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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 08:30

 

 

J’avance à une rapidité étonnante en ce moment, peut-être parce que, pour l’année 1963, deux des nommées ne se rencontrant pas au coin d’une rue, je ne les pas revues dans les films qui leur ont valu leur nomination respective cette belle année, particulièrement riche, dois-je dire. L’heureuse élue, généralement considérée comme une des lauréates les plus méritantes de tous les temps, continue d’être discutée : leading ou supporting ?

 

·         Leslie Caron pour La Chambre indiscrète/The L-Shaped Room (B.Forbes)

·         Shirley MacLaine pour Irma la Douce (Wilder)

·         Patricia Neal pour Le Plus sauvage d’entre tous/Hud (M.Ritt)

·         Rachel Roberts pour Le Prix d’un homme/The Sporting Life (L.Anderson)

·         Natalie Wood pour Une certaine rencontre/Love With the Proper Stranger (R.Mulligan)

A tout seigneur tout honneur … malgré la qualité de l’interprétation de Patricia Neal je suis heureux de pouvoir commencer par parler de Leslie Caron qui, dans La Chambre indiscrète donne une des meilleures interprétations jamais nommées aux oscars, n’ayons pas peur de le dire. J’ai vu le film deux fois (dont une en sa présence, à la cinémathèque). J’ai été à chaque fois absolument renversé par l’interprétation de Caron, qui n’a jamais, même de loin, atteint à ce niveau de qualité dans ses films précédents (et c’est une actrice que j’admire beaucoup.) Le seul moment qui m’ait fait grincer des dents, ça a été son « ou la la la la la » … après qu’elle se soit cogné dans l’escalier. Trop pseudo-français pour moi. C’est le seul instant d’affectation d’une performance extrêmement naturelle et encore, on pourrait l’attribuer tout simplement à l’origine sociale élevé du personnage incarnée par l’actrice, resurgissant au milieu de cet escalier sordide. J’ai lu déjà une très belle critique, en anglais, qui détaillait les vertus de Caron et qui disait qu’elle offrait un exemple remarquable de jeu « brut », c'est-à-dire parvenant à limiter la distance entre le spectateur et le personnage. L’interprète est plutôt expressive, à la fois visuellement et vocalement (son timbre de voix et son phrasé ne m’ont jamais sembler autant en situation, ni aussi séduisant, qu’ici : chaleureux, féminins, posés … de la même manière qu’elle n’a probablement jamais été aussi belle que dans ce film, malgré sa garde robe limitée) mais cette expressivité parait découler directement des ressentis du personnage : pour une actrice de l’âge d’or d’Hollywood, elle étonne finalement par sa modernité et sa capacité d’adaptation, puisque sa technique de jeu est parfaitement intégrée au genre du film. D’une certaine manière elle est bien moins actrice que l’immense Signoret dans Les Chemins de la Haute-Ville par exemple. Les détails et le lié (véritablement au sens de legato musical … la voix n’y est pas pour rien d’ailleurs) de l’interprétation dans son ensemble nous rapproche constamment du personnage et nous éloigne de l’interprète, alors même qu’on la voit dans des scènes de colère, de souffrance, de maladie et d’amour fou. Ce ne sont pas les morceaux de bravoure que l’on retient, mais davantage l’ensemble de son portrait. C’est à cette réussite qu’on réalise la crédibilité et la dignité qu’elle a su lui apporter. Bref … les critiques furent éblouis, le contre-emploi était manifeste (mais on y pense pas une seconde, le propos n’est pas là et il n’y a pas réellement de composition), elle jouait dans un film « sérieux » et britannique … la nomination était assurée (la victoire aurait dû l’être selon moi.)

 

Face à elle, Shirley MacLaine jouait également une française dans Irma la douce. On n’évolue pas exactement dans les mêmes sphères, même si l’association MacLaine/Lemmon/Wilder, après La Garçonnière, semblait prometteuse (et peut suffire presque à expliquer la nomination de l’actrice.) J’ai été très étonné en revoyant le film, par la quasi indifférence de MacLaine. J’avais gardé le souvenir (entretenu par les photographies) de quelque chose de très voyant, violemment caricatural et lourdement drôle (mais efficace.) Tout cela peut très bien s’appliquer à Jack Lemmon, mais ne résulte, en ce qui concerne MacLaine, que de sa panoplie vestimentaire et de quelques gestes (la manière dont elle monte les escaliers par exemple, l’un des rares gimmick qu’elle s’autorise et qui est effectivement drôle, à défaut d’être fin.) L’actrice est habillée comme une prostitué, fume comme on imagine une prostituée le faire (avec la vulgarité affichée qui va avec), marche comme une prostituée. L’interprétation de MacLaine repose donc essentiellement sur ces quelques recettes, qui s’appliquent d’autant mieux à elle, qu’elle a un corps de rêve, propre à susciter le désir. Qu’on n’aille pas imaginer non plus un visage de bois, c’est de l’actrice de Comme un torrent dont on parle : elle pleure beaucoup, gémis pas mal … mais curieusement gesticule très peu. Bref … je n’hésiterais pas à parler de sobriété dans l’interprétation de MacLaine, mais j’ai tendance à l’attribuer à un relatif manque d’intérêt de l’actrice, plus qu’à un choix interprétatif : en réalité il n’y a pratiquement rien à faire du personnage d’Irma la douce (peut-être qu’avec les chansons il en était autrement) : elle est tracée immédiatement et ne change pas beaucoup (ni l’écriture, ni l’interprétation ne le suggèrent finalement.) Et comme le personnage de Lemmon porte l’essentiel de la charge comique, il ne reste plus grand-chose à faire à l’interprète, réduite à la fonction de faire-valoir. D’ailleurs au fur et à mesure que j’écris je réalise le vide absolu que je rencontre.  

Pourtant le personnage éponyme du film de Wilder peut au moins être considéré comme un personnage principal : elle est l’enjeu d’une grande partie de l’action (même si elle-même n’agit pas.) Dans le cas de Patricia Neal, c’est beaucoup plus ambigu.  Sa gouvernante est essentiellement un témoin des aventures familiales d’un patriarche, de son fils (« le plus sauvage d’entre tous ») et de son petit-fils. Elle apparait périodiquement pendant l’ensemble du film et se révèle finalement le seul personnage féminin de l’histoire un peu consistant. Cela explique sans doute son statut. Mais au fond son personnage pourrait être supprimé sans dommage pour le scénario. Elle reste  essentiellement mystérieuse et c’est d’ailleurs cet aspect qui rend la performance de Patricia Neal si fascinante. En effet, elle parvient à suggérer un passé démesuré (dont elle lâche quelques bribes, guère satisfaisantes), alors que précisément tout le scénario semble indiquer une ménagère un peu médiocre, fatiguée. A nouveau Neal impressionne en ne gommant jamais cette dimension de son interprétation : elle traine les jambes, refuse tout glamour et résiste de manière parfaitement crédible à la séduction violente de Paul Newman. Le défi (relevé) c’était de parvenir à faire croire aux spectateurs que cette fatigue vient d’une vie plus intéressante et plus riche que ce qu’elle raconte elle-même. La personnalité cinématographique de l’actrice ici est essentielle : elle est à la fois autoritaire, sensuelle et d’un magnétisme toujours prenant. Sa voix lasse (presque mise en sourdine par l’actrice, qui doit connaître son pouvoir) et toute maternelle quand elle s’adresse au personnage de Brandon de Wilde est capable d’une sécheresse et d’une puissance saisissantes, qui écrasent brutalement ses partenaires.  L’oscar est assez surprenant : c’était la première nomination de l’actrice, elle n’avait pas absolument réussi sa carrière en tant que « star », le rôle était presque secondaire … mais à nouveau le contre-emploi était impressionnant et réussi, un peu plus chargé (mais le style du film le lui permettait) que celui de Leslie Caron.

 

 

On parle aussi de confusion de catégorie à propos de Rachel Roberts dans Le Prix d’un homme, qui est d’abord un film masculin, construit autour de Richard Harris. Mais Roberts est, comme MacLaine, l’objet de désir qui donne son mouvement au film. Elle apparait et disparait avec le récit lui-même et sa relation avec Harris est la véritable colonne vertébrale du scénario. Britannique, peu connue, mais auréolée d’une réputation de qualité et jouant dans un film intellectuel et prestigieux, Rachel Roberts ne vola pas sa nomination, même une année où Neal et Caron assurait déjà le sérieux de la sélection. Son interprétation est d’ailleurs d’une beauté remarquable, plus touchante quoiqu’aussi triste que celle qu’elle avait donnée dans Samedi soir et dimanche matin, trois ans auparavant. Le personnage qu’elle interprète a relativement peu d’espace de jeu : c’est une jeune veuve amère et désolée, de classe très modeste, qui parle relativement peu. Mais Rachel Roberts l’investit pleinement, rendant chacune de ses scènes extrêmement violente d’un point de vue émotionnel. La crudité de ses affrontements physiques (ils ne se touchent que très peu pourtant) avec Richard Harris est en grande partie dû à son interprétation. On a rarement vu à l’écran une vision aussi réussi de la restriction : Roberts semble faire de chaque geste et de chaque parole quelque chose de douloureux, comme si le moindre son, le moindre sourire aussi (et surtout d’ailleurs), lui était pratiquement impossible. Les scènes où elle s’épanche (à l’exception de celle où elle parle de la mort de son mari) montrent d’ailleurs, pour les mêmes raisons, son personnage extrêmement mal à l’aise, y compris pour les choses qui devraient être naturelles. Comme Neal, Roberts suggère une qualité de mystère, derrière sa façade de ménagère occupée. Mais elle touche pratiquement ici à la métaphysique (rendant très crédible sa mort « de chagrin » incongru pourtant dans ce contexte réaliste) et en tout cas à une espèce d’aristocratie singulière, très émouvante (en ce sens la composition est très légère.) Il s’agit donc, à nouveau, d’une des interprétations les plus réussies qu’il m’ait été donné d’observer, sans aucune fausse note, extrêmement cohérente et qui aurait pu concurrencer Caron si le rôle avait été légèrement pu développé.

Je ne peux pas dire grand-chose de Natale Wood dans Une Certaine rencontre. J’ai vu ce très beau film de Mulligan une seule fois, à la cinémathèque. Ce dont je me souviens le plus clairement c’est de Steve MacQueen, a priori ma tasse de thé, mais que j’avais trouvé excellent et étonnant (par rapport à l’image que je m’en faisais.) Wood m’avait paru à la hauteur de son partenaire, moins surprenante cependant, car elle se trouvait dans un registre assez proche de celui qu’on lui connaissait déjà : très jeune fille, issue de milieux populaires (constante de l’année, si l’on excepte Leslie Caron, qui évolue cependant, quelle que soit ses origines sociales, dans ces mêmes milieux), émotive, charmante, dégageant évidemment un halo de romantisme qui explique que l’histoire, au fond sordide (il s’agit de décider ou non d’un avortement), se change progressivement en conte amoureux. J’avais eu le sentiment d’un jeu plus mesuré qu’à l’accoutumé, rendant finalement très bien le relatif pragmatisme dont son personnage pouvait aussi faire preuve (mais je ne me rappelle plus du détail des moments les plus lyriques ou les plus intenses du film, dans l’optique de l’interprétation.) Bref, elle était crédible, dans son élément et son couple avec MacQueen fonctionnait parfaitement (cela j’en suis sûr puisque le film était bâti sur leurs relations), question d’alchimie et surtout d’équilibre, lui-même se montrant finalement plus fragile que sa partenaire, aussi paradoxal que cela puisse paraitre. Je suis heureux que Wood, artiste attachante s’il en est, est été assez respectée par l’Académie pour être nommée une troisième fois (curieusement elle sera oubliée en 1966, année notoirement faible pourtant, pour son autre rencontre avec Mulligan) mais je ne peux vraiment pas en dire plus, faute d’un revisionnage récent du film.

 

Je vais détailler un peu plus les choix des Golden Globes cette année, parce qu’ils sont surprenants et audacieux. Alida Valli était nommée pour un film argentin très rare (The Paper Man en anglais) où elle jouait, très bien, un rôle secondaire. Minime également le temps à l’écran de Romy Schneider dans Le Cardinal. La lauréate cannoise, Marina Vlady, figurait également sur les listes, pour Le Lit conjugal (où son rôle est plus impressionnant qu’exigeant d’ailleurs.) Caron remporta le Golden Globe et le Bafta (de 1962, celui de 1963 revenant à Rachel Roberts). Neal fut lauréate partout ailleurs. Je m’arrête quelques lignes sur le choix italien : Gina Lollobrigida avait trouvé avec Pauline Bonaparte dans Vénus Impériale un rôle protéiforme auquel elle se mesura avec férocité et appétit et dont elle a extrait tout ce qu’il était possible d’extraire. Elle portait littéralement trois heures de film et en fit le succès que l’on sait. Je ne l’oublie donc pas, à l’heure de faire mes propres choix.    

·         Leslie Caron pour La Chambre indiscrète

·         Julie Harris pour La Maison du diable de Robert Wise (un classique facilement disponible pour lequel je suis heureux de pouvoir nommer Julie Harris dans une de ses interprétations les plus harmonieusement cinématographique. Un personnage devenu culte, en grande partie grâce à l’actrice.)

·         Gina Lollobrigida pour Vénus Impériale de Delannoy (que j’aurais également fait concourir cette même année en tant que rôle secondaire pour son rôle de vieille fille aigrie et avare dans La Mer à boire).

·         Rachel Roberts pour Le Prix d’un homme

·         Jean Simmons pour All The Way Home d’Alex Segal (où elle offre, alors que le film est pratiquement inconnu, une vision dévastatrice du deuil et de la dépression, ce qui ne l’empêche pas de rayonner de tendresse. La quadrature du cercle.)

 

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Published by Le vidame - dans Oscars
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