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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 22:44

 

 

1942 fut une année sans surprise, quoique non sans charme pour l’Académie. Le phénoménal succès (presque sociétal) de Mrs Miniver était en partie construit autour du charisme de son interprète principal, Greer Garson. Dire cela ne revient pas à remettre en cause son talent et son aura, exploités ici à leur maximum. Elle avait une compétition à la fois brillante et un peu superficielle cette année là.

·         Bette Davis pour Now voyagers/Une femme cherche son destin (Rapper)

·         Greer Garson pour Mrs Miniver (Wyler)

·         Katharine Hepburn pour La Femme de l’année (Stevens)

·         Rosalind Russell pour Ma soeur est capricieuse (Alexander Hall)

·         Theresa Wright pour Vainqueur du destin/La Fierté des Yankees (Sam Wood)

C’était pour Bette Davis la cinquième nomination consécutive. Probablement pas une surprise, mais en y réfléchissant a posteriori une prise de risque. Après tout Now Voyagers s’assumait pleinement comme un soap. Le fait qu’il constitue probablement une des plus grandes réussites du genre n’enlève rien au fait que le pur mélodrame/film d’amour, plus romantique que dramatique, est toujours un peu méprisé par les votants (et jusqu’à aujourd’hui par une frange bornée de la critique). Mais Davis s’empara du rôle avec une telle conviction qu’elle sembla créer un type (la vieille fille névrosée) appelé à une belle postérité et séduisit, semble-t-il, le monde dans son entier. On a droit de l’adorer un monstresse du sud dans In this our life qu’elle tourna la même année mais on doit bien reconnaitre que quelque chose d’étonnamment puissant se dégage de son personnage positif et délicat de Now Voyagers dont la plupart des accents ont quelque chose de définitif. Elle évite toute mièvrerie et est, au contraire, d’une ardeur, d’une volonté, d’une force qui éclatent les contours du personnage. Peut-être parce que c’est un des premiers films que j’ai vus avec elle, c’est un de ceux où je sens le moins Davis la Star derrière le rôle, pourtant on ne peut plus éloigné de sa personnalité. Elle a rarement été, à l’écran ou à la ville, aussi modestement séduisante, aussi gracieusement élégante, aussi simplement jolie. Tout amateur de numéro d’actrice prendra avec plaisir ses premières scènes, hallucinantes (et où elle est méconnaissable, attifée comme l’as de pique, coiffée par son pire ennemi et rembourrée de partout). Mais la pure technicité n’explique pas l’alchimie avec Paul Henreid, la sensualité dévastatrice qu’elle parvient à faire passer derrière le corset de l’héroïne (personnellement, code ou pas code, je ne me pose absolument pas la question : Charlotte Vale a évidemment une liaison charnelle avec l’architecte marié dont elle s’éprend sur un bateau) et la poésie de certaines séquences qui auraient pu sombrer dans le ridicule mais qu’elle, ses partenaires et surtout le réalisateur (pour ne rien dire de la musique Steiner) transforment en sommet du romantisme cinématographique.

Garson était cette année, précisément avec Davis, sans aucun doute considérée comme la plus grande actrice dramatique travaillant dans les studios hollywoodiens. La même année que Mrs Miniver elle avait obtenu un autre succès mémorable avec Prisonniers du passé. Elle pouvait être crédible aussi bien en jeune femme qu’en mère de famille, affligée d’un grand fils pour lui rappeler son âge. Et tout ça avec la même grâce. On peut être un peu exaspéré par le personnage de Kay Miniver, par sa perfection, par la manière don Greer Garson donne des leçons de courtoisie, de courage et d’élégance britannique au monde, avec sa voix policée et douce et un sourire un rien supérieur sous la discrétion apparente. Mais le rôle est pensée ainsi et pour le coup Garson n’a aucune difficulté à endosser ce côté un peu prétentieux (je me demande ce que Irene Dunne aurait fait de ces passages par exemple. Peut-être qu’elle aurait pu en faire quelque chose de moins solennelle). Mais reste qu’elle réussit parfaitement les passages souriants du film avec son humour nonchalant (qualité qu’elle devait sans doute posséder elle-même). Et puis surtout toutes les scènes dramatiques sont formidables : toute la séquence avec le soldat allemand est jouée avec une sobriété parfaite qui reflète bien la quotidienneté de l’héroïsme du personnage. Le passage le plus réussi du film, de ce point de vue, est la longue scène finale avec Theresa Wright, vraiment touchante, où Garson semble perdre ses moyens et sa maitrise (elle hésite, le phrasé devient légèrement moins aisé), sans jamais verser dans l’hystérie, sauf un bref moment, d’autant plus frappant. Quant à ce qu’elle parvient à dégager de beauté sereine et de britannité (pardon pour le néologisme) glorieuse cela lui est si consubstantiel que le mérite en est moindre.    

La Femme de l’année est d’abord connue aujourd’hui pour être le lieu de rencontre à la fois réel et symbolique de Spencer Tracy et Katharine Hepburn. Cette dernière, sous contrat à la MGM après Indiscrétion devait se fondre dans la politique du studio tout en conservant ce qui faisait son succès. Une comédie intelligente dirigée par George Stevens dans laquelle elle jouait d’une certaine manière, encore une fois, son propre rôle (une jeune femme indépendante, brillante et huppée) était une opportunité de concilier talent et intérêt. Le film se laisse revoir avec beaucoup de plaisir … essentiellement grâce à Spencer Tracy, extrêmement à l’aise, follement sympathique et qui met systématiquement le spectateur de son côté. Hepburn est, à mon sens, moins brillante, mais d’abord parce que son rôle est, dans pratiquement les trois quarts du film, assez peu intéressant. Disons plutôt qu’elle est un objet plus qu’un sujet. Elle a rarement été aussi belle que dans ce film et est, de toute manière, on ne peut plus convaincante dans ce registre un peu snob et intellectuel (Laureen Bacall dans le remake de Minelli est nettement plus à la peine de ce point de vue). C’est juste qu’elle n’a pas grand-chose à faire, à part être elle-même (elle passe en courant, fait quelques discours, montre une jambe ravissante gainée de soie, s’habille pour sortir etc…), jusqu’aux scènes finales, ou plutôt jusqu’à la scène finale, justement célèbre et très représentative du registre burlesque de Stevens, où elle s’essaye à faire un petit déjeuner pour la première fois de sa vie et où elle se révèle extrêmement drôle (toute la manière dont elle est exprime la gêne puis l’humiliation est naturellement hilarante). Et puis, effectivement, la séduction qu’exerce le couple dès que les deux personnages se tournent autour, se rencontre, se caresse, se dispute explique sans doute l’impact du film.

 

 

 

1942 a cela d’original que deux prestations comiques permirent à des actrices d’être nommées, ce qui est assez rare pour être notée. Le rayonnement des deux films est cependant sans comparaison et Ma Sœur est capricieuse est le seul titre de la confrontation qui demande quelques recherches pour être visible (on le trouve en zone 1 avec sta uniquement dans le coffret Icons of the Screwball Comedy Columbia). Il s’agit, évidemment, d’une (première) nomination de compensation : Russell avait été oubliée deux fois de suite, pour Femmes en 1939 (encore que le statut du rôle était ambigu), puis pour La Dame du Vendredi en 1940. Elle quittait la MGM pour la Columbia qui poussa à la campagne (ce qu’elle n’avait pas fait pour La Dame du Vendredi parce que Russell n’était pas alors sous contrat chez eux : c’était un « prêt ») au détriment de Jean Arthur, autre actrice comique de la compagnie, pour La Justice des hommes. C’est probablement injuste : j’aime bien le film d’Alexander Hall et Rosalind Russell me plait à peu près partout, mais rien de particulier ne se dégage de Ma Sœur est capricieuse. Russell ne transcende pas ses moyens : elle fait ce qu’elle sait (bien) faire, sans plus et à moins d’être particulièrement client de sa personnalité cinématographique on est susceptible de rester en marge de son interprétation. Personnellement sa gestuelle comique me fait toujours passer un excellent moment, cette manière qu’elle a d’user de son corps et surtout de son absence de grâce comme d’un objet de moquerie, m’amuse plus souvent qu’à mon tour (je pense à la manière qu’elle a de se battre avec ses draps de lit et bien sûr à la scène de la Conga portugaise). Même chose avec les expressions de son visage (la séquence du restaurant avec Brian Aherne). Et puis plusieurs répliques, dites par elle, font vraiment mouche. D’ailleurs dans l’absolu elle est finalement juste en grande sœur au physique censément ingrat qui débarque à Greenwich Village pour réussir dans le journalisme et se retrouve confrontée à des situations plus ou moins loufoques. Mais, en dépit de ma partialité, je ne l’aurais sans doute pas nommée pour ce rôle, cette année là. 

Quatre ans après Fay Bainter Theresa Wright fut nommée dans deux catégories : meilleure actrice (pour Vainqueur du destin) et meilleure actrice dans un rôle secondaire (pour Mrs Miniver). Elle remporta le second des deux trophées qui semblait couronner une jeune carrière particulièrement prometteuse et qui ne tint pas tout à fait ses promesses. Vainqueur du destin suscita une vague d’amour (il est vrai que le récit est d’une simplicité et d’une évidence exemplaires) dont bénéficia Wright qui interprète l’épouse aimante et attentive (stéréotype particulièrement apprécié des votants mais plus souvent associé aux rôles secondaires) d’un légendaire joueur de Baseball, joué par un Gary Cooper particulièrement touchant. Le film parle assez peu de sport et beaucoup de la vie personnelle du héros et à partir du moment où Wright rentre (assez tardivement) en scène elle ne quitte plus les devants du scénario. Elle sera donc une présence adorable et tendre pendant une heure trente sans vieillir ou presque (alors que le scénario se déroule sur une dizaine d’années). La même vivacité, le même charme, le même humour bon enfant. En résumé une prestation assez monocorde, même si elle n’est pas totalement responsable de cet état de fait (les choix de montage sont assez curieux : ils donnent souvent l’impression que les mêmes scènes sont remises sur le métier.) Il est donc tout à l’honneur de l’actrice (et du réalisateur) qu’elle parvienne à rendre son personnage attachant. Dans la marge étroite dont elle dispose (ou qu’elle s’impose ?) elle est systématiquement juste et naturelle (constante de l’actrice dans toutes les prestations que j’ai vues d’elle) et réussit à rendre crédible, tout en lui donnant le surcroit de charme cinématographique nécessaire, tout le quotidien dont elle est le centre. Elle a construit un personnage assez solide pour que les dernières scènes, convenues mais doucement sentimentales, soient réellement touchantes et ses pleurs sont communicatifs. Bref, pas un tour de force passionnant, mais finalement une interprétation convaincante et solide qui mérite respect et estime à défaut d’enthousiasme.   

 

Greer Garson remporta le prix de la Critique New-Yorkaise et fut distinguée par le National Board of Review (pour Mrs Miniver et Prisonnier du passé). Cette vénérable institution remarqua beaucoup d’interprétations intéressantes cette année dont Ginger Rogers pour l’excellent Roxie Hart et The Major and The Minor (que je n’ai pas vu, mais qui a très bonne presse) et Ann Sheridan pour Crimes sans châtiment, fantastique mélodrame urbain en costumes, aux intrigues délirantes. Sheridan y est très bien, mais on remarque surtout, à mon sens, les silhouettes féminines campées par Betty Field (dans un rôle convoité par Bette Davis), Judith Anderson et surtout Nancy Coleman, remarquablement juste dans un rôle grandiloquent. Venise pour la seconde année de suite attribua la coupe Volpi à une actrice allemande, dans des films hélas difficilement visibles avec sous-titres aujourd'hui. Kristina Söderbaum (pourtant loin d'être la meilleure actrice de l'Allemagne hitlerienne) succèda donc dans Die Goldene Stadt à Luise Ullrich dans Annelie. 

De mon côté je serais allé vers là (j’ai décidé de retirer Davis parce que je la nomme presque systématiquement) :

  • Lucille Ball pour La Poupée brisée (une interprétation étonnante de dureté et très subtile. Vraiment une surprise dans la sympathique carrière de Ball.) Zone 2, stf.
  • Greer Garson pour Mrs Miniver et Prisonniers du passé (avec une préférence pour le dernier, peut-être son plus beau rôle, ne serait-ce que pour son délicieux numéro de Music Hall, mais la quintessence du charme propre à l’actrice se trouve bien là). Zone 2 stf.
  • Ginger Rogers pour Roxie Hart (le personnage est un pantin et ne demande pas grand-chose, mais il faut vraiment voir ce qu’une Rogers décontractée, assumant toute la vulgarité de son rôle, parvient à faire avec ces désopilantes répliques.) Pas d’édition DVD à ma connaissance.
  • Norma Shearer pour Her Cardboard Lover (j’ai vraiment une souvenir ébloui de son interprétation frénétique mais extrêmement touchante, même si mon visionnage remonte maintenant à plusieurs années.) Invisible aujourd’hui mais un moment fréquent sur TCM.
  • Barbara Stanwyck pour L’Inspiratrice (splendide portrait d’une femme complexe que Stanwyck, éblouissante, sert avec une ferveur étonnante et un maquillage impressionnant.) Visible dans le dernier coffret Stanwyck avec sta.

 

 

 

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 15:39

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Hier il ne neigeait pas. A dire vrai il pluviotait, de manière particulièrement déprimante. Et la banlieue parisienne, même chic, était d’un gris soie un peu sale. Le chien ronflait. Et j’étais confronté à la fin des vacances qui se profilent déjà et au destin, sans doute pathétique, qui m’attend à plus ou moins long terme. Alors autant revenir aux bases. 

Par exemple j’ai dix ans, je suis très sensible et je regarde les trois épisodes de Sissi. (Vous saviez qu’il existe une opérette sur le thème ?) Mieux : je suis un peu plus vieux, je découvre la musique et je suis captivé par un reportage sur Oscar Straus sur Arte, dans le cadre d’une thématique « Ronde » (version Ophuls). Ingeborg Hallstein a enregistré la petite rengaine obsédante du film dans un disque qui me laisse systématiquement épuisé et honteux (mais qui n’a rien de pornographique, promis … encore que il y a sans doute quelque chose d’obscène à tout ça.) C’est un certain Franz Marszalek qui l’accompagne ici et dans son récital de viennoiseries. Je soupçonne le chef d’avoir arrangés les accompagnements. Bref l’héritage fleuri de madame Hallstein est disponible dans un somptueux coffret de quatre cds (chez Artone) qui reprennent ces plages, une partie de ses lieder (y compris du Prokovief et les Enfantines) et plusieurs récitals d’opéra. Mais l’essentiel réside, pour ce qui nous occupe, dans le parfum de violettes fanées (et 60’s comme il n’est pas permis, rien à voir avec Adriana Lecouvreur), qui se dégage d’une partie du programme de son récital de musique dite légère. Rien n’est épargné à l’âme sensible : adaptations pour soprano colorature et orchestre non seulement du Beau Danube Bleu mais aussi de Tristesse (« In mir klingt ein Lied ») et de l’inévitable Liebestraum, harpe à ne plus savoir qu’en faire, piqués virtuoses de la chanteuse par-dessus les masses orchestrales, ton vaguement variété à certains moments et même chœurs vocalisant sur une voyelle (« A » bien entendu) en arrière plan. Oui je sais que Viardot et plus Sembrich adaptaient pour la voix les mazurka de Chopin, mais je ne suis pas certain que le résultat soit identique. On a aussi « Parlez moi d’amour » un couplet en allemand, un couplet en français et « Frutti di mare » (extrait d'Une nuit à Venise) et puis les pyrotechnies propres à éblouir le bon peuple du « Lied der Nachtigall » de Grothe. Quand on a ça dans ses cartons il faut être complètement malade pour écouter Serge Lama les jours de blues. Ou alors très peu sensible. Plus brillante encore que dans ses virtuosités mozartiennes si vantées (tiens, d’ailleurs elle est incapable d’un beau trille, c’est curieux) Hallstein a le don de la saccharine. Tout ce qu’elle fait est absolument idéal dans ce répertoire et avec mon état d’esprit. Un long suicide au sucre. Il faut l’entendre toute en coquetterie (les grâces de « Parlez moi d’amour » sont inénarrables), en soupirs délicats (mais sans rien d’expressionniste non plus, hein), en modestie souriante. Et au milieu de tout ça la sécurité absolu du plus beau suraigu de l’histoire du disque (pas une tension, pas une stridence, elle s’arrête une fraction de seconde – coquetterie encore – pour frapper au centre), d’une couleur ravissante, nourrie, charnue, éclatante comme un cœur de pigeon. Elle picore les mesures avec un soin attentif, elle valse en voix avec un ballon extraordinaire, se pose à certains moments pour donner l’illusion qu’elle pourrait chanter un répertoire plus populaire encore, s’abandonne un instant à la musique. Pas l’once d’un second degré, mais le même respect manifeste et le même plaisir que pour les pages plus sérieuses (Beethoven, Mozart, Nicolai, Lortzing, Schumann, Wolf …) où elle semble infiniment plus conventionnelle, moins expressive en fait, plus simplement « musicale » à force de sérieux précisément. Même l’opérette, avec des qualités néanmoins  inestimables la trouve moins irremplaçable, faute de piquant peut-être, sauf pour les fans absolus de ses manières vocales langoureuses … les dernières mesures sont systématiquement grandioses de ce point de vue et les valses sont enivrantes (« Das ist der letze Walzer ») pour peu qu’on s’y prête sans état d’âme. Bref il y a chez elle une rhétorique de la sensibilité, voire de la mièvrerie qui touche au génie D’où, Grand Dieu, pouvait-on sortir cette espèce d’innocence ? A propos, pendant que j’y suis, pendant que Stéphane Bern parlait de la Palatine l’été dernier sur France 2, le reportage était régulièrement illustré par des extraits d’un film allemand-chantilly (on reconnait immédiatement l’emploi de la couleur) qui la mettait en scène. « Les jeunes années d’une duchesse d’Orléans » en quelque sorte. Je suis preneur.

J’ai aussi (caché dans une boite honteuse sous le lit) un vieux coffret qu’EMI avait consacré à Mado Robin. Le premier disque est titré « Souvenirs de la Belle Epoque ». Des enregistrements qui datent des années 40 puis 50. On a précisément l’impression pourtant, tant quelque chose chez Robin est intrinsèquement « suranné », que deux guerres au moins nous en sépare. Ce qui justifie idéalement l'appelation. « Frou-frou », « Griserie », « Roses de Picardie » , « Fascination », « Le Temps des cerises », « Ton épaule pour y dormir », « Ciribiribin » … parmi d’autres. Le soprano ne chante pas ça très différemment de Lakmé. C’est le même mélange d’aigu sans vibrato, de suraigu en sifflet (quand elle peut les placer sans dénaturer la nature de l’œuvre) et, plus bas, de presque parlando (c’est du moins comme ça que ça m’apparait, par contraste), comme si l’émission était totalement différente. Tout est à peu près de la même couleur vocale, si particulière, mais surtout tout est à peu près uniforme de ton. Robin nasillarde gentiment et assure une diction d’une limpidité exemplaire. Et puis surtout il y a quelque chose de presque enfantin, dans son approche qui finit toujours par me toucher. Elle peut, à la limite, être mélancolique, mais le frou-frou et, pour mieux dire la même chose, la sexualité (et même le genre) lui sont absolument inconnus. L’innocence encore ou même la naïveté. Le résultat peut alternativement (ou même simultanément) charmé et agacé. Reste que je peux fredonner ça toute la journée. Tout particulièrement « Fascination » (mais j’aime beaucoup « Roses de Picardie » aussi.)

Je t'ai rencontré simplement
Et tu n'as rien fait pour chercher à me plaire
Je t'aime pourtant
D'un
amour ardent
Dont rien, je le sens, ne pourra me défaire.
Tu seras toujours mon amant
Et je crois en toi comme au bonheur suprême.
Je te fuis parfois, mais je reviens quand même
C'est plus fort que moi... je t'aime !

Quoi d’autre d’aussi régressif ? Plus terrible encore (en tout cas pour les transfuges de l’Isola Disabitata). D’abord le meilleur récital de Montserrat Caballé. Pas les Rossini, les Donizetti, les Verdi rareties, non. Pas sa gravure de la scène finale de Salomé avec Bernstein. Pas même son disque « Renaissance Espagnole » que j’aime pourtant tout particulièrement. Non c’est quelque chose qui s’appelle « Los encores de Montserrat Caballé » et c’est simplement accompagné au piano par Miguel Zenetti, le temps de seize mélodies enregistrées en 1964. Dont la moitié en espagnol. Comme Hallstein en allemand et Robin en français (mais ont-elles chanté dans d’autres langues ?). Je me rappelle encore de cet article de Cabourg (dans la série L’œil et l’oreille) qui faisait remarquer qu’aucune voix ne peut être pleinement chez elle quand elle ne chante pas dans sa langue maternelle. Ce que je connais de plus beau par Caballé ce sont ses quelques mélodies de Mompou en catalan. Mais j’ai encore plus d’affection pour « Los encores ». Non que je promette des miracles aux réfractaires. Caballé n’a absolument pas une voix qui puisse, si vous voyez ce que je veux dire, se faire oublier. C’est bien son timbre avec tout ce qu’il peut dégager. Et rien n’est là pour le dissimuler au contraire. Dans ces tessitures confortables, centrées sur la richesse du medium, sans rien des rusticités du grave (et elle a évité soigneusement quoi que ce soit en français qui l’oblige à des véritables horreurs de ce point de vue) ou des duretés de l’aigu, elle peut soigner une ligne qui se déroule sans interruption et dévoiler des charmes langoureux, qui se prêtent assez mal à la vivacité (« Warnung » est délicieux d’intentions mais sautille franchement). Je fais partie de ceux qui vénère en revanche son gazouillis dans « G’sätzli ». Et puis, avec « Cancion al arbol del olvido » (et en prémisse « Lasciati amare » de Castagnaro, latin sinon espagnol), elle passe brutalement à autre chose qu’à une composition, aussi réussie soit-elle. Et on entend bien la différence entre une voyelle étrangère et une voyelle qui est consubstantiel à l’interprète. Toute la voix de la soprano se colore autrement, se réchauffe sans s’alourdir. Et quelque chose d’ineffablement mélancolique, même dans la célébration, pare chaque inflexion de Caballé, donnant un sens expressif à son pianissimo célèbre et célébré.

Et encore ? Courage … « Beautiful Dreamer » par … Marilyn Horne. Ce n’est pas un récital de comédies musicales (elle en a d’ailleurs réussi un excellent, avec Jerry Hadley chéri pour lui donner la réplique dans le duo du Fantôme de l’opéra). C’est bien pire que cela (au sens metternichien de « Elle n’est pas jolie, elle est pire », évidemment.) C’est le folklore américain revu à la sauce hollywoodienne. Des classiques entendus et repris des centaines de fois au cinéma, soit « traditionnels », soit composés dans une dynamique d’imitation, par Foster ou Copland. Les accompagnements sont aussi exubérants, dans leur registre, que ceux du récital de Hallstein. Avec un emploi titanesque des chœurs a capella (« Sometimes I Feel like a Motherless Child ») et fond de banjo pour suggérer la couleur locale. En 1986 Horne ne peut plus faire illusion : c’est une voix vaguement monstrueuse qu’on entend, de couleurs comme d’émission (tout est dans le nez et il y a des relents de chewing-gum dans l’ensemble) y compris et surtout quand elle s’applique à aller du côté du jazz et du gospel. Mais, là encore, la sincérité et la conviction sont absolument sidérantes. Si le timbre n’était pas si particulier il pourrait se fondre sans aucun problème dans l’esprit de l’ensemble, quand on voit les efforts de discipline de la chanteuse. Sûr que les américains, ceux qui regardent Oklahoma, écoutent Jane Froman et mangent du pop-corn, s’ils existent ailleurs que dans mon imagination, pleurent et vibrent en entendant ce Notre Père monumental (« The Lord’s Prayer ») ou « God Bless America » chanté avec un sens du spectacle qui explose allégrement toutes les conventions et la simple idée du bon goût. C’est Elmer Gantry et le final du Mirage de la vie converti en musique tout à la fois. Seul moment vraiment éprouvant, même pour moi, « I Bought Me a Cat » (dans la version Copland) parce qu’entendre la chanteuse imiter avec sérieux les cris des animaux de la ferme provoque des idées un peu trop insultantes à son égard.

Et les Anglaises alors ? Britannia se situe encore ailleurs et le bonheur que j’éprouve à écouter Felicity Palmer dans son disque de ballades victoriennes et édouardiennes est différent (la curiosité du disque de Baker avec orgue se rapproche davantage du picotement). Mais, en un sens, la leçon est la même.  Suite au prochain épisode donc.           

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 18:50

Merci Norbert (Elias, évidemment)

 

 

Ces survivances [on parle de la société de cour] ont été soumises, de la part de la société bourgeoise, à une transformation étrange qui leur a donné un caractère de fantômes. De fait, on a reçu l'héritage de la société de de cour sous une forme plus grossière et dépouillée de sa vraie signification.

 

En note : Ainsi transformé il est un des éléments essentiels de cette forme d'existence curieuse à laquelle on a donné - bien à tort dans un sens exclusivement péjoratif - le nom de "kitsch".

 

 

 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 14:04

 

 

Elly Ameling fut d’abord pour moi un de ces noms qu’on trouvait si facilement dans les catalogues de disques sans que j’y associe grand-chose de vocal. D’autant qu’elle ne semblait pas en prise au répertoire lyrique proprement dit. Je ressentais quelque chose de très voisin, à tort, y compris au niveau du répertoire, pour Edith Mathis ou Arleen Auger. Des lieder, des mélodies, des oratorios, des messes, des cantates, du Mozart, du Schubert et du Bach … Les premières écoutes furent d’ailleurs systématiquement décevantes. Je ne trouvais pas les angles et l’hypertrophie vocale que j’aimais alors (et que, d’une certaine manière, j’aime toujours). Et je m’ennuyais quelque peu poliment en cherchant à décrypter ce qu’était « la musicalité » puisque c’est de cela qu’on crédite toujours ce type de chanteuses.

Aujourd’hui, alors que je suis plus sensible sans doute à l’argent qu’à l’or, le timbre d’Ameling suffit à me toucher. Quoi de plus personnel ? Et à l’instant en écoutant son « Misera, dove son ! » je réalise à quel point je suis ébloui par cette clarté chaleureuse qu’elle met dans tout, mais que la virtuosité, ou du moins la vivacité, de ces pages exacerbe. J’aime profondément la texture souple d’une voix sage, chez laquelle le moelleux peut être, dans le plus mauvais des cas, synonyme de mollesse et je comprends qu’on puisse attendre davantage de mobilité expressive, d’esprit ou d’autorité naturelle. Quelque chose d’un peu blanc dans les extrêmes aigus ne fait que renforcer la séduction que l’instrument exerce sur moi. Je pense que cette voix est essentiellement chez elle quand elle évolue dans son ravissant medium. Mais la manière dont elle se défait, dont elle perd de son poids dans l’aigu projeté en force, dont le son se déconcentre, sans rien perdre de sa lumière me fait bien sentir ce qu’elle a, par essence, de séraphique (ou de super angélique si vous préférez. Archangelique ?). Je ressens ça plus particulièrement quand elle se débat, sans jamais perdre de son intégrité (elle vocalise parfaitement et le legato est idéal), dans les filets de « Come Scoglio » qui est, de tout ceux que j’ai entendus, celui qui m’a le plus touché vocalement avec Grümmer peut-être. Rien que ça.

Même séduction immédiate, qui me vrille les oreilles, dans les airs de Zerlina, de Suzanne ou de Chérubin, pris à un tempo radical (« Batti, batti, o bel Masetto » à un train d’enfer. Explicite vision de la sexualité des interprètes ?) par Edo de Waart qui soumet son interprète à des prouesses d’articulation musicale auxquelles elle se soumet sans faillir. Les soupirs, les suspensions, les nuances, les allégements qui habillent ces lignes simples sans les dénaturer (« est-ce cela la musicalité ? »), le sourire (ce n’est pas, du moins à mes oreilles, une voix frigide, ni même froide finalement) dans le creux de la voix, autant d’éléments qui compensent largement une couleur un peu uniforme et une franchise un peu simple. Dans la partie Mozart du récital (enregistré en 1972) seul souffre de cette imagination courte peut-être le « Chi’o mi scordi di te ? » avec piano qui a besoin d’être soutenu (pendant dix minutes !) par des couleurs plus variées, même si le récitatif est animé par une conviction réelle quoi que conventionnelle. Mais ça reste beau (le moelleux encore) comme du Ingeborg Hallstein, la densité en plus.

La deuxième partie du disque tel qu'il est édité aujourd'hui, enregistré trois ans après le récital Mozart (et avec un orchestre différent, même si le chef et sa rapidité demeurent), est consacrée à des airs d’opéra de Schubert (Claudine von Villa Bella, Die Bürgschaft, Die Zwillungbrüder, Alfonso und Estrella, Die Verschworenen), entreprise dont je ne connais pas d’autres exemples de la part d’un soprano. Des airs courts et frémissants, dans le sourire ou l’inquiétude, qui exposent la nature intrinsèque d’une voix (chair et timbre) autant que son esprit et son allemand. La prégnance de la couleur d’Ameling, que la prise de son met au premier plan, donne à toutes ces héroïnes un air de parenté, mais le respect de la musique permet à tout le moins d’esquisser des portraits individuels. On sent néanmoins que la plupart du temps airs et ariettes se situent précisément à l’emplacement exact du « blanchiment » de la voix (à un endroit précis du haut medium) sans lui permettre exactement de faire preuve de ces qualités d’emportement et de virtuosité propre à une certaine grammaire mozartienne. Le plus beau est à chercher du côté de l’admirable romance d’Helene, extraite de Die Verschworenen, plus profonde et donc plus flatteuse au niveau de la tessiture et qu’elle chante avec une délicatesse prenante, toute imprégnée de mélancolie et de nuances.      

Demeure une question grave. D’où vient le rapport mystérieux que j’entretiens avec les chanteuses bataves ?          

 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 12:35

 

 

Les deux décennies dont je parlerai les mois à venir sont celles dont je suis le plus familier et les actrices nommées en 1941 aux oscars (ainsi que les films pour lesquelles elles furent distinguées) sont on ne peut plus représentatives, chacune dans leur registre, de ce qu’on a appelé, à tort ou à raison « l’âge d’or du cinéma hollywoodien ».

  • Bette Davis La Vipère Wyler
  • Olivia de Havilland Par la Porte d’Or Leisen
  • Greer Garson Les Oubliés Mervyn Leroy
  • Joan Fontaine Soupçons Hitchcock
  • Barbara Stanwyck Boule de feu Hawks

Davis devenait décidemment une championne à ce petit jeu. Dirigée par Wyler dans l’adaptation d’une pièce déjà célèbre de Lilian Hellmann, avec robe à tournure, maquillage vieillissant (elle avait une dizaine d’années de moins que son personnage) et accent du sud, elle ne pouvait que faire sensation. D’autant qu’elle jouait un des caractères les plus spectaculairement mauvais de sa riche carrière. On sait les affrontements homériques du réalisateur et de l’actrice sur le plateau (leur liaison s’achevait, ce qui n’arrangeait pas les choses). Pourtant on n’a jamais le sentiment que Bette Davis perd le contrôle de son interprétation et chacun de ses choix semble méticuleusement réfléchis. Comme l’expression impénétrable et cependant impliquée qu’elle « tient » pendant l’interminable minute où son mari, Herbert Marshall, agonise sans qu’elle vienne à son aide. Peut-être le gros plan le plus justement célèbre de sa carrière. Mais la retenue haineuse de ses dialogues acérés, avec son époux ou avec ses frères est également magistrale. Aucune tendresse et aucune sexualité (elle qui n’en était pas avare) n’affleure dans son jeu, ce que Wyler lui reprocha. Même le charme dont elle est censée faire preuve n’opère pas réellement. Davis est plus monolithique peut-être que son rôle, mais dans le registre étroit qu’elle s’impose (et c’est manifestement une barrière qu’elle se met en toute conscience) elle réussit le tour de force d’être à la fois archétypale et jamais caricaturale, laissant, comme souvent, le spectateur fasciné. D’ailleurs dans ce film qui est au fond riche et choral (le pluriel du titre original The Little foxes est parlant) sa présence domine magnifiquement l’intrigue et on guette avec impatience chacune de ses apparitions. Disponible en zone 1, mais avec stf. 

 

 

 

 

Autre actrice, autre type. La jeune Olivia de Havilland avait été nommée déjà pour sa prestation mémorable dans Autant en emporte le vent, mais son interprétation dans Par la porte d’Or lui valut sa reconnaissance en tant que leading lady « dramatique », après que le rôle de Mrs de Winter dans Rebecca lui a échappé pour des raisons matérielles. Je ne suis pas toujours sensible à la personnalité cinématographie de l’actrice (dans ses interprétations les plus tardives je trouve que quelque chose de très sec et mécanique révèle quelques limites) mais elle a toujours rendu plus que justice aux rôles pour lesquels elle se battit dans les années 40. Et même, si son personnage d’institutrice naïve dans Par la porte d’or est moins varié et riche que ceux qu’elle abordera un peu plus tard avec des résultats encore plus remarquables peut-être, c’est dans ce rôle, a priori ingrat, qu’elle me convainc et surtout m’émeut le plus absolument : le film tourne finalement autour de Charles Boyer (renversant), Paulette Goddard a un rôle plus brillant et piquant que le sien et son temps à l’écran est relativement limité (elle n’a même pas le droit à une grande scène sur son lit d’hôpital et c’est sur son partenaire que se termine le film, pas sur leurs retrouvailles). Mais elle évite tous les pièges de la mièvrerie et du sentimentalisme. Pas un alanguissement dans le regard ou le phrasé. Quelque chose de très direct et sain illumine sa prestation et pas à un instant on a le sentiment d’être confronté à un personnage niais ou falot (alors que sur le papier …). Du coup le spectateur n’est absolument pas surpris ni par l’amour que finit par éprouver le cynique Boyer, ni par son attitude courageuse et noble quand elle se sait trahie. En fait elle a réussi, avec un naturel qui en fait tout le prix et une mobilité expressive qui lui donne énormément de séduction, à construire un personnage éminemment touchant et, au premier sens du mot, aimable.  Le film, une réussite assez remarquable, vient tout juste de sortir en DVD en zone 2 avec stf.

Depuis deux ans Greer Garson poursuivait une carrière qui s’annonçait triomphale. La MGM lui fit assez confiance pour construire autour d’elle un biopic en couleurs (ce qui n’était absolument pas systématique pour le genre et très couteux) consacré à Edna Gladney, figure maternelle par excellence qui se consacra aux orphelins de son état (le Texas) pendant vingt ans, mettant de côté sa vie personnelle après les morts de ses fils et époux. Un rôle « à oscar » dans un beau film sentimental qui fera pour la première fois apparier l’actrice et Walter Pidgeon, destinés, en tant que couple à l’écran, à une immense popularité. Garson (un régal pour les yeux en technicolor) expérimente pour la première fois ce qui deviendra sa spécialité : le film dramatique souriant. Elle est aussi à l’aise dans un registre que dans l’autre, faisant preuve d’un humour et d’une distance légère très appréciables (je n’ai jamais compris qu’on lui fasse le reproche d’être une actrice « grande dame »), mais toujours convaincante et juste dans les larmes dont elle n’abuse pas. Comme souvent elle se montre si à l’aise dans son rôle qu’il semble exactement écrit pour elle (alors que ce n’était pas encore le cas en 1941 où, à l’inverse, elle s’essayait à un nouveau registre). La technique n’est jamais apparente chez elle, ce qui est à mettre absolument à son crédit, mais je ne suis pas certain qu’elle s’astreigne à une réelle composition. Dans beaucoup de films de Garson j’ai l’impression qu’elle glisse sur du velours, m’entrainant à sa suite, moi qui suis conquis d’avance par ce qu’elle dégage. Mais qu’en est-il, si on est réfractaire à sa personnalité ? C’est sans doute pour cela que je la préfère peut-être à la marge de son emploi habituel. Reste évidemment un portait sans faute et souvent irrésistible devant lequel je m’incline bien volontiers. Disponible en zone 1 avec stf.

 

 

 

Les internautes adorent parler de la rivalité Fontaine/De Havilland, deux soeurs à l'apparence douce et au caractère ferme. En 1941 elles furent pour l'unique fois de leur carrière toutes les deux candidates aux oscars. On a beaucoup dit que Joan Fontaine (sur le même modèle que Davis en 1935) avait remporté la statuette pour compenser son échec immérité en 1940, pour Rebecca. Il y avait de quoi s’embrouiller d’ailleurs puisque avec Soupçons elle jouait à nouveau, dans un film « anglais » (je parle d’atmosphère, pas de production) signé Hitchcock, l’épouse timide et mal à l’aise d’un homme séduisant et mystérieux (Cary Grant cette fois, après Laurence Olivier). J’ai beaucoup d’affection pour le film que je revoie toujours avec plaisir (et quelques séquences sont vraiment remarquablement mises en scène). Et Fontaine est vraiment délicieuse à regarder, et jamais ennuyeuse, quand elle commence à penser que son époux est un dangereux criminel. Ses expressions apeurées sont toujours justes et elle les varie suffisamment pour donner l’impression d’évoluer dans l’angoisse d’autant qu’elle est idéale pour exprimer la fragilité et l’incertitude. Reste que ça ne « marche » pas totalement à mes yeux. D’abord parce que j’ai vraiment le sentiment, à la fin du film, de n’avoir rien compris à Lina. Comment Fontaine voyait-elle son personnage exactement ? Dans toute la première partie on flotte dans l’incertitude : est-elle une jeune femme froide et intellectuelle (comme Fontaine l’interprète dans la scène du train) ? Une plutôt graine de vieille fille (c’est ce que ses parents disent d’elle, mais rien de la caractérisation et le physique de l’actrice ne suggère réellement cette idée) ? Une tête folle romanesque ? Et l’actrice n’arrive pas non plus exactement, du moins c’est mon sentiment, à nous faire comprendre ce qui la pousse dans les bras du séducteur. Le coup de foudre ? La sexualité refoulée ? Le hasard ? Bref un charme réel se dégage de l’ensemble, mais je n’arrête pas de me dire, pendant tout le film que j’assiste à un « récital » Fontaine dans ce qu’elle sait bien faire, plus que je ne suis touché par une interprétation construite et sentie. Visible depuis longtemps.   

L’adaptation d’une pièce de théâtre prestigieuse, un biopic, un film romantique, un thriller romanesque … pour équilibrer cette couleur très sérieuse les votants se tournèrent vers l’interprétation très remarquée de Barbara Stanwyck dans Boules de feux. Les cinéphiles la préfèrent souvent, la même année, dans The Lady Eve, mais personne ne peut reprocher à Stanwyck quoi que ce soit, tant l’actrice est toujours, au minimum, compétente. Elle est, comme d’habitude, d’une décourageante perfection, dans la comédie de Hawks. Admirable caméléon, elle suggère tous les aspects de son personnage, d’un geste, d’une attitude, d’une inflexion : la dureté, la débrouillardise, la vulgarité, l’assurance. Et il y a vraiment, à son actif et à celui du réalisateur, ce très beau plan dans le noir où elle semble absorber l’amour et le désir de Gary Cooper à son égard. Je dois avouer cependant que, dans la comédie, Stanwyck échoue souvent à me faire rire, même si je suis très impressionné par son timing étonnamment mesuré dans ce registre, mais sans mollesse.  Dans Boule de feu tout me plait, y compris elle, et tout me fait rire, sauf elle (sauf quand elle provoque à dessein l’austère gouvernante). Par comparaison Cooper et ses comparses sont, à la fois, attachants et hilarants. L’acteur, dans son numéro de séduisant clown blanc, me semble en fin de compte focaliser les attentes du spectateur, davantage que sa pourtant précise et efficace partenaire. Au moment où j’écris ces lignes je remarque cependant que je n’imagine pas beaucoup d’actrices de sa génération capables d’endosser un tel rôle sans se ridiculiser. Claudette Colbert peut-être. Disponible en zone 1, avec stf (hélas assez cher. Merci Catherine.)

La coupe Volpi vénitienne revint cette année là à Luise Ulrich pour Annelies et le National Board of Review distingua également Fontaine et Davis. Mais aussi la quasi-débutante Bergman pour Rages of Heaven, Garbo pour son dernier film La Femme aux deux visages (pas un chef d’œuvre, mais pas non plus un film indigne. Et je me demande si je ne la préfère finalement pas ici plutôt que dans Ninotchka) et Mary Astor pour Le Grand Mensonge (elle devait remporter l’oscar du meilleur second rôle pour cette performance) et Le Faucon Maltais. Je suis un admirateur inconditionnel d’Astor, mais je n’ai pas souvent l’occasion d’en parler ici, puisqu’elle décida volontairement de se cantonner aux rôles secondaires en dépit de sa présence époustouflante. Le Grand Mensonge est un des Goulding que je préfère, sans doute en grande partie grâce à son cabotinage et à son allure. Et sa femme fatale atypique, essoufflée (Huston la faisait courir entre chaque prise), vénéneuse, ondoyante, aux regards limpides mais pourtant faux, dans Le Faucon Maltais est un des sommets du genre, à mon sens. Six nommées cette année chez moi, je n’arrive pas à les départager totalement.

 

  • Mary Astor pour Le Faucon Maltais
  • Bette Davis pour La Vipère
  • Olivia de Havilland pour Par La Porte d’Or
  • Veronika Lake pour Les Voyages de Sullivan (j’adore la manière dont elle sous-joue, ne semble rien prendre au sérieux et en même temps dégage quelque chose de très fragile qui colle au personnage. On a vraiment l’impression qu’elle a vécu avant de rencontrer le héros.) Zone 2 stf.
  • Heddy Lamarr pour Souvenirs (de King Vidor. Peut-être le meilleur rôle de Lamarr, bien meilleure actrice qu’on a pu le dire, mais ici particulièrement juste et digne jusqu’à son déguisement de vieille dame. Sa froideur naturelle et sa diction polie ne deviennent jamais des handicaps mais servent plutôt le propos.) Uniquement visible en DVD + R.
  • Lana Turner pour La Danseuse des Ziegfeld Follies(de Robert Z.Leonard. La MGM ne prit pas la peine, comme pour Crawford, de faire campagne, mais Turner en danseuse alcoolique est éblouissante et vampirise l’écran, aidée par un physique extraordinaire et par une conviction et un engagement particulièrement émouvants. La scène où elle s’effondre dans l’escalier du théâtre est un des sommets de sa carrière.) Disponible en zone 2.  

Lana-Turner.jpg

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 15:17

Oui je sais que cette étape est toujours inquiétante (elle a signifié, du moins en ai-je l'impression, le ralentissement du blog érudit de Licida) un peu comme le titre le plus élevé ou la charge la plus prestigieuse signifiait pour les favorites de Louis XIV la fin, précisément de la faveur, mais enfin je voulais écrire que je ne me désintéressais pas du blog. (Ce qui est, je m'en rends compte, un peu présomptueux).

 

J'attends maintenant les vacances et la reverdie pour dire quelques mots  :

 

  • Des oscars 1941/1942/1943.
  • D'autres mozartiennes, après Mathis et Stader (en l'occurrence Judith Blegen, Arleen Auger et Helen Donath).
  • Du récital d'airs d'opéra et de concert de Schubert et Mozart par Elly Ameling.
  • Des valses viennoises signées par d'autres que par les Strauss. Là c'est assez ambitieux, puisque je n'y connais rien, mais le thème m'obsède en ce moment.
  • Des canaris hollywoodiens, espèce pour laquelle j'ai une grande affection.

 

 

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 20:56
Douze objets d'obession (sans compter Ferrier, Seefried, Baker et Sutherland évidemment)
La découverte d'une Zaïde de concert avec Gré Brouwentijn ... qu'on peut écouter intégralement sur youtube.
La noblesse et la splendeur de Crespin dans le répertoire italien.
Ce que la voix de Sena Jurinac peut avoir de parfaitement accrochée au sol sans jamais cesser de regarder haut.
La liquidité inquiétante d'Elena Souliotis qui transfigure Puccini (mais c'est Manon Lescaut, je n'ai pas trop de mal à aimer ce Puccini là.)
 
La perfection modeste d'Edith Mathis.
Le vibratello et le français de Mady Mesplé "une grande artiste mélancolique"
Le secret magnifique d'Amurat.
 

 

La concentration du ton et la froideur claire du timbre de Maria Stader.

 

 

Les couleurs entêtantes et les grâces de phrasé d'Antonietta Stella  

 

 

 

L'ostinato lancinant que met Stich-Randall aux lamentations baroques.  

 

 

 

La coulée de marbre de Tebaldi.

 

 

 

 

 La ligne et le pianissimo de Claire Watson dans Mozart.

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 20:29

 

 

 

 

12 entrées dans le mélodrame en couleurs

Quatre pour illustrer le génie de Ross Hunter

Tout ce que le ciel permet (Douglas Sirk)

Revu avec un bonheur intense en cette période. Je continue de penser que c’est le film le mieux mis en scène que j’ai jamais visionné. Chaque plan est parfait, chaque séquence idéalement construite et montée, tout ce qui est montré est signifiant et les dialogues, y compris lorsqu’ils se réduisent à une succession de clichés, touchent droit au but et l’utilisation de la musique est éblouissante. Wyman et Hudson sont merveilleux de simplicité et forment, avec leur physiques contrastés, un des couples les attachants de l’histoire du cinéma. Curieusement si le film est réalisé comme un mélodrame, à tel point qu’il fait référence dans ce registre, son intrigue est d’une banalité et d’une linéarité qui contrastent avec les excès attachés aux autres grands titres exemplaires. Il faut rappeler que le film est basé sur le même sujet (mais était-ce conscient ?) qu’un ancien succès Warner de Barbara Stanwyck My reputation, réussite mineure mais très attachante.

Mirage de la vie (Douglas Sirk)

Remake d’un film de Stalh, à la grammaire visuelle beaucoup plus pauvre le film, la derniere œuvre de Sirk (qui pensa un moment travailler sur un remake de Madame X avec la même Lana Turner)  est un feu d’artifices à la fois plastique et émotionnel qui a suscité une exégèse nombreuse et passionnante au même titre que certains titres d’Ophuls ou d’Hitchcock.  Le film peut donc se lire au premier ou au second degré (c’est le titre qui le dit) mais je me suis toujours refusé à croire que la fameuse ironie sirkienne puisse se faire au dépend de ses personnages. Le générique d’ouverture est à lui seul un chef d’œuvre mais Sirk réussit à prolonger indéfiniment ce qui devrait constituer un seul et unique climax. L’effet lacrymale, pour qui est sensible au genre, est encore assuré à la dixième vision (« Good Bye … mummy »). 

Back Street (David Miller)

Hunter sans Sirk. Comme Le Secret Magnifique le remake d’un film avec Irene Dunne (qui avait d’ailleurs déjà été refait en 1940 avec Margaret Sullavan). Comme Le Mirage de la vie c’est d’une adaptation de Fanny Hurst qu’il s’agit. Le film de Miller permet donc de constater que le génie de Sirk lui était propre et n’avait rien à voir avec les production values. Le plaisir est pourtant d’une violence proportionnelle à l’argent investi. La bande annonce est restée légendaire car elle présentait les modèles que de grands couturiers parisiens avaient dessinés pour le film. Et la villa sur la Riviera est une des plus luxueuse jamais vue à l’écran (luxe paradoxal quand on pense qu’il s’agit à la base d’une histoire de misère et de tristesse). Hayward est trop âgée pour le rôle, mais Vera Miles en épouse alcoolique et amère vaut carrément le détour (et le coup d’œil, surtout dans ces robes.)

Son Seul Amour (Jerry Hopper)

Le film aurait dû constituer de nouvelles retrouvailles Sirk/Hudson/Wyman. Mais cette dernière était trop comme il faut pour jouer une fille de saloon et le réalisateur allemand s’attela à d’autres projets. Le film (en costumes) fut un échec relatif, ce qui persuada Hunter de ne plus donner que dans le contemporain. C’est l’adaptation d’un best seller scandaleux, au cadre vaguement westernien, mais surtout prétexte à accompagner Anne Baxter (excellente) à la recherche de maternité et de respectabilité pendant dix ans, jusqu’à un incendie rédempteur qui la débarrasse à la fois de la maison de jeux clinquantes qu’elle avait fait construire pour de mauvaise raison, et de l’épouse (évidemment odieuse) de l’homme qu’elle aimait. Rien ne manque pour jouir sans contrainte des éléments nécessaires au genre, mais c’est surtout le dernier quart d’heure (un soir de réveillon d’ailleurs) qui achève d’entrainer l’adhésion. A noter que le film m’avait été signalé dans El Melodrama de Guillermo Balmori.

 

 

Une trilogie pour éclairer les années 60.

En tout cas les débuts des années 60, quand à la très sérieuse MGM on ne savait plus exactement comment matcher les concurrents dans le registre mélodramo-trash. Mettre en scène la prostitution et ses déboires apparut comme une solution idéale  pour attirer un public en mal d’émotions fortes.  Ce furent La Venus au vison (Daniel Mann), Ada (du même) et Volupté (Ranald MacDougald). Trois films construits autour des rapports (évidemment impossibles au moins a priori) entre une call girl (ou une entraineuse) et un homme riche/puissant. Daniel Mann en a réalisé deux, Ada devant être un véhicule pour Elisabeth Taylor qui avait déjà joué dans La Vénus au vison. Volupté, sorti la même année que le film avec Taylor, fut finalement sacrifié par les publicistes de la firme quand ils réalisèrent que les deux films étaient vraiment trop proches (1960) et que Taylor bénéficiait d’une aura toute autre que celle de Gina Lollobrigida à ce moment là. Trois mélodrames plutôt sordides, trois variations sur la Dame aux camélias, dans un univers glauque (Daniel Mann est toujours inspiré dans ce registre) et hyper urbain. Mais les intrigues sont ponctuées d’excès qui, simplement illustrés pourtant, dégagent une séduction malsaine. La Venus au vison les multiplie, dès une ouverture fracassante au cours de laquelle la Liz Taylor des grands jours, à la fois vulgaire et flamboyante, bref parfaite pour le rôle, se réveille dans un lit déserté, lance l’argent qu’on lui a laissé, écrit avec un rouge à lèvre sur un miroir « Pas à vendre » et s’empare d’un vison qu’elle enfile directement par-dessus son déshabillé. Volupté est plus modeste mais devient très piquant quand on découvre que le personnage paternel (équivalent de Germont père dans la pièce de Dumas Fils) est aussi un ex-amant de la fiancée de son fils. Et Ada est plus optimiste, puisque Susan Hayward (très à l’aise) non seulement conserve son époux gouverneur mais réussit à se faire un nom dans la politique (!!!). 

 

 

 

Cinq titres pour rappeler que dans « Mélodrame » il y a « mélo »

Mélodie Interrompue (Curtis Bernhart) 

Biopic de la soprano Marjorie Lawrence et peut-être le rôle le plus prestigieux d’Eleanor Parker, spectaculaire, qui joue de manière très théâtrale, suivant les codes du temps, les passages sur scènes, et surjoue, avec maestria, les moments les plus dramatiques du film (montrant ainsi subtilement la différence entre les deux). Le film est un excellent exemple de ces biographies en principe anodines et basées sur un schéma immuable (difficultés à percer puis immense succès) qui prennent tout leur intérêt grâce à un élément ouvertement mélodramatique (ici la poliomyélite dont est brusquement atteinte la chanteuse). On est constamment aux frontières (si tenues dans ce registre) du ridicule et du sublime, mais si on marche (sans jeu de mots) le moment où Lawrence/Parker parvient, alors qu’elle chante la mort d’Isolde, à se tenir sur ses deux jambes, procure frissons jubilatoires. C’est Eileen Farrell qui double Eleanor Parker. Farrell avait refusé que son nom soit cité au générique pour ne pas faire d’ombre à Lawrence qui chantait encore en 1955 mais n’était guère plus capable de donner les morceaux de bravoure exigés pour le film.

La Chanson du souvenir (Charles Vidor)

Autre biopic, d’un compositeur cette fois, en l’occurrence Chopin, joué par Corneld Wilde (propulsé star) qui n’a pas précisément un physique de phtisique. Le cabotinage éhonté de Paul Muni et l’allure aristocrate de Merle Oberon en George Sand (interprétée par les scénaristes et l’actrice comme un mauvais génie) valent, à eux seuls, le détour. Gros succès de la Universal avec des tonnes de musique accessible quoique sérieuse et les couleurs typiques de la firme. Chopin devient un héros de l’indépendance polonaise, est déchiré par ses sentiments amoureux et contradictoires et joue du piano (pour la patrie) à en mourir. Sand (adepte de l’art pour l’art) refuse de venir à son chevet, mais la mort est comme une transfiguration de l’artiste, n’est-ce pas … on ne pleure peut-être pas (Charles Vidor n’est pas un génie du genre) mais l’ensemble a fier allure, grâce aux production values et aux interprètes.

La Belle des belles (Robert Z.Leonard)

C’est signé par un vétéran d’Hollywood (il avait mis en scène pratiquement la même histoire dans le génial Chant du printemps) qui, dit-on ne vint pratiquement jamais sur le plateau, laissant aux producteurs et à la diva littéralement le soin de faire le film. On cherchera vainement une idée de réalisateur dans ce mélo picaresque, prétexte surtout à voir triompher et souffrir Lollobrigida (censée incarner Lina Cavalieri), plus Gina que jamais, c'est-à-dire assez géniale. Plumes et robes à tournures sont sollicités autant que les corsets mettant en valeur une taille de guêpe et une poitrine destinée à affoler les foules. L’intrigue est délicieusement abracadabrante avec tous les clichés hérités d’Ambre (une fille du peuple se hausse à la force du poignet ou du gosier jusqu’à une situation privilégiée, sans cesse menacée par l’amour qu’elle continue d’éprouver pour un aristocrate un peu méprisant). Lollobrigida descend des escaliers en courant, se bat en duel et chante Tosca …

Les Chaussons rouges (Michael Powell)

Rien à dire, tout à voir. Et surtout le film a déjà été (justement) si commenté. J’ai cependant un souvenir très fort de mon premier visionnage, dans une chambre d’étudiant, sur un écran minuscule qui n’arrivait pas à éteindre totalement la splendeur visuel du film. Et de mon second, au cinéma cette fois-ci, où toute la salle s’était dressée quand Moïra Shearer se précipitait vers la mort.

 Rhapsodie (Charles Vidor)

Ravissant mélodrame musical, un peu long peut-être (les premières séquences ont tendance à se diluer) mais qui prend son envol en milieu de parcours, exploitant au maximum les morceaux de bravoure musicaux et les lieux communs narratifs du genre, miraculeusement appariés, grâce à la caméra de Charles Vidor. Le trio amoureux formé par Elizabeth Taylor, Vittorio Gassmann et l’injustement méconnu John Ericson (doublé par Claude Arrau au piano) est irrésistible et brûlant. On appréciera particulièrement les dernières scènes, culminant sur un digest du concerto de Rachmaninov (et de multiples gros plans sur le visage humide de larmes de Taylor) et la réussite du plan final, d’une simplicité enfantine mais très efficace. Le tout se passe, bien entendu, en Europe et le plus souvent à Zurich. Film signalé à mon attention par l’indispensable The Great Romantic films  de Lawrence J.Quirk.  

 

 

 

Deux films pour ouvrir deux horizons

Les Plaisirs de l’Enfer (Mark Robson) 

Un des sommets du genre. Et d’un sous-genre : « les secrets d’une petite ville de province  américaine ». Nouvelle adaptation d’un roman scandaleux, signé Grace Metalious cette fois, (« Peyton place ») qu’il édulcore forcément (l’original est sensiblement plus sinistre, comme l’était déjà les romans de Fanny Hurst), le film est pourtant redoutablement efficace. Peut-être est-ce les thèmes musicaux destinés à devenir ultra populaire. Peut-être est-ce la distribution particulièrement inspirée (et menée par Lana Turner au sommet de sa lanatitude). Peut-être sont-ce les outrances du scénario. Ou alors la force de quelques séquences techniquement impeccables (merci Mark Robson), en particulier dès qu’elles concernent le personnage d’Hope Lange. Un film dont je ne me lasse pas, tant il flatte certains instints « soap » que je camoufle difficilement.

Ils n’ont que vingt ans (Delmer Daves)

Le meilleur des mélodrames adolescents que Daves réalisa et produisit pour la Warner avec le radieux et poupon Troy Denahue. La BO est une merveille signée Max Steiner (excusez du peu) et les couleurs comme la mise en espace sont éblouissants. Pour plus de détails voir ici. 

 

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 00:31

En espérant plus détaillé un jour ...

 

Moi qui pensais que les aigus suspendus de la fin étaient une invention de Caballé dans cette page .... J'oublie toujours qu'elle fait ses début à Brême, comme les musiciens.

 

 

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 23:18

 

J’attends, plein d’espoir, le récital de Noël de Sumi Jo. La couverture est atroce, mais le programme montre encore une fois quelle femme intelligente la chanteuse coréenne est. Certes le Mozart attendu mais au moins pas tronqué. Quelques carols (« Minuit, chrétiens » en anglais, « Stille Nacht » évidemment) du Praetorius, du Crüger … et puis surtout la Cantate pastorale de Scarlatti et celle de « Noël » de Christoph Bernhard. Des découvertes pour moi.

Car, si depuis quelques années j’écoute volontiers l’Oratorio de Bach ou le Messiah le 24 décembre (il est curieux de voir que chez moi l’amour de l’église a eu une croissance inversement proportionnelle à la foi véritable), j’ai commencé par me vautrer dans les récitals en fourrure des chanteuses que j’aimais.

Prenez Decca, par exemple, qui vient de rééditer les quatre récitals de Noël des grands noms de son enseigne. Kiri Te Kanawa (Joker !), Leontyne Price (Joker !), Renata Tebaldi et Joan Sutherland. Impossible de faire l’impasse sur cette dernière dans sa meilleure voix et son meilleur répertoire d’une certaine manière, innocente de toute ironie et de toute distance : la voix est encore d’une lumière extraordinaire (nous sommes en 1965), mais la timidité des débuts, l’abstraction mélancolique de ses premiers disques n’est plus là. Enrobés par Bonynge et plus encore par les arrangements de l’indispensable Douglas Gamley, les chants de Noël traditionnels sont autant d’exaltations souriantes que la chanteuse sert avec une ferveur totale. Il faut entendre ce qu’elle met de purement vocal à un « O Holy Night » titanesque ou à « O Divine Redeemer » et la manière qu’elle a de chanter à pleine et formidable voix des choses aussi inoffensives que  « Angel we have heard on High » (avec le trille des grands soirs !) ou « Deck the Hall ». Une extraterrestre nouvellement débarquée en Nouvelle Angleterre mais parfaitement intégrée à son environnement.

Tebaldi c’est autre chose bien entendu et on ne peut plus attendre, dans un programme et un esprit similaire (toujours Gamley, qu’on se rassure), les mêmes éclats, surtout en 1971.  Le timbre est à la fois chaleureux et d’une maturité un peu trop pleine et capiteuse. Mais le legato est toujours formidable et dans ses pages peu périlleuses ce que la voix a encore de séduisant reste merveilleusement mis en valeur. Le « Panus Angelicus » est un monument et la voix s’y déroule par couches successives. « O Divine Redeemer » est handicapé par un anglais qui racle beaucoup, mais le port est impérial et la grande soufflerie marche à plein volume (de toute manière la plus grande version vocale de cette page a été donnée par Clara Butt. On ne peut passer après en toute quiétude.)  Mais l’ensemble du disque vogue entre la grandeur romaine de la manière et la tendresse du timbre et des nuances piano.

Face à ses monuments certaines chanteuses faites pour le kistch et les trompettes, ou du moins débordantes de personnalité, s’en tirent remarquablement bien. Ainsi Gruberova que je découvre cette année, n’a peur de rien, à tel point qu’elle case même le Pie Jesus du Requiem … d’Andrew Loyd Weber dans le programme. Elle joue la carte du séraphique, presque inquiétante finalement, en tout cas extrêmement sobre expressivement, quand la voix au contraire multiplie les sons filés et les numéros de trapèze dès le « Sound the Trumpet » initial (j’ignore d’ailleurs d’où sort cet air qui n’a rien à voir avec le duo chanté par Baillie et Ferrier que je connaissais). Au demeurant, comme Sutherland, elle donne un relief considérable aux chants traditionnels, tout à coup chargés d’une vocalité riche et imaginative sans non plus être d’un maniérisme trop évident, respectant les pages et leur esprit (tout ce qui est a capella est vraiment très beau). Il faut simplement ne pas être allergique au principe, ni à la chanteuse (ni au prise de son très rapprochée. Ca fait beaucoup de « ni » quand même.) C’est à chercher du côté de Nightingale Classics et ça date de 1994.

L’apothéose du genre est, évidemment américaine. Pour Carnegie Hall Frederica Von Stade et Kathleen Battle s’associent à Wynton Marsalis et à André Prévin (qui d’autre ?). Programme balisé quoiqu’éclectique qui convoque aussi bien Humperdinck, Mozart et Reger que des chansons typiquement étasuniennes (Rodgers et Hammerstein bien entendu). On perçoit nettement le plaisir v que les chanteuses prennent au Show. La spontanéité fabriquée, le sourire et les coquetteries dans la voix, les improvisations répétées à l’avance (elles interpellent quelques mesures du duo final du Chevalier à la Rose au milieu de « The Twelve Days of Christmas »), les flirts avec le jazz … rien ne manque et rien ne dépasse. Et partant ça tourne. D’autant que les pages ne sont guère dangereuses (Battle s’alanguit et tient le contre-ut dans l’Alléluia de l’Exultate Jubilate pour rappeler qu’au fond c’est une chanteuse lyrique) et qu’elles ne jouent pas avec ce répertoire de la même manière que les autres (peut être parce qu’il leur est, d’une certaine manière, culturellement congénital). Le tout chez Sony, mais c’est un live, on l’aura compris.

Le remède à ses guirlandes épanouies est à chercher du côté de l’Allemagne ou plutôt de la Suisse. Maria Stader est pour DG l’ambassadrice idéale d’un chant plus austère mais tout aussi fervent. Bien entendu le Noël de Stader est moins hollywoodien (ou moins féérique, d’où dépend de la manière dont vous percevez la chose). Curieusement cette voix très claire m’a toujours semblé venir de la terre. La rectitude et la franchise avec laquelle elle aborde un répertoire folklorique (« 18 chants de Noël Européens") fait honneur à son impeccable sens du style et la transparence un peu archaïque de l’accompagnement est un parfait contrepoint à sa manière vocale. Mais comme toutes les autres, elle, les preneurs de son et les programmateurs prennent le parti de la lumière (rien de plus logique à Noël d’ailleurs » titre l’album) ce que renforcent l’émission si nette, presque tranchante et la diction très précise, d’une clarté infaillible (« In dulci jubilo » est magnifique de mots). Le plus beau est à chercher du côté du recueillement tendu qu’elle a les moyens émotionnels de mettre dans ces simples chansons (« Maria durch ein Dornwald ging » par exemple) sans sacrifier la nature de sa technique vocale. Mais il faut entendre la pointe de préciosité qui lui vient tout naturellement en français (« D’où viens-tu belle bergère ? ») et le sourire merveilleux de « Kommet ihr Hirten ».  Le disque a été réédité indépendamment (avec l’ « Exultate Jubilate » en complément), mais il est repris intégralement dans une belle compilation DG « Das Weihnachtalbum » avec, entre autres, le récital de Rital Streich (un peu plus sucré) et les admirables Reger et Cornelius gravés par Seefried pour la firme.   

L’année prochaine, c’est promis, je dis un mot du récital de Deutekom et de l’Oratorio de Noël de Saint-Saens.

 

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Published by Le vidame - dans Musique
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