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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 15:36

 

 

En 1960 faisons ce qui nous chante. C’est un peu l’impression des commentateurs cinquante ans après les faits devant le choix des votants. L’oscar d’Elisabeth Taylor a toujours été considéré comme un prix de félicitation pour avoir échappé de peu à une maladie grave. D’où les remarques toujours un peu aigris des tenants des autres nommées (voire des nommées elles-mêmes, comme le célèbre « J’ai été battu par une pneumonie » de Shirley MacLaine … ou quelque chose approchant). En tout cas se confirmer l’importance d’une certaine sentimentalité, ou du moins d’un esprit de corps, dans les obtentions des prix. Pour rappel nous en sommes donc là :

·         Greer Garson pour Sunrise at Campobello (V.Donehue)

·         Deborah Kerr pour Horizon sans frontières/The Sundowners (F.Zinnemann)

·         Shirley MacLaine pour La Garçonnière/The Appartment (B.Wilder)

·         Mélina Mercouri pour Jamais le dimanche (Joe Dassin)

·         Elizabeth Taylor pour La Vénus au vision/Butterfield 8 (Daniel Mann)

 

L’ordre alphabétique me permet de saluer immédiatement celle qui me semble donner la performance de l’année, dans le registre théâtral du moins, car d’autres opteront pour un naturalisme tout aussi honorables (même si j’y suis moins naturellement sensible.) Quinze après sa dernière nomination Greer Garson, qui avait failli refuser le rôle, jouait dans un film qui fut un succès critique assez considérable et lui offrait non seulement un personnage historique à jouer, mais surtout une composition particulièrement chargée à réussir. Même si Sunrise at Campobello est un trop long (je l’ai vu sans sous-titre en Warner archive, ce qui n’arrange pas les choses) tous les acteurs s’acquittent avec brio de leur tâche. Garson m’a immédiatement frappé et même séduit, d’abord par son imitation vocale (le maquillage, plutôt réussi, étant responsable de la transformation physique, impressionnante) d’Eleanor Roosevelt. Pleine de maniérismes, naviguant au frontière d’un suraigu agressif, la voix de la première dame, son phrasé particulier, sont justement célèbres. En réussissant avec brio cet exercice Garson a commencé par me faire oublier qui elle était et que derrière le personnage se cachait une des plus grandes stars des années 40. Je n’ai pensé qu’à Eleanor Roosevelt pendant les deux heures du film. Evidemment l’imitation ne fait pas le jeu, mais au-delà de ce point (qui à son importance) la force tranquille et le magnétisme de l’actrice, son élégance naturelle aussi, servent le personnage tel qu’on nous le présente. Son attitude suggère un mélange de douceur (elle a toujours été une personnalité « maternante »), de sens pratique et fermeté qui sont bien ceux qu’on espère ici. L’humour, dont elle a toujours su faire preuve, même dans un rôle non comique, ne tient pas à une expressivité directe, mais à une soudaine distance, à une espèce d’ironie bienveillante, très grande dame à nouveau, sans jamais une once d’agressivité. Il est parfaitement en situation, d’autant que cette distance, ce sens pratique, qui nimbe l’interprétation, rendent encore plus émouvant les moments de découragement. On retiendra tout particulièrement ce moment, bouleversant, où ne pouvant plus retenir ses pleurs, elle expose son désarroi, et même son désespoir, après avoir vu son époux se trainer par terre. C’est certainement le meilleur rôle de l’actrice, qui a bien mérité sa nomination, son prix du National Board of Review et son Golden Globe.  

 

 

Deborah Kerr fut un moment pressentie par la MGM pour devenir la nouvelle Garson. Leur jeu n’a pas du tout évolué de la même manière et en 1960, Kerr était parvenue à une technique bien plus moderne d’interprétation, qui convient idéalement à son personnage d’épouse de convoyeur de moutons australiens dans Horizons sans frontières, très beau film de Zinnemann (encore qui portait chance à ses actrices, Kerr venait après Julia Harris dans The Member of the Wedding et Audrey Hepburn dans Au risque de se perdre.) Elle en était à sa sixième nomination (ce sera la dernière, toutes auront été infructueuses, ce qui fait d’elle, avec aujourd’hui Glen Glose, la moins chanceuse des actrices nommées pour un premier rôle). Son interprétation est aux antipodes de celle qu’elle donna pour sa vieille fille hystérique de Tables Séparées. Le maître mot semble être justesse, justesse et encore justesse. Il est vrai que le réalisateur refuse absolument tout spectaculaire, y compris dans sa manière de filmer les acteurs (ainsi la scène de pleurs de l’actrice est occultée par la caméra) privilégiant les moments d’intimité, merveilleusement joués par Kerr et son partenaire, un remarquable Robert Mitchum. Il n’y a qu’à voir la façon dont ils s’enlacent : on a rarement montré autant d’amour conjugal au cinéma que dans leur scène au quotidien. Déborah Kerr est d’une sensualité renversante, même habillée comme un sac et face à la masculinité conquérante de son partenaire surgit une entente sexuelle (clairement établie par le scénario) qui sonne avec une facilité et un naturel étonnant. De la même manière les cris de colère et même la gifle donnée à un moment n’ont pas l’air réellement dramatiques. Il s’agit d’instant d’exaspération, dans lesquels le personnage se fait surtout maternel avec son mari, qu’elle punit parce qu’il le mérite plus que parce qu’elle veut le faire souffrir. A aucun moment on ne craint pour leur mariage, hors c’est sur cette union que repose la force du film. L’espèce d’indulgence, jamais sèche ou dure ou moqueuse, que Kerr offre à son rôle, est donc exactement en situation ici. Il n’y a pas grand-chose à dire sur ce qu’elle fait, même si le rôle est long : tout est mesuré et manifestement ressenti avec une cohérence qui suffit à expliquer la qualité impressionnante de l’interprétation.

 

Autre miracle (étonnant quand on pense à l’interprète) de jeu naturel, l’interprétation de Shirley MacLaine dans La Garçonnière de Billy Wilder continue d’exercer une séduction peut-être encore plus direct que celle de Kerr. Enorme succès critique et public, signé par un réalisateur qui s’était rapidement retrouvé classé dans les vrais classiques et juste assez sérieux pour attirer l’attention des votants la Garçonnière est une réussite sans âge à laquelle Shirley MacLaine (et Jack Lemon plus encore) participe pleinement. L’actrice réussit à être extrêmement séduisante (on comprend parfaitement pourquoi, malgré son « absence d’orthographe » elle attire autant l’attention : elle transpire d’intelligence), sympathique (ce n’est pas une vamp non plus et elle réussit à nous convaincre de son honnêteté foncière et de son désintéressement au premier regard ou presque) et surtout, d’un bout à l’autre du film, attachante et, pour mieux dire, touchante. On l’aime, on la couve du regard, exactement comme le fait Jack Lemon, on sent sa tristesse, on la voit toujours cohérente, coincée entre une sentimentalité, ou plutôt un besoin d’amour, qui sont le sujet du film, et un bon sens qui la rend (presque) toujours lucide. Du coup, toutes ses scènes avec Fred MacMurray sont douloureuses et inconfortables, car jamais on ne se dit qu’après tout c’est une cruche et qu’elle mérite ce qui lui arrive. Bref, c’est dans le registre romantique et sensible qu’elle nous tient absolument (son partenaire réussissant l’exploit d’être aussi touchant que drôle et les deux choses simultanément) avec une crédibilité que n’ont pas toutes les actrices s’essayant au genre de la comédie romantique. Je ne peux pas m’étendre trop sur cette interprétation : je l’ai revue en VF (mais je l’avais découverte en VO avec la même excellente impression), ce qui bloque quelque peu mon appréciation. Mais enfin, et ça c’est purement visuel, une actrice a rarement été aussi radieuse que Shirley MacLaine en train de courir vers l’appartement du titre, sachant que cette fois-ci, c’est la bonne. Et je lui rends d’autant plus justice que ce n’est pas une interprète vers laquelle mes goûts me portent. Mais là la dimension humaine me paraît si évidente qu’il est impossible de l’ignorer. Quoiqu’il en soit, une excellente idée de casting et, probablement, une très bonne direction d’acteur.

 

 

 

 

A l’aube de sa quarantaine Melina Mercouri devenait grâce à Jamais le Dimanche de son mari Jo Dassin une vedette internationale. Avant cette nomination (historique, parce que c’était la première fois qu’une actrice grecque était nommée, mais surtout la première qu’une interprétation féminine en partie en langue étrangère l’était) elle avait déjà remporté le prix à Cannes. On comprend pourquoi : il y a une force alla Magnani là dedans. C’est un peu toute la Méditerranée, quoique très caricaturée, qui s’impose. Du tempérament, beaucoup de tempérament et comme on ne savait pas vraiment qui était l’actrice il était permis de se demander où s’arrêtait le personnage et où commençait la femme. Cependant je dois confesser être resté à la marge du caractère. Peut-être est-ce à cause du film (je suis trop raisonnable et normatif sans doute pour ne penser que la prostitution puisse apporter le bonheur à un être humain.) Et surtout il y a dans l’écriture même du rôle un paradoxe que l’actrice n’arrive pas tout à fait à résoudre de manière satisfaisante. Il est acquis qu’Ilya est une espèce de femme-enfant et c’est ainsi que Melina Mercouri le joue, mais on est absolument incapable de comprendre, en conséquence, comment elle se mue en symbole de la résistance. Rien ne suggère dans l’interprétation de Mercouri une profondeur ou un danger potentiel qui pourrait expliquer sa position particulière au sein de la communauté. De la même manière elle se met systématiquement en scène, c’est entendu. Ou alors non ? Car seule dans sa chambre elle se conduit de la même manière que devant les autres, en continuant de jouer. Bref, on arrive effectivement à une caricature que je n’arrive pas absolument à accepter de la femme méditerranéenne hystérique. Etant entendu que, pour le charisme, la sensualité, l’humour, la séduction, une impression permanente et efficace de défi, ne sont absolument pas absents de son interprétation et que, encore une fois, je comprends l’impact que l’actrice a pu avoir en 1960 en jouant une prostituée au grand cœur, type de rôle qui a toujours séduit les foules (ça n’était pas fini) et qui en plus chante (pas très bien encore à mon goût) ou du moins chantonne. Et je suppose qu’il y a une part de subjectivité dans ma vision des choses puisque je réagis très bien aux excès d’une Magnani à laquelle je le comparais un peu avant. Mais il me semble que le génie de Magnani consistait à rendre sa démesure humaine.  

Et pour terminer Elizabeth Taylor, très étonnée de remporter un prix pour un autre rôle de prostitué (enfin de « call girl ») pour un film qu’elle avait détesté faire, la Vénus au Vison. En dehors de l’aspect sentimental dont j’ai déjà parlé il faut rappeler qu’il s’agissait de la quatrième nomination successive de l’actrice, que la MGM était derrière elle, que Daniel Mann avait été le réalisateur de Reviens petite Shebah et de La Rose Tatouée et que Taylor jouait un rôle extrêmement dramatique dans un film qu’elle portait sur ses épaules. Ceci étant dit, et ayant accepté le fait qu’il y avait de meilleures interprétation cette année, je publie mon adoration pour ce film (un chef d’œuvre de mélodrame sordide) et mon admiration sincère pour l’interprétation de Taylor. Certes c’est un rôle facile et caricatural. Mais pourquoi reprocher alors à l’interprète sa vision facile et caricaturale du personnage ? Tout ce que construit l’actrice, chaque mouvement, chaque geste, chaque inflexion de voix, servent le rôle : oui elle est vulgaire, oui c’est une nymphomane, oui elle est d’une crudité peu commune, oui son ironie est pesante et agressive. Et peu d’actrices peuvent se targuer d’incarner avec autant de superbe cette vulgarité essentielle au personnage. Alors évidemment elle freine un peu la sympathie et l’empathie ne surgit pas avec facilité là où elle le devrait (sauf quelques instants, quand elle est face à sa mère), mais Gloria est peut-être simplement une femme que seule une mère (et beaucoup d’hommes mais pas trop longtemps) peut aimer. Quoiqu’il en soit l’impact, formidable, de sa voix explique celui de sa confession (monument de sordide, touchant au sado-masochisme). On ne peut pas s’empêcher d’être captivé par la puissance de sa présence à l’écran, qui explique en partie pourquoi certaines séquences du film (la première où elle écrit « pas à vendre » au rouge à lèvre sur un miroir et évidemment celle où elle écrase le pied de Laurence Harvey avec son talon aiguille) sont devenues cultes. Bref … après Soudain l’été dernier Taylor confirme simplement qu’elle est devenue une technicienne de talent et que la force de sa personnalité cinématographique est capable de rendre excitante n’importe quelle entreprise, même douteuse.

Il devient difficile désormais, comme je l’ai écrit plusieurs fois, de se retrouver au milieu de la foule des nouveaux prix. En les suivant Garson aurait dû gagner, mais Shirley MacLaine remporta également un Golden Globe et Deborah Kerr le prix de la critique new-yorkaise (ils l’adoraient). En Angleterre ce fut Rachel Robert, très impressionnante mais dans un rôle court et peu gratifiant, qui obtint le Bafta pour Samedi soir et dimanche matin. Et furent nommées, entre autres, les légendaires Monica Vitti pour l’Aventura (jamais vu) et Emmanuelle Riva pour Hiroshima mon amour (idem … et je n’ai pas honte.) Dans les grandes ignorées de l’année on cite toujours, avec raison, Jean Simmons, pour Elmer Gantry (elle fut nommée aux GG cependant) où elle était effectivement superlative. Mais comme Jean Simmons l’est souvent j’ai préféré pour ma propre sélection, garder une place pour Deborah Kerr dont je parle beaucoup mais que je nomme peu. Donc je serais allé vers :

 

·         Doris Day pour Piège à Minuit/Midnight Lace de David Miller (j’en ai parlé déjà beaucoup ici : A la frontière (I) )

·         Greer Garson pour Sunrise at Campobello

·         Deborah Kerr pour Horizons sans frontières

·         Sophia Loren pour La Diablesse aux collants roses/Heller in Pink Tights de Cukor. Un film dont on parle peu, mais qui non seulement est délicieux mais encore en plus compte certainement la meilleure interprétation comique d’une Sophia Loren, vraiment étonnante et séduisante en « Dumb Blond ». Triomphe du contre-emploi en quelque sorte, dont Cukor lui-même était très fier. Disponible en DVD zone 2 avec stf.

·         Shirley MacLaine pour La Garçonnière

 

 

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Published by Le vidame - dans Oscars
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