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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 11:38






Noblesse d’empire. Ecuyer, chevalier, baron (bientôt « les plus anciens barons de France » les Montmorency seront en faille d’héritier), comte et duc. Vicomte et marquis n’ont plus leur place dans la hiérarchie : leurs titres fleurent trop l’Ancien Régime. Et l’antique noblesse de cour doit s’incliner. Ségur, dont certes le titre n’est pas usurpé, devenu maître des cérémonies de Napoléon, sera « refait comte », entendons qu’il devient « comte d’empire », par la grâce de l’empereur, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que de  porter un nom pluriséculaire.

Les noms, donc, sont parfois nouveaux (et certains sont éblouissants « Vous avez le plus beau titre de la bande : vous voilà duchesse d’Abrantès » annonce-t-on à Laure Junot) la hiérarchie aussi.

 

Sous Louis XIV et ses successeurs seul le titre de duc avait un éclat supérieur aux autres, aux yeux de l’Etiquette en tout cas. Au moment de la restauration Louis XVIII rétablira cette règle de base et n’accordera qu’aux femmes qu’il appelle « titrées », les duchesses, certains privilèges aux Tuileries (souvenir du « tabouret », en fait un fauteuil confortable, sur lequels les duchesses étaient autorisées à s’assoir en présence de la reine quand toutes les autres dames devaient rester debout). C’est madame de Boigne, née rien moins qu’Osmond, mais comtesse de fraiche date qui raconte cela, non sans amertume. Le roi était un spécialiste des règles versaillaises et savait à merveille en jouer. Quand la duchesse d’Orléans, une Bourbon- Sicile, fille du roi Ferdinand, venait visiter les souverains, elle avait le pas sur son mari, en tant qu’altesse royale. Pire encore : on lui ouvrait les deux portes quand on en refermait une au nez du futur roi des Français.

 

Les luttes d’Etiquette entre les deux maisons remontaient à plusieurs générations : le père de Louis-Philippe s’était vu supprimer son titre de « premier prince de sang » ce qui revenait à lui retirer également son équipage d’altesse royale. Et son grand-père n’avait pas pu rendre officiel son remariage avec madame de Montesson, tante de madame de Genlis, ce qui devait placer le couple et leur entourage dans une situation inextricable à la cour. On était loin du temps où Monsieur frère du roi Louis XIV et Madame, son épouse, princesse Palatine obtenaient de haute lutte pour leurs enfants le titre d’Enfants de France, en principe réservés uniquement aux fils et filles du roi et de la reine.



Louis-Philippe, prince de l'Ancien Régime avant les humiliations
 

Les Orléans gardèrent cependant le premier rang : sous Louis XIV, son frère Philippe était plus que premier prince de sang puisqu’il était lui-même fils de roi. Il épousera par deux fois des princesses royales et ses trois filles seront souveraines régnantes (en Espagne, en Savoie et en Lorraine). Son fils, le futur régent, placera également sur les trônes d’Espagne et, plus modestement, de Modène, Louise et Charlotte d'Orléans. Trois générations plus tard, perdue dans la tourmente révolutionnaire, marquée par l’opprobre d’être la fille du régicide, Adélaïde, plus tard « Madame Adélaïde », la sœur de Louis-Philippe ne trouvera pas à se marier. Son frère se contentera de la dernière des filles (ses sœurs avaient été impératrice, reine de Sardaigne et princesse des Asturies, c'est-à-dire héritière du trône d’Espagne) du roi et de la reine de Naples et des Deux Sicile. Union heureuse d’ailleurs.

 

Devenus roi et reine des Français Louis-Philippe et Marie-Amélie souffriront pour leurs enfants d’un blocus des alliances (il s’agissait de ne surtout pas cautionner la monarchie de juillet par un mariage) qui rendra la quête d’époux et d’épouses des huit rejetons Orléans particulièrement difficile. Ils devront se tourner du côté de la parentèle (protestante parfois ce qui était déjà déroger religieusement) de la reine Victoria. Première victoire cependant, avant le triomphe que constitua le mariage du cadet, Montpensier, avec rien moins qu’une infante d’Espagne : le duc d’Aumale épousa une Bourbon-Sicile, nièce de Marie-Amélie et cousine de la duchesse de Berry, Bourbon et Habsbourg comme il était à peine concevable et comme le révèle le spectaculaire et émouvant portrait que fit d’elle Jalabert, alors qu’elle était en deuil de son fil aîné.     




Il n’y eut pas à proprement parler d’étiquette après juillet 1830. Pas de rang non plus dans un temps où, ceux qui avaient été après les Orléans, sous l’Ancien Régime, les princes de Sang, les Bourbon-Condé et les Bourbon-Conti n’étaient plus, ou presque, et où la branche ainée était en exil, depuis lequel d’ailleurs elle continuait de respecter scrupuleusement les règles édictées par leurs ancêtres. La duchesse d’Angoulême était sur ce point, et sur beaucoup d’autre, aussi intraitable que l’avait été son oncle Louis XVIII. Avant la restauration elle avait refusé de rencontrer la duchesse de Duras, née Claire de Kersent, épouse du premier gentilhomme du roi, mais surtout fille d’un conventionnel. Au moment de la mort de Louis XVIII, elle avait eu immédiatement (c’est encore la comtesse de Boigne qui le raconte) la présence d’esprit de s’effacer devant son mari, fils du nouveau roi Charles X, alors que jusqu’à présent, en tant qu’altesse royale, elle avait le pas sur lui : « Passez le premier Monsieur le Dauphin ». Beaucoup plus tard, au moment de la mort tragique de l’ainé de Louis-Philippe (qui avait le titre de duc d’Orléans après avoir été duc de Chartres, respectant donc la tradition familiale et non pas les titres monarchiques) elle ne prit pas son deuil comme celui du fils du roi (illégitime à ses yeux)  mais comme celui de son cousin : c’était, après tout, la famille et il était inenvisageable de ne pas lui rendre les devoirs qui était dûs à un descendant direct de Louis XIII.


La duchesse d’Angoulême, qui sera la dernière à porter le titre de Dauphine, avait le droit d’être appelée « Madame » sans autre précision. Elle refusera cet honneur à sa belle-sœur, la veuve du duc de Berry. Seule l’épouse du frère du roi (« Monsieur ») et l’aînée des filles de France pouvaient y prétendre. La duchesse de Berry n’était ni l’une, ni l’autre puisque son mari était mort alors qu’il n’était que le neveu du roi régnant. Marie-Thérèse-Charlotte de Bourbon est donc également la dernière « Madame » de l’histoire de l’étiquette française.

 


                                         La Branche aînée. Plus de raideur que de grâce.


« Monsieur » a été uniquement porté par les frères de Louis XIII (Gaston d’Orléans), de Louis XIV (Philippe d’Orléans), de Louis XVI (le comte de Provence, futur Louis XVIII) et de Louis XVIII au moment de la restauration (le comte d’Artois, futur Charles X). « Madame »  a un statut plus varié : outre les épouses des suscités, l’aînée des filles non mariée d’Henri IV (trois se succédèrent) la fille de Louis XIV (« la petite Madame » pour la différencier de sa tante, épouse de « Monsieur », morte à 5 ans), l’aînée de la multitude des « Mesdames de France », filles de Louis XV, dont seule la première trouva à convoler et la première fille de Louis XVI furent pour la cour « Madame » ou parfois « Madame Royale ». Quand il y a deux « Madame », la femme de « Monsieur » et la fille aînée du roi, c’est cette  dernière qui garde le pas, en tant qu’enfant de France. Pour éviter trop de confusion sous Louis XVI on désignait généralement l’épouse de son frère, la comtesse de Provence, comme « Madame » et l’ainée de ses tantes comme « Madame Adélaïde », titre qu’elle avait porté jusqu’à la mort de sa sœur aînée, puisque toutes les filles de France peuvent prétendre au « Madame » avant leur prénom (« Madame Victoire », « Madame Sophie », « Madame Louise » … plus tard « Madame Elisabeth »). Les garçons, à  part l’aîné des frères du roi, garde leur titre complet. En fait cela ne concernera jamais que les petits-fils de Louis XIV et plus tard ceux de Louis XV.  
 

Et « Mademoiselle » se demandera-t-on ? Le titre existe bien, mais ils ne sera porté seul (selon une logique imparable) que par l’aînée des nièces non mariées du roi, la fille de « Monsieur » et de « Madame ». Et la première à porter le titre l’illustrera de si exubérante façon qu’il était difficile ensuite de le détacher d’une image : celle d’une jeune fille blonde, athlétique et littéralement frondeuse, de si haute taille qu’on l’appellera la « Grande Mademoiselle ». Elle aimera tant ce nom qu’elle ne pourra résoudre à le perdre en se mariant, préfigurant ainsi la destinée des filles de Louis XV.  



Parenthèse : le titre est si joli que Louis XIV l’offrira  également à ses légitimées qui porteront les noms ravissant de Mademoiselle de Blois (porté successivement par deux d’entre elles) et de Mademoiselle de Nantes.  On est cependant un rang en dessous de celui du « Mademoiselle tout court », rendu populaire par certaine lettre.

 



Car à la cour moins le titre était long et plus il en disait. Quand on est « Monsieur » et pas « Monsieur de» c’est qu’on est unique. « Monsieur le prince » c’est le premier (sous Louis XIV) prince de sang, le prince de Condé, le titre suffit, point besoin du nom. Et le fils de  « Monsieur le prince » et « Madame la princesse » c’est donc « Monsieur le duc », époux de « Madame la duchesse ». Leurs parents, derniers dans la famille royale, les Bourbon-Conti sont, eux aussi, princes. Mais on les annoncera comme « Monsieur le prince de Conti ». Au moins sont-ils altesses sérénissimes, ce qui leur donne la prédominance sur tout le reste de la cour de France.



Ces questions, à la fois futiles et essentielles dans la logique de l’Ancien Régime et dont on ne peut donner qu’un lointain aperçu constituaient un fantôme à exorciser pour Napoléon (Monsieur de Buonaparté pour les légitimistes). Il devait à la fois le rejoindre et le dépasser. Au moment de la constitution de la cour impériale Il envoya chercher du côté de l’ancienne noblesse, de la princesse de Chimay (les grands noms ont fait la France et plaisent au peuple disait l’empereur) pour en reconstituer les règles, sans toujours de succès. Son maître de cérémonie, le, deux fois, comte de Ségur s’y emploiera finalement avec brio (et sa grand œuvre de ce point de vue est sans doute le sacre de son maître).

En parallèle Madame de Genlis, rescapée de la vieille cour, adressait à la grande duchesse de Toscane, Elisa, une série de lettres qui en donnaient le ton et l’esprit et dont les parvenus, Bachiocci-Bonaparte, suivirent scrupuleusement les conseils. Plus tard, en 1818 et en omettant prudemment d’évoquer le régime impérial l’ancienne âme du Palais Royal devait écrire un précieux Dictionnaire de l’Etiquette, véritable bréviaire mais aussi œuvre de moraliste, dans laquelle on retrouve les obsessions de l’auteur et aussi, de manière intermittente cela dit, sa virtuosité.
Une bonne âme sur internet a retranscrit un des morceaux de bravoure du Dictionnaire l’article « présentation » ici : link
 


Mais pour avoir au mieux à la fois madame de Genlis, et l’esprit de cour, il faut chercher du côté de ses précieux Mémoires dont on ira, pour compléter l’article, lire les pages 198 et suivantes là : link




Madame de Genlis et la future madame Adélaïde à leurs harpes


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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 14:19

Les générations suivantes virent se multiplier les mariages entre cousins chez les Habsbourg. Sans entrer dans les détails (puisque chaque lien familial direct est compliqué par des liens antérieurs et redondants) on rappellera que le fils de Philippe II et de sa nièce Anne, Philippe III, épouse sa cousine Marguerite d’Autriche, arrière petite fille comme lui de Philippe le beau et de Jeanne La folle. Leur fils Philippe IV épouse d’abord une Bourbon, Elisabeth, qui se trouve, par sa mère Marie de Médicis être également une descendante directe des mêmes. Leur nombreux enfants meurt un par un, à l’exception de Marie-Thérèse, future épouse de Louis-XIV et de Balthasar-Carlos, qui s’éteindra pourtant avant son père, à 14 ans. Il était fiancé à sa cousine germaine, Marie-Anne d’Autriche, fille de l’empereur Ferdinand III et de Marie d’Autriche, elle-même sœur de Philippe IV.

La encore la blondeur caractéristique du jeune Philippe II autant que de sa femme Anne, se transmet à leurs descendants, d’autant que l’union Marguerite d’Autriche renforce encore le gène. On remarquera chez cette dernière un menton devenu d’une lourdeur (son père, une des cadets de l’empereur Ferdinand I et d’Anne Jagellon, avait épousé une princesse bavaroise qui se trouvait être également sa nièce par les femmes) tel que même la collerette ne peut la dissimuler.



Philippe IV sera donc très blond et il fera bien de dissimuler plus tard sa bouche sous une moustache, comme avant lui ses ancêtres s’abritaient derrière leur barbe.


 


Les éléments génétiques principaux (blondeur, blancheur, prognathisme et lèvres épaisses) s’étant hypertrophiés chez le roi (sa sœur, l’Anne d’Autriche de Richelieu et des Trois Mousquetaires sera au moins en partie épargnée par ce physique caricatural, si l’on se fit à ses portraits. Mais il est vrai que les peintres français commencent au début du XVIIème leur processus de dépersonnification  flatteuse qui rend les identifications difficiles et qui aboutira aux aberrations de la fin du règne de Louis XIV et de la régence) il ne lui restait plus qu’épouser sa propre nièce, la fiancée de son fils mort. Philippe IV reproduisait ainsi le schéma déjà établi par son aïeul Philippe II, à la mort de Don Carlos.  

Après Rubens, Clouet et Coello, nous pouvons, pour parler de Marie-Anne d’Autriche, puis de sa fille Marguerite-Thérèse, convoquer un autre peintre : rien moins que Velázquez, dont elles furent les modèles privilégiés.



On peut vainement chercher les cheveux blonds sous l’armature de la coiffure. Ils n’apparaissent pas plus dans les portraits contemporains de l’infante Marie-Thérèse, alors que toutes les représentations à la mode française nous montrent la reine de France d’une blondeur impressionnante (qu’elle tient de son père, alors que sa mère était très brune). Ce qui est frappant en revanche (et là encore on peut juger de la différence en observant les portraits de Marie-Thérèse et de Marguerite-Thérèse) c’est la profonde tristesse qui a été celle de la reine, son amertume quotidienne, qui fut son poison. Le regard est mort, les lèvres pendent lamentablement et sa frêle silhouette est littéralement écrasée par le costume.

Qu’on se représente une jeune fille, une enfant même (elle a 14 ans en 1749 quand elle épouse son oncle) à qui l’on a littéralement interdit de rire (« Une reine d’Espagne ne rit pas »), sans appui, sans ami, sans époux presque, ce dernier la croisant principalement dans l’espoir d’avoir un héritier. Trompée et surtout méconnue, mésestimée, malheureuse en un mot. Une mère qui voit mourir successivement 4 des 5 enfants qu’elle met au monde, tous étant plus fragiles les uns que les autres.

Si ses rapports avec sa belle-fille furent d’abord ceux de la camaraderie (elles avaient encore toutes les deux l’âge de jouer à la poupée) il n’en reste pas moins que les deux jeunes femmes devaient se retrouver rapidement en rivalité. Pour l’affection de leur père et mari (et Marie-Thérèse fut l’enfant bien aimée de son père) et pour le statut de l’une et de l’autre, puisque l’infante restait l’héritière du trône tant qu’elle n’avait pas de frère viable. Or la naissance d’un tel frère permettait à la reine de remplir son devoir et de devenir éventuellement la mère d’un roi régnant. La régente peut-être. Mais Marie-Anne se méfiait également de l’autre enfant de son mari, le bâtard Don Juan, auquel Philippe IV confiait potentiellement des responsabilités de plus en plus grande et qui se rêvait successeur légitimé et légitime de son père.

La naissance de son dernier fils, en 1661, puis la mort de son époux quatre ans plus tard aurait pu être pour la reine le moyen de se révéler. Elle était effectivement régente. Et non préparée à son rôle. Tournée du côté du catholiscisme le plus exigeant elle adopta un vêtement de veuve qui était aussi un costume de religieuse.



Ce fut son confesseur, Nithard, un jésuite autrichien, qui devait exercer sur le royaume espagnol l’influence la plus considérable, toujours contrebalancé par l’ennemi de la reine, le bâtard Don Juan. Les affrontements furent rudes, autour d’un roi enfant, puis d’un roi majeur mais faible physiquement et mentalement. Au cours d’une dernière escarmouche qui s’acheva par les destitutions du nouveau conseiller de Marie-Anne, Valenzuela, la reine fut exilée à Tolede. Elle y resta deux ans, revint à la cour à la mort de Don Juan, mais était définitivement fermée au monde. Se considérant comme trahie par son fils très aimé, comme elle l’avait été par son époux, elle fut sans pitié (mais avait-on exprimé de la pitié à son égard ?) pour sa première belle-fille qu’elle n’avait pas choisi, Marie-Louise d’Orléans, la nièce de Louis XIV. Et quand à la mort de cette dernière le roi d’Espagne se remaria avec Marie-Anne de Neubourg, une nouvelle guerre commença, qui ne s’acheva qu’avec la mort de la reine douairière.

Les seules joies de cette femme amère et régente peu capable lui furent données par ses enfants. Charles II l’abandonna à Tolède (était-il en mesure de faire autrement ?) et 3 d’entre eux moururent au berceau, reste l’aînée, la petite fille blonde des Ménines. Marguerite-Thérèse fut donc le trésor de la reine et aussi la sœur très aimée de la reine de France Marie-Thérèse, qui l’appelait « Ma vie » (Leur père Philippe IV la surnommait quant à lui « mi alegria »,« ma joie »). La mode évoluant l’infante peut faire montre sur les tableaux de sa blondeur naturelle. A la bienveillance qui se dégage des portraits de sa sœur, à la rancœur qui transparait dans ceux de sa mère, Marguerite-Thérèse oppose une mélancolie tendre dont le peintre accentue la lumière. Si la facture des œuvres que Velázquez lui consacre est aussi impressionnante il est difficile de ne pas y voir un intérêt, une affection peut-être, pour le jeune modèle.  Il l’a en tous cas immortalisé à tel point que le mot infante évoque systématiquement son image. Et c’est sans doute à elle que songe Oscar Wilde quand il écrit « L’anniversaire de l’infante » ou Maurice Ravel quand il compose « Pavane pour une infante défunte » (même si selon le compositeur il s’agissait simplement de faire une allitération.) 
 

 



Le portrait plus tardif de Martinez del Mazo nous confirme la délicate carnation de la princesse, encore rehaussée par la tenue de deuil qu’elle porte (son père vient de mourir). Elle a 15 ans et s’apprête à rejoindre son fiancée, et oncle maternelle, l’empereur Léopold Ier. C’est sa mère qui a conclu le mariage, initié par Philippe IV avant sa mort, elle qui avait tant voulu que sa belle-fille Marie-Thérèse épouse son frère l’empereur, au lieu de Louis XIV. Peut-être la future reine de France aurait-elle été plus heureuse à Vienne qu’à Paris.  




Sa sœur sera très aimée de son époux, comme elle avait une enfant choyé. L'empereur fit d’ailleurs composer d’ailleurs un opéra Il pomo d’oro par Cesti pour l’infante mélomane. Les rapports entre la cour de Vienne et celle de Madrid déjà très forts se renforcèrent encore davantage pendant le bref règne de Marguerite-Thérèse. Fragile et épuisée par des grossesses malheureuses qui poussaient encore plus loin la consanguinité que sa propre naissance, l’impératrice s’éteint en 1673, le coup manquant d’être fatal à sa mère qui dès lors suivra avec inquiétude la lumière vacillante que représentait l’unique de ses petites filles qui survécut (les autres archiducs ne dépassèrent pas une année d’âge) : Marie-Antoinette. Il n’y avait plus d’infantes Habsbourg, ni, bientôt, de princes espagnols de cette maison. Léopold se remaria, la mort dans l’âme, par deux fois avec des princesses de maisons moins brillantes, suivit en cela par ses enfants, plus sage qui n’allèrent pas chercher du côté de leurs nombreuses cousines germaines allemandes. Marie-Antoinette, dont la stature gracile rappelle celle de sa mère, épousa un électeur de Bavière et mourut avant sa grand-mère, Marie-Anne, qui lui survécut 4 ans encore obligé de reporter son amour, cette fois sur son arrière-petit-fils, Joseph-Fernand de Bavière. Le jeune prince était normalement le mieux placer pour accéder au trône d’Espagne après la mort de son grand-oncle, puisque sa grand-mère, contrairement à Marie-Thérèse, n’avait pas fait acte de renonciation à la souveraineté espagnole. Marie-Anne mourut en 1696, ce descendant adoré sans jamais être vu, en 1699, avant d’avoir atteint 6 ans.  

La petite fille de Léopold Ier, sauvée de la consanguinité par les familles de ses mère et grand-mère devait avoir à la fois un génie politique, un physique engageant et une santé florissante. Elle était, néanmoins, blonde, comme Marie de Bourgogne et Philippe le beau.





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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 16:00

 

Non il ne sera pas question ici de Marilyn Monroe, pas plus que de Paris Hilton.

Juste de la carnation de quatre archiduchesses et d’une infante.

Reprenons les choses au début et suivons donc l’histoire de la blondeur des Habsbourg. On les sait prognathes avec, en conséquence, la lèvre inférieure proéminente. Encore qu’on dise parfois que ce dernier trait soit accentué par les lèvres pleines qu’ils tiendraient de leurs ancêtres bourguignons, après le mariage entre Maximilien et Marie de Bourgogne.



On retrouve le même menton de manière encore plus accentué chez les deux petits-fils de Maximilien, Charles V et Ferdinand I. Mais si le premier semble très blond, le second apparait sur ses portraits comme franchement brun. D’ailleurs les peintres jouent beaucoup sur cette opposition entre les deux frères. A noter qu’autant Charles V fut un roi d’Espagne bourguignon, autant Ferdinand fut un empereur d’Autriche espagnol, de prénom, de langue et d’éducation, son grand-père et homonyme, Ferdinand d’Aragon, l’ayant élevé. Manifestement cela se sentait jusqu'à dans la couleur des cheveux.




Leurs sœurs, Eléonore, Isabeau, Marie et Catherine sont blondes, comme l’était leur tante, Marguerite d’Autriche. Le menton prognathe est bien présent chez Eléonore et Marie, moins semble-t-il chez Isabeau et Catherine, si l’on en croit, pour cette dernière, le portrait qu’en fit Coello. 





Le prognathisme des filles deviendra plus important d’ailleurs avec l’âge comme le montre les portraits les plus tardifs et leur gisants à l’Escurial. Cependant on en vient à se demander si les artistes n’accentuaient pas ce trait exprès pour insister sur l’appartenance familiale. Ainsi, la sœur de leur mère, Catherine d’Aragon, reine d’Angleterre, qui n’a absolument rien de bourguignon ni d’autrichien, mais dont le principal appui, après la mort de ses parents, réside dans le fait d’être la tante de l’empereur, devient-elle prognathe sur ce portrait qui date de la fin de son règne :



Et la blondeur ? La mère des archiducs, Jeanne la folle, était bien brune comme son père, mais fille d’une reine blonde, Isabelle la catholique. Leur père Philippe le beau était à l’inverse blond, ce qu’il pouvait tenir aussi bien de son père, Maximilien, que de sa mère, Marie de Bourgogne dont les portraitistes mettent systématiquement en valeur la carnation.

Dans tous les cas, et quelle qu’en soit l’origine, c’est à partir de cette génération que les caractéristiques essentielles des Habsbourg, se systématisent d’une génération à une autre. Charles V épouse une portugaise, sa cousine germaine, Isabelle, tandis que Ferdinand s’unie à la future reine de Bohème et de Hongrie, Anne Jagellon, mais une chose est certaine les gènes des enfants de Philippe et Jeanne semblent être dominants, au moins à la première génération. Les mariages consanguins dans lesquels les Habsbourg d’Autriche et les Habsbourg d’Espagne vont se complaire achèveront le processus, qui aboutira au visage cauchemardesque et caricatural (et à la luxuriante chevelure blonde) de Charles II d'Espagne, qui compte pas moins de 16 fois les rois catholiques parmi ses ancêtres directs.




Revenons en arrière maintenant pour assister au triomphe des gènes Habsbourg à travers la personne de Jeanne d’Autriche, la dernière fille de Ferdinand I.

 

 



 

Tout y est ou presque : le teint, la couleur de cheveux évidemment, les yeux bleus, la lippe charnue. Ici en revanche le menton n’est pas excessivement présent, le bas du visage étant par ailleurs plus étroit que chez d'autres membres de la famille, ce que tous ses représentations confirment. Plus tard quand Rubens fera son portrait posthume (nous y reviendrons) c’est sur la carnation et la blondeur qu’il insistera encore, alors que le visage reste assez anonyme.

En 1547 sa naissance tardive coute la vie à sa mère, qui mettait au monde son 15ème enfant, à 44 ans. Quand Jeanne nait l’aîné de ses frères, Maximilien, a précisément 20 ans. L’année suivante il se marie et en 1549 vient au monde sa première fille, Anne qui n’a donc que 2 ans de moins que sa tante. Ferdinand meurt en 64, Jeanne est donc la seule de ses filles à ne pas être mariée. Elle a 17 ans et passe du statut politique de fille de l’empereur à celui de sœur.

Quand le grand-duc de Toscane, Côme Ier, qui doit son titre à Ferdinand Ier, négocie le mariage de son fils ainé avec une Habsbourg, ce qui sera la grande réussite matrimoniale de son brillant règne, c’est Jeanne qui est au cœur des courriers diplomatiques, et non pas sa nièce de 16 ans. Soit que l’empereur ait respecté une démarche qui datait d’avant la mort de son père, soit qu’il ait pris à cœur le destin de sa sœur, soit qu’il ait préféré réserver sa fille à un parti plus prestigieux qu’un Médicis.  Jeanne épouse finalement François, futur François Ier de Toscane, en 1565.

Dans sa passionnante étude sur les Médicis G.F. Young fait un portrait de l’archiduchesse assez éloigné de ce que l’on attache traditionnellement, en France tout au moins, à l’épouse trompée et négligée qu’elle fut. Elle n’est ni douce, ni soumise, mais au contraire colérique, violente, orgueilleuse et soucieuse de ses prérogatives. Aucun trait positif n’émerge d’ailleurs de cette image d’une femme dont on ne connait pas la vie intérieure. Alors qu’au contraire Young et plusieurs historiens après lui s’attachent à défendre la maîtresse de son mari, et sa future épouse, après la mort de la première grande duchesse, Bianca Capello, démontant la légende noire qu’on lui a forgée. (On a récemment prouvé qu’elle et François avait effectivement été empoisonnés, comme on l’avait soupçonné dès leur mort commune et mystérieuse.) 

Que reste-t-il de Jeanne alors, face au rayonnement et à la célébrité de la maîtresse de son époux ? Elle qui est morte épuisée à 32 ans, après avoir enfin réussi à donner un héritier au trône ? D’abord son beau-père, extrêmement fier de ce mariage qui est son œuvre, fait décorer la cour du Palazzio Vecchio par les tympans peints d'illustrations des villes autrichiennes par des élèves de Vasari. Voilà un souvenir tangible. Ensuite la situation de la grande duchesse aurait inspiré à Monteverdi une des plus belles pages de son œuvre. Dans Venise, faute de mieux Marcel Marnat fait de Jeanne le modèle de l’impératrice Octavie, l’épouse de Néron dans Le couronnement de Poppée (Poppée étant donc assimilée à Bianca Capello). On y retrouve à la fois le statut d’épouse légitime délaissée, d’origine prestigieuse, et, ce qui est plus intéressant par rapport à ce que l’on sait de l’archiduchesse, l’amertume et la colère qui structure et anime l’extraordinaire « Disprezatta Regina », le long lamento d’entrée d’Octavie. « Reine méprisée » c’est ce qu’était Jeanne et ce que précisément elle ne pouvait supporter, nièce, fille et sœur d’empereur, mère des enfants légitimes du grand duc, descendante des Rois Catholiques et de Charles le Téméraire. Dans un accès de colère, croisant Bianca Capello, qui avait été son amie, dans les rues de Florence, elle avait exigé qu’on renverse la voiture de sa rivale, quitte à la tuer, de la même manière qu’Octavie organise, chez Monteverdi, le meurtre de Poppée. Or il est certain que la véritables Octavie, modèle de réserve, terrifiée par son époux et non pas amoureuse, ne se serait certes pas mêlé de préméditer l’assassinat de Poppée. 

Qu’aurait pensé Jeanne d’Autriche de l’étrange hommage qu’on lui rendait presque 100 ans après sa naissance ?   

Et qu’en aurait pensé sa fille ? Car des 8 enfants du couple seul deux filles ont atteint l’âge adulte, et la cadette, blonde, blanche (alors François Ier était brun et mat), orgueilleuse, colérique et jalouse, à l’exact identique de sa mère, allait se marier avec le seul parti qui lui convenait, le seul partie qui convenait à l’Habsbourg qu’elle était à ses propres yeux (mais pas aux yeux des Français pour qui la filiation paternelle prime sur la filiation maternelle) : le roi de France, Henri IV.

 

Ainsi Rubens en peignant Marie de Médicis rendait-il à son tour hommage, et en le sachant (d’autant qu’il représenta les parents de la reine dans un tableau du Luxembourg), aux Habsbourg et à leurs filles : 




 

Marie de Médicis est donc la cousine germaine des empereurs Rodolphe II et Matthias I, ce qu’on se représente difficilement en raison de l’écart de génération qui les séparent, étant donné la différence d’âge entre Maximilien II et sa sœur Jeanne. Un monde (et les guerres de religion) semble ainsi s'élever entre elle et la cousine qui l’avait précédé sur le trône de France, Elisabeth d’Autriche, fille de Maximilien, épouse de Charles IX.  Un nom beaucoup plus pâle dans l’histoire de France, mais un visage aussi connu que celui de la femme d’Henri IV, puisqu’il a trouvé un poète en la personne de François Clouet, comme la silhouette de Marie de Médicis avait trouvé un panégyriste en Rubens.

 

 

On ne peut pas s’empêcher de faire confiance à Clouet, quand on observe son œuvre. Rien d’impersonnel ou d’anonyme dans les visages qu’il peint. Chaque trait est caractéristique, aussi bien que l’expression du visage. En fonction de nos critères de beauté actuels, si l’on compare Elisabeth d’Autriche à Marguerite de Valois, Marie Stuart ou Elisabeth de Valois peintes par Clouet également mais dont la beauté était autrement célébrée, on a soudain le sentiment que la cours des derniers Valois recelait un trésor dont on ne parlait pas. L’ovale du visage, les traits réguliers évitent l’écueil de la fadeur, d’abord parce que ces traits ne sont pas parfaits, ensuite parce qu’une troublante profondeur semble naître à la fois du regard, de l’expression de la bouche et de la réserve de l’ensemble.

Tout ce qu’on sait sur cette reine, la reine régnante de la Saint-Barthélémy, morte dans un couvent qu’elle avait fondé à 38 ans a été commenté à plusieurs reprises. On se tournera du côté de Simone Bertière dans ses Reines de France au temps des Valois (le deuxième volume, consacrée aux « années sanglantes » des guerres de religion) pour en avoir une synthèse complète. Tout prête à rêver chez elle, qui parlait l’allemand, l’espagnol, le latin, mais pas le français et à qui personne ne se chargea jamais de l’apprendre, ce qui l’isola définitivement de la cour et d’abord du roi, les quelques années qu’elle passa en France (1570-1574). Elle laissa, dit-on, quelques écrits dont il ne reste rien. Et une fille, Marie-Elisabeth, dont elle dû se séparer et qui mourut à 6 ans. Reine et mère éphémère, dont chacun loua la bonté et la constance. A la mort de Charles IX elle fut refusée comme épouse par Henri III, avant d’opposer à son tour une fin de non recevoir à son oncle, Philippe II, (veuf en Espagne de sa sœur et toujours sans progéniture assurée) qui fit demander sa main en 1580. Quand elle mourut à son tour sa mère, l’intransigeante impératrice Marie, lui rendit un simple hommage « Le meilleur d’entre nous tous est mort ».

Il est remarquable de noter que la sœur aînée d’Elisabeth semble avoir bénéficié elle-même d’une beauté et d’une bonté remarquables, surpassant sa cadette, si l’on se fit à ses portraits, en blondeur. Leur mère, Marie d’Autriche, fille de Charles V, avec sa sœur, Jeanne figuraient, dit-on,  parmi les plus belles femmes de leur temps. Un moment encore la resplendissante régularité des traits de leur mère, Isabelle du Portugal, contrebalança les traits lourds des Habsbourg Bourguignons, dont elles conservèrent néanmoins la carnation et la couleur de cheveux. Et la consanguinité, dont le mariage entre Maximilien II et sa cousine Maria, était un des premiers exemples, ne produisit pas encore de ravage sur leur progéniture, en tous cas en ce qui concerne les filles.

Merveilleux portraitistes, Alonso Coello qui officia d’abord à la cour Portugaise (c’est la sœur de Philippe II et de l’impératrice Marie, la reine Jeanne, qui le conseilla à son frère) nous a laissé des images inoubliables des membres de la famille royale espagnole, dont la splendeur de la facture s’harmonise avec la dignité, voire la raideur, des modèles. 


 

 

On retrouve ici le front haut d’Elisabeth d’Autriche, l’ovale de son visage, les lèvres bien dessinées sur la possibilité d’un sourire. La blondeur est donc plus prégnante, comme sur toutes les représentations d’Anne, chez qui elle était caractéristique. Certains autres portraits suggèrent cependant un prognathisme peu prononcé. Il est possible, et cela vaut aussi pour Elisabeth, que le port de la fraise atténuait ce défaut. 

La reine d’Espagne eut un destin plus heureux que la reine de France. Les deux sœurs se marièrent la même année, en 1570. Anne était la promise de Don Carlos, qui mourut en 1568, la même année que la 3ème épouse de Philippe II, Elisabeth de Valois. Le roi d’Espagne perdait donc son fils unique et sa femme. Il épousa Anne, sa nièce. En arrivant à la résidence royale la nouvelle reine alla à la rencontre de ses belles-filles, enfants d’Elisabeth. L’ainée, Isabelle-Claire-Eugénie, se mit à pleurer « Ce n’est pas notre mère, notre mère avait les cheveux bruns, celle-ci est blonde ! ». (On ne peut être qu’ému en pensant à l’espoir délirant qui se cachait derrière les paroles de la petite fille, à qui on a promis « une mère ») Anne consola immédiatement les infantes avec lesquelles elle aura toute sa vie des rapports filiaux.

Elle remplit son devoir en mettant au monde 5 enfants en 10 ans. A sa mort, en 1580, seuls deux fils ont survécu, ce qui conduira son époux à chercher une dernière fois, à se remarier. Il abandonnera rapidement l’idée, peut-être lassé par les deux chagrins profonds et réels qu’avait été la mort de ses deux dernières épouses. Philippe II ne fut pas un Barbe-Bleu mais bien un roi attentif à sa filiation et connaissant parfaitement la fragilité constitutives de ses enfants. Et il manifesta toujours à Anne amour et respect. En revanche, méfiance ou lucidité sur les capacités de sa femme (qui sont difficiles à évaluer, comme toujours quand on évoque des personnalités qui n’ont pas pu s’exprimer et qui n’ont pas participé à la vie politique) il ne l’inscrivit pas à son conseil de régence, ce qu’elle ressentit comme un affront, en bonne fille de l'impératrice Marie. Le roi d’Espagne semble bien avoir toujours cherché à écarter du pouvoir les femmes (tout jeune il avait ainsi refusé l’intrusion de sa tante Marie dite "de Hongrie", gouvernante des Pays-Bas, dans les affaires politiques), les cantonnant ainsi, avec application, à la sphère privée. Blondes ou brunes.  

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Published by Le vidame - dans Histoire
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