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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 23:18

 

J’attends, plein d’espoir, le récital de Noël de Sumi Jo. La couverture est atroce, mais le programme montre encore une fois quelle femme intelligente la chanteuse coréenne est. Certes le Mozart attendu mais au moins pas tronqué. Quelques carols (« Minuit, chrétiens » en anglais, « Stille Nacht » évidemment) du Praetorius, du Crüger … et puis surtout la Cantate pastorale de Scarlatti et celle de « Noël » de Christoph Bernhard. Des découvertes pour moi.

Car, si depuis quelques années j’écoute volontiers l’Oratorio de Bach ou le Messiah le 24 décembre (il est curieux de voir que chez moi l’amour de l’église a eu une croissance inversement proportionnelle à la foi véritable), j’ai commencé par me vautrer dans les récitals en fourrure des chanteuses que j’aimais.

Prenez Decca, par exemple, qui vient de rééditer les quatre récitals de Noël des grands noms de son enseigne. Kiri Te Kanawa (Joker !), Leontyne Price (Joker !), Renata Tebaldi et Joan Sutherland. Impossible de faire l’impasse sur cette dernière dans sa meilleure voix et son meilleur répertoire d’une certaine manière, innocente de toute ironie et de toute distance : la voix est encore d’une lumière extraordinaire (nous sommes en 1965), mais la timidité des débuts, l’abstraction mélancolique de ses premiers disques n’est plus là. Enrobés par Bonynge et plus encore par les arrangements de l’indispensable Douglas Gamley, les chants de Noël traditionnels sont autant d’exaltations souriantes que la chanteuse sert avec une ferveur totale. Il faut entendre ce qu’elle met de purement vocal à un « O Holy Night » titanesque ou à « O Divine Redeemer » et la manière qu’elle a de chanter à pleine et formidable voix des choses aussi inoffensives que  « Angel we have heard on High » (avec le trille des grands soirs !) ou « Deck the Hall ». Une extraterrestre nouvellement débarquée en Nouvelle Angleterre mais parfaitement intégrée à son environnement.

Tebaldi c’est autre chose bien entendu et on ne peut plus attendre, dans un programme et un esprit similaire (toujours Gamley, qu’on se rassure), les mêmes éclats, surtout en 1971.  Le timbre est à la fois chaleureux et d’une maturité un peu trop pleine et capiteuse. Mais le legato est toujours formidable et dans ses pages peu périlleuses ce que la voix a encore de séduisant reste merveilleusement mis en valeur. Le « Panus Angelicus » est un monument et la voix s’y déroule par couches successives. « O Divine Redeemer » est handicapé par un anglais qui racle beaucoup, mais le port est impérial et la grande soufflerie marche à plein volume (de toute manière la plus grande version vocale de cette page a été donnée par Clara Butt. On ne peut passer après en toute quiétude.)  Mais l’ensemble du disque vogue entre la grandeur romaine de la manière et la tendresse du timbre et des nuances piano.

Face à ses monuments certaines chanteuses faites pour le kistch et les trompettes, ou du moins débordantes de personnalité, s’en tirent remarquablement bien. Ainsi Gruberova que je découvre cette année, n’a peur de rien, à tel point qu’elle case même le Pie Jesus du Requiem … d’Andrew Loyd Weber dans le programme. Elle joue la carte du séraphique, presque inquiétante finalement, en tout cas extrêmement sobre expressivement, quand la voix au contraire multiplie les sons filés et les numéros de trapèze dès le « Sound the Trumpet » initial (j’ignore d’ailleurs d’où sort cet air qui n’a rien à voir avec le duo chanté par Baillie et Ferrier que je connaissais). Au demeurant, comme Sutherland, elle donne un relief considérable aux chants traditionnels, tout à coup chargés d’une vocalité riche et imaginative sans non plus être d’un maniérisme trop évident, respectant les pages et leur esprit (tout ce qui est a capella est vraiment très beau). Il faut simplement ne pas être allergique au principe, ni à la chanteuse (ni au prise de son très rapprochée. Ca fait beaucoup de « ni » quand même.) C’est à chercher du côté de Nightingale Classics et ça date de 1994.

L’apothéose du genre est, évidemment américaine. Pour Carnegie Hall Frederica Von Stade et Kathleen Battle s’associent à Wynton Marsalis et à André Prévin (qui d’autre ?). Programme balisé quoiqu’éclectique qui convoque aussi bien Humperdinck, Mozart et Reger que des chansons typiquement étasuniennes (Rodgers et Hammerstein bien entendu). On perçoit nettement le plaisir v que les chanteuses prennent au Show. La spontanéité fabriquée, le sourire et les coquetteries dans la voix, les improvisations répétées à l’avance (elles interpellent quelques mesures du duo final du Chevalier à la Rose au milieu de « The Twelve Days of Christmas »), les flirts avec le jazz … rien ne manque et rien ne dépasse. Et partant ça tourne. D’autant que les pages ne sont guère dangereuses (Battle s’alanguit et tient le contre-ut dans l’Alléluia de l’Exultate Jubilate pour rappeler qu’au fond c’est une chanteuse lyrique) et qu’elles ne jouent pas avec ce répertoire de la même manière que les autres (peut être parce qu’il leur est, d’une certaine manière, culturellement congénital). Le tout chez Sony, mais c’est un live, on l’aura compris.

Le remède à ses guirlandes épanouies est à chercher du côté de l’Allemagne ou plutôt de la Suisse. Maria Stader est pour DG l’ambassadrice idéale d’un chant plus austère mais tout aussi fervent. Bien entendu le Noël de Stader est moins hollywoodien (ou moins féérique, d’où dépend de la manière dont vous percevez la chose). Curieusement cette voix très claire m’a toujours semblé venir de la terre. La rectitude et la franchise avec laquelle elle aborde un répertoire folklorique (« 18 chants de Noël Européens") fait honneur à son impeccable sens du style et la transparence un peu archaïque de l’accompagnement est un parfait contrepoint à sa manière vocale. Mais comme toutes les autres, elle, les preneurs de son et les programmateurs prennent le parti de la lumière (rien de plus logique à Noël d’ailleurs » titre l’album) ce que renforcent l’émission si nette, presque tranchante et la diction très précise, d’une clarté infaillible (« In dulci jubilo » est magnifique de mots). Le plus beau est à chercher du côté du recueillement tendu qu’elle a les moyens émotionnels de mettre dans ces simples chansons (« Maria durch ein Dornwald ging » par exemple) sans sacrifier la nature de sa technique vocale. Mais il faut entendre la pointe de préciosité qui lui vient tout naturellement en français (« D’où viens-tu belle bergère ? ») et le sourire merveilleux de « Kommet ihr Hirten ».  Le disque a été réédité indépendamment (avec l’ « Exultate Jubilate » en complément), mais il est repris intégralement dans une belle compilation DG « Das Weihnachtalbum » avec, entre autres, le récital de Rital Streich (un peu plus sucré) et les admirables Reger et Cornelius gravés par Seefried pour la firme.   

L’année prochaine, c’est promis, je dis un mot du récital de Deutekom et de l’Oratorio de Noël de Saint-Saens.

 

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Published by Le vidame - dans Musique
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commentaires

Jenny Lamour 25/12/2010 08:26



 


http://www.youtube.com/watch?v=Z9XZDQsnnjk


 


 



Le Vidame 24/12/2010 14:19



De toute manière Saint Saens c'est parfois ennuyeux ou pas très inspiré (pour ce que j'en connais) mais c'est toujours beau.


D'ailleurs j'écoute ma propre version (avec en complément le cantique de Fauré) après ma Veuve Joyeuse spectaculaire de Bonynge and co (ah le numéro de Resnik ...)


Mais après j'essayerais bien une Follia pour changer.



Amurat 24/12/2010 14:09



Je suis passé (quelle imagination !) à l'Oratorio de Noël de Saint-Saens. Que c'est beau !


 






Le vidame 24/12/2010 11:52



Naïvement je pensais que le disque avec Otto serait bradé ... J'étais près à essayer tout de suite ... Otto est donc, elle aussi, une grande artiste mélancolique ? (Cela dit en tant que sur-Köth
c'est assez logique)


Dites, vous nourrissez une magnifique obsession pour Schubert en ce moment. Le temps sans doute. Je n'ai pas réussi à trouver une version de Rosamunde à prix raisonnable et qui soit
engageante (il y a bien l'intégrale EMI avec les symphonies).


Bon je vais écouter un peu de Veuve Joyeuse pour la peine.


 



Amurat 23/12/2010 23:22



Mais vous qui savez tout, il y a bien déjà eu des numéros de transformistes sur "Joy to the world" par Sutherland, non ?


 


Dans un autre genre… ce Sanctus de la Messe
allemande.