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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 12:32

 

Comme disait ma grand-mère quand elle arrivait au dénouement d’un film américain : « Ze Ende »... Je comptais d’abord aller jusqu’en 1973, l’histoire d’accompagner certains films/performances que j’aime beaucoup mais j’ai constaté un hiatus important dans mon histoire de cinéphile. J’ai vu un certain nombre de films datant de 1971, mais pour l’année suivante, c’est un peu le désert de Gobie (à ce jour il me manque même trois prestations nommées). Nous terminerons donc, un peu tristement, ce parcours, avant un bilan « listé », en compagnie d’actrices légendaires et engagées politiquement, particulièrement associées à leurs temps, mais qui ne me bouleversent pas toujours. Il est en tout cas curieux de constater que, finalement, les stéréotypes sont bien là : deux putes et deux reines, rien de moins.

 

  • Julie Christie pour Mrs Miller and Mr MacCab (Altman)
  • Jane Fonda pour Klute (Pakula)
  • Glenda Jackson pour Un dimanche comme les autres(Schlesinger)
  • Vanessa Redgrave pour Marie Stuart reine d’Ecosse (C. Jarrott)
  • Janet Suzman pour Nicolas et Alexandra (Schaffner)

 

Mrs Miller and Mr. MacCabe fut reçu très favorablement des critiques, y compris relativement conservateurs, en son temps. Aujourd’hui on respecte comme il se doit Altman, lequel a eu une histoire longue et chaotique avec l’Académie. On peut en dire autant, d’une certaine manière, de Julie Christie, qui était appelée à être nommée environ une fois par décennie. Mais en 1971 sa victoire (1965) était encore assez fraiche pour qu’on la considère comme une favorite potentielle des votants. En tout cas cette nomination fait partie de celles que l’historien du cinéma estime méritée, parce que l’actrice est toute ruisselante de modernité, en ce sens qu’elle n’a rien de complaisant, rien qui relève du star système. Du jeu « à l’état brut » si l’on peut dire, encore qu’on ne puisse pas sous-estimer  la part de composition dans un tel rôle, celui d’une prostituée cockney qui aspire à devenir une « Madame » dans un bordel américain. Le plus étonnant d’ailleurs est le physique que Julie Christie crée, sans maquillage particulier. Son visage est fermé, maussade, la bouche souvent tordue, le regard dur … elle est presque laide (un peu comme pouvait l’être Maria Callas sur certaines photos) « pour les besoins de la cause » et je dois dire que le mélange d’abnégation et de technique physique de cette transformation est particulièrement impressionnants, en particulier lors de ses premières interventions (elle n’a aucun mérite précis pour les cheveux en batailles, mais reconnaissons que ça rajoute encore au choc que l’on ressent). Christie a exactement ce qui fait une grande actrice (leitmotiv connu) : on n’oublie pas absolument que c’est elle qui joue le rôle (malgré la transformation physique), mais elle interprète, ô combien, le personnage. Ce qui m’évoque l’actrice Christie c’est le mystère, presque insondable, qui nimbe l’héroïne qu’elle joue. Le dernier plan sur son visage est hypnotisant, grâce à la caméra d’Altman, mais il a son service un visage impassible qui donne une partie de sa puissance à la séquence. Pour le reste la caractérisation est à la fois juste et évidente, dénuée de sentimentalisme ou de faiblesse ce qui est exactement ce que réclame le personnage (qui fait d’autant mieux ressortir l’espèce de mollesse veule de son malheureux partenaire, d’ailleurs excellent lui aussi). Plus intéressant encore : la vulgarité n’est jamais jouée, elle est à peine effleurée (plutôt dans le registre du pragmatisme robuste), jamais insistante en tout cas. Du coup Christie est une « Madame » idéale, dans un environnement terrien : on croit à sa prostituée sans qu’elle ait besoin d’en dire ou d’en faire beaucoup. Un beau rôle, évidemment pas ce qui va toucher en premier ma sensibilité, mais j’ai assez d’honnêteté, parfois, pour reconnaitre une grande performance dans ce registre, quand je la rencontre. 

Je peux aussi dépister une interprétation moins idéale ou du moins ne répondant pas tout à fait aux critères qui font qu’on la célèbre. Ainsi en est-il de Jane Fonda dans ce monument à l’art cinématographique des 70’s (gloups …) qu’est Klute. Fonda remporta donc l’oscar avec sa deuxième nomination pour son rôle de call-girl … aspirante actrice … franchement prostituée finalement. Elle dit dans son autobiographie avoir improvisé certaines scènes (avec sa psy) … L’actrice est si imprégnée de la méthode de l’Actor’s studio que même les dites scènes paraissent extrêmement construites, les maniérismes, les pauses, les tics, qui sont sans aucun doute ceux qu’elle a construit pour le personnage, finissent par tuer spontanéité et naturel. Je n’arrive pas à décider s’ils s’opposent cependant au personnage. En effet Bree est certainement elle-même en train de jouer constamment, y compris en thérapie. Même ses hésitations, ses interrogations, ses failles, sonnent comme des tours de passe-passe ou de la poudre aux yeux. En fait dès que Fonda bénéficie d’un espace de jeu elle l’investit férocement, ce qui n’est pas toujours pour le bien du personnage. Ses meilleurs moments sont, selon moi, ceux où elle n’a pas le temps : la peur, évidemment, la colère brutale (par exemple quand elle a sa première dispute avec Klute). Il ne s’agit évidemment pas de dire qu’elle est mauvaise : Fonda est une grande actrice et un formidable animal de cinéma, mais dans ce type de film, son interprétation semble presque plus grande que nature. Son personnage n’a probablement pas le talent qu’elle lui prête visiblement, même si elle se met en scène avec constance et il finit par manquer quelque peu, à force d’éclat, de fragilité. On n’a jamais vraiment peur pour elle (le film ne joue pas très bien de son suspens, ce n’est pas le propos d’ailleurs je pense), on a systématiquement le sentiment que rien ne peut arriver à une si étonnante et capiteuse créature qui mène sa vie d’une main de maîtresse femme. Tout ça est, dans une certaine mesure, vrai et l’actrice écrit s’être beaucoup renseigné sur les femmes qui « exerçaient ». Il manque pourtant une forme d’arrière plan (ce qui est paradoxal) : à force d’avoir beaucoup réfléchi à l’image, à la technique, Fonda oublie la spontanéité et ce n’est plus que rarement que le jeu au naturel, les réactions qui seraient celles de la comédienne elle-même peut-être, affleurent. Restent le plaisir, assez jouissif, de voir le numéro, brillant en soi, d’une actrice de talent.

 

 

 

 

Après son oscar l’année précédente (et malgré son mépris pour le principe des prix hollywoodien) Glenda Jackson fut nommée derechef, (selon une vieille tradition souvent évoquée ici que Jennifer Lawrence a renouvelé cette année) et remporta accessoirement le BAFTA pour Un dimanche comme les autres (qui a très bien tenu le coup et Dieu sait que je ne suis pas un fervent admirateur de ce cinéma là). Le film était audacieux mais marqué immédiatement par la nouvelle « qualité britannique » et son réalisateur, Schlesinger avait déjà porté chance à Julie Christie (pour Darling) et avait remporté un triomphe aux oscars en 1969 grâce à Macadam Cowboy. Tout épousait l’air du temps et la nomination de Jackson ne fut probablement pas difficile. Elle est, en tout cas, selon moi, bien méritée. Une partie du film, et son succès, repose sur la personnalité des acteurs, Finch et Jackson, leur amant commun étant plus falot, ce qui sert assez bien le propos du scénario. Il est difficile de donner des détails sur la performance de l’actrice anglaise (en un sens le côté plus dramatique et plus attachant de Finch est plus aisé à définir) mais il me semble que quoiqu’elle soit considérée comme une actrice plutôt maniérée, à la personnalité écrasante, Jackson a d’abord assez remarquablement réussie à paraître naturelle, fluide et pleine de fraicheur, ce qui est presque étonnant. La facilité de son interprétation, au tout au moins sa facilité apparente, est d’ailleurs ce qui décourage un peu l’analyse. Ce qui est certain c’est qu’elle a parfaitement compris son personnage : Alex est, avec elle, intelligente mais ni amère, ni dépressive (l’échange avec sa mère –Peggy Ashcroft- par exemple, est joué sans apitoiement, sans pause dramatique, avec beaucoup de finesse de part et d’autre). Elle accepte avec grâce ce qui lui arrive (et ce n’est quand même pas si simple !), se met en colère exactement au point où n’importe quel être censé le deviendrait, et ne devient donc jamais ridicule (le passage où elle croise Finch est absolument parfait, la gêne n’est jamais accentuée mais reste absolument présente : on est entre gens de bonne compagnie). L’actrice assure tant de bon sens et de charme à son personnage qu’on est obligé de prendre son partie et dans l’espace presque étroit qui est le sien dans le film (l’arc narratif n’est pas tendu bien loin et on reste dans les bornes d’une petite semaine), c’est déjà un exploit en soi.   

Glenda Jackson était la partenaire de Vanessa Redgrave pour Mary Stuart reine d’Ecosse (de Charles Jarrott, le réalisateur de Anne des 1000 jours qui obtenu un succès attendu aux oscars en 1969). Elles furent d’ailleurs nommées toutes les deux pour le même film aux Golden Globes (qui préféra donc la distinguer pour ce fil plutôt que pour Un dimanche comme les autres). Jackson jouait, la même année, Elizabeth pour un excellent feuilleton de la BBC. Je me demande si elle aurait pu être distinguée pour son rôle de souveraine à la place de celui qu’elle tenait dans Un dimanche comme les autres. Quoiqu’il en soit elle est une reine d’Angleterre exceptionnelle. On ne peut pas en dire exactement autant de sa « rivale » qui en était à sa troisième nomination infructueuse. Le problème vient sans doute d’abord de l’écriture du rôle et du script. Redgrave commence par jouer, du haut de son mètre quatre-vingt et avec sa charpente solide, la petite reine française. Elle bêle et rebêle « François » à la mort de son mari (accent français compris). Je suis gêné par quelque chose d’un peu bête et ridicule dans cette caractérisation, qui se veut plutôt fraiche et très naïve. Ce qui fonctionnait à merveille dans Isadora tombe à plat ici. Les battements de cils émus et les regards de biche dont elle joue beaucoup ne sont pas non plus toujours irrésistiblement dramatiques. Bref, malgré la grâce de Redgrave, une assez longue partie du film met presque mal à l’aise et fait briller d’autant plus Jackson. C’est dans la déchéance, la prison, le vieillissement et la mort que Redgrave-Marie Stuart devient la tragédienne qu’on connait, capable d’éblouir son public d’un geste bien placé, d’une intonation souveraine. Elle ne se laisse absolument pas manger par son Elizabeth lors de leurs deux confrontations. La deuxième, celle qui la flatte d’ailleurs le plus, est superbe, avec des tirades théâtrales qui conviennent parfaitement au jeu lyrique de l’actrice. C’est de la composition (au même titre que dans les premières scènes mais dans un registre plus accessible) et elle est jouée sans emphase mais avec une efficacité ou, pour mieux dire, une certaine beauté qui fait pardonner bien des choses. L’empathie pour Marie Stuart devient possible, ce qui est, sans nulle doute, un des désirs du scénariste et du réalisateur (elle ne se conduit guère qu’avec beaucoup de noblesse du début à la fin du film). Résultat mitigé donc, à mi chemin entre l’erreur de casting et la mauvaise direction d’acteur, mais sauvé, in extremis, par le talent et la grandeur de l’interprète, dont je redis aussi les rares qualités d’aristocratie naturelle, dans le port et dans la voix.  

 

 

L’année était aux théâtreuses et aux souveraines. Janet Suzman, actrice de Broadway qui ne devait n’avoir que ce rôle pour marquer sa carrière au cinéma, jouait en effet la tsarine Alexandra dans une fresque historique et pathétique à la fois, que j’ai trouvée, pour ma part, parfaitement réussie, dans son registre paradoxalement mince. Comme Vanessa Redgrave, l’actrice doit, dans Nicolas et Alexandra, incarner le personnage à plusieurs moments de sa vie. Heureusement le scénario lui évite de jouer à la toute jeune fille (déjà les premières images, en jeune femme relevant de ses couches, ne sont pas les plus heureuses de son interprétation – mais c’est plus pour une question de juvénilité que d’interprétation). Pour la majesté impériale Suzmann peut en remontrer à peu près à n’importe qui, même de plus célèbres et de ce point de vue son Alexandra triomphe de Glenda Jackson et de Vanessa Redgrave, toutes les deux plus forcées (quoiqu’avec éclat) dans ce domaine. Une part importante du travail réside dans le naturel, la simplicité en fait, de la noblesse du maintien, des mouvements, de la voix. La tsarine n’a pas jamais besoin de théâtraliser ce qu’elle a d’aristocrate, ou, pour mieux dire, de royal, puisqu’elle est, aussi, une dame d’intérieur, une impératrice de palais, qui, dans la lecture qui est faite du personnage par les scénaristes et par l’actrice, ne s’exhibe pas. Excellent casting, donc, finalement parce que le couple formé avec le Nicolas II est parfait, lui presque plus féminin qu’elle, en tout cas plus fragile, plus touchant, fonctionne parfaitement et que Suzman a, de plus, une dimension mélancolique, grave, presque spectrale, que la caméra saisit très bien et qui sert encore une fois son personnage. Même dans les moments les plus apaisés du film, l’impératrice semble non pas tant inquiète (elle n’est pas du tout jouée comme une hystérique, y compris lors des scènes avec Raspoutine) que résolue au malheur, fataliste au fond. Cette interprétation explique la forme de détachement qu’elle affiche quand les catastrophes les atteignent. Les moments de faiblesse sont d’autant plus frappant dans leur mesure (on pense à tout ce qui concerne la maladie de son fils) et sont à la fois dignes et émouvants. Donc, avec un matériel assez peu démonstratif, l’impression que m’a laissé Janet Suzman est finalement remarquable et son charisme, sa beauté, sa grandeur, apportent beaucoup à l’épopée à laquelle elle participe.

 

Un aperçu sur ce qui reste pour finir. Fonda remporta le prix de la critique new-yorkaise et d’autres prix plus ou moins prestigieux, mais les membres du National Board of Review choisirent Irena Papas pour Les Troyennes où elle joue Hélène avec un talent qu’on ne peut pas discuter (mais il s’agit plutôt d’un second rôle). Si ce film avait été un succès critique plus important Katharine Hepburn, Hécube, aurait probablement pu faire son retour aux oscars, dix ans avant La Maison du Lac. Côté Golden Globes il faut noter la performance à moitié légendaire, désormais, de Ruth Gordon dans Harold et Maud  vaincue pourtant par Twiggy dans The Boy Friend de Ken Russell, probablement parce qu’elle était à la mode et qu’elle chantait. J’adore ce film mais « l’actrice » y est insipide à pleurer. Mais j’en profite pour évoquer Jessica Walters, interprétant avec pas mal d’énergie une folle courant après Clint Easwood, dans Frissons dans la nuit (un film assez rigolo d’ailleurs qui étonne dans la carrière du réalisateur-acteur) également nommées aux Golden Globes (catégorie Drame mais ça se discute selon moi !). En ce qui me concerne (selon l’expression consacrée) voilà qui j’aurais choisi :

 

  • Julie Christie pour McCabe and Mrs Miller
  • Diana Rigg pour The Hospital (disponible en DVD zone 1 avec st anglais. Elle fut nommée comme second rôle aux Golden Globes, mais j’ai envie de la citer ici et comme elle occupe une part importante de l’intrigue … j’en profite donc pour louer son naturel, son charme et sa décontraction qui illuminent toute l’intrigue.
  • Glenda Jackson pour Un dimanche comme les autres
  • Debbie Reynolds pour What’s the matter with Helen ? (disponible en DVD zone 1 avec STF dans un coffret « Midnight Movies”). En mère d’un assassin, légèrement rapace et arriviste sur les bords, Reynolds est d’une réjouissante dureté et d’une parfaite vulgarité commerciale (sourire brillant et cheveux platines).
  • Janet Suzman pour Nicolas et Alexandra

 

 

 

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Published by Le vidame - dans Oscars
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