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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 14:44

AngelOzon.jpg

 

Le mois de décembre 2010 sera de listes (au moins ici) ou ne sera pas ! Je n’ai que peu de temps à consacrer au vidamé, mais je ne veux pas qu’il se meure … voilà quelques articles rhapsodiques en réponse d’abord à ceux, toujours remarquables, de Tom Peeping. Quand il m’a dit vouloir écrire à propos du «néomélodrame» je lui ai soumis une liste, finalement différente de la sienne, même si certains films se croisent (The Hours, Loin du Paradis, La Fin d’une liaison). En le lisant j’ai vu que certains films m’avaient échappé, que je ne les connaissais pas tous et que dans un cas particulièrement je m’étais interrogé sur l’appartenance générique sans parvenir à franchir le pas (Le Temps de l’innocence. Le film est un chef d’œuvre en plus d’être un hommage avoué à Ophuls, mais j’ai tendance à placer le domaine du mélodrame assez loin du costume et des adaptations littéraires aussi prestigieuses.)

Voilà en tout cas les titres qui me sont venus à l’esprit suite à notre discussion.

D’abord l’hommage à «Ross Hunter» est presque devenu un sous-genre. Oui Loin du Paradis est probablement pour l’œil le plus réjouissant des films de ce type, tant la maitrise formelle dont fait preuve Haynes procure un plaisir esthétique profondément équilibré. Maîtrise qu’on sent encore dans les interprétations mesurées de Julianne Moore et de ses partenaires (ma grand-mère avait été très gênée par le pastiche interprétatif, par Moore, de ce qui lui semblait avoir été, au fond, son propre visage). Cependant depuis deux films ont marché dans cette voie et sont, à mon sens, deux réussites encore plus flamboyantes, quoique moins parfaites. Angel de François Ozon (2007) est un exercice de style passionnant. Adaptant un roman admirable d’Elisabeth Taylor, fausse biographie d’une écrivaine victorienne, Ozon a traduit l’ambiguïté du texte (puisque le lecteur voit se confronter la réalité et les fantasmes du personnage principal, fantasmes à la fois spectaculaire et cheap) par un traitement hyper glamour et hollywoodien du récit. L’ensemble est finalement anachronique, mais captive en raison même de ce curieux hiatus. Superbe ouverture sous la neige (constante du mélodrame qui adore les flocons). Cette année encore Guadgino dirigeait la toujours grandiose Tilda Swinton (si douée qu’elle arrive même à nous faire croire qu’elle est une beauté conventionnelle) dans un film presque toujours silencieux, mais illuminé par la musique de John Adams et les plans de Milan, d’abord sous la neige, puis éblouissante de soleil. Le titre est vaguement prétentieux Amore (Io sono l’amore en VO) comme sans doute le propos, mais la retenue un peu hautaine de la réalisation n’empêche pas certains paroxysmes qui laissent la gorge nouée.

 

 

 

A l’inverse certains réalisateurs se contentent d’une vision très sage du mélodrame, avant tout mise en images d’un récit plus ou moins délirant et écrin pour une performance d’actrice (car le mélodrame est bien entendu le terrain d’excellence des femmes, de même que la comédie romantique, genre sur lequel il faudra bien que je revienne un jour). Certains films deviennent ainsi franchement télévisuels, comme Ma meilleure ennemie (Columbus. 1998) au postulat abracadabrant. Susan Sarandon, condamnée par la médecine, décide de confier ses enfants à la nouvelle épouse (Julia Robert) de son ex-mari et lui apprend à être digne de la tâche qui l’attend. Gasp. La même année, dans A contre Jour (One true thing)  c’était Meryl Streep qui se mourait après avoir été l’épouse modèle et peu intellectuelle d’un universitaire, ambitieux mais raté. Plus construit, plus concentré, plus amer le film s’élève un net cran au dessus et Streep était fière de son interprétation d’un réalisme saisissant. Mais enfin le mélodrame a toujours adoré faire de la figure maternelle (évidemment sacrificielle) un élément central de son univers et de la femme mourante une silhouette idéale. Déjà en 1983 James Brooks l’avait bien compris. Si Tendres passions est aussi une chronique familiale, la dernière partie du film est hautement mélodramatique et le réalisateur-scénariste ne s’épargne pas pour faire pleurer Margot. Comme Goulding dans Victoire sur la nuit il choisit d’ailleurs de ne pas faire se plaindre son héroïne mais de laisser les autres exprimer leur tristesse à sa place.  Choix pertinent s’il en est et redoutablement efficace (surtout quand c’est Shirley MacLaine, mère aimante de la fille mourante et particulièrement peu sobre dans ce registre, qui sanglote pour tout le monde.) Tom Peeping a déjà dit le bien (compliqué certes) que je pensais de Dancer in the dark (film dont le pouvoir de clivage est étonnant) je voudrais parler de trois autres drames de la maternité (réelle ou adoptive). D’abord Susan Sarandon, (inspirée) en maman rousse confrontée à la maladie en principe mortelle d’un enfant, dans Lorenzo, un film de Miller, ruisselant de ferveur, d’un lyrisme brulant avec des plans aussi outranciers que ceux qui vont clore le film. Même Tavernier et Coursodon, pourtant pas des adeptes du genre, ont rendu les armes. Ensuite le road movie de Walter Salles Central Do Brasil (1998) dont les dernières séquences ont eu un effet franchement embarrassant sur ma personne. Pas exactement un mélodrame mais une jubilation très nette et sans honte aucune à retourner le spectateur sensible comme un crêpe, par le biais des mots qui plus est, une idée géniale. Enfin difficile de qualifier Mother and child, sorti cette année, mais la froideur calculée des scènes concernant Naomi Watts (remarquable de férocité) s’applique avec succès à équilibrer les excès et les improbables hasards de l’intrigue (Attention spoiler comme disent les jeunes : une mère et une fille, séparées à la naissance de l’enfant, décident après 35 ans de se retrouver par lettres interposées à l’agence d’adoption. A cause d’un problème administratif la lettre de la fille n’arrive à bon port qu’après sa mort en couche. Oui.)  Watts et Bening sont à la hauteur du sujet. Et il est agréable de pleurer en même temps que toute une salle de cinéma.

Un peu comme le soir où je suis allé voir Le Secret de Brokeback Moutain, tiens qui explore avec brio un autre sujet privilégié du mélodrame, l’amour impossible, quelle que soit la raison qui aboutit à cette impossibilité. Tom Peeping a déjà parlé de Sur la route de Madison et de La Fin d’une liaison. Me reste à dire quelques mots du film d’Ang Lee, remarquable à la fois pour ses interprètes (Heath Ledger et Jack Gyllenhal sont des partenaires idéaux), pour la profondeur que donne Lee aux espaces et aux volumes, et pour le rythme magnifique que le réalisateur a su offrir au récit.  A l’ombre de la haine (2001- Marc Forster) ne bénéficie pas de la poésie sereine qui affleure dans les meilleurs mélodrames contemporains. Mais, outre que l’interprétation de Halle Berry est un bel exemple de jeu noblement mélodramatique, l’intrigue condense, sous un ton sérieux voire franchement funèbre, tous les éléments d’un bon film appartenant à ce genre (amour, hasard, parents, enfants et mort). Il n’ose simplement pas vraiment son dire son nom.

 

 

Certains films dépassent, par leur thème et leur ambition, le carcan du mélodrame. Mais le traitement et l’approche émotionnel peuvent clairement se placer sous son patronage. Tom Peeping a cette fois ci dit un mot de The Hours, du Temps de l’innocence, de Chez les heureux du monde qui figurent tous parmi mes films contemporains favoris. Puisqu’un biopic peut être aussi un mélo (et c’est même, chez les américains, souvent le cas,) j’en profite pour vous engager à voir Gwyneth Paltrow dans son meilleur rôle, celui de la poétesse Sylvia Plath (Sylvia – 2003). Outre la beauté de la musique de Gabriel Yared (comme dans Le Patient anglais) le film est porté par les rapports incandescents entre Plath et Ted Hugues. Tout est à la fois glacial et brulant comme certain sonnet, aquatique et profondément déprimant. Pour en faire un vrai mélodrame il faudrait un peu plus de panache. Ce dont ne manquent pas deux films sérieux seulement en apparence : Une vie volée (1999) et Elisabeth, The Golden Age (2008). Le premier est officiellement une version féminine de Vol au dessus d’un nid de coucou.  C’est en fait surtout le prétexte à des numéros d’actrices avec suicide et délires psychotiques à l’appui. Angelina Jolie porte une perruque blonde invraisemblable et joue une perverse manipulatrice sans une once d’amour propre interprétatif.* Quant à la fausse biographie d’Elisabeth Ière c’est probablement le film le mieux costumé du jeune XXIème siècle. Cate Blanchett déclame chacune de ses répliques avec un souffle théâtral qui n’a que peu à voir avec le cinéma, et tout ce qui concerne ses rapports avec Mary Stuart (géniale Samantha Morton) vire à l’hystérique. Réjouissant. Mélodramatique. Mais d’un peu loin, c’est vrai.

*Il parait que dans le même temps et le même registre elle était grandiose dans Gia biopic croustillant d’un mannequin bisexuel et autodéstructeur pour la télévision.

 

 

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Tom Peeping 21/12/2010 21:38



Brokeback Moutain et Todo sobre mi madre ajoutés. Comment, mais comment, avais-je bien pu oublier Almodovar (l'effet "la lettre volée" sans doute) ?



Le vidame 21/12/2010 15:23



Je ne suis pas fâché du tout, puisque je suis d'accord avec toi, la différence se situant au niveau du ressenti subjectif finalement. En ce qui concerne les deux films tu as vu le ridicule et moi
le sublime, les deux étant parfois très proche.


En ce qui concerne les films les moins connues il faut préciser aussi qu'avec ma passion pour les prix d'interprétation, j'ai toujours le nez dans le genre puisqu'un bon mélo vaut toujours
quelque chose à son interprète principal, encore aujourd'hui. Mais je crois aussi qu'il se dissimule un peu : soit comme pastiche, soit comme drame. Peut-être le mélo actuel et qui se déclare
ouvertement comme tel est à chercher du côté de la télévision, je ne sais pas.  


C'est étonnant, ni toi, ni moi, ne parlons d'Almodovar.


 



Tom Peeping 20/12/2010 23:17



Merci pour cette longue réponse argumentée. Deux choses d'abord, qui fâchent : Angel d'Ozon m'a barbé comme jamais (l'exercice de style est intéressant mais le film ne tient pas sur la distance
et le vide du personnage principal est rédhibitoire, une fois l'effet de découverte de la flamboyance des décors et costumes passé, j'ai décroché pour ne plus jamais y revenir par manque
total d'attrait pour l'héroïne) et autant j'avais aimé le premier volet d'Elisabeth, autant le second dont tu parles m'a semblé avoir tous les défauts de la grosse superproduction internationale,
du décorum au service de quoi (malgré les toujours formidables Blancheett et Morton). Maintenant, je n'ai pas vu la plupart des films que tu mentionnes (Amore et Mother & Child notamment) et
cela montre qu'il doit bien y avoir un certain nombre de mélos contemporains à découvrir : c'est une bonne nouvelle. Je n'avais pas pensé à Brokeback Mountain en faisant ma liste mais je vais y
remédier, comme pour Atonement dont la scène de Vanessa Redgrave est un très grand moment du mélodrame actuel. A propos de The Age of Innocence, tu poses la question de la légitimité de placer
une telle adaptation littéraire en costume dans le genre du mélo : si les règles canoniques en sont respectées (femme en souffrance, individu contre groupe, amours contrariées...), je réponds oui
sans hésiter, il ne faut pas se laisser impressionner par le nom du réalisateur, de l'écrivain de départ, du budget ou du "sérieux" du projet : c'est du mélo ou ce n'en est pas, un point
c'est tout. On reparlera de tout cela car il y a tant de choses à développer...