Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 18:23

http://3.bp.blogspot.com/_Wi0WSVwnTyY/R-MGRWoU7cI/AAAAAAAAADU/sD8xjmpT2s4/s400/Mara_Zampieri.jpg



Un ami demandait à Joan Crawford (je crois, mais en tout cas la réponse est bien de sa façon) si elle n’était pas fatiguée des horreurs que les journalistes publiaient à son sujet. « Mais, chéri, ce serait bien pire s’ils ne parlaient pas de moi du tout ».

Tandis qu’Edita Gruberova est plus, que jamais,
précipitée dans la gloire ici et , entre autres), elle est bien oubliée la malheureuse Mara Zampieri, sa quasi-contemporaine en renommée. Je me rappelle encore du recensement, pour l’Avant Scène Opera, de la première Maria Stuarda gruberovienne au disque, qui disait quelque chose comme «il ne se passe guère de saison sans que Vienne ne programme un tube belcantiste  avec Baltsa et Gruberova, et quand la diva Slovaque est en voyage, on fait appel à Mara Zampieri. »

 

Or voilà ce qu’hier j’ai découvert en flanant sur Youtube :

 




 


Oui vous ne rêvez pas, c’est bien la même chose que cela, bien plus connu, à la Stuarda près :

 

 

 

La production, créée par Sutherland et Tourangeau a été reprise un peu partout dans le monde (c’est aussi celle des adieux de Janet Baker), mais là nous sommes bien à Vienne (en 86, contre 89) avec la même  Elisabetta dont on entend bien la « noblesse (?) » littéralement « trompétante » (certains sons de canard sont redoutables, en dépit de la séduction réelle de la voix) et « cuivrée ».


On notera entre les deux reines d’Ecosse une parenté insidieuse de timbre, de couleurs et une même clarté renforcée par l’absence, presque totale chez Zampieri, de vibrato. Dans les deux cas la froideur intrinsèque de la matière oblige les deux chanteuses à des excès expressifs guère orthodoxes, Zampieri atteignant même à un certain expressionnisme (c’est la seule chanteuse que je connaisse qui termine son poing levé vocal à Elisabetta en sprechgesang), compensant par  l’investissement ce que sa voix à angles droits ne peut guère offrir en souplesse (elle est à peu près incapable de rendre justice à une appogiature et ne peut vocaliser qu’en force).  


Dans le final de Devereux (extrait de l'indispensable coffret anniversaire Ponto) on trouve  une volonté identique de sur-interpréter musicalement et dramatiquement les lignes des cantilènes avec un résultat absolument fascinant à mes oreilles, presque hypnotique, grand-guignolesque aussi sans doute, mais que l’absence de rondeur et d’harmonique rend moins pervers, moins sexuel et partant moins glorieusement obscène que la voix de Gruberova dans les mêmes pages. Finalement je me demande si Zampieri n’a pas été la Stich-Randall de la génération perdue des années 80. D’ailleurs quand Edita en était encore au Mozart rococo et aux roucoulades précieuses, sa cadette (née en 1951) s’attaquait à des formats plus larges (Tatiana, Vitellia, Senta, Leonora du Trouvère) qui culminaient avec la Salomé straussienne (précisément comme Stich). Je l’ai vue dans ce dernier rôle à Vienne en 99 et j’en garde un souvenir impressionnant quoique flou (je ne savais guère, en fait, qui elle était) mais gâché par l’impression d’un visage de bonne fille réjouie, peu approprié sans doute pour la danseuse .


Vouée aux gémonies, avec ardeur, par les amoureux du beau chant, Mara Zampireri brûlera aux Enfers de l’Italianita, aux côtés de Rosalind Plowright et de quelques autres, pour avoir remplacé la tonitruante Ghena Dimitrova dans le Macbeth studio de Sinopoli  et pour avoir chanté et triomphé sans complexe dans des Donizetti et des Verdi de jeunesse virtuoses qu’elle a pourtant servis avec un sens réjouissant de la démesure et des aigus spectaculaires et droits, comme il n'est pas permis de le faire. Aujourd’hui elle est La Veuve Joyeuse à Padoue, pendant que Gruberova aborde dans les plus grands théâtres du monde une Norma dont Zampieri s’emparait déjà il y a vingt ans.


Heureusement, pour moi du moins, de surprenantes remontées discographiques nous parviennent périodiquement, comme un Belisario (qui, dans ce rôle byzantin et démesuré, depuis Gencer ?) et une Luisa Miller (complétée par des extraits de Traviata) inédits et même une série d’hommages qui regroupent ses prises de rôles par compositeur ou par école (Verdi, Bellini et Donizetti, Les Véristes).


http://www.operatoday.com/images/566.jpg


Parce que cette voix peu aimable et raide, aux résonnances étranges et à la rhétorique contestable, je la trouve étrangement captivante dans sa sincérité anguleuse. Mais j'ai toujours eu un certain goût pour les marges et la rectitude vocale.

* avec mes sincères remerciements à Bajazet pour le titre de l'article.  

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le vidame - dans Musique
commenter cet article

commentaires

David L*** 28/12/2010 22:52



Mais comment peut-on être précipité dans l'oubli ??


 


Il suffit de faire comme moi : un disque de Gruberova, je chante par-dessus (sans escamoter le trille !) et le tour est joué 


http://www.youtube.com/watch?v=mX45hY9RMDw&feature=related


(à un moment je m'arrête parce que je transcris les Djinns de Franck pour clavicorde en même temps, n'allez pas imaginer autre chose)



Prof. Daffy 09/01/2010 14:21


Fassbaender ne fait pas "pouet" mais "crack".
Contrairement à Baltsa elle ne jabote jamais.

Allez, je vais ramasser les oiseaux morts dans la neige et poursuivre mes expériences.


Le vidame 08/01/2010 10:59


Surtout ne pas s'arrêter à la Maria Stuarda, pas très inspirée, elle peut faire bien mieux. Franchement, à part Gruberova, c'est la seule Elisebetta de Devereux que je trouve intéressante (et
pourtant je connais Gencer, Sills et Caballé dans le rôle). Il y a quelque chose de vraiment étonnnant dans ce phrasé.

Bon, j'ai la chance (mais qui est aussi un handicap), de ne pas être sensible à l'intonation de ce point de vue. Aujourd'hui (c'est là où j'ai progressé) j'arrive à entendre quand c'est vraiment
épouvantable, mais je n'ai pas assez d'oreille naturellement et je ne suis pas assez calé en harmonie pour que ça puisse me déranger. Evidemment c'est un argument positif et objectif par contre
!

Sinon j'aime énormément Baltsa et là aussi je la trouve impressionnnante à sa manière, mais quand même à chaque fois qu'elle émet un grave on dirait qu'elle fait "pouet". Ca fait désordre.
Curieusement j'écoutais Fassbaender dans le même rôle, et le rendu purement vocal est assez proche.


Tom 08/01/2010 00:50


Je serai presque tenté de vous croire, et de vous suivre dans votre fascination pour cette voix anguleuse, c'est bien le mot juste, qui n'est que raideur... si ce n'était pas si faux!!! Sans aller
chercher les gros mots ("italianiquoi?"), la scène de Stuarda est juste insupportable tellement c'est bas sans arrêt!

Bref, de cette confrontation, je retiens... Baltsa, Baltsa et Baltsa! Quelle arrogance, quel aplomb, quelle ardeur, quelle vibration! Que ce personnage lui va bien!


Mère Teresa 07/01/2010 18:08


Arrête ton Sirk, Douglas!