un côté vulgaire, surjoué bref je n'accroche pas à cette actrice  sans doute a-t'elle une forte conotation "sexuelle" mais je dois avouer que cela ne passe pas



Le vidame 26/07/2011 20:12



Vous avez reconnu Ross-Madjan en soeur portière ? C'est évidemment tiré d'une production viennoise du Domino Noir.



Monsieur Taupe 26/07/2011 20:01



Que vois-je ! Sena Jurinac a joué dans Come to the stable ?


 


Vous ne traduisez pas le titre. Est-ce J'ai deux grands bœufs dans mon étable ?


 


 



Catherine 25/07/2011 21:05



Oui, mais ce n'est pas une véritable mère courage ! Enfin ce n'est pas ma conception de la mère Courage ! Elle protège certes sa fille, mais je n'ai eu aucune empathie pour elle !