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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 10:35






Je voulais conserver l’ordre alphabétique de l'Encyclopédie subjective du cinéma mais j’ai réalisé tout à l’heure que j’avais toujours fait erreur sur le titre exact de ce film : Stolen Face et non pas A Stolen Face. Le film est donc servi beaucoup trop tôt. Désolé pour les obsessionnels.

 

Il était une fois, au beau pays de la Hammer, un magicien chirurgien esthétique (bénéficiant du regard romantique d'un Paul Heinreid un peu essouflé pour jouer les jeunes premiers) qui rencontre deux femmes. L'une est aussi méchante que laide. L'autre est à la fois follement élégante et un rien mystérieuse (quand on aura dit qu’elle est interprétée Lizabeth Scott, il n'y aura plus rien à ajouter). La première est libre, l’autre pas. Que fait le chirurgien esthétique ? Vous l’avez deviné : il transforme littéralement la Fée Carabosse en princesse à embrasser (concrètement il lui modèle le visage de son aimée inaccessible) et l’épouse. Hélas, alors que dans le merveilleux A woman’s face (titre français Il était une fois justement) de Cukor, Joan Crawford, qui y atteignait le sublime, perdait sa cruauté en même temps que la cicatrice qui la défigurait, la nouvelle mariée prouve par A plus B que l’habit ne fait pas le moine.

 

Ce  n’est pas un film noir, ce n’est pas un film d’horreur, c’est bien un conte moderne, sous les couleurs urbaines de certains films anglais pluvieux (une échappée vers la campagne –écossaise je crois – aère un peu le récit), tourné dans un noir et blanc austère qui tempère les excès du récit. Paul Heinreid est un apprenti sorcier maladroit et aveuglé par son désir, mâtiné de Frankenstein. Face à lui les deux femmes au même visage sont, chacune à leur manière, infiniment plus saines. Leur horreur quand elles découvrent la réalité reflète bien celle du spectateur et le personnage le plus terrifiant n’est pas tant l’épouse, ex-taularde plus vulgaire que réellement dangereuse, que l’époux, doux humaniste qui croit que de la beauté vient la bonté. La double morale de cette histoire est que la nature ne peut pas s’accommoder de tels excès et qu’on ne vole pas l’identité de quelqu’un en lui volant son visage. Ouf. Nous voilà rassurés. Accessoirement le film dénonce aussi les possibles déviances de la chirurgie esthétique, ce qui, à l’aube des années 50, est joliment prémonitoire.

 

En dépit de ce synopsis délirant Stolen Face n’apparait jamais comme un fleuron du cinéma « bis », « cheap », « camp » etc. contrairement à ce que les nom de sa maison de production, de son réalisateur et même de ses vedettes à ce stade de leur carrière (les grands succès de l’un comme de l’autre sont derrière eux) pouvaient laisser craindre, ou espérer, c’est selon. Ce n’est pas un genre que je connais très bien, mais il me semble que c’est l’une des premières fois où deux vedettes glamours hollywoodiennes se retrouvaient dans un film de la Hammer (longtemps avant l’inoubliable The Anniversary avec Bette Davis et le génial Die, my darling Die avec Tallulah Bankhead). Henreid et Scott jouent leurs partitions avec une conviction et une dignité qui est toute à leur honneur, cette dernière relevant parfaitement le défi classique du double rôle, avec intonations, accents et démarche qui font qu’on ne confondra jamais les deux femmes. Leurs prestations suffiraient à donner une aura de qualité au film.

Mais la réalisation serrée et nerveuse de Terrence Fischer, sa sobriété bienvenue quoiqu’un peu anonyme en renforce encore le sérieux. De plus rien dans le scénario n’exigeant une débauche d’effets (hors le final très rythmé) la production se concentre heureusement sur les hôtels rustiques, les salles de concert, la belle maison du chirurgien etc. autant d’éléments qui n’auraient pas supporté des moyens financiers entamés. Le seul élément qui saille – un peu trop ?- est le spectaculaire buste de Scott (offrant ainsi son visage une nouvelle fois) qui semble rappeler en permanence au chirurgien qu’il aurait mieux fait de se contenter de posséder l’image au lieu de vouloir la femme. 

Stolen Face ne bénéficiant pas d'une réputation internationale (je le soupçonne de ne pas être assez kitsh, excessif ou sanglants, par rapport à d'autres productions de la firme anglaise) il n'est pour l'instant accessible que par le biais d'un double DVD britannique, absolument indemne de sous-titrages, même anglais. Pour la petite histoire c'est un documentaire (en bonus des Sorcières autre production Hammer avec une star hollywoodienne, en l'occurence Joan Fontaine) consacré aux personnages féminins démoniaques qui avait attiré mon attention sur ce film bref et modeste, au charme singulier.

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Published by Le vidame - dans Cinéma
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commentaires

Francesco 25/11/2009 01:15


Uniquement si elles ont un beau goitre. Vous en connaissez ?


Bajazet 25/11/2009 00:14


Et vous aimez les blondes platine à moustache ?