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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 19:14

 

 

Je précise immédiatement qu'il me sera impossible de détailler chaque disque écouté. A cette période de l'année je suis dans mon terrier, au chaud, et j'écoute de la musique toute la journée.

 

Les 1er et 2 janvier j'ai entendu, par exemple :

 

L'Orchestre de Louis XIII (1601 -1643) Recueil de plusieurs airs par Philidor L'Aisné, un disque Harmonia Mundi, dirigé par Savall et acheté pour accompagner ma lecture des Mémoires de l'abbé Choisy (c'est d'ailleurs légèrement anachronique). C'est beau et répétitif.

 

Il Santo Sepolcro de Fernandino Paër (Naxos, dirigé par Franz Hauk), un oratorio (techniquement c'est même une Passion) dans le style fleuri et démonstratif italien et même pré-rossinien. On dirait évidemment de l'opéra, mais la ferveur est bien présente.

 

Et surtout un disque au titre agaçant, le dernier "récital" (parler de récital est un peu réducteur) de Nathalie Stutzmann : Une Cantate imaginaire. C'est un collage (écoutez, à ce propos, le podcast de Forum Opéra), d'ailleurs pas toujours cohérent (il y a un choeur en latin au milieu de cette pseudo-cantate en allemand), plus ambitieux que, par exemple, le disque d'Angelika kirchschlager, que j'ai beaucoup écouté en décembre. Il y a plusieurs Sinfonia (pour Stutzmann le chef) et deux choeurs en plus des airs pour alto. D'abord il faut reconnaitre le goût parfait de l'artiste. Qu'il s'agisse de pages extrêmement célèbres ou de perles perdues au milieu des cantates, chaque page est simplement sublime. Je pense que l'agencement est vraiment remarquable : aucun moment du disque n'est perdu et le voyage se fait avec un plaisir continu. On dit maintenant beaucoup de bien de la direction de la chanteuse. Tout ce qu'on raconte est vrai : il y a comme un retour à du Bach quasi romantique, en tout cas très plastique, très charnu, toujours très beau attendre, sans aucun sécheresse, mais pas sans structure loin de là et avec de saisissants moments de fantaisie (les silences ou les ralentissements dans la sinfonia de "Ich liebe den Höchsten" par exemple). On ne remarque pas assez, cependant, dans la presse, à quel point la voix de Stutzmann a changé avec le temps (c'était déjà le cas dans le Prima Donna vivaldien). Elle a toujours été une musicienne admirable, évidemment et le timbre était fascinant, mais la lourdeur du matériel était un frein à certaines recherches, même dans le lied. Aujourd'hui on dirait que l'émission est différente, l'émission semble un peu plus haute, le timbre plus clair, il y a quelque chose de détendu dans la projection, un galbe plus assuré, plus naturel. En fait j'ai quasiment l'impression d'entendre un franc mezzo (ce qu'elle est, selon certains) avec une plus grande égalité dans la tessiture et le vibrato que des consoeurs plus célèbres. C'est vraiment dommage que l'ampleur soit modeste et l'aigu court (ça ne se décèle pas à l'écoute du disque, évidemment) parce que, au fond, ce legato, ces caresses dans le phrasé, ce souffle, cette légereté enfin conquise et qu'on peut assimiler à une nouvelle fémininité (ce que les photos du disque illustrent avec abondance) appellent Mozart (Sexto évidemment, mais même Dorabella ou Chérubin), Haydn, Neris dans Medée ou Didon de Purcell (voire de Berlioz). Il est vraiment étonnant de constater ce tournant, chez une chanteuse qui affichait presque sa "virilité" vocale. Je dépasse le temps que je me suis imparti, je redis encore la beauté lumineuse du disque, l'éloquence, tout autant lumineuse, de sa double interprète et la parfaite réussite de certaines plages du disque, avec, tout en haut la tendresse serine de "Jesus ist ein guter Hirt".

 

Les 3 et 4 janvier furent beaucoup consacrés à l'écoute répétée du disque de Cyril Auvity Orphée  (chez ... attention ... Zig Zag Territores). Des cantates françaises et plusieurs airs "de cour" (oui on l'aura compris, je poursuis ma lecture de l'abbé Choisy) de Rameau et Clérambault. C'est admirablement chanté, avec une souplesse d'émission tout à fait remarquable et qui me paraît (mais je n'y connais rien) être la meilleure solution vocale aux problèmes esthétiques posés par le chant baroque "à la française". Pour un "ténor" s'entend. Auvity est élégiaque mais pas châtré et le programme est superbe (y compris les airs, d'une évidence mélodique très aimable).

 

Pour défaire le sapin avant le retour des vacances : "Bid Adieu" le récital de mélodies irlandaises d'Ann Murray et de Graham Johnson (Forlane) d'un sérieux très sombre, presque angoissant, avec un programme plutôt intellectuel (beaucoup de Barber) qui ne laisse pas vraiment la place au sourire. Cependant l'impact neurasthénique des ballades populaires (celle qui donne son titre au disque, en particulier) a un charme qui est tout sauf tristement cérébral. Murray est d'une concentration et d'une mélancolie admirables, très en phase avec une musique qui suscite chez elle des couleurs sombres et des expressivités discrètes.    

 

J'ai beaucoup parlé déjà de mon obsession pour les diverses incarnations de Rodelinda par Sutherland. Le retour en classe a été accompagné gracieusement par l'enregistrement anglais, le live hollandais et surtout le studio Decca, enfin en ma puissance (depuis plusieurs mois déjà) et qui compte plusieurs éléments finalement incontournables : le grave rauque et émouvant de Sutherland, qui lui manquait dans les disques précédents, l'élégance d'Alice Nafé et le gag qui consiste à avoir fait enregistrer les deux airs d'Unelfo (le ravissant "Une zeffiro Spiro") à Huguette Tourangeau, à un stade de sa carrière où elle ne pouvait même plus affronter honnêtement trois mesures. Mais patience, j'en dirai un mot plus tard.

 

Pour terminer le mois de janvier, d'abord la découverte des Pièces de Clavecin de Royer (par Brosse) : un éblouissement (et pas simplement grâce à la couverture : "La Déclaration d'amour" de Jean-François de Troy). 

 

Ensuite la redécouverte soutenue de Victoria de Los Angeles, par le biais de deux gros coffrets : celui EMI (merci Catherine) et celui Membran (acheté dans la foulée). De tous ces disques (dix-sept en tout, avec quelques doublons, pas bien gênants) celui que j'écoute le plus souvent recoupe deux récitals : les mélodies légères orchestrées d'une part, les extraits de Zarzuela d'autre part, chantés le ton et l'espagnol exacts, un peu grèle de timbre parfois (la chanteuse me rappelle souvent Seefried, ce qui est un compliment) et d'une souplesse de phrasé miraculeuse. Les autres chanteuses à avoir abordé ce répertoire semblent, par comparaison, bien lourdes et empruntées (il faut comparer avec Caballé, pourtant très bien, dans les mêmes pages, par exemple, pour comprendre la grâce et l'élégance de Los Angeles).  

 

 

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Published by Le vidame - dans Musique
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commentaires

Monsieur Taupe 05/01/2013 16:50


P.S. La pochette du Stutzmann est presque aussi belle que celle de "Alagna chante Noël" (ou "Ave Maria", je ne sais plus).


 


 

Monsieur Taupe 05/01/2013 16:47


Bonjour, Monsieur Vidame. Je vous souhaite tout l'année votre rosier et votre blog fleuris.


 


Sur le disque Stutzmann, il y a l'iar "Wie furchtsam wanken meine Schritten" ?


 


J'avais découvert Auvity il y a 12 ans environ, en Telemaco du Retour d'Ulysse, ce devaient être ses débuts. Depuis la voix a gagné en assise et en éclat, dans ce répertoire baroque
français au théâtre il passe brillamment la rampe, sans non plus tomber dans le gueulard (suivez mon regard). Mais j'avais été bien refroidi par son Don Ottavio, je ne sais pas s'il a retenté du
Mozart à la scène.