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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 08:43

 

 

Tu m’excuseras, cher lecteur cinéphile, d’avoir autant tardé à publier cet article. Mais, débordement mis à part, l’année 1965 est une de celles qui me motivent le moins, sans que je puisse nier la qualité des prestations que je vais commenter. On est définitivement entré dans une école d’interprétation nouvelle, celle de la modernité, que je trouve assez peu inspirante. Le rapport à la personnalité cinématographique a commencé à changer, les stars ont disparu. D’ailleurs parmi les cinq nommées trois sont de fraiches ingénues, qui recevaient leur première nomination (une seule devait faire réellement une carrière prestigieuse). Et trois actrices étaient anglaises (sans compter l’outsider française) … le glamour hollywoodien était en passe de disparaitre. Mais je suis fidèle à ma mission et quelques années à venir me sont plus immédiatement sympathiques. Voilà, pour commencer, la liste des nommées :

 

·         Julie Andrews pour La Mélodie du bonheur/The Sound of music (R.Wise)

·         Julie Christie pour Darling (J.Schlesinger)

·         Samantha Eggar pour L’Obsédé/The Collector (W.Wyler)

·         Elizabeth Hartman pour Un coin de ciel bleu/A Patch of blue (G.Green)

·         Simone Signoret pour La Nef des fous (S.Kramer)

 

 

Julie Andrews recevait sa deuxième nomination consécutive, ce qui confirmait qu’elle était devenue la grande star que Mary Poppins promettait. Cela dit le succès monstrueux et interplanétaire de La Mélodie du bonheur (pour que les choses soient claires : oui je fais partie des fans délirants du film, de ceux qu’on devrait enfermer et qui connaissent par cœur les chansons) aurait probablement assuré à son interprète principale une nomination. A moins de prendre les choses dans l’autre sens et d’estimer que l’actrice elle-même est à l’origine d’une grande partie du dit succès. Il est difficile d’avoir une opinion sur ce point : Julie Andrews est Maria, Maria est Julie Andrews …  aller plus loin relèverait d’une rhétorique de la provocation (et même si je suis désolé pour la pauvre Doris Day qui aurait dû obtenir le rôle). Passons sur le chant, à la hauteur de ce qu’elle offrait déjà dans le film de Disney : il est rien moins que parfait et on ne peut que dire du bien à la fois de sa netteté, de sa précision, de l’éclat et de la personnalité de son timbre et surtout de l’idéal balancement qu’elle opère entre l’opérette et la variété, au sein du même air, parfois. Day (et peut-être même la légendaire et merveilleuse Mary Martin, créatrice du rôle à Broadway) n’auraient pas pu concilier aussi bien le canari et le jazz (Hot, évidemment). Après on admirera sans trop de réserve non plus l’énergie sidérante (qui ne tourne jamais à vide) de l’actrice qui a ici bien plus à se mettre sous la dent que dans Mary Poppins. Dans ce dernier film elle était déjà drôle, mais elle a évidemment beaucoup plus d’espace ici pour faire montre d’un charme pince-sans-rire qu’elle exploite à merveille. Cela fait partie du personnage de Julie Andrews (pour le coup une véritable personnalité cinématographique). Ce qui réjouit l’amateur de performances c’est la réussite de la composition d’une part (la religieuse tête en l’air du début du film est très amusante) et la profondeur de l’interprétation d’autre part. Ses scènes d’amour sont d’une tendresse et d’un érotisme troublants et le couple qu’elle forme avec Christopher Plummer est absolument splendide. Leur scène de danse est une des choses les plus sensuels qu’on avait vues à l’écran depuis James Stewart et Donna Reed empêtrés dans les fils du téléphone de la Vie est belle. Et je pourrais continuer à parler évidemment de l’entente avec les enfants (évidente et naturelle), de la miraculeuse absence de mièvrerie de cette Maria et j’en passe. Manque, peut-être, et c’est ce que Ruth Leuwerick apporta au rôle dans la version allemande, un peu de vulnérabilité, d’inquiétude … mais la véritable Madame Von Trapp semblait, au fond, être une maîtresse femme.

De l’autre Julie (anglaise également) Miss Christie, nommée pour la première fois, l’année du film qui en ferait également une star (je veux parler du Docteur Jivago, évidemment) je ne dirai rien ou peu de chose, ce qui est profondément injuste. J’ai vu Darling une fois et demi, toujours en anglais (et dans cet anglais difficile du début des années 60) et sans sous-titres (le film vient de paraitre sous-titré dans un coffret consacré au réalisateur). J’ai un mal fou à digérer ce cinéma là et autant je trouve une étrange beauté aux films réalistes anglais, autant le côté pop britannique m’ennuie. Or Darling est la quintessence du film pop britannique. (Pire que Darling, il y a Morgan dont je serai obligé de reparler). Aussi n’ai-je réussi à revisionner pour cet article qu’une moitié du film (et encore) ce qui, par ailleurs, a suffi à me rappeler l’excellence de l’interprétation de l’actrice principale. On sent immédiatement ce qui explique que contrairement à Elizabeth Hartmann ou Samantha Eggar (dont je vais parler un peu plus tard) elle soit devenue une actrice célèbre. Evidemment on songe au charisme (Eggar en avait beaucoup aussi et au moins autant de sensualité) et à la beauté, mais ça ne suffit pas : Christie rentrait de plein pied dans la nouvelle ère dont je parlais plus haut et dont je peux reconnaitre (sans les apprécier pour autant) les qualités. Elle est impressionnante de légèreté et de naturel (dans un rôle qui exige précisément ces vertus), n’appuie rien, pleure et rit avec une spontanéité remarquable et le même naturel. La rapidité de ses réactions, son émotivité à fleur de peau épouse les traits d’un personnage d’abord présenté comme superficiel, voire franchement peu intelligent, en dépit de sa séduction physique (également exceptionnelle : Christie est presque trop belle et personnelle et brillante pour être le mannequin qu’elle joue). On notera une chose cependant, qu’elle réussit tout particulièrement et qui brille au milieu du film, en raison de l’apparition soudaine et visible de la composition : tous les moments où le personnage de Christie joue la comédie (brièvement de manière professionnel) ou ment. Elle devient systématiquement épouvantablement fausse sans que ce soit ridicule. Là pour le coup chapeau bas et plus encore en ce qui concerne une aussi jeune interprète. L’oscar est sans doute mérité et, en tout cas, très représentatif de la période.   

 

 

 

 

La jeune Samantha Eggar remporta le prix à Cannes et le Golden Globe pour son rôle dans l’Obsédé (qui passe actuellement sur TCM, la chaîne doit avoir les droits pour une courte période, profitez-en si vous êtes curieux). Wyler pensait en faire une immense star et travailla particulièrement avec elle. On sait qu’il portait chance à ses actrices (qu’on pense à Davis, Havilland, Garson dans les années 30 et 40, à Audrey Hepburn ou Eleanor Parker dans les années 50). Sa prédiction s’avéra fausse, ce qui n’enlève rien à la splendeur physique de rousse de Miss Eggar et à la difficulté qu’elle a dû rencontrer, pour un de ses premiers rôles de cinéma, à jouer dans un film à deux personnages. Cela dit, en revoyant le film, je ne peux pas m’empêcher de me dire que Terence Stamp a hérité du rôle le plus frappant et le plus intéressant (il est d’ailleurs magistral). A Eggar on demande beaucoup, en particulier dans la première partie du film, d’être l’incarnation de la normalité et de réagir à une situation anormale (celle qui consiste, pour une jeune femme, à être retenue prisonnière par malade). Wyler la filme très bien, avec d’abondants gros plans qui mettent en valeur son expressivité lumineuse. Par rapport à Christie on la sent cependant plus insistante, plus lourde, plus excessive dans l’interprétation des sentiments. Ce qui n’empêche pas de ressentir, face à sa performance, une impression réelle de complexité et de recherche émotionnelle, plus particulièrement dans la deuxième partie du film. Le plus intéressant dans son interprétation c’est le refus manifeste (de sa part et probablement de la part du réalisateur) de montrer une femme terrorisée : elle ne semble pas réellement avoir une peur incontrôlable du personnage de Terence Stamp. Il la surprend, l’étonne, l’effraie sans doute, mais ne parvient jamais à l’humilier (elle a tort : elle devrait avoir peur en fait) et elle le met perpétuellement au défit, du regard et de l’attitude. Cela me semble bien correspondre à la réalité physique des deux acteurs, Eggar semblant en mesure de terrasser Stamp à plusieurs moments du film. Les plus beaux moments de son interprétation sont les conversations les plus fouillées qu’elle a avec lui, celles où elle cherche par tous les moyens à le convaincre. L’intelligence du personnage, sa maîtrise, est alors frappante et elle parvient très bien à suggérer une sincérité « d’ivrogne » dans ses promesses d’amitié. Samantha Eggar gagne au fur et à mesure du film une véritable grandeur cinématographique, qu’il faut saluer.   

 

Plus traditionnel que les films britanniques don je viens de parler Un coin de ciel bleu révélait également une jeune artiste. Elizabeth Hartman faisait ses débuts au cinéma avec un rôle en or, celui d’une adolescente aveugle, maltraitée par une mère abusive (Shelley Winters) et amoureuse de Sidney Poitier. Le personnage est particulièrement sympathique, tellement que je ne sais jamais quoi penser de mes sentiments vis-à-vis de l’interprétation de l’actrice. Suis-je aveuglé par la tendresse que le scénariste et le réalisateur ont manifestement pour leur création commune ? Avoir choisi une inconnue pour le rôle était plutôt habile, car le public (et d’ailleurs le spectateur contemporain, qui ne la connait guère plus) ne trouvait rien qui puisse s’interposer entre lui et le personnage. De ce point de vue la création d’Elizabeth Hartman me semble excellente : on a vraiment l’impression qu’une aveugle évolue à l’écran, dans la démarche, les gestes, les mouvements de tête. Le regard vide impressionne aussi et se révèle être, à long terme, une prouesse d’acteur. On ne peut pas non plus être absolument insensible à la profonde vulnérabilité que l’actrice offre au personnage (et qui suffirait à justifier son choix). Sa jeunesse est un facteur d’émotion important, la bonté qu’elle dégage aussi. Mais enfin je réalise que je décris le caractère plus que je n’analyse la performance. Le casting était sans doute très bon, fondamentalement. Je ne trouve pas exactement d’autres mots pour parler de l’actrice, même si je veux revenir sur sa voix, plaintive mais jamais bêlante et je dois dire, à son très grand crédit, qu’elle aurait pu exaspérer en victime éternelle (songeons à Sandy Dennis dans le même caractère) et sans défense mais qu’elle ne le fera jamais (le scénario lui offrant, de toute manière, au moins un moment de révolte intéressant et qui se solde par une réussite humaine, qui plus est). Mettons donc toutes les qualités que je mentionne sur la conjonction du rôle et de l’actrice, le naturel dont elle fait preuve la faisant entrer, elle aussi et malgré la composition exigée, dans cette nouvelle école de jeu qui devait baigner la fin des années 60.

 

 

 

 

 

La Nef des fous est un film « à acteurs », choral, qui plus est. Certaines séquences (et donc certaines performances) sont caricaturales et superficielles. Mais l’intrigue qui se construit autour de Simone Signoret, « condessa » exilée, et Osker Werner, médecin de bord, est, de loin, la plus émouvante et la plus réussie du film, essentiellement grâce à des interprétations d’une beauté mélancolique à laquelle il est difficile de ne pas être sensible. Pour être clair, commençons pas dire que Signoret ne peut pas être considéré comme une « leading actress » ici. C’est d’un rôle secondaire qu’il s’agit, qui aurait pu se perdre au milieu des cinq ou six autres intrigues. Le fait d’être la partenaire amoureuse de Werner (le personnage le plus important du film) et surtout son statut de grande actrice dramatique lui permit cette nomination frauduleuse. Ajoutons aussi, pour être absolument honnête, que la composition reste minime (on ne connait pas trop la nationalité de la dame, mais l’accent de Signoret est sans aucun doute français) et repose presque exclusivement sur deux choses : l’alchimie qui nait de ses relations avec le personnage de Werner, le rapport amoureux que l’actrice entretient avec la caméra, lequel rend tout ce qu’elle dit et tout ce qu’elle fait, comme frappé du génie dramatique le plus évident. Son physique, déjà trop lourd pour qu’elle soit filmé en pied, captive le regard, son expressivité naturelle (celle qu’elle avait peut-être dans la vie) bouleverse en quelques secondes, ses inflexions graves fleurent bon le désespoir le plus absolu. Bref, on guette chacune de ses apparitions, on attend le dialogue qui fait mouche, la révélation qui va toucher (on n’est jamais déçu d’ailleurs), le moment de dignité qui va venir, évidemment royal (quand elle quitte la soirée, dégoutée par les relents d’antisémitisme qu’elle perçoit.) On ne sera jamais surpris (c’est le rôle qui veut ça) mais toujours remué et puis on apprécie la distance élégante, euphémisante (même si elle est relativement attendue au fond) qu’elle met aux scènes de manque, car cette comtesse là est aussi morphinomane désespérée. Un superbe statut de la mélancolie pensante, plus qu’une performance, mais à ce stade de réussite, il serait dommage de bouder son plaisir. Je garde cette nomination là pour la catégorie « second rôle » afin d’être juste, mais je vois très bien ce qui a pu convaincre les votants de placer Signoret dans la catégorie la plus prestigieuse.  Le film est facilement disponible en DVD.     

 

Je commençais ces lignes en avouant mon désintérêt pour les nominations de 1965. Mais je dois reconnaitre leur cohérence. A dire vrai je serai bien embarrassé d’en choisir d’autres. Maggie Smith est une merveilleuse, et merveilleusement digne, Desdémone, pour l’Othello de Laurence Olivier, mais le rôle reste, dans la pièce comme dans le film, secondaire (malgré le choix de Golden Globe de la placer en leading), à peine plus développé que celui d’Ophélie, finalement.  J’aime bien la double nomination aux BAFTAS 1966 pour Viva Maria (une pour Bardot, une pour Moreau) mais de là à consacrer réellement ces performances … alors je garderai les nominations des oscars, en remplaçant Signoret, pour les raisons exposées, par Carroll Baker qui a bien mérité une distinction pour le risque pris dans Harlow, la blonde platine (un film qui me fascine, pas nécessairement pour de bonnes raisons), aussi bien que pour son interprétation à la fois mystérieuse, naturaliste et séduisante dans l’Enquête. Un bien beau doublon, quand on y pense.   

 

 

 

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Published by Le vidame - dans Oscars
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