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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 19:48

 

 

 

 

 

1953 a vaguement tendance à m’ennuyer, d’où ma lenteur à poster ces commentaires. Elle est pourtant, sur le papier, plutôt intéressante de par sa grande cohérence, son originalité et la présence de deux personnages devenus iconiques dans l’histoire du cinéma romantique. C’était, en tout cas, la triomphe de la chair fraiche. Deux actrices étaient des débutantes, ou assimilées, quatre étaient nommées pour la première fois, aucune n’avait plus de trente ans. Il suffit de confronter les noms et la date.

 

·         Leslie Caron pour Lili (Charles Waters)

·         Ava Gardner pour Mogambo (Ford)

·         Audrey Heburn pour Vacances Romaines (Wyler)

·         Deborah Kerr pour Tant qu’il y aura des hommes/From Here to the Eternity (Zinnemann)

·         Maggie McNamara pour La Lune était bleue (Preminger)

 

Première ingénue, alphabétiquement, à concourir, Leslie Caron avait débuté l’année précédente et ne savait, de son propre aveux, pas grand-chose en matière de jeu jusqu’alors. Sa performance dans le rôle difficile de Lili dut sembler d’autant plus remarquable. Il est vrai aussi que le film avait été un succès surprise. Caron joue une adolescente naïve jusqu’à l’innocence, gauche et timide. Elle a évidemment la physique adéquat pour ce personnage finalement peu attractif au regard des canons hollywoodiens et n’est pas flattée ni par le chef opérateur, ni par le costumier, ni par elle-même, qui ne s’épargne pas dans le registre « dents en avant et ongles rongés », sans pour autant exagéré cette dimension. Il est vrai que le film demandait une approche à la fois non réaliste et très délicate. Caron est donc parfaite, jouant selon les principes de la vieille école hollywoodienne (Audrey Hepburn parait bien plus naturelle la même année) mais réussissant à accrocher les cœurs et l’attention du public. Elle ne se moque pas de son personnage, ne l’épargne pas non plus et réussit à ne pas nous faire rire de sa candeur qui pourrait confiner jusqu’à la bêtise. Les moments les plus amusants sont finalement ceux où elle s’imagine en séduisante glamour girl, son sourire tout à coup figé et sa pause agressive contrastant avec sa mobilité et sa maladresse habituelle. Certains instants sont vraiment très beaux : celui où elle pense au suicide, joué avec une espèce de romantisme héroïque, sans appitoiement et absolument pas ridicule. Et puis les dernières minutes du film, où Lili semble tout à coup grandir. Caron joue le rôle en danseuse, fait surtout passer le sentiment par la tenue du corps, se redresse, s’affirme et devient une femme amoureuse. Ce qui passe très bien, en particulier, c’est la façon dont elle différencie ainsi le béguin d’adolescente qu’elle éprouve pour Jean-Pierre Aumont et le véritable amour qu’il va être celui qu’elle va partager avec Mel Ferrer, à laquelle la relie, par ailleurs, une très forte alchimie, de celle qui font les grands couples à l’écran. On admirera donc la lecture du rôle de l’actrice, qui avait, disait-elle, focalisé sur ses genoux, pour pouvoir jouer le personnage avec la silhouette et l’allure qui convenaient. A noter que c’est le seul des films dont je parle aujourd’hui qui soit difficile à dénicher (merci Cathy).

 

 

 

Comme Caron, Ava Gardner était épaulée par la MGM qui semblait revenue dans la course.  Son rôle dans Mogambo lui avait valu d’excellentes critiques, de celles du genre « quoi ? mais elle peut jouer aussi ? » Un révélation qu’adorait souligner les votants. Pour être honnête j’abomine ouvertement Ava Gardner, qui est par essence une « grande présence » à laquelle je suis absolument indifférent. Et j’ai toujours détesté les actrices qui se contentent de présenter leur beau visage et leur silhouette magnétique à l’écran.  Ce n’est, cependant, absolument pas le cas ici. Gardner semble s’être investie au maximum dans l’incarnation de son personnage. Cela dit elle joue une fille aux mœurs légers et au grand cœur, un registre qu’elle parait affectionner. D’ailleurs ça fonctionne : je dois avouer qu’elle arrive même à être, dans sa vulgarité, sympathique. Elle joue beaucoup, ce qui est plutôt intelligent de sa part. Son visage devient, dès qu’il est figé, particulièrement inexpressif (ou mystérieux, ça dépend de votre point de vue sur l’actrice). Là elle s’applique donc à tourner la tête, changer son regard de direction, rire très fort, se déplacer avec plus de vivacité qu’elle n’en montre de coutume, jeter de la vaisselle par terre. Tout est bon, au cours d’une scène, pour la faire réagir expressivement, sans pause, ni trève (il est intéressant de la comparer de ce point de vue à Grace Kelly, dont le visage soutient merveilleusement l’immobilité). Techniquement tout n’est pas au point : son hurlement de peur devant le serpent, la première fois qu’elle le voit, n’est pas particulièrement crédible et certains passages la montrent un peu indécise sur la décision à prendre (« est-elle vraiment si brave fille que ça » semble-t-elle se demander parfois). Bref … le personnage est intéressant en ce qu’il indique clairement la direction que prendra sa nouvelle carrière, avec déjà quelque chose d’un peu abimé physiquement, de très blasé dans le regard, celui de la femme qui brûle la chandelle par les deux bouts. Sans doute pas une interprétation passionnante mais, incontestablement, quelque chose fonctionne. La conjonction entre le rôle et l’actrice, sans doute.

 

Tant que je suis aux confidences, je ne partage pas non plus l’adoration universelle pour Audrey Hepburn, une actrice que je ne trouve jamais mauvaise, en ce qui me concerne, mais qui me surprend assez peu. Il est remarquable de constater à quel point elle a réussi à faire de ses maniérismes systématiques quelque chose qui semble très naturel à l’écran. En 1953 la question ne se posait pas, elle était pratiquement inconnue avant son triomphe dans Vacances Romaines. Le monde entier tomba amoureux et il est vrai qu’il est impossible de ne pas être impressionné, au premier coup d’œil, par sa beauté et sa grâce, si justement vantées. Adorable elle est, adorable elle restera. Dès la première image du film où, en représentation princière, elle arrive à ne pas être guindée, mais très digne, tout est dit. A nouveau, comme pour Gardner quelque part, on peut imaginer que le rôle ne lui était pas étranger. Petit oiseau princier parfait elle est aussi idéalement une image romantique et je comprends que le public qui ne la connaissait pas ait été absolument conquis par sa romance avec Gregory Peck, ses regards mouillés et lyriques à la fois, toute les dernières séquences qu’elle joue avec une émotivité à fleur de peau, très convaincante et des plus touchante même, peut-être se tournant déjà beaucoup vers un registre sentimental qui confine à la miévrerie. Mais enfin, dans l’absolu c’est exactement ce que demandait le rôle. Avec Audrey Hepburn c’est comme si on avait une princesse de dessin animée qui devenait vivante sous nos yeux. Evidemment avec de tels atouts naturels (et celui d’un jeu libéré des codes américains, finalement très sobre, très simple) ce n’était pas un chalenge et il y a fort à parier que n’importe quelle actrice un peu douée, du point de vue strictement interprétatif. Peut-être que Jean Simmons, un moment pressentie aurait mis plus d’amertume ou au contraire de drôlerie (ici la princesse ne suscite pas vraiment le rire, même si elle rit très bien). Toujours est-il qu’Hepburn s’empara du rôle, triompha, imposa sa personnalité cinématographique dès son premier film, et remporta, en plus de l’oscar, le Golden Globeb de la meilleure actrice dramatique, le Bafta et le prix de la critique new-yorkaise. C’était assez surprenant, quand on y pense, même si cela pouvait rappeler le parcours de Jennifer Jones, dix ans auparavant.

Deborah Kerr était la seule actrive à avoir déjà été nommée. Pour le coup, à une chose près (la brièveté du rôle, qui est plutôt secondaire en fait), la distinction pour ce rôle était à peu près assurée. C’était une actrice au talent impressionnant, jouant dans le film considéré comme le plus important de l’année (il remporta l’oscar d’ailleurs et une multitude de nominations) et qui plus est absolument à contre-emploi, du moins aux yeux des américains qui la voyait surtout comme une rose anglaise bonne à décorer des films d’aventure MGM. Là elle interprétait le rôle très dramatique d’une femme adultère et malheureuse. Je n’ai revu Tant qu’il y aura des hommes qu’en VF dans une mauvaise copie. Même ainsi j’ai été impressionné par l’interprétation de Kerr, infiniment meilleure que dans le rôle qui lui avait valu sa première nomination. Son temps à l’écran est relativement court (mais elle devait garder sans doute son statut de leading lady, d’où le choix de placement pour la compagnie) et le montage du film empêche souvent de poser les interprétations. Malgré cela elle est si parfaitement convaincante qu’on regrette de ne pas la voir davantage. Ses premiers pas posent le cadre de son interprétation immédiatement. Elle est d’une sensualité dévorante sans que sa distinction naturelle soit atteinte. Son flirt avec Lancester est d’une finesse remarquable, sans appuyer là où ça pourrait faire mal. Elle est intéressée, a vécu, s’interroge. Ce n’est jamais une grue, c’est une femme qui n’a pas froid aux yeux. Autrement dit elle a parfaitement compris ce qu’elle jouait.  La maîtrise de ses expressions est fantastique, aussi bien pour exprimer le désir (impossible d’oublier son visage sur la plage) que la tristesse. Son monologue (je ne parle que du visuel) est d’une grande sobriété ou plutôt d’une grande retenue, mais aussi d’une profondeur bouleversante. Alors que dans Le Narcisse Noir elle n’avait qu’à se laisser porter par la mise en scène et que dans Edouard, mon fils elle surjouait sans nécessairement être inspirée, ici elle trouve une juste mesure pour faire de sa Karen une création d’actrice proprement magnifique. Quelle comédienne ...

 

Audrey Hepburn avait, cette année là, une concurrente directe en la personne de Maggie MacNamara qui présentait un physique de jolie brune diaphane assez comparable. J’avais un assez bon souvenir de son rôle dans La Lune était bleue. En revoyant le film j’avoue une certaine déception. Le personnage féminin principal est assez caricatural, dans sa naïveté revendiquée et ne présente pas le même charme de la Lili de Leslie Caron. Les premières minutes font illusion parce que le spectateur est d’abord surpris de cette façon de dire des énormités sans avoir l’air d’y toucher, avec un air évaporé, des intonations enfantines, des regards surpris et toute la panoplie de la fausse vierge. Cependant l’actrice est très vite confronter aux limites de l’écriture du rôle, qui ne bouge pas et auquel on ne permet jamais d’évoluer. Aussi joue-t-elle sa dernière scène avec les mêmes traits disctinctifs que la première. Mais au bout d’une heure et demi des mêmes charmants maniérismes le spectateur est un peu fatigué et regrette, par exemple, le charme vrai et la profondeur que Dorothy MacGuire apportait à Claudia (1946), personnage en fait assez comparable. Là c’est une impression de fabriqué (fabriqué pour surprendre … la pire combinaison possible) qui frappe et je comprends qu’on puisse d’ailleurs trouver cette interprétation exaspérante. Je n’irai pas juqu’à là, ce qui, par ailleurs, n’est pas nécessairement plus positif, car la détester c’est au moins lui reconnaître une forte personnalité cinématographique. A la relecture je me rends compte de ma sévérité. Au fond je ne pense pas de mal de l’actrice qui s’acquitte tout à fait honorablement de ce qu’on lui demande. Mais elle n’a pas le talent nécessaire pour aller au-delà du personnage à proprement parlé et c’est là où le bas blesse. Elle fera rire, en tout cas la première fois ou au début du film, mais aujourd’hui elle n’intéresse plus vraiment et touche encore moins. On a trop vu d’interprétations similaires, y compris dans les séries télévisées.

 

En tout cas elle ne remporta pas le Golden Globe de la meilleure actrice comique. Ce fut Ethel Merman dans un grand numéro « alla Merman » (avec évidemment chansons tonitruantes incorporées) qui fut récompensée pour Appelez-moi Madame de Walter Lang. Le National Board of Review allait à une autre ingénue brune, Jean Simmons, pour trois films : La Tunique (où elle était un peu effacée, quoique très noble), The Actress (où elle était évidemment miscastée) et La Reine Vierge (où elle étonnamment bonne et pleine d’imagination dans un rôle à clichés). Cannes récompensait en retard Shirley Booth et les journalistes italiens Ingrid Bergman pour Europa 51.

 

Voilà mes propres choix :

 

  • Leslie Carron pour Lili*
  • Jennifer Jones pour Plus fort que le diable/Beat The Devil (Houston). Certainement une des interprétations féminines que je préfère : presque surréaliste et vraiment intriguante mais avec aussi un charme fou. Existe en DVD Zone 2 avec stf.
  • Barbara Stanwyck pour All I desire (Sirk). Stanwyck est absolument bouleversante et fragile comme on l’a rarement vue. Le film est dans coffret Sirk paru chez Carlotta, mais existe aussi à l’unité.
  • Gloria Grahame pour Règlement de comptes (Lang). Autre interprétation légendaire, ce qui me semble être pour le coup tout à fait justifié, avec ce curieux talent de Grahame pour être à la fois vulgaire et pleine de superbe. Je ne sais pas où en sont les éditions DVD.   
  • Jean Simmons pour La Reine vierge/Young Bess (G.Sidney). Vu sur TCM.

 

 

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Published by Le vidame - dans Oscars
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