Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 19:30

 

 

 

 

 

Encyclopédie subjective du cinéma

 

J'ai revu il y a peu Toute la ville danse, parangon des films musicaux à la fois classiques (par leur thème musicaux) et hollywoodiens (par leur traitement). Je suis encore plus enthousiaste que lors de mon dernier visionnage (le confort des sous-titres et d'une bien meilleure définition aidant sans doute ...)


Oubliez le véritable Strauss et la dynastie (ici, comme il se doit le jeune Johan a une vocation contrarié.) On ne parle pas du père et on aperçoit le fils, mais c'est plutôt un jeune officier qu’un musicien. Mais enfin on nous prévient immédiatement, par le biais d'un carton d'entrée, que toute ressemblance avec la réalité ne serait que le résultat d'une pure coïncidence. Finalement, comme le fait remarquer très justement Catherine ça pourrait être précisément un sujet d’opérette straussienne. On ne saura pas trop non plus ce que veut raconter Duvivier sur les soulèvements autrichiens qui mettront le François-Joseph d’avant Sissi-Impératrice sur le trône. Au fond ce n'est pas le propos et les secousses politiques sont surtout le prétexte à nous emmener faire un tour dans la forêt viennoise. Le film s'équilibre plutôt heureusement entre deux autres axes : le mélo et l'opérette. En ce qui concerne la musique, autant le dire tout de suite, j'ai toujours eu une faiblesse dangereuse pour les Zwei Garniture d'école allemande. Je suis donc à la fête avec Miliza Korjus, ses longs suraigus fixes, ses coloratures en staccato et son timbre pincé. Et puis il y a parfois un délicieux sourire qui passe dans cette voix droite. Tant que j'en suis à me confesser publiquement je dois même avouer qu’elle m'a absolument fasciné visuellement. Elle est encore incapable de jouer réellement avec son visage et ses expressions sont vraiment très raides, corrigées surtout par le montage inventif de Duvivier, mais dans son registre étroit elle a fait mouche, en ce qui me concerne, avec ses sourires carnassiers et ses regards coquins. Et surtout je trouve qu'elle compense ce manque expressif par un langage corporel extraordinaire (la manière qu'elle a de tomber dans l'herbe après avoir valsé vaut tout un poème). Si les arrangements qu’on lui confie sont glorieusement hollywoodiens, piochant dans les pages les plus célèbres du compositeur, c'est surtout la mise en scène qui fait oublier leurs évidentes kistcheries. C'est trop, c'est trop, c'est trop ... et on en redemande (enfin en tout cas MOI j'en redemande). A vrai dire j'ai rarement connu une telle ivresse cinématographique. Les passages marquants sont justement célébrés, difficile de revenir dessus mais j'ai une préférence pour non pas tant pour la séquence (illustrissime et au demeurant délicieuse) de la composition des Légendes de la forêt Viennoise que pour celle qui la suit immédiatement où caméra et interprètes valsent à 1000 temps, avec, en particulier, ce moment sublime où Korjus ploie sa taille en arrière et enlève son chapeau dans le même mouvement. On est en plein crescendo musical et le suraigu de Korjus à ce moment là tient de l'orgasme. En fait je crois que c'est un des plus belles scènes ouvertement sexuelles que j'ai vue au cinéma.

Côté mélodrame je retiens toute la séquence ("le monologue du III" suis-je tenté de dire) de Rainer, structuré comme une grande scène d'opéra romantique italien : cantilène (elle souffre dans une intimité recueillie), tempo di mezzo (échange avec le comte), cabalette (Rainer court s'habiller et se pare de ses bijoux. Quelques plans de l'actrice à ce moment là sont d'une fulgurance bouleversante). Avant le grand duo avec la rivale, dans la plus pure tradition hollywoodienne. A noter que Rainer était spécialisée dans la perte de l'homme aimé (Froufrou, Visages d'Orient, Le Grand Ziegfield, Coup de théâtre) et qu'ici elle ne remporte la victoire, paradoxalement, qu'en s'effaçant. En ce qui me concerne je suis sous le charme absolu de l'actrice, d'une mobilité expressive ondoyante et qui arrive toujours à imposer une présence insistante (jusqu'à l'écœurement sans doute, mais c’est le risque avec ces personnalités cinématographique très fortes et marquées) dans les scènes les plus inoffensives. Elle est comme le roseau de la fable : toujours pliée (y compris au niveau du corps) mais ne rompant jamais.

Et puis ... et puis .... la séquence qui recadre quatre ou cinq fois l'actrice au son des tutti orchestraux quand elle arrive à l'opéra (après avoir, classique du mélodrame encore, monté en courant une volée de marche), l'ampleur que prend le décor l’écrasant progressivement, la renvoyant presque à un anonymat, et puis l'effervescence du premier concert de Strauss avec les rues qui se vident pour remplir le théâtre, et puis même le sentimentalisme facile et romanesque des derniers plans et tant d'autres choses encore m'ont ému visuellement, si cela a un sens.


Bref, je sors du visionnage conquis, heureux et presque repus. Tiens je vais aller écouter un peu de viennoiseries par Ingeborg Hallstein ou Erika Köth ...

 

 

 


 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le vidame - dans Cinéma
commenter cet article

commentaires