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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 18:04

 

Il était une fois 1966. Cette année là les votants de l’Académie des Oscars décidèrent d’innover. On les comprend. J’ai visionné un certain nombre de films américains sortis à cette date et je n’ai toujours pas à réussir à élire cinq performances féminines qui m’enthousiasment assez pour justifier une nomination. Ceci explique probablement l’allègre explosion des codes que l’on constate. Sur les cinq nommées deux Britanniques (deux sœurs, ce qui n’était pas arrivé depuis 1941) et surtout non pas une mais deux performances dans une langue étrangère (c’est toujours une année unique, de ce point de vue). Les quatre actrices en question étaient des débutantes et/ou des inconnues aux USA. Je ne plaisante pas. Lisez plutôt :

 

·         Anouk Aimée pour Un homme et une femme (C.Lelouch – disponible en DVD).

·         Ida Kaminska pour Le Miroir aux alouettes/Obchod na korze/A Shop on the Hight Street (J.Kàdar – était disponible en Criterion, sous-titré en anglais).

·         Lynn Redgrave pour Georgy Girl (S.Narizzano – disponible sous-titré en anglais, mais je reste sûr d’avoir croisé une version sous-titré en français).

·         Vanessa Redgrave pour Morgan, fou à lier (K.Reisz – le DVD doit sortir en France en juin).

·         Elizabeth Taylor pour Qui a peur de Virginia Woolf ? (M.Nichols).

 

 

Rendons hommage, pour commencer, à la cinégénie d’Anouk Aimée, première française à être nommée pour jouer en français dans Un homme et une femme qui avait remporté, comme on le sait, le prix à Cannes et que la Warner distribua aux Etats Unis, tout en faisant activement campagne, semble-t-il, pour sa vedette féminine (du côté des hommes, c’était saturé déjà) qui remporta devant Elizabeth Taylor, le Golden Globe. Aima fut-elle la rivale la plus directe de Taylor la nuit des Oscars ? C’est fort probable. On est, pourtant, assez loin du compte, en ce qui me concerne du moins. Dommage que les américains n’aient pas plutôt distingué l’actrice pour sa composition dans Lola par exemple.  Car Aimée est une fascinante personnalité cinématographique et une actrice de talent, sans aucun doute. Ce n’est pas, précisément, dans le joli et romantique film de Lelouch qu’elle peut le montrer. On peut vanter autant qu’on veut son physique, sa voix, sa démarche, sa grâce, son naturel devant la caméra et la simplicité, l’évidence aussi sans doute, de ses choix d’interprétation dans Un homme et une femme. Tout cela est vrai (même si le tic qu’elle a de se remettre les cheveux en arrière peut finir par agacer, encore qu’il soit réaliste en fait). Le spectateur a par ailleurs tout les droits d’être séduit par le couple qu’elle forme avec Jean-Louis Trintignant et, oui, on a envie de parler d’alchimie entre ces deux là, du moins au cinéma. Reste cependant qu’on lui demande pendant une grande partie du film de se promener, de rire, de marcher (sur la plage évidemment, mais pas seulement), d’embrasser, tout ça en plus ou moins gros plans. Les retours en arrière, muets, la montrent amoureuse, séduisante, tendre. Le spectateur marche. Les scènes avec Trintignant, parlantes mais peu loquaces, la montrent amoureuse, séduisante, tendre. Le spectateur marche. On imagine que la direction d’acteurs de Lelouch a dû être minimaliste et ce n’est d’ailleurs absolument pas un mal, car ça fonctionne parfaitement pour ce type de cinéma. L’essentiel était dans le casting, c’est réussi : l’intelligence, la sensibilité, la présence, la vulnérabilité d’Anouk Aimé sont manifestement celles du personnage. L’émotion affleure encore quand elle est au lit avec Trintignant, passant du plaisir à la culpabilité. C’est beau et bon. Ce n’est pas assez. Mais par principe on soutiendra toujours l'actrice et une nomination fait plaisir.

 

Je ne sais pas ce que les Polonais (elle était polonaise) et les Tchèques (le film étai tchèque) disent de la nomination d’Ida Kaminska pour Le Miroir aux alouettes. L’œuvre, d’une terrible noirceur, se révèle, au détour de certaines scènes, extrêmement émouvant et remporta l’oscar du meilleur film étranger. Cette popularité et le vide intersidéral du côté des productions américaines en 1966 expliquent sans doute la nomination surprise de Kaminska, vedette de la scène dans une petite partie de l’Europe et âgée de soixante-sept ans. Le film eut l’avantage d’être suffisamment vu (on peut comparer cette situation avec celle rencontrée par Emmanuelle Riva cette année). Je respecte d’ailleurs et même j’admire assez à la fois l’interprétation et la nomination. J’ai vu le film il y a quelques années déjà, mais le souvenir que j’en ai est relativement précis. Assez précis pour me signaler que le rôle est cependant limité dans le temps et dans son registre. Ida Kaminska joue une vieille et quasiment gâteuse mercière juive qui n’a pas encore compris qu’elle n’avait plus le droit en 1942 de tenir boutique. Quand le nouveau mercier (pistonné par un parent) se présente, elle le prend pour un commis qui va travailler plus ou moins gratuitement. Presque une présupposé de comédie, et Kaminska emprunte d’ailleurs cette voie dans les premières séquences : adorable vieille dame aux cheveux blancs, toute lente et fragile, sourde, physiquement et intellectuellement, aux explications. Sans devenir ridicule elle entraine les quiproquos avec la constance et ferveur. L’actrice devient donc une représentation de la candeur et de l’innocence confrontées au Mal. Les rapports qu’elle entretient avec son partenaire, fondés sur l’incompréhension, sont marqués par sa bienveillance mais aussi une certaine distance : ce n’est pas une image maternelle qu’elle offre et ça rend le choix que fait le personnage masculin de tenter de la protéger d’autant plus intéressant. Cependant la caractérisation très réaliste globalement est rendue moins impressionnante par la relative obscurité de l’actrice. Je me suis demandé pendant une bonne partie du film, à propos duquel je ne savais rien, si je n’avais pas une amatrice, petite commerçante juive, devant les yeux, tant l’interprétation semblait authentique. Sa scène finale, terrible, qu’elle rend asphyxiante à force de terreur et d’incompréhension perceptibles d’abord dans le regard, a remis les pendules à l’heure : si Kaminska était aussi crédible, c’est parce que son talent était très réel.

 

Lynn Redgrave était, en 1966, une très jeune femme, également inconnue, n’était le prestige du nom qu’elle portait. Georgy Girl eut un joli succès critique dont elle bénéficia mais ce n’est que justice, car elle n’est pas pour rien dans le succès en question. Son physique, moins gracieux que celui de sa sœur, l’empêcha de faire une carrière éclatante, mais sa fantaisie comique (dont elle fait une démonstration éclatante dans certaines séquences du film qui nous occupe, en particulier celle où elle chante sans honte « Some kind of loving » mais toutes les scènes à l’école de danse sont délicieuses et charmantes) lui vaut une place particulière dans l’histoire du cinéma. Je ne suis pas sûr qu’elle ait rencontré d’autres rôles principaux au cinéma que celui de Georgina, pour lequel elle sacrifia immédiatement son image physique en prenant un certain nombre de kilos, indispensable au personnage : Cendrillon sympathique et dodue que Lynn Redgrave rend encore plus attachante, si c’est possible, que ce que le rôle, sur le papier, promettait. Immédiatement saine et amicale, débordante d’amour, Redgrave offre une performance marquée par l’absence d’ambigüité : elle est, comme l’est sans doute son personnage, d’une transparence et d’une netteté systématiques et on peut lire dans sa voix comme dans ses expressions. Les sentiments qu’elle éprouve pour le personnage d’Alan Bates sont, par exemple, rendus avec une clarté qui rend amusante l’aveuglement des personnages à cet égard (seule Charlotte Rampling semble avoir une longueur d’avance). Non pas que l’interprétation soit lourde ou insistante. Seulement la franchise et l’impossibilité de mentir qui caractérisent Georgina sont particulièrement assumées par l’actrice. Elle dégage par ailleurs une évidence maternelle qui la rend parfaite pour toutes les séquences avec les enfants, et quelque chose d’un peu maladroit, d’un peu épais, dans ses contacts avec le bébé rend ses scènes finalement plus réalistes. Bref, Redgrave émeut, attache et bien évidemment fait rire (tout ça ensemble d’ailleurs, dès le générique où elle s’achète une invraisemblable perruque) avec une aisance peu commune pour un quasi premier film. Certainement, d’une certaine manière, la révélation de l’année (elle reçut aussi le prix de la critique New-Yorkaise, en même temps qu’Elizabeth Taylor).

 

Je voudrais bien parler de Vanessa Redgrave, que je vénère, comme tout le monde, dans Morgan pour lequel elle rafla le premier de ses prix d’interprétation à Cannes. Ca m’est hélas impossible. J’ai vu le film certes, ce qui fut une des expériences les plus éprouvantes de ma vie. Et je me refuse à le revoir, du moins sans au moins l’aide des sous-titres. Je peux donc vous dire au moins que l’actrice est très belle et élégante, ce qui correspond parfaitement au personnage, dans mon souvenir du moins (elle est une jeune femme de la bonne société, qui divorce d’un époux trop excentrique pour ne pas dire fou à lier, précisément ce que le titre suggère). Et je ne me souviens d’aucun faux-pas particulier. Ce qui surnage le plus dans ma mémoire c’est la tendresse qu’elle suggérait encore vis-à-vis de son ex-mari, une espèce d’indulgence maternante qui était d’autant plus séduisante pour lui, je pense. Ce dont je suis sûr également c’est que le film appartient d’abord à celui-ci, interprété avec énergie et talent (pas mon type de talent, mais ça n’empêche) par David Warner. Vanessa Redgrave remplit à merveille deux fonctions : c’est un objet de désir (d’où l’importance de sa séduction) ainsi qu’un outil de contraste (d’où, cette fois, l’importance à la fois de l’équilibre qu’elle doit dégager et du parfum d’aristocratie qui lui est, de toute manière, consubstantiel, puisque son mari est à la fois déséquilibré et communiste). Ca s’arrête, dans mon souvenir encore une fois, à peu près là. Peut-être qu’une révision sereine du film m’expliquerait mieux ce prix à Cannes, cette nominations aux oscars, aux GG et aux BAFTAS. En attendant je la range de côté et j’attends l’occasion de dire du bien de l’actrice dans d’autres films. J’en aurai plus d’une fois l’occasion, rassurez-vous.

 

Autour d’Elizabeth Taylor dans Qui a peur de Virginia Woolf ? il y a un certains nombres de questions et de fantasmes. D’abord beaucoup trouvent injuste que Richard Burton n’ait pas gagné lui aussi pour le même film. Ensuite on discute toujours de la prise de poids de Taylor, du fait qu’elle était trop belle et trop jeune pour le rôle, que la part de composition est donc quasiment caricaturale, selon la règle qui prétend que rien ne vaut un contre-emploi pour gagner un oscar. Enfin un certain nombre restent, de toute manière, réticent, devant l’interprétation de l’actrice à proprement parler. Je n’en fais absolument pas partie. D’accord la voix est artificiellement sombrée, la vulgarité affichée avec violence (la cigarette au coin de la bouche !), la caricature de mégère n’est jamais loin. Mais je ne vois là qu’une interprétation elle-même sombre, vulgaire et violente, c'est-à-dire correspondant au texte, au film et au rôle de Martha. Il faut avoir vu, par exemple, Taylor danser avec George Segal pour prendre la mesure de l’absence de pudeur (et de sens du ridicule) du personnage qu’elle interprète. Certes Burton a davantage de place dans le film et peut offrir une interprétation d’une dynamique d’acteur superbe et théâtrale, dans le bon sens du terme. Mais le numéro cinématographique de son épouse-partenaire est, lui, franchement fascinant et on guette chacune de ses répliques, chacune de ses réapparitions jusqu’aux scènes de la fin où elle devient, tout à coup, d’une vulnérabilité renversante (après avoir incarné avec évidence une espèce d’ogresse, dont on comprend que Segal n’arrive pas à l’honorer physiquement). Sa déclaration d’amour à Burton (par partenaire interposé) est magnifique dans un registre lyrique (elle a toujours excellé aux éclats vocaux et aux monologues – voir Soudain l’été dernier par exemple) pour ne rien dire de la scène/affrontement final(e). Elle se hausse parfaitement à la hauteur émotionnelle et technique d’un adversaire immense prêt à tout pour emporter la mise interprétative. Personne, même pas Burton, n’arrive finalement à voler une scène à Taylor qui semble épouser les tourments intérieures et les appétits insatiables de Martha comme si c’était une seconde peau et avec de plus en plus de force au fur et à mesure que le film avance. Ce n’est pas sans rappeler les grandes heures de Susan Hayward et c’est, sous ma plume virtuelle, un compliment. Et puis, pour la composition et le maquillage, pardon, mais qui songe encore à la beauté de Taylor en voyant le film ?      

 

Voilà l’heure du choix. Si l’on veut. Tout le monde fut embarrassé, ainsi que je le disais et les Golden Globe ne savaient pas vraiment qui distinguer. Parmi les noms qu’ils citèrent (Shirley Maclaine jouant les utilités dans Gambit par exemple) on peut au moins noter celui de Natalie Wood, très à l’aise et plus « Natalie Wood » que jamais pour Propriété interdite de Pollack.  Je regrette que les américaines n’aient pas pensé du tout à Lana Turner pour Madame X (elle reçut cependant une Donatallo en Italie !), sans doute en raison de l’insuccès du film et de ce qu’il avait de très daté (il est disponible en DVD, avec stf). Oui, les recettes interprétatives de Turner avaient dix ans, mais si quelqu’un comme Jennifer Jones ou Eleanor Parker avait joué le rôle aussi bien et de la même manière que Turner en, mettons, 1955, il aurait certainement été nommé pour une performance extrêmement nuancée, émouvante et maîtrisée, malgré les quarante ans bien trop perceptible de l’actrice dans la première partie du film. Bon alors disons Taylor, Lynn Redgrave, Turner …. Kaminska éventuellement, quoique je la considère plutôt comme relevant de la catégorie « supporting » (je n’ose pas dire « secondaire » … ça n’en fait que quatre. Wood alors ? Peut-être.   

 

 

 

 

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Published by Le vidame - dans Oscars
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commentaires

Le vidame 14/03/2013 12:39


Je ne vois pas de quelle photo il s'agit. La première ou la deuxième ?


Car la deuxième représente en fait Anna Netrebko sans maquillage.

Ira Malaniuk 14/03/2013 12:38


Mais puisque je vous dis qu'il existe une version en allemand ... bon évidemment ce n'est pas avec Mödl ... c'est avec MOI ! C'est mieux.

Aurélien 13/03/2013 23:59


Merci pour cette photo de Christina Deutekom, je ne savais pas qu'elle avait interprété des lieder de Virginia Wolf. Elle a l'air très investie, efficace. Elle fait peur, quand même. C'était
vraiment une diseuse.

Iremgarde von Schroffenstein 13/03/2013 23:35


Non.


 


Pour qui me prenez-vous ?

Le vidame 13/03/2013 00:06


La Favorite de Donizetti, voilà mon type de talent. Vous connaissez ?